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Zinzin Reporter : pas si fou !

Dans la vraie vie, il s’appelle Denis Clerc. C’est un homme comme les autres, journaliste de métier, père de famille et sportif depuis son plus jeune âge. Mais voilà, un jour, il se met à courir. Et alors son destin bascule… il devient Zinzin ! 

La voix résonne avec une netteté étonnante. Un peu comme si le garçon au bout du fil était juste à côté. Pourtant, en ce mois de février 2017, il parle d’une île perdue au milieu de l’Atlantique, Santa Maria (Açores), où il est tranquillement installé dans un hôtel 4 étoiles. Rien que pour ça, on le détesterait volontiers. Mais le ton est si chaleureux qu’on tombe vite sous le charme. « Je suis là pour le Columbus Trail, une épreuve de 77 km qui s’appelle ainsi parce que Christophe Colomb a accosté ici en 1493 », explique Denis Clerc. « Dans mes vidéos tournées en course, je ne me contente pas de dire que c’est chouette. Je veux donner des informations et faire passer des émotions, notamment en filmant les moments difficiles. »

A 52 ans, ce féru de sport s’est découvert tardivement une passion pour le trail – et pour l’ultra, puisqu’il ne fait jamais les choses à moitié. « J’ai toujours été sportif. Je suis originaire de Haute Savoie, j’ai donc pratiqué très jeune le ski alpin en compétition à côté duquel je faisais aussi du foot. Vers 40 ans, j’ai constaté que je n’étais plus très performant dans mes activités de jeunesse, alors j’ai commencé le VTT. En complément, je courais. J’ai vite réalisé que j’étais meilleur en course à pied qu’à vélo ! » En 2006, à 42 ans, avec tout juste 6 mois d’entraînement dans les jambes, Denis Clerc boucle son premier marathon. En 2h59, s’il vous plaît ! Plutôt que rempiler sur le bitume, il décide de tester le trail. En 2007, il s’aligne donc au départ des Templiers, caméra au poing. Et il remporte le prix Jean Mamère aux Micros d’or, concours récompensant le meilleur reportage sportif de l’année !

La machine à succès est lancée : les clics grimpent en flèche sur les réseaux sociaux et le blog de celui qui répond désormais au petit nom de Zinzin Reporter. La nouvelle star du trail remplit des salles de cinéma entières et bénéficie de nombreuses invitations dans le monde. « Je suis un peu submergé par tout ce qui m’arrive », confie-t-il. « Tout ça me semble complètement hallucinant ! J’ai une vie trépidante et très sympa… mais un peu folle. » Malgré ce succès fulgurant et ses trépidations tout autour du globe (après les Açores, il s’envolera pour Madagascar en mai puis la Nouvelle Calédonie en juin), Denis Clerc garde les pieds sur terre. « Je refuse de signer des contrats car je veux rester libre. Je ne souhaite pas gagner de l’argent avec ça. Je veux rester journaliste à France Télévisions. » Son slogan lui va décidément comme un cuissard de compression : zinzin, oui, mais pas fou !

Un homme (presque) comme les autres… Denis Clerc souffre lui aussi de pépins physiques depuis quelques mois. Bon rétablissement, Zinzin ! 😉

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Maud Gobert : une carrière exemplaire

Elle a annoncé qu’elle tirerait sa révérence après sa participation au Grand Raid de La Réunion. Un retrait tout relatif puisque la grande dame de Valloire nourrit déjà de nouveaux projets sportifs pour 2018, entre défis personnels en trail et cyclisme sur route. Nul doute que Maud Gobert ne se laissera jamais tenter par une vie sédentaire, entre télé et canapé ! 

Fraîchement débarquée dans l’univers du trail après une quinzaine d’années dans le monde de l’athlétisme sur piste, j’ai entendu prononcer le nom de Maud Gobert dans la bouche de mon amie Sophie Gagnon. « C’est Maud qui a gagné la CCC, elle est trop forte ! » m’avait confié ma copine de club à l’époque, une belle pointe d’admiration dans la voix. A l’époque, j’avoue que je n’y connaissais rien et que j’avais dû chercher sur le web qui était cette athlète capable de faire pétiller les yeux de Sophie. Evidemment, au fil de mon immersion dans le trail running et de mes reportages, j’ai vite compris que Maud est non seulement une grande championne, mais aussi une personnalité qui ne peut laisser personne indifférent. Quelques années plus tard, je considère Maud comme l’une des meilleures ambassadrices mondiales du trail féminin de haut niveau. Longévité, régularité, ténacité, altruisme…

Au printemps dernier, j’étais allée à sa rencontre, sur ses terres, à Valloire. Elle rentrait juste d’une journée de travail sur les pistes de ski et s’était prêtée de très bonne grâce à la petite interview et à la séance photo au beau milieu de sa cuisine. Naturelle et sans chichi. Telle qu’on l’aime, en somme ! Voici le portrait que j’avais ensuite écrit et publié dans le magazine Trail & run au féminin édité par Le Dauphiné Libéré.

Merci, Maud, pour tout ce que tu as donné et donnes encore au sport féminin et à tous ceux qui t’entourent !

© Cyrille Quintard

Une maman championne du monde

Certainement hyperactive, franchement naturelle et passionnément montagnarde, Maud Gobert vit plusieurs journées en une. En hiver, levée dès 5h30, elle s’élance sur les pentes enneigées à la lueur de sa frontale pour son petit moment rien qu’à elle : une session ski de rando en solo dans les lueurs de l’aube, sur les hauteurs de Valloire, son village d’adoption où elle exerce en tant que monitrice de ski et accompagnatrice. A peine rentrée à la maison, elle s’occupe de ses trois filles (12, 14 et 16 ans), puis enchaîne avec une journée de travail sur les pistes. Le soir venu, elle cède à une autre passion : la cuisine ! Entre mixer, blender et yaourtière, Maud adore tester de nouvelles saveurs.

