0

Running et obésité : la guerre des kilos (première partie)

 

Courir pour mincir un peu est d’une banalité désarmante. Courir avec deux ou trois kilos en trop est d’une pesanteur déprimante. Mais courir avec 60 kg de surpoids paraît complètement surréaliste. Pourtant ils l’ont fait ! Vaincre l’obésité grâce au running est bien plus qu’un défi : c’est le combat de toute une vie. Témoignages et explications dans cet article paru au printemps dans Trails Endurance Mag.

Le phénomène n’est ni nouveau, ni spécifiquement français. Par contre, il est franchement inquiétant : partout dans le monde, l’obésité sévit et ne cesse de progresser. Sur la planète, le surpoids concerne la bagatelle de 1,4 milliard de personnes âgées de plus 20 ans et ce chiffre devrait atteindre 3,3 milliards d’ici 2030. Enorme. En France, l’évolution n’est guère plus enthousiasmante puisque 6,5 millions de personnes sont considérées obèses, soit 14,5 % de la population adulte. D’après l’INSERM, l’obésité est un « excès de masse grasse qui entraîne des inconvénients pour la santé et réduit l’espérance de vie ». Elle résulte « d’un déséquilibre entre les apports et les dépenses énergétiques » qui aboutit à « une inflation des réserves stockées dans le tissu graisseux, qui entraîne elle-même de nombreuses complications ». Parmi ces dernières, citons pêle-mêle les maladies cardio-vasculaires, le diabète, l’hypertension artérielle, l’apnée du sommeil, les maladies articulaires ou encore les risques accrus de certains cancers. Bref, un vrai cocktail explosif.

Ludovic Dromard, ancien obèse et finisher du Marathon des Sables !

La chirurgie à la rescousse

C’est d’ailleurs en prenant conscience des risques qu’il encourait que Ludovic Dromard a décidé de prendre le taureau par les cornes. « Je ne me voyais pas grossir alors que je prenais pourtant des kilos chaque semaine », évoque le quadragénaire. « J’étais en obésité morbide 3 (cf. encadré) et j’éprouvais des difficultés à faire des gestes simples du quotidien, comme enfiler des chaussettes. Je venais d’être papa de ma première fille, la quarantaine approchait… et j’ai pris conscience que je risquais d’y laisser ma santé. » En 2012, Ludovic décide donc de subir un bypass, lourde opération chirurgicale consistant à couper les 8/10e de l’estomac et une partie des intestins. « Mais la chirurgie n’est pas miraculeuse. Ce n’est qu’une aide à un moment donné. Elle ne peut pas fonctionner si l’on ne se donne pas les moyens de réussir », assène-t-il. De nombreux obèses recourent à d’autres méthodes telles que la gastroplastie (anneau gastrique). Après avoir tenté en vain différents régimes, Stéphane Chassignol, qui pèse alors 130 kg, choisit cette option en 2006 suite à une banale conversation. « J’ai rencontré un trailer qui m’a parlé de l’UTMB. Je me suis dit que je devais faire cette course, mais c’était un pari très compliqué avec mon poids… Alors je me suis décidé à me faire poser un anneau gastrique. »

Eric Marteau lorsqu’il menait une vie d’excès…

Aujourd’hui, il atteint d’autres sommets !

 

 

 

 

 

 

Si la chirurgie contraint à réduire les quantités d’aliments absorbés, elle ne résout pas toutes les causes du surpoids, notamment les paramètres psychologiques. Sans une volonté à toute épreuve, l’amaigrissement semble voué à l’échec. Certains obèses osent d’ailleurs se lancer en solo, sans aide médicale ni accompagnement. Eric Marteau, cuisinier breton et bon vivant, était un adepte des soirées bien arrosées et du grignotage à toute heure du jour et de la nuit. A tel point qu’il pesait 117 kg en 2010. « Et puis je suis parti en Mongolie où j’ai rencontré une chamane. A mon retour, tout a changé. Ce voyage a joué le rôle d’étincelle. Je me suis mis à supprimer plein de choses de mon alimentation et à faire du sport », raconte Eric qui, enfant, pratiquait le football, la natation et le triathlon. Avec une telle révolution quotidienne, la balance lui sourit forcément : 10 kg s’envolent en six mois. En trois ans et demi, le Breton passe de 117 à 63 kg et change totalement de vie. Il s’installe en Haute Savoie, se reconvertit en saisonnier et devient accro aux sports de montagne : trail, ski alpinisme, ski roues, vélo, natation… « Le sport m’a transformé. J’ai une existence et une philosophie de vie totalement différentes », confie-t-il. Thomas Desprez, jeune Mauriennais d’une vingtaine d’années, prend conscience de son obésité alors qu’il marche au-dessus de chez lui pour faire des photos. « J’ai presque fait un malaise à la fin de la montée et je me suis dit que ce n’était pas normal. Sans savoir pourquoi, je suis redescendu en courant. Quelques jours plus tard, je suis allé courir à plat. Mes douleurs sont passées petit à petit, mais il a fallu beaucoup de volonté et de détermination », raconte Thomas. Pour Marie Rousset, qui est parvenue à perdre 60 kg toute seule, l’option chirurgicale a été volontairement laissée de côté. « Je lutte contre l’idée selon laquelle l’opération est la seule solution lorsqu’on est obèse. Non, l’obésité n’est pas une fatalité, on peut perdre du poids en réduisant ses apports caloriques et en augmentant son activité physique. » Après avoir eu honte de son surpoids alors qu’elle participait à une émission de télévision aux côtés de son cousin présentateur, Marie a un véritable déclic. Elle se reprend en main du jour au lendemain, supprime énormément d’aliments, commence à pratiquer le vélo elliptique à une cadence effrénée, puis la natation, puis la course à pied. Elle cumule jusqu’à 5 heures de sport par jour et 30 heures par semaine !

 

Les témoins

Eric Marteau : « Il faut se donner du temps »
Taille : 1,75 m
Poids initial : 117 kg
Poids actuel : 67 kg
Âge : 37 ans
Profession : saisonnier
« Les effets du sport sur le corps sont étonnants. On se sent tellement plus libre ! J’ai mis six ou sept ans avant de parvenir à un poids et une alimentation stables. J’ai appris à ré-aimer le sport. Maintenant, c’est dur de m’en passer. Mais être obnubilé par son poids empêche d’éprouver du plaisir lorsqu’on mange ou qu’on fait du sport. Or le plaisir est à la base de la réussite. Le sport m’a transformé. Je suis devenu une autre personne. Lorsqu’on veut maigrir, il faut se donner du temps. Maigrir vite n’est ni durable ni sain. »  

Ludovic Dromard : « Un combat quotidien »
Poids initial : 131 kg
Poids actuel : 71 kg
Âge : 42 ans
Profession : chef d’entreprise
« La chirurgie n’est qu’une aide à un moment donné. Il faut réapprendre à manger, reprendre une activité physique. Après mon opération, je savais que les cartes étaient entre mes mains. Les obèses ne guérissent pas, ils sont malades toute leur vie et doivent faire attention en permanence pour ne pas reprendre de poids. C’est un combat quotidien. En restant vigilant, ce qui n’exclut pas de se faire plaisir en mangeant, la perte de poids est durable. De toute façon, la balance nous rappelle à l’ordre au moindre écart ! »

Thomas Desprez : « La plus belle chose qui me soit arrivée »
Taille : 1,70 m
Poids initial : 110 kg
Poids actuel : 60 kg
Âge : 24 ans
Profession : tourneur sur machine-outil
« Durant les deux premières années, j’ai toujours fait mes footings seul car, chaque jour, j’essayais de faire mieux que la veille, me battant uniquement contre moi-même. J’étais déterminé, sûr de moi. Je savais que c’était possible d’y arriver seul ! Ma manière de vivre a changé. Lorsque quelque chose me paraît difficile, je me dis que je peux forcément y arriver au bout d’un moment. Cette perte de poids est la plus belle chose qui me soit arrivée. J’en suis vraiment fier, et ma famille aussi. »

Stéphane Chassignol : « On ne guérit jamais vraiment »
Taille : 1,70 m
Poids initial : 130 kg
Poids actuel : 87 kg
Âge : 46 ans
Profession : conseiller du secrétaire d’état aux sports pour les sports de nature
« J’ai suivi de nombreux régimes, aucun n’a marché. Alors je me suis fait opérer, puis j’ai commencé à faire du sport : d’abord du VTT, puis du trail. Mais mon poids a beaucoup fluctué et fluctue encore. Quand mon poids est satisfaisant, c’est que je fais du sport. Sport et poids sont liés, ne serait-ce qu’à cause de ce qu’implique un entraînement : il faut faire attention à ce qu’on mange avant d’aller courir, à l’hygiène de vie avant une course. On n’est pas obèse par hasard. C’est une maladie et je suis tenté de dire qu’on ne guérit jamais vraiment. Il faudrait parvenir à se transformer psychologiquement pour guérir car l’obésité traduit une relation anormale à l’alimentation. »   

Marie Rousset : « J’ai retrouvé confiance en moi »
Taille : 1,63 m
Poids initial : 120 kg
Poids actuel : 65 kg
Âge : 38 ans
Profession : personnel au sol chez Air France
« J’ai retrouvé confiance en moi grâce à cette perte de poids. Je crois que tout le monde – ma famille, mes amis, mes collègues – étaient fiers que j’y sois arrivée. Pendant longtemps, j’ai gardé dans ma tête l’image de grosse que j’étais. Même après avoir perdu beaucoup de poids, je me regardais toujours dans les miroirs ou les vitres pour vérifier que je n’étais plus celle d’avant. J’ai fait une véritable razzia dans les boutiques de vêtements ! Maigrir, c’est à 90 % dans la tête. »

Galerie
2

Candice Bonnel : montagnarde dans l’âme

Le sourire dans la voix, la fraîcheur de la jeunesse. Candice Bonnel est une petite montagnarde dans l’âme qui a choisi d’arpenter les sentiers et les pistes plutôt que les rues de Paris. Il faut dire que cette jeune pousse du ski alpinisme et du trail a de qui tenir puisque son père n’est autre que Lionel Bonnel, ultratrailer habitué aux podiums.

© R. Blomme

Entre le béton et la nature, son cœur n’a pas balancé bien longtemps. Pour Candice Bonnel, le choix aurait pu être cornélien : la vie version citadine avec shopping et sorties à Paris ou version montagnarde avec ski et neige en Maurienne ? « Ma petite sœur et moi avons été éduquées dans les deux milieux, ma mère étant parisienne et mon père montagnard. C’était un bon équilibre. Nous avions donc les deux possibilités… et nous avons choisi d’être dans la montagne ! » explique la blondinette pétillante. Avec un papa féru de ski, rien d’étonnant à ce que Candice soit elle aussi contaminée par le virus de la glisse. D’abord en club, puis en ski études à Modane et à Moûtiers, elle abandonne pourtant sa passion. « Cela ne marchait pas bien à haut niveau pour moi. Et puis la mentalité du ski alpin ne me plaisait pas plus que ça. Alors j’ai arrêté et je suis rentrée au lycée en Maurienne. »

© R. Blomme

De l’or dans les gambettes

De retour dans sa vallée, la descendeuse ne tarde guère à avoir des fourmis dans les jambes. La compétition lui manque, alors elle s’inscrit à l’UAM, le club d’athlétisme local. Comme tous les coureurs formés en club, elle se frotte au cross-country, puis épingle bientôt des dossards sur des petits trails pour « éviter d’avoir à attendre trop longtemps pendant que mon père courait ses ultras. » Candice fait évidemment des étincelles sur les sentiers, digne héritière d’un papa coutumier des podiums les plus prestigieux. Mais, quitte à se lancer en montagne, autant profiter des cimes toute l’année ! Candice chausse donc les skis de rando dans le sillage de son père. « J’ai beaucoup aimé et ça a plutôt bien marché tout de suite », confie modestement la petite blonde. « Mon point fort, c’est la descente car je viens du ski alpin. Or c’est souvent le point faible des skieurs alpinistes. Et puis comme je m’entraîne en course à pied en montée, j’arrive à me débrouiller aussi dans les ascensions. » Une débrouille de haut vol puisque dès sa première saison hivernale, Candice intègre l’équipe de France jeune.

La diversité pour rester motivée

« J’adore la dimension saisonnière du ski alpi’ et du trail. Je n’ai pas le temps de me lasser de l’un ou de l’autre. A l’automne, je n’ai qu’une envie : rechausser les skis. A la fin de l’hiver, quand j’ai bien skié, je suis super contente de recommencer à courir. Ces deux sports se complètent bien. Si je ne faisais qu’un des deux, je ne suis pas sûre que j’arriverais à rester motivée toute l’année. » Comme un bonheur n’arrive jamais seul, Candice n’a pas seulement l’honneur de porter le maillot tricolore dès sa première saison de ski alpinisme : elle entre aussi dans le Team Buff Hoka Les Saisies, une écurie dédiée aux jeunes pousses du trail running. Grâce à un encadrement de qualité (avec notamment Pascal Balducci au coaching), Candice s’entraîne sérieusement. Et progresse. Tellement qu’elle signe une saison 2016 en or avec les titres de championne de France espoir de kilomètre vertical et de vice-championne de France espoir de trail court. « J’ai vécu des moments géniaux avec le team ! Je n’ai jamais pensé partir, mais j’ai dû reconsidérer ma position lorsque Salomon m’a contactée en fin de saison dernière… » Salomon, c’est un peu le graal pour un trailer. C’est la marque phare, celle qui sponsorise l’icône Kilian Jornet. Alors Candice n’a pas hésité bien longtemps.

Forte de ce nouveau sponsoring, la Mauriennaise est dopée à la motivation pour cette saison. Il y a eu les manches de coupe du monde de ski alpinisme, puis les championnats du monde de la discipline, sans oublier la mythique Pierra Menta qu’elle a couru en duo avec sa petite sœur, de deux ans sa cadette et franchement épatante sur la neige elle aussi, avec une belle 7e place à la clé.  « Le partage avec ma sœur et mon père est important. Ne pas être seul pour s’entraîner, ça change tout ! Ma sœur et moi, nous allons souvent en montagne ensemble. » Cet été, Candice s’alignera de nouveau au départ des championnats de France de kilomètre vertical et de trail court, puis elle réfléchira à sa fin de saison. « Je ferai des distances courtes dans tous les cas. Je souhaite me préserver et attendre quelques années avant de me lancer sur des distances plus longues. Je ne veux pas me blesser trop tôt. Mais je sais que je viendrai aux longues distances car ça me fait rêver : les parcours, les paysages, l’aventure… » Quand on vous dit que cette fille-là a la montagne dans la peau !

Candice Bonnel en bref

  • 22 ans
  • Titulaire d’un bachelor de l’INSEEC responsable commerciale, gestion et marketing. Etudiante en BTS Diététique (cursus à distance). Monitrice de ski à l’ESF de La Toussuire.
  • Vit à La Toussuire.
  • Palmarès TRAIL : championne de France espoir de KV 2016, vice-championne de France espoir de trail court 2016.
  • Palmarès SKI ALPINISME : 8e équipe féminine à la Pierra Menta 2015, championne de France espoir de vertical et de sprint 2016, 4e espoir aux championnats d’Europe.

 

 

3

Dopage – Relaxe de Nicolas Bouvier-Gaz : enfin !

Début février, Spe15 lançait un pavé dans la mare en révélant un contrôle positif aux corticoïdes réalisé sur le Festival des Templiers 2016. L’information dévoilait l’identité de l’athlète concerné : Nicolas Bouvier-Gaz. Hier, l’athlète du team New Balance ouvrait un courrier libérateur : la FFA lui annonçait qu’il était relaxé. Interview du Pyrénéen.

 

Le team New Balance lors de son rassemblement mi-février. Une équipe soudée qui n’a jamais douté de l’intégrité de Nicolas Bouvier-Gaz.

Suite à la publication de ce test positif, toutes sortes d’informations ont circulé sur internet, notamment sur les réseaux sociaux. La mention d’un échantillon B a même été évoquée. Qu’en est-il exactement ?

Il n’était pas nécessaire que je demande l’analyse d’un échantillon B car je n’avais aucun doute sur le premier échantillon. Je savais où j’en étais. Je me suis donc contenté de renvoyer tous les justificatifs à la FFA.

Comment as-tu vécu cette période ? Les propos tenus sur les réseaux sociaux t’ont-ils touché ?

Habituellement, je ne suis pas très actif sur les réseaux sociaux. Mais là, j’ai décidé de l’être encore moins pour me protéger. Ma compagne et mes proches me parlaient un peu de ce qui se disait, mais en fait j’ai eu peu de retours sur ce qui circulait. Ce ne sont donc pas les réseaux sociaux qui m’ont miné, mais plutôt l’attente liée à la procédure. Il m’était très difficile de me projeter dans un futur proche et dans la saison. Tant que la décision fédérale n’était pas tombée, je ne pouvais pas planifier mes courses, réserver mes hébergements… La situation perturbait également mon entraînement car je ne pouvais pas m’empêcher de réfléchir. Or, pour être concentré sur son effort, il faut être mentalement serein. Hier, lorsque j’ai ouvert le courrier de la FFA et que j’ai appris ma relaxe, je n’ai pas complètement réalisé. Ce n’est qu’aujourd’hui que j’en prends conscience. J’ai l’impression d’être libéré d’un grand poids.

Comment tes sponsors et tes coéquipiers ont-ils réagi lorsque l’information liée à ce test a été publiée ?

Mon sponsor principal, New Balance, m’a soutenu dès le début. Le team manager, Jack Peyrard, a immédiatement répondu à Spe15. Jack me fait confiance, comme mes autres partenaires qui savent qui je suis et ne doutent pas de mon intégrité. Les coureurs du team m’ont eux aussi totalement soutenu. Je n’ai jamais été mis à l’écart. Beaucoup d’autres athlètes de niveau international, ainsi que des managers de team, m’ont envoyé des messages de soutien. Cela m’a beaucoup aidé à ne pas tenir compte de la méchanceté gratuite.

Quels sont tes projets pour la saison 2017 ?

Mon premier objectif sera Zegama, fin mai, au pays basque. Puis je participerai en juillet à la coupe du monde de skyrunning près de chez moi, dans les Pyrénées. Fin août, je prendrai le départ de la CCC. En revanche, la fin de ma saison n’est pas encore planifiée.

0

Dans le rétro’ : rencontre avec Nicolas Martin

Dimanche, Nicolas Martin s’alignera au départ du Trail du Ventoux. Parrain de l’événement, il en est aussi le vainqueur sortant. Si garder son titre lui tient à cœur, il sait aussi que la concurrence sera rude sur cette épreuve où les prétendants à une sélection en équipe de France joueront des coudes. Quoiqu’il en soit, Nicolas a d’ores et déjà sa place pour les prochains championnats du monde, lui qui s’est lentement et intelligemment construit en tant qu’athlète de haut niveau. Depuis ses débuts en course à pied, l’Isérois n’a cessé de progresser. Jusqu’à décrocher l’argent aux championnats du monde fin octobre, sur les sentiers portugais. Je vous propose ici l’article rédigé après son exploit et récemment publié dans Jogging International. 

Il ne paie pas de mine avec son petit gabarit et sa discrétion naturelle. Lorsque je rencontre Nicolas pour la première fois, il est au bord d’un véritable chantier de cross-country dans la région grenobloise. Il fouille dans ses affaires, le maillot bleu ciel de notre club commun sur les épaules. Pour la licenciée de longue date que je suis, l’apparition de ce petit bonhomme qui vient de faire des étincelles sur l’épreuve boueuse m’interpelle. Qui est donc ce nouveau venu ? Les mois s’écoulent et le nom de Nicolas Martin résonne de plus en plus fréquemment dans les locaux du club. Et dans les médias spécialisés aussi. Cet enfant du Trièves gravit les échelons avec une passion, une abnégation et un professionnalisme qui forcent le respect.

© Lionel Montico

Du Trièves au Portugal

Professionnel, Nicolas l’est jusqu’au bout des baskets. Coaché par Patrick Bringer depuis 2010, il cultive la rigueur au quotidien et s’investit corps et âme dans sa pratique sportive. Pourtant le petit Nicolas n’a pas été élevé dans une famille férue de sport, mais plutôt à la campagne, dans le Trièves (Isère) entre l’équipe de foot locale et les sorties de chasse dans les bois aux côtés de son papa. « Je n’ai réellement commencé à courir qu’en 2004 en faisant quelques footings dans la semaine et des petites courses par-ci par-là », raconte le Beaufortain d’adoption. « En 2010, à 24 ans, j’ai pris conscience que les meilleurs avaient un sacré niveau et j’ai décidé de prendre un entraîneur pour progresser. » L’heureux élu n’est autre que Patrick Bringer, ex-triathlète, trailer de renom et coach de Thomas Lorblanchet, alors récent vainqueur des Templiers, une épreuve qui fait scintiller des étoiles dans les yeux de Nicolas. « A cette époque, je rêvais de porter le maillot de l’équipe de France. »

Le rêve est devenu réalité dès 2013 avec une première sélection en équipe nationale. Pour ses premiers pas sous la bannière tricolore, Nicolas décroche la 9e place aux mondiaux et la médaille d’argent par équipe. Celui qui trotte même sur les pentes les plus raides a bel et bien commencé son ascension vers les sommets de la discipline. Un an plus tard, il devient vice-champion de France de trail et de kilomètre vertical et remporte l’OCC. En 2015, il termine 7e individuel et premier par équipe aux championnats du monde avant de finir 3e de la CCC, sa première expérience en ultra, puis 2e du Grand Trail des Templiers. Le petit Nicolas est décidément devenu grand. Très grand. En 2016, il enchaîne les performances de haut vol : victoire sur le trail du Ventoux, 2e sur la très relevée Transvulcania, vainqueur du High Trail Vanoise, 11e des championnats d’Europe de course en montagne… et finalement vice-champion du monde en octobre dernier. « L’entraînement de Patrick se caractérise par un volume important, plus élevé que la moyenne des entraîneurs. Cependant il respecte le principe de progressivité qui permet d’optimiser le potentiel de l’athlète en respectant son intégrité physique », explique Nicolas. « L’une des clés pour éviter les blessures consiste à respecter un temps de récupération suffisant après les compétitions. Le trail est une discipline particulière en ce qu’il nécessite d’encaisser des périodes d’entraînement très dures auxquelles succèdent des phases plus cool qui permettent à l’organisme d’assimiler le travail et de se régénérer. Il faut laisser au corps le temps de s’adapter. » Saison après saison, les qualités de l’Isérois se sont améliorées, affinées, optimisées. Il n’a pas été question de brûler les étapes, mais bien de construire la performance. « Patrick n’hésite pas à faire l’impasse sur des courses importantes s’il estime que l’intégrité physique est en jeu. Je pense qu’il est essentiel de ne jamais négliger la santé, même s’il ne faut pas se voiler la face et admettre que s’entraîneur dur pousse le corps dans ses limites et n’est pas une démarche qui respecte la santé à 100 %. »

© Lionel Montico

Le gamin et le Dieu de la Borne

Surnommé affectueusement le « gamin » par son entraîneur, Nicolas n’est plus le petit jeune en manque d’expérience qui a tout à prouver. A la grâce d’un travail acharné au quotidien, placé avec humour sous l’égide du « Dieu de la Borne » (autrement dit le volume, toujours le volume !), il n’éprouve jamais de lassitude. S’entraîner deux fois par jour ? « Ce n’est pas un problème, sauf lorsque j’ai de grosses charges d’entraînement et qu’il faut retourner courir ou rouler malgré la fatigue. Contrairement à certains athlètes qui privilégient le plaisir, je m’astreins à des séances qui, souvent, ne sont pas drôles. Je pense qu’il faut mettre toutes les chances de son côté si l’on veut être performant. Mais il y a beaucoup de diversité dans mon entraînement : d’un jour à l’autre et au sein d’une même journée, je fais des activités différentes. Course à pied, vélo de route, home trainer, un peu de ski de fond en hiver… Je ne fais guère plus de 5 ou 6 fois la même séance dans l’année ! » Au bout du compte, ce ne sont pas moins de 20 à 25 heures d’entraînement hebdomadaires auxquelles s’adonne Nicolas, le plus souvent en solo mais régulièrement aussi avec des amis. « J’apprécie de m’entraîner avec du monde, y compris d’un niveau différent. Cela permet de faire des sorties cool, mais aussi d’être poussé sur des séances difficiles. » Ces mots me rappellent un footing partagé avec lui dans le Beaufortain : tandis que je soufflais comme un bœuf asthmatique dans une montée assassine, le petit bonhomme trottinait en parlant et en riant. Trailer de haut niveau, c’est vraiment un métier !

« Le trail peut être un job, mais il faut savoir qu’il reste peu rémunérateur par rapport à l’engagement qu’il demande. 25 heures d’entraînement par semaine, ce ne sont pas 25 heures dans un bureau. Une carrière dure très peu de temps et doit être gérée comme une mini-entreprise », estime Nicolas. « Il faut à la fois savoir communiquer et avoir des résultats. Aujourd’hui, trouver des sponsors matériels est assez facile. En revanche, décrocher des partenariats financiers se révèle compliqué. » Du coup, le pensionnaire de l’équipe de France travaille quatre mois et demi en hiver comme skiman aux Saisies. Non seulement pour gagner un peu d’argent, mais aussi pour la dimension sociale. « Je suis souvent seul à l’entraînement, alors ça fait du bien de côtoyer des gens, extérieurs au trail qui plus est. » Une vision qui incarne toute la sagesse et le réalisme d’un athlète qui sait prendre son temps. Prendre son temps pour progresser, mais aussi pour apprécier les paysages et les êtres qui l’entourent. Non, Nicolas n’est pas seulement un champion : il est aussi un « gamin » sacrément attachant.

© Lionel Montico

 

* Un problème de balisage et l’erreur de parcours de plusieurs coureurs ont engendré l’application de pénalités et donc le reclassement de plusieurs athlètes. Nicolas Martin, en tête, s’est vu contraint d’attendre son poursuivant, Sylvain Court, et de franchir avec lui la ligne d’arrivée. Il a été finalement rétrogradé à la deuxième place, Sylvain Court étant déclaré seul vainqueur. De nombreux débats ont suivi cet imbroglio qui a concerné les classements féminin et masculin.

 


  • Son spot préféré pour courir : les arêtes du Mont Coin et le lac d’Amour (Beaufortain).
  • Son meilleur souvenir de compétition : sa 2e place à la Transvulcania « car elle allie une réelle réussite sportive et une ambiance de folie à l’arrivée. »
  • La course qu’il n’a pas encore courue et qui le fait rêver :
  • Sa valeur phare : le travail et sa reconnaissance. « Dans le sport, le résultat ne dépend pas du copinage ou du réseau : il reflète le travail réalisé à l’entraînement. »
  • Sa phrase fétiche : « Etre aimé de tout le monde, c’est aussi être aimé de n’importe qui. »

 Un mot sur les mondiaux

« Je rêvais d’un podium aux championnats du monde et je me savais capable de le faire à condition de rester concentré et respectueux des adversaires. La course s’est déroulée telle que je le pensais. En franchissant la ligne d’arrivée, un immense bonheur m’a envahi. Un premier podium mondial est une grande satisfaction personnelle. Cette course a clôturé une saison régulière et réussie. Mais il me reste une marche à gravir. Ce sera l’un de mes objectifs pour les saisons à venir. »


 

Nicolas Martin en bref

Né le 29 juillet 1986
Habite à Villard-sur-Doron (73)
Entraîneur : Patrick Bringer (2010 – aujourd’hui)
Membre de l’équipe de France de trail depuis 2013
Palmarès :

  • 2016
    Vice-champion du monde, vainqueur du trail du Ventoux et du High Trail Vanoise, 2e de la Transvulcania, vice-champion de France de trail.
  • 2015
    7e des championnats du monde et champion du monde par équipe, 8e des championnats de France de course en montagne et champion de France par équipe, 3e de la CCC, 2e du Grand Trail des Templiers.
  • 2014
    Vice-champion de France de trail et de kilomètre vertical, champion de France par équipe de trail et de course en montagne, vainqueur de l’OCC.
  • 2013
    9e des championnats du monde et vice-champion du monde par équipe, 5e des championnats de France de trail et champion de France par équipe.
  • 2012
    3e des championnats de France de trail.

 

0

Rencontre avec Juliette Blanchet

Pour s’évader de la rigueur mathématique de son métier, Juliette Blanchet court. Et court longtemps. L’ultratraileuse allie ainsi, sur les sentiers, plaisir, planification et optimisation. Une équation synonyme de succès. Interview.


Tu as décroché en août dernier la quatrième place de l’UTMB. Cet ultra représentait-il un rêve pour toi ?

Non, pas vraiment. Je n’ai jamais eu pour objectif de m’aligner au départ de l’UTMB lorsque j’ai commencé à courir, il y a une dizaine d’années. En réalité, je suis venue à l’ultra petit à petit. Je pense qu’il faut regarder à long terme et évoluer de manière progressive, notamment pour des questions de santé.

Quelle sportive étais-tu avant de te lancer dans la course à pied ?

J’ai très longtemps pratiqué le handball. Lorsque j’ai quitté Paris pour m’installer à Grenoble, j’ai trouvé qu’il était dommage de m’enfermer dans un gymnase alors qu’il y avait un tel terrain de jeu à l’extérieur. Comme mon copain courait, j’ai eu envie de courir moi aussi. Puis nous sommes allés à Davos où j’ai vu des gens courir en montagne. Cela m’a tellement donné envie que je m’y suis mise… et je n’ai plus cessé depuis !

Pourquoi aimes-tu autant les efforts de longue haleine ?

Les distances courtes sont trop rapides et trop intenses pour moi, qui suis très régulière sur du long. De plus, l’ultra me permet de déconnecter complètement : je ne pense plus à rien, je ne songe qu’à avancer. Et puis j’aime la préparation d’un ultra : partir le week-end pour plusieurs heures de sortie, j’adore ça ! Par ailleurs, le côté scientifique de la gestion m’intéresse : je réfléchis à ce que je vais manger et à quel moment, à ce que je vais choisir comme équipement…

Prépares-tu un ultra de manière aussi rigoureuse que tu mènes tes recherches en mathématiques ?

Oui, en un certain sens ! (rire) J’aime ce qui est carré et bien organisé. Au début, je m’étais même fait un petit algorithme pour calculer mes temps de passage. Maintenant j’élabore mon plan de marche de manière plus simple : je me fonde sur quelques chronos des années antérieures, je calcule une moyenne et j’obtiens mes propres temps de passage. A 10 minutes près, je sais ainsi quel sera mon chrono à l’arrivée d’un ultra. Cette année, sur l’UTMB, je suis toujours passée dans les temps, à 3 minutes près, puis j’ai pu accélérer sur la fin et franchir la ligne avant l’heure prévue.

En hiver, continues-tu à courir lorsque le froid et la neige apparaissent dans les Alpes ? Pratiques-tu l’entraînement croisé ?

J’avoue que je fais beaucoup moins de sport en hiver. Je ne cours presque plus. Je pratique le ski de fond et le ski de randonnée, mais je ne participe à aucune compétition. J’ai besoin de faire une pause. Quant à l’entraînement croisé, je sais que je devrais le pratiquer, mais j’ai beaucoup de mal à faire du vélo. Cette saison, j’ai dû rouler une fois une heure… Comme je n’ai mal nulle part quand je cours, je fais ce que je préfère : courir !

Quel conseil donnerais-tu au lecteur en nutrition ?

Testez vos ravitaillements le plus possible avant une course afin de savoir ce qui vous convient le mieux. Il est tellement dommage de gâcher une aventure à cause de problèmes digestifs !

Et en termes d’entraînement ?

Même si vous courez uniquement des ultras, ne négligez aucune filière : entraînez-vous en fractionné, y compris sur des 30/30, et faites des sorties longues.

La gestion de course est essentielle en ultra. Quel est le secret de la réussite ?

Ne pas hésiter pas à établir un plan de course. Je m’imprime un profil avec mes temps de passage et je glisse le papier dans une poche. En course, je le consulte et cela me permet souvent de relativiser de mauvaises sensations.

Enfin, as-tu une astuce concernant le ravitaillement ?

Pour éviter de galérer avec des emballages de barres lorsque vos mains sont engourdies par le froid, pré-ouvrez-les lorsque vous préparez votre matériel de course.

 

Juliette Blanchet en bref

36 ans, 1,66 m, 51 kg. Chercheur en mathématiques au CNRS.

  • 4e à l’UTMB en 2016.
  • 3e de l’Eiger Ultra Trail en 2016.
  • 3e à la TDS en 2015.
  • 2e à la MaxiRace en 2015.
  • 2e à la Diagonale des Fous en 2014.

 

1

Caroline Joguet : la cabrette du Beaufortain

Le soleil distille mille nuances de lumière. Parmi elles, le sourire de Caroline. Ce petit visage rosi par le grand air irradie une fraîcheur et une joie qui vous donnent du baume au cœur et illuminent votre journée. Chevrière à Arêches Beaufort, Caroline Joguet est aussi une experte en ski alpinisme et une traileuse passionnée. 

Toute petite, elle courait déjà dans les champs avec son frère. Dans ce Beaufortain aussi somptueux que rugueux, Caroline Joguet a grandi au milieu des vaches laitières élevées par ses parents et des chèvres de son oncle. Une vie à la Heidi au cœur des cimes alpines où les enfants ont l’habitude de jouer en pleine nature et pratiquer des sports de montagne. « J’aimais particulièrement les chèvres, alors j’ai commencé à ramener à la maison des cabris de l’élevage de mon oncle dès l’âge de 15 ans », se souvient Caroline. Passionnée par les animaux, l’adolescente passe un bac agricole tout en pratiquant le ski alpinisme à haut niveau. « Pendant deux ans, j’étais en équipe de France jeunes. J’ai ainsi couru en coupe du monde, mais lorsque mes résultats ne m’ont plu satisfaite, j’ai arrêté pour me consacrer à mon projet professionnel. » Tout entière absorbée par sa volonté de fonder son propre élevage caprin, Caroline se tourne alors vers le trail, plus facile à caser dans ses journées bien remplies.

L'été, Caroline sillonne son alpage avec son troupeau de chèvres.

L’été, Caroline sillonne son alpage avec son troupeau de chèvres.

Du sport, mais avant tout du plaisir

Si Caroline court et épingle régulièrement des dossards, elle le fait avant tout pour le plaisir et le partage. Très attachée à la mythique Pierra Menta d’hiver à laquelle elle participait l’hiver dernier avec Sophie Mollard, membre de l’équipe de France jeunes de ski alpinisme, Caroline s’adonne depuis quatre ans au trail avec Estelle Peretto, son amie d’enfance. « Nous nous connaissons depuis l’école maternelle. Nous habitions à deux kilomètres l’une de l’autre », confie Caroline. « Nous avons commencé à courir ensemble lorsque j’ai lâché le ski alpinisme et qu’Estelle a arrêté la compétition en ski alpin. Nous courons le plus souvent possible toutes les deux, à la fois à l’entraînement et en compétition. » Les deux filles ont la même passion de la montagne dans la peau, le même plaisir à pratiquer la course à pied et, surtout, le même attachement mutuel. Elles guettent ainsi le moindre trail en relais ou en duo et s’alignent au départ en toute décontraction, avant tout désireuses de s’amuser sur les sentiers. Début juillet 2016, elles participaient ainsi à la Pierra Menta d’été, épreuve technique de deux jours à courir en binôme. « N’ayant pas eu assez de temps pour m’entraîner, j’ai souffert sur cette course, mais nous en avons vraiment profité ! Notre problème, avec Estelle, c’est que nous ne sommes pas foncièrement compétitrices : nous aimons nous faire plaisir et rigoler. Nous nous en fichons un peu de nous faire doubler ! » s’exclame Caroline, amusée. « C’est dommage car nous sommes sûres qu’en étant plus sérieuses, nous pourrions être bien plus performantes. »

Le bonheur a un visage !

Le bonheur a un visage !

Alpine jusqu’au bout des ongles

Si la motivation de Caroline pour courir et skier reste intacte, elle est mise à rude épreuve. Le métier de chevrière dans le Beaufortain n’a rien d’une sinécure, surtout en été lorsqu’il faut grimper dans les alpages, faire les foins, traire les 90 biquettes et fabriquer le fromage ! « Mes parents m’aident, mais j’avoue que je m’entraîne très peu, faute de temps. J’essaie de me lever tôt pour aller courir un peu, mais c’est compliqué », regrette Caroline. Pendant la saison froide, l’activité ralentit un peu, mais les chèvres exigent des soins quotidiens tout au long de l’année. Même si son métier est aussi une passion, la jeune chevrière veille à garder un peu de temps pour elle. « On ne peut pas vivre comme les agriculteurs d’autrefois. Je ne compte pas mes heures de travail, mais je dois rendre mon exploitation rentable. » Détachée de ses préoccupations économiques le temps d’un footing ou d’une compétition, Caroline savoure sa chance de vivre dans ce berceau montagnard qui l’a vue naître et grandir. Et qui la voit aujourd’hui sourire et courir, habile comme un chamois en digne enfant des Alpes, sur ces prairies d’altitude où s’égaillent ses biquettes.

 

L’info en +

Caroline a récemment été élue Miss Agri 2017, concours organisé sur Facebook consistant à désigner la meilleure représentante du monde agricole. Une belle reconnaissance !

Caroline Joguet en bref

Age : 25 ans
Profession : chevrière
Vit à Arêches-Beaufort
Ex-membre de l’équipe de France jeunes de ski alpinisme
Traileuse
Spécialiste des courses en relais et en duo

carolinejoguet_0042

 

0

Romain Bardet : « je fais de la course à pied et du trail »

Ce n’est pas parce qu’on est coureur à pied qu’on ne s’intéresse pas aux autres sports d’endurance. Je dirais même que c’est parce qu’on est coureur à pied qu’on lorgne vers les autres disciplines avec un intérêt décuplé ! Avec l’avènement de la pratique de l’entraînement croisé, qui a notamment introduit le vélo dans le quotidien du trailer, l’adepte du running ne peut rester indifférent à l’univers du cyclisme. Et quand on a été embarqué, enfