Il n’est pas rare (et il est même très banal) de croiser des triathlètes sur la ligne de départ d’une course sur route. Et force est de constater que les adeptes du triple effort sont loin d’être ridicules avec des runnings aux pieds ! D’autres sports d’endurance seraient-ils donc pertinents pour progresser en course ? Rien n’est moins sûr si l’on en juge les avis assez divergents des experts. Tandis que les plus modernes sont partisans d’un régime multisports, les défenseurs d’une approche plus classique préconisent un programme 100 % course à pied. Et tous détiennent une part de vérité !

Les vertus de l’entraînement croisé

Pour un coach contemporain comme Jean-Marc Delorme, « il faut évidemment pratiquer plusieurs sports ». Pourquoi ? Tout simplement parce que le vélo ou la natation permettent d’épargner les articulations et de réduire les impacts au sol. De plus, tous les sports d’endurance contribuent à entretenir les qualités de résistance et, pour certains, à renforcer naturellement certains muscles que la course à pied seule ne permet pas de faire suffisamment travailler. Le haut du corps (épaules, bras, dos), qui fait souvent l’objet d’exercices de PPG, peut ainsi être sollicité lors d’une séance de natation. Enfin, une pratique croisée de différentes disciplines d’endurance introduit une diversité salvatrice non seulement pour l’organisme (casser la répétitivité des gestes, diminuer les microtraumatismes, mobiliser la totalité de la musculature) mais aussi pour l’esprit. Rien de pire que la monotonie d’un entraînement qui crée à coup sûr lassitude et démotivation ! 

_MG_5026

L’essentiel : courir !

S’il peut être plaisant de troquer les runnings contre un casque de vélo, un maillot de bain ou des bâtons de marche nordique, il faut toutefois rester centré sur l’activité centrale qu’est la course à pied. « Lorsqu’on s’entraîne cinq à six fois par semaine, on peut introduire sans problème une sortie de vélo ou de natation. En revanche, lorsqu’on ne court que deux à trois fois par semaine, il vaut mieux se contenter de courir », conseille Julien Rancon. En effet, pour booster ses performances, le runner doit plutôt pratiquer la course à pied. « En tout état de cause, des disciplines comme le squash, le tennis et les sports collectifs vont à l’encontre des qualités recherchées en course », assène Serge Cottereau. Et le vélo ? « Oui, il peut être intéressant pour entretenir la forme générale et pour une pratique de loisir mais il ne répond pas aux objectifs de performance car il ne sollicite pas les mêmes muscles », poursuit l’entraîneur. Alors, adieu les douces sorties en petite reine ? « Non, on peut tout à fait pédaler le lundi en récupération si l’on a participé à une compétition le dimanche », estime Dominique Chauvelier.

 

Le principe de spécificité

En tout cas, sachez qu’à haut niveau les athlètes obéissent au principe de spécificité : autrement dit, les champions adoptent plutôt un régime 100 % running. « Mais pour beaucoup d’amateurs qui peuvent rencontrer des difficultés de récupération ou des blessures, il peut être tout à fait intéressant de varier les disciplines », affirme Jean-Louis Bal. « Pour le très long, comme le marathon et le 100 km, la pratique du vélo participe à construire la base foncière tout en minimisant les chocs. » Lorsqu’un coureur ne supporte plus des plans d’entraînement uniquement fondés sur la course à pied, l’apport de la petite reine s’avère particulièrement pertinent. « L’une des règles de l’entraînement consiste à varier les stimuli », poursuit Jean-Louis Bal. « Chacun possède un potentiel d’adaptation qui est plus ou moins vite atteint. En variant les sports et les séances, on recule les limites mais, in fine, il faut typer les exercices en fonction des objectifs. » Bref, une fois encore, toute la difficulté et tout l’art d’un coach sont de parvenir à harmoniser le tout !

Publicités