Bref, une existence à cent à l’heure en hiver, un peu plus calme le reste de l’année. Mais une existence toujours centrée sur le sport. « J’ai commencé par le cross quand j’étais au collège, puis j’ai fait du ski en compétition, ensuite du snowboard, du freeride et du skicross », se rappelle l’enfant de Douai venue très tôt dans les Alpes. Puis, de grossesse en blessure, la glisse en compétition s’est éloignée et Maud est revenue à son amour de jeunesse : la course à pied. Décidément dotée d’un potentiel étonnant, la jeune maman s’est vite imposée comme l’une des meilleures traileuses hexagonales – et même internationales puisqu’elle est devenue championne du monde en 2011. « Je suis une traileuse freeride : je n’aime pas suivre un parcours linéaire. Et puis je ne considère pas que je m’entraîne : je fais du sport, je me fais plaisir ! »

Qu’elle s’agite derrière les fourneaux, à vélo ou skis aux pieds, Maud cultive aussi une valeur de cœur : le partage. « J’aurais aimé être infirmière, mais la vie en a décidé autrement. J’aime profondément m’occuper des autres. » Alors, du haut de ses 40 ans, elle transmet sans cesse, avec une immense prodigalité. Sa passion du ski lorsqu’elle entraîne des jeunes ou emmène des personnes handicapées sur les pistes. Son amour du trail lorsqu’elle encadre des sorties sur ses sentiers préférés. Mais aussi son penchant pour les plaisirs de la table lorsqu’elle mitonne gâteaux et petits plats gourmands. Alors championne du monde de trail, oui… mais surtout championne de la générosité !

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Jean-Marc Joguet : « je n’étais pas comme les autres »

Vainqueur de la première édition de la Pierra Menta en 1986, Jean-Marc Joguet est une personnalité hors normes. Pionnier en ski alpinisme et en trail, il n’a jamais cessé d’assouvir sa passion des sports d’endurance malgré un métier éprouvant : éleveur bovin dans le Beaufortain.

Une vie à la dure, de celle que racontent les films et les livres. Tellement décalée de notre société actuelle qu’on la croirait irréelle. Pourtant Jean-Marc Joguet la raconte avec acuité, comme s’il venait de quitter cette rude enfance montagnarde. Le petit garçon du Beaufortain a dû trouver sa place au sein d’une fratrie de 13 enfants et assumer sa part de travail à la ferme parentale. « A 10 ans, on m’envoyait déjà dans les alpages avec les bêtes. On me réveillait à 3 heures du matin pour la première traite. Je m’endormais contre le flanc des vaches… » se souvient Jean-Marc. De cette existence fruste mais profondément ancrée dans la nature, le jeune garçon en tire une volonté à toute épreuve et une endurance exceptionnelle. Fan de vélo, il s’entraîne sans relâche et participe aux compétitions proches de chez lui. « Il partait à vélo de Beaufort, rejoignait la ligne de départ, faisait sa course, puis revenait chez lui à vélo », raconte sa femme Marie-Pierre en riant. Talentueux, Jean-Marc l’était incontestablement. Mais pour progresser sur deux roues, il fallait de l’argent. Pour acheter un nouveau vélo, pour payer les déplacements. « Mes parents n’avaient pas les moyens, alors j’ai arrêté et je me suis mis à courir », regrette Jean-Marc.

Aussitôt ses tâches agricoles terminées, Jean-Marc part donc crapahuter dans la montagne. Au grand dam de ses homologues, outrés qu’il ait du temps à perdre ! « C’était très mal vu de faire du sport quand on était agriculteur. Les gens disaient qu’il n’avait rien à faire pour se permettre de courir comme ça ! » explique Marie-Pierre. « Mais il a joué un vrai rôle dans l’évolution des mentalités. » Le jeune éleveur, à force de s’entraîner sur les pentes du massif, à pied en été et à ski en hiver, commence à faire des émules. Surtout lorsqu’il remporte la première édition de la Pierra Menta en 1986. « J’ai allumé la mèche. J’étais un peu la flèche à suivre pour les jeunes d’ici », évoque Jean-Marc. « Mais, en fait, j’ai raté ma carrière et je le regrette chaque fois que j’y pense aujourd’hui. »

Quelques semaines après avoir empoché la victoire sur la Pierra Menta, Jean-Marc part au service militaire. Et là, le phénomène beaufortain attire tous les regards. « Quand ils m’ont vu, ils se sont dit que je n’étais pas comme les autres. A 20 ans, avoir une telle volonté de tout casser, ce n’était pas banal ! » Les capacités physiques et mentales de Jean-Marc le conduisent sans tarder en équipe de France militaire de biathlon où il confirme son potentiel. « Une semaine avant la fin de mon service, ils sont venus me proposer de m’engager pour devenir biathlète pro. Mais il fallait que je demande à mes parents… » Pour des agriculteurs, imprégnés du labeur et de la terre, le sport n’offre aucun avenir. Alors Jean-Marc essuie un refus et il revient travailler à la maison. Ses espoirs de carrière s’envolent.

Si la déception est immense, Jean-Marc la surmonte, fidèle à sa force de caractère. Aux côtés de Marie-Pierre, il voue son existence à ses vaches laitières et, dès qu’un instant de liberté se profile, il enfile les baskets ou les skis de randonnée. Le trail n’existe pas encore, mais il sillonne les sentiers, avec ou sans dossard. « Je m’étais engagé avec les pompiers pour participer aux cross. Une année, les pompiers de Paris sont même venus me demander de participer au Grand Défi qui était une course de ski alpinisme par équipe, sur une semaine. C’était super, c’était un truc de dingue ! » se souvient Jean-Marc, le regard pétillant. Puis le trail est apparu et Jean-Marc s’est aligné sous les arches de départ. Dans le secteur, il était connu comme le loup blanc : lorsqu’on le voyait, on savait que la course allait être menée tambour battant et qu’on n’aurait pas vraiment le temps d’admirer le paysage…

Saison après saison, été comme hiver, Jean-Marc s’entraîne. Avec un plaisir toujours renouvelé et une soif inextinguible de panoramas et de grands espaces. « Ce que j’adore en montagne, c’est qu’on voit toujours quelque chose de différent. Et puis même quand je m’entraîne moins, avec mon métier, je suis toujours en train de courir. » Elever une quarantaine de vaches n’a effectivement rien d’une sinécure. Lever aux aurores, première traite, soins aux animaux, entretien de l’exploitation, deuxième traite, livraison du lait à la coopérative de Beaufort… Être éleveur laitier est une vocation, mais aussi une abnégation. Les jours fériés, les dimanches, les vacances ? « On ne connaît pas. On travaille tous les jours. Je m’arrange simplement avec Caro quand je veux faire une course. » Caroline, la fille cadette de Jean-Marc, est elle aussi agricultrice, à deux pas de la maison de ses parents. Elle élève un troupeau de 90 chèvres laitières et s’adonne elle aussi, en digne héritière, au ski alpinisme et au trail. Fervents passionnés, père et fille s’épaulent donc pour pouvoir prendre parfois un ou deux jours de liberté – et épingler un dossard. « Je préfère que ce soit elle qui court : elle est jeune, elle progresse bien et elle a l’avenir devant elle. Ca me fait plaisir de la voir courir ! Moi, vu mon âge… »

 

A 52 ans, Jean-Marc Joguet n’a pourtant pas grand-chose à envier aux jeunes, si ce n’est un démarrage plus fastidieux qu’autrefois. « Maintenant il me faut une heure avant d’être dans le coup. C’est incroyable, quand même ! » Jamais blessé une seule fois au cours de sa vie sportive, cette force de la nature n’a connu en tout et pour tout qu’une coupure. « Je m’entraînais tellement en mode compétition que j’ai fait un burn out. J’étais vidé. J’ai mis un an à m’en remettre. » Aujourd’hui, ce féru de sport cavale encore aux côtés de son neveu, le champion de ski alpinisme William Bon-Mardion. Et il prévoit d’organiser une petite sortie en montagne avec son nouveau voisin, François d’Haene, et le vice-champion du monde 2016, Nicolas Martin, qui habite à quelques kilomètres d’Arêches. En juillet dernier, il s’est aligné au départ de la Pierra Menta d’été aux côtés de Yoann Sert pour une aventure pimentée. « La première étape a tapé avec 3000 m de dénivelé positif sur 25 km. Il fallait gérer la situation ! C’est une course de kamikaze ! » Après avoir couru 15 fois la Pierra Menta d’hiver, Jean-Marc a goûté à la version estivale de la légendaire épreuve qui a fait de lui si ce n’est une icône, tout au moins un pionnier.

 

Jean-Marc Joguet en bref

Age : 52 ans

Profession : éleveur laitier à Arêches

Vainqueur de la 1ère Pierra Menta en 1986 avec Pascal Fagnola, 2ème en 1987 avec Thierry Bochet, 5e en 1988 avec Pierre Viard Gaudin, 10e en 1995 et 1996 avec René Gachet.

10e à la CCC en 2005.

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Running et obésité : la guerre des kilos (première partie)

 

Courir pour mincir un peu est d’une banalité désarmante. Courir avec deux ou trois kilos en trop est d’une pesanteur déprimante. Mais courir avec 60 kg de surpoids paraît complètement surréaliste. Pourtant ils l’ont fait ! Vaincre l’obésité grâce au running est bien plus qu’un défi : c’est le combat de toute une vie. Témoignages et explications dans cet article paru au printemps dans Trails Endurance Mag.

Le phénomène n’est ni nouveau, ni spécifiquement français. Par contre, il est franchement inquiétant : partout dans le monde, l’obésité sévit et ne cesse de progresser. Sur la planète, le surpoids concerne la bagatelle de 1,4 milliard de personnes âgées de plus 20 ans et ce chiffre devrait atteindre 3,3 milliards d’ici 2030. Enorme. En France, l’évolution n’est guère plus enthousiasmante puisque 6,5 millions de personnes sont considérées obèses, soit 14,5 % de la population adulte. D’après l’INSERM, l’obésité est un « excès de masse grasse qui entraîne des inconvénients pour la santé et réduit l’espérance de vie ». Elle résulte « d’un déséquilibre entre les apports et les dépenses énergétiques » qui aboutit à « une inflation des réserves stockées dans le tissu graisseux, qui entraîne elle-même de nombreuses complications ». Parmi ces dernières, citons pêle-mêle les maladies cardio-vasculaires, le diabète, l’hypertension artérielle, l’apnée du sommeil, les maladies articulaires ou encore les risques accrus de certains cancers. Bref, un vrai cocktail explosif.

Ludovic Dromard, ancien obèse et finisher du Marathon des Sables !

La chirurgie à la rescousse

C’est d’ailleurs en prenant conscience des risques qu’il encourait que Ludovic Dromard a décidé de prendre le taureau par les cornes. « Je ne me voyais pas grossir alors que je prenais pourtant des kilos chaque semaine », évoque le quadragénaire. « J’étais en obésité morbide 3 (cf. encadré) et j’éprouvais des difficultés à faire des gestes simples du quotidien, comme enfiler des chaussettes. Je venais d’être papa de ma première fille, la quarantaine approchait… et j’ai pris conscience que je risquais d’y laisser ma santé. » En 2012, Ludovic décide donc de subir un bypass, lourde opération chirurgicale consistant à couper les 8/10e de l’estomac et une partie des intestins. « Mais la chirurgie n’est pas miraculeuse. Ce n’est qu’une aide à un moment donné. Elle ne peut pas fonctionner si l’on ne se donne pas les moyens de réussir », assène-t-il. De nombreux obèses recourent à d’autres méthodes telles que la gastroplastie (anneau gastrique). Après avoir tenté en vain différents régimes, Stéphane Chassignol, qui pèse alors 130 kg, choisit cette option en 2006 suite à une banale conversation. « J’ai rencontré un trailer qui m’a parlé de l’UTMB. Je me suis dit que je devais faire cette course, mais c’était un pari très compliqué avec mon poids… Alors je me suis décidé à me faire poser un anneau gastrique. »

Eric Marteau lorsqu’il menait une vie d’excès…

Aujourd’hui, il atteint d’autres sommets !

 

 

 

 

 

 

Si la chirurgie contraint à réduire les quantités d’aliments absorbés, elle ne résout pas toutes les causes du surpoids, notamment les paramètres psychologiques. Sans une volonté à toute épreuve, l’amaigrissement semble voué à l’échec. Certains obèses osent d’ailleurs se lancer en solo, sans aide médicale ni accompagnement. Eric Marteau, cuisinier breton et bon vivant, était un adepte des soirées bien arrosées et du grignotage à toute heure du jour et de la nuit. A tel point qu’il pesait 117 kg en 2010. « Et puis je suis parti en Mongolie où j’ai rencontré une chamane. A mon retour, tout a changé. Ce voyage a joué le rôle d’étincelle. Je me suis mis à supprimer plein de choses de mon alimentation et à faire du sport », raconte Eric qui, enfant, pratiquait le football, la natation et le triathlon. Avec une telle révolution quotidienne, la balance lui sourit forcément : 10 kg s’envolent en six mois. En trois ans et demi, le Breton passe de 117 à 63 kg et change totalement de vie. Il s’installe en Haute Savoie, se reconvertit en saisonnier et devient accro aux sports de montagne : trail, ski alpinisme, ski roues, vélo, natation… « Le sport m’a transformé. J’ai une existence et une philosophie de vie totalement différentes », confie-t-il. Thomas Desprez, jeune Mauriennais d’une vingtaine d’années, prend conscience de son obésité alors qu’il marche au-dessus de chez lui pour faire des photos. « J’ai presque fait un malaise à la fin de la montée et je me suis dit que ce n’était pas normal. Sans savoir pourquoi, je suis redescendu en courant. Quelques jours plus tard, je suis allé courir à plat. Mes douleurs sont passées petit à petit, mais il a fallu beaucoup de volonté et de détermination », raconte Thomas. Pour Marie Rousset, qui est parvenue à perdre 60 kg toute seule, l’option chirurgicale a été volontairement laissée de côté. « Je lutte contre l’idée selon laquelle l’opération est la seule solution lorsqu’on est obèse. Non, l’obésité n’est pas une fatalité, on peut perdre du poids en réduisant ses apports caloriques et en augmentant son activité physique. » Après avoir eu honte de son surpoids alors qu’elle participait à une émission de télévision aux côtés de son cousin présentateur, Marie a un véritable déclic. Elle se reprend en main du jour au lendemain, supprime énormément d’aliments, commence à pratiquer le vélo elliptique à une cadence effrénée, puis la natation, puis la course à pied. Elle cumule jusqu’à 5 heures de sport par jour et 30 heures par semaine !

 

Les témoins

Eric Marteau : « Il faut se donner du temps »
Taille : 1,75 m
Poids initial : 117 kg
Poids actuel : 67 kg
Âge : 37 ans
Profession : saisonnier
« Les effets du sport sur le corps sont étonnants. On se sent tellement plus libre ! J’ai mis six ou sept ans avant de parvenir à un poids et une alimentation stables. J’ai appris à ré-aimer le sport. Maintenant, c’est dur de m’en passer. Mais être obnubilé par son poids empêche d’éprouver du plaisir lorsqu’on mange ou qu’on fait du sport. Or le plaisir est à la base de la réussite. Le sport m’a transformé. Je suis devenu une autre personne. Lorsqu’on veut maigrir, il faut se donner du temps. Maigrir vite n’est ni durable ni sain. »  

Ludovic Dromard : « Un combat quotidien »
Poids initial : 131 kg
Poids actuel : 71 kg
Âge : 42 ans
Profession : chef d’entreprise
« La chirurgie n’est qu’une aide à un moment donné. Il faut réapprendre à manger, reprendre une activité physique. Après mon opération, je savais que les cartes étaient entre mes mains. Les obèses ne guérissent pas, ils sont malades toute leur vie et doivent faire attention en permanence pour ne pas reprendre de poids. C’est un combat quotidien. En restant vigilant, ce qui n’exclut pas de se faire plaisir en mangeant, la perte de poids est durable. De toute façon, la balance nous rappelle à l’ordre au moindre écart ! »

Thomas Desprez : « La plus belle chose qui me soit arrivée »
Taille : 1,70 m
Poids initial : 110 kg
Poids actuel : 60 kg
Âge : 24 ans
Profession : tourneur sur machine-outil
« Durant les deux premières années, j’ai toujours fait mes footings seul car, chaque jour, j’essayais de faire mieux que la veille, me battant uniquement contre moi-même. J’étais déterminé, sûr de moi. Je savais que c’était possible d’y arriver seul ! Ma manière de vivre a changé. Lorsque quelque chose me paraît difficile, je me dis que je peux forcément y arriver au bout d’un moment. Cette perte de poids est la plus belle chose qui me soit arrivée. J’en suis vraiment fier, et ma famille aussi. »

Stéphane Chassignol : « On ne guérit jamais vraiment »
Taille : 1,70 m
Poids initial : 130 kg
Poids actuel : 87 kg
Âge : 46 ans
Profession : conseiller du secrétaire d’état aux sports pour les sports de nature
« J’ai suivi de nombreux régimes, aucun n’a marché. Alors je me suis fait opérer, puis j’ai commencé à faire du sport : d’abord du VTT, puis du trail. Mais mon poids a beaucoup fluctué et fluctue encore. Quand mon poids est satisfaisant, c’est que je fais du sport. Sport et poids sont liés, ne serait-ce qu’à cause de ce qu’implique un entraînement : il faut faire attention à ce qu’on mange avant d’aller courir, à l’hygiène de vie avant une course. On n’est pas obèse par hasard. C’est une maladie et je suis tenté de dire qu’on ne guérit jamais vraiment. Il faudrait parvenir à se transformer psychologiquement pour guérir car l’obésité traduit une relation anormale à l’alimentation. »   

Marie Rousset : « J’ai retrouvé confiance en moi »
Taille : 1,63 m
Poids initial : 120 kg
Poids actuel : 65 kg
Âge : 38 ans
Profession : personnel au sol chez Air France
« J’ai retrouvé confiance en moi grâce à cette perte de poids. Je crois que tout le monde – ma famille, mes amis, mes collègues – étaient fiers que j’y sois arrivée. Pendant longtemps, j’ai gardé dans ma tête l’image de grosse que j’étais. Même après avoir perdu beaucoup de poids, je me regardais toujours dans les miroirs ou les vitres pour vérifier que je n’étais plus celle d’avant. J’ai fait une véritable razzia dans les boutiques de vêtements ! Maigrir, c’est à 90 % dans la tête. »

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Candice Bonnel : montagnarde dans l’âme

Le sourire dans la voix, la fraîcheur de la jeunesse. Candice Bonnel est une petite montagnarde dans l’âme qui a choisi d’arpenter les sentiers et les pistes plutôt que les rues de Paris. Il faut dire que cette jeune pousse du ski alpinisme et du trail a de qui tenir puisque son père n’est autre que Lionel Bonnel, ultratrailer habitué aux podiums.

© R. Blomme

Entre le béton et la nature, son cœur n’a pas balancé bien longtemps. Pour Candice Bonnel, le choix aurait pu être cornélien : la vie version citadine avec shopping et sorties à Paris ou version montagnarde avec ski et neige en Maurienne ? « Ma petite sœur et moi avons été éduquées dans les deux milieux, ma mère étant parisienne et mon père montagnard. C’était un bon équilibre. Nous avions donc les deux possibilités… et nous avons choisi d’être dans la montagne ! » explique la blondinette pétillante. Avec un papa féru de ski, rien d’étonnant à ce que Candice soit elle aussi contaminée par le virus de la glisse. D’abord en club, puis en ski études à Modane et à Moûtiers, elle abandonne pourtant sa passion. « Cela ne marchait pas bien à haut niveau pour moi. Et puis la mentalité du ski alpin ne me plaisait pas plus que ça. Alors j’ai arrêté et je suis rentrée au lycée en Maurienne. »

© R. Blomme

De l’or dans les gambettes

De retour dans sa vallée, la descendeuse ne tarde guère à avoir des fourmis dans les jambes. La compétition lui manque, alors elle s’inscrit à l’UAM, le club d’athlétisme local. Comme tous les coureurs formés en club, elle se frotte au cross-country, puis épingle bientôt des dossards sur des petits trails pour « éviter d’avoir à attendre trop longtemps pendant que mon père courait ses ultras. » Candice fait évidemment des étincelles sur les sentiers, digne héritière d’un papa coutumier des podiums les plus prestigieux. Mais, quitte à se lancer en montagne, autant profiter des cimes toute l’année ! Candice chausse donc les skis de rando dans le sillage de son père. « J’ai beaucoup aimé et ça a plutôt bien marché tout de suite », confie modestement la petite blonde. « Mon point fort, c’est la descente car je viens du ski alpin. Or c’est souvent le point faible des skieurs alpinistes. Et puis comme je m’entraîne en course à pied en montée, j’arrive à me débrouiller aussi dans les ascensions. » Une débrouille de haut vol puisque dès sa première saison hivernale, Candice intègre l’équipe de France jeune.

La diversité pour rester motivée

« J’adore la dimension saisonnière du ski alpi’ et du trail. Je n’ai pas le temps de me lasser de l’un ou de l’autre. A l’automne, je n’ai qu’une envie : rechausser les skis. A la fin de l’hiver, quand j’ai bien skié, je suis super contente de recommencer à courir. Ces deux sports se complètent bien. Si je ne faisais qu’un des deux, je ne suis pas sûre que j’arriverais à rester motivée toute l’année. » Comme un bonheur n’arrive jamais seul, Candice n’a pas seulement l’honneur de porter le maillot tricolore dès sa première saison de ski alpinisme : elle entre aussi dans le Team Buff Hoka Les Saisies, une écurie dédiée aux jeunes pousses du trail running. Grâce à un encadrement de qualité (avec notamment Pascal Balducci au coaching), Candice s’entraîne sérieusement. Et progresse. Tellement qu’elle signe une saison 2016 en or avec les titres de championne de France espoir de kilomètre vertical et de vice-championne de France espoir de trail court. « J’ai vécu des moments géniaux avec le team ! Je n’ai jamais pensé partir, mais j’ai dû reconsidérer ma position lorsque Salomon m’a contactée en fin de saison dernière… » Salomon, c’est un peu le graal pour un trailer. C’est la marque phare, celle qui sponsorise l’icône Kilian Jornet. Alors Candice n’a pas hésité bien longtemps.

Forte de ce nouveau sponsoring, la Mauriennaise est dopée à la motivation pour cette saison. Il y a eu les manches de coupe du monde de ski alpinisme, puis les championnats du monde de la discipline, sans oublier la mythique Pierra Menta qu’elle a couru en duo avec sa petite sœur, de deux ans sa cadette et franchement épatante sur la neige elle aussi, avec une belle 7e place à la clé.  « Le partage avec ma sœur et mon père est important. Ne pas être seul pour s’entraîner, ça change tout ! Ma sœur et moi, nous allons souvent en montagne ensemble. » Cet été, Candice s’alignera de nouveau au départ des championnats de France de kilomètre vertical et de trail court, puis elle réfléchira à sa fin de saison. « Je ferai des distances courtes dans tous les cas. Je souhaite me préserver et attendre quelques années avant de me lancer sur des distances plus longues. Je ne veux pas me blesser trop tôt. Mais je sais que je viendrai aux longues distances car ça me fait rêver : les parcours, les paysages, l’aventure… » Quand on vous dit que cette fille-là a la montagne dans la peau !

Candice Bonnel en bref

  • 22 ans
  • Titulaire d’un bachelor de l’INSEEC responsable commerciale, gestion et marketing. Etudiante en BTS Diététique (cursus à distance). Monitrice de ski à l’ESF de La Toussuire.
  • Vit à La Toussuire.
  • Palmarès TRAIL : championne de France espoir de KV 2016, vice-championne de France espoir de trail court 2016.
  • Palmarès SKI ALPINISME : 8e équipe féminine à la Pierra Menta 2015, championne de France espoir de vertical et de sprint 2016, 4e espoir aux championnats d’Europe.

 

 

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Dopage – Relaxe de Nicolas Bouvier-Gaz : enfin !

Début février, Spe15 lançait un pavé dans la mare en révélant un contrôle positif aux corticoïdes réalisé sur le Festival des Templiers 2016. L’information dévoilait l’identité de l’athlète concerné : Nicolas Bouvier-Gaz. Hier, l’athlète du team New Balance ouvrait un courrier libérateur : la FFA lui annonçait qu’il était relaxé. Interview du Pyrénéen.

 

Le team New Balance lors de son rassemblement mi-février. Une équipe soudée qui n’a jamais douté de l’intégrité de Nicolas Bouvier-Gaz.

Suite à la publication de ce test positif, toutes sortes d’informations ont circulé sur internet, notamment sur les réseaux sociaux. La mention d’un échantillon B a même été évoquée. Qu’en est-il exactement ?

Il n’était pas nécessaire que je demande l’analyse d’un échantillon B car je n’avais aucun doute sur le premier échantillon. Je savais où j’en étais. Je me suis donc contenté de renvoyer tous les justificatifs à la FFA.

Comment as-tu vécu cette période ? Les propos tenus sur les réseaux sociaux t’ont-ils touché ?

Habituellement, je ne suis pas très actif sur les réseaux sociaux. Mais là, j’ai décidé de l’être encore moins pour me protéger. Ma compagne et mes proches me parlaient un peu de ce qui se disait, mais en fait j’ai eu peu de retours sur ce qui circulait. Ce ne sont donc pas les réseaux sociaux qui m’ont miné, mais plutôt l’attente liée à la procédure. Il m’était très difficile de me projeter dans un futur proche et dans la saison. Tant que la décision fédérale n’était pas tombée, je ne pouvais pas planifier mes courses, réserver mes hébergements… La situation perturbait également mon entraînement car je ne pouvais pas m’empêcher de réfléchir. Or, pour être concentré sur son effort, il faut être mentalement serein. Hier, lorsque j’ai ouvert le courrier de la FFA et que j’ai appris ma relaxe, je n’ai pas complètement réalisé. Ce n’est qu’aujourd’hui que j’en prends conscience. J’ai l’impression d’être libéré d’un grand poids.

Comment tes sponsors et tes coéquipiers ont-ils réagi lorsque l’information liée à ce test a été publiée ?

Mon sponsor principal, New Balance, m’a soutenu dès le début. Le team manager, Jack Peyrard, a immédiatement répondu à Spe15. Jack me fait confiance, comme mes autres partenaires qui savent qui je suis et ne doutent pas de mon intégrité. Les coureurs du team m’ont eux aussi totalement soutenu. Je n’ai jamais été mis à l’écart. Beaucoup d’autres athlètes de niveau international, ainsi que des managers de team, m’ont envoyé des messages de soutien. Cela m’a beaucoup aidé à ne pas tenir compte de la méchanceté gratuite.

Quels sont tes projets pour la saison 2017 ?

Mon premier objectif sera Zegama, fin mai, au pays basque. Puis je participerai en juillet à la coupe du monde de skyrunning près de chez moi, dans les Pyrénées. Fin août, je prendrai le départ de la CCC. En revanche, la fin de ma saison n’est pas encore planifiée.

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Dans le rétro’ : rencontre avec Nicolas Martin

Dimanche, Nicolas Martin s’alignera au départ du Trail du Ventoux. Parrain de l’événement, il en est aussi le vainqueur sortant. Si garder son titre lui tient à cœur, il sait aussi que la concurrence sera rude sur cette épreuve où les prétendants à une sélection en équipe de France joueront des coudes. Quoiqu’il en soit, Nicolas a d’ores et déjà sa place pour les prochains championnats du monde, lui qui s’est lentement et intelligemment construit en tant qu’athlète de haut niveau. Depuis ses débuts en course à pied, l’Isérois n’a cessé de progresser. Jusqu’à décrocher l’argent aux championnats du monde fin octobre, sur les sentiers portugais. Je vous propose ici l’article rédigé après son exploit et récemment publié dans Jogging International. 

Il ne paie pas de mine avec son petit gabarit et sa discrétion naturelle. Lorsque je rencontre Nicolas pour la première fois, il est au bord d’un véritable chantier de cross-country dans la région grenobloise. Il fouille dans ses affaires, le maillot bleu ciel de notre club commun sur les épaules. Pour la licenciée de longue date que je suis, l’apparition de ce petit bonhomme qui vient de faire des étincelles sur l’épreuve boueuse m’interpelle. Qui est donc ce nouveau venu ? Les mois s’écoulent et le nom de Nicolas Martin résonne de plus en plus fréquemment dans les locaux du club. Et dans les médias spécialisés aussi. Cet enfant du Trièves gravit les échelons avec une passion, une abnégation et un professionnalisme qui forcent le respect.

© Lionel Montico

Du Trièves au Portugal

Professionnel, Nicolas l’est jusqu’au bout des baskets. Coaché par Patrick Bringer depuis 2010, il cultive la rigueur au quotidien et s’investit corps et âme dans sa pratique sportive. Pourtant le petit Nicolas n’a pas été élevé dans une famille férue de sport, mais plutôt à la campagne, dans le Trièves (Isère) entre l’équipe de foot locale et les sorties de chasse dans les bois aux côtés de son papa. « Je n’ai réellement commencé à courir qu’en 2004 en faisant quelques footings dans la semaine et des petites courses par-ci par-là », raconte le Beaufortain d’adoption. « En 2010, à 24 ans, j’ai pris conscience que les meilleurs avaient un sacré niveau et j’ai décidé de prendre un entraîneur pour progresser. » L’heureux élu n’est autre que Patrick Bringer, ex-triathlète, trailer de renom et coach de Thomas Lorblanchet, alors récent vainqueur des Templiers, une épreuve qui fait scintiller des étoiles dans les yeux de Nicolas. « A cette époque, je rêvais de porter le maillot de l’équipe de France. »

Le rêve est devenu réalité dès 2013 avec une première sélection en équipe nationale. Pour ses premiers pas sous la bannière tricolore, Nicolas décroche la 9e place aux mondiaux et la médaille d’argent par équipe. Celui qui trotte même sur les pentes les plus raides a bel et bien commencé son ascension vers les sommets de la discipline. Un an plus tard, il devient vice-champion de France de trail et de kilomètre vertical et remporte l’OCC. En 2015, il termine 7e individuel et premier par équipe aux championnats du monde avant de finir 3e de la CCC, sa première expérience en ultra, puis 2e du Grand Trail des Templiers. Le petit Nicolas est décidément devenu grand. Très grand. En 2016, il enchaîne les performances de haut vol : victoire sur le trail du Ventoux, 2e sur la très relevée Transvulcania, vainqueur du High Trail Vanoise, 11e des championnats d’Europe de course en montagne… et finalement vice-champion du monde en octobre dernier. « L’entraînement de Patrick se caractérise par un volume important, plus élevé que la moyenne des entraîneurs. Cependant il respecte le principe de progressivité qui permet d’optimiser le potentiel de l’athlète en respectant son intégrité physique », explique Nicolas. « L’une des clés pour éviter les blessures consiste à respecter un temps de récupération suffisant après les compétitions. Le trail est une discipline particulière en ce qu’il nécessite d’encaisser des périodes d’entraînement très dures auxquelles succèdent des phases plus cool qui permettent à l’organisme d’assimiler le travail et de se régénérer. Il faut laisser au corps le temps de s’adapter. » Saison après saison, les qualités de l’Isérois se sont améliorées, affinées, optimisées. Il n’a pas été question de brûler les étapes, mais bien de construire la performance. « Patrick n’hésite pas à faire l’impasse sur des courses importantes s’il estime que l’intégrité physique est en jeu. Je pense qu’il est essentiel de ne jamais négliger la santé, même s’il ne faut pas se voiler la face et admettre que s’entraîneur dur pousse le corps dans ses limites et n’est pas une démarche qui respecte la santé à 100 %. »

© Lionel Montico

Le gamin et le Dieu de la Borne

Surnommé affectueusement le « gamin » par son entraîneur, Nicolas n’est plus le petit jeune en manque d’expérience qui a tout à prouver. A la grâce d’un travail acharné au quotidien, placé avec humour sous l’égide du « Dieu de la Borne » (autrement dit le volume, toujours le volume !), il n’éprouve jamais de lassitude. S’entraîner deux fois par jour ? « Ce n’est pas un problème, sauf lorsque j’ai de grosses charges d’entraînement et qu’il faut retourner courir ou rouler malgré la fatigue. Contrairement à certains athlètes qui privilégient le plaisir, je m’astreins à des séances qui, souvent, ne sont pas drôles. Je pense qu’il faut mettre toutes les chances de son côté si l’on veut être performant. Mais il y a beaucoup de diversité dans mon entraînement : d’un jour à l’autre et au sein d’une même journée, je fais des activités différentes. Course à pied, vélo de route, home trainer, un peu de ski de fond en hiver… Je ne fais guère plus de 5 ou 6 fois la même séance dans l’année ! » Au bout du compte, ce ne sont pas moins de 20 à 25 heures d’entraînement hebdomadaires auxquelles s’adonne Nicolas, le plus souvent en solo mais régulièrement aussi avec des amis. « J’apprécie de m’entraîner avec du monde, y compris d’un niveau différent. Cela permet de faire des sorties cool, mais aussi d’être poussé sur des séances difficiles. » Ces mots me rappellent un footing partagé avec lui dans le Beaufortain : tandis que je soufflais comme un bœuf asthmatique dans une montée assassine, le petit bonhomme trottinait en parlant et en riant. Trailer de haut niveau, c’est vraiment un métier !

« Le trail peut être un job, mais il faut savoir qu’il reste peu rémunérateur par rapport à l’engagement qu’il demande. 25 heures d’entraînement par semaine, ce ne sont pas 25 heures dans un bureau. Une carrière dure très peu de temps et doit être gérée comme une mini-entreprise », estime Nicolas. « Il faut à la fois savoir communiquer et avoir des résultats. Aujourd’hui, trouver des sponsors matériels est assez facile. En revanche, décrocher des partenariats financiers se révèle compliqué. » Du coup, le pensionnaire de l’équipe de France travaille quatre mois et demi en hiver comme skiman aux Saisies. Non seulement pour gagner un peu d’argent, mais aussi pour la dimension sociale. « Je suis souvent seul à l’entraînement, alors ça fait du bien de côtoyer des gens, extérieurs au trail qui plus est. » Une vision qui incarne toute la sagesse et le réalisme d’un athlète qui sait prendre son temps. Prendre son temps pour progresser, mais aussi pour apprécier les paysages et les êtres qui l’entourent. Non, Nicolas n’est pas seulement un champion : il est aussi un « gamin » sacrément attachant.

© Lionel Montico

 

* Un problème de balisage et l’erreur de parcours de plusieurs coureurs ont engendré l’application de pénalités et donc le reclassement de plusieurs athlètes. Nicolas Martin, en tête, s’est vu contraint d’attendre son poursuivant, Sylvain Court, et de franchir avec lui la ligne d’arrivée. Il a été finalement rétrogradé à la deuxième place, Sylvain Court étant déclaré seul vainqueur. De nombreux débats ont suivi cet imbroglio qui a concerné les classements féminin et masculin.

 


  • Son spot préféré pour courir : les arêtes du Mont Coin et le lac d’Amour (Beaufortain).
  • Son meilleur souvenir de compétition : sa 2e place à la Transvulcania « car elle allie une réelle réussite sportive et une ambiance de folie à l’arrivée. »
  • La course qu’il n’a pas encore courue et qui le fait rêver :
  • Sa valeur phare : le travail et sa reconnaissance. « Dans le sport, le résultat ne dépend pas du copinage ou du réseau : il reflète le travail réalisé à l’entraînement. »
  • Sa phrase fétiche : « Etre aimé de tout le monde, c’est aussi être aimé de n’importe qui. »

 Un mot sur les mondiaux

« Je rêvais d’un podium aux championnats du monde et je me savais capable de le faire à condition de rester concentré et respectueux des adversaires. La course s’est déroulée telle que je le pensais. En franchissant la ligne d’arrivée, un immense bonheur m’a envahi. Un premier podium mondial est une grande satisfaction personnelle. Cette course a clôturé une saison régulière et réussie. Mais il me reste une marche à gravir. Ce sera l’un de mes objectifs pour les saisons à venir. »


 

Nicolas Martin en bref

Né le 29 juillet 1986
Habite à Villard-sur-Doron (73)
Entraîneur : Patrick Bringer (2010 – aujourd’hui)
Membre de l’équipe de France de trail depuis 2013
Palmarès :

  • 2016
    Vice-champion du monde, vainqueur du trail du Ventoux et du High Trail Vanoise, 2e de la Transvulcania, vice-champion de France de trail.
  • 2015
    7e des championnats du monde et champion du monde par équipe, 8e des championnats de France de course en montagne et champion de France par équipe, 3e de la CCC, 2e du Grand Trail des Templiers.
  • 2014
    Vice-champion de France de trail et de kilomètre vertical, champion de France par équipe de trail et de course en montagne, vainqueur de l’OCC.
  • 2013
    9e des championnats du monde et vice-champion du monde par équipe, 5e des championnats de France de trail et champion de France par équipe.
  • 2012
    3e des championnats de France de trail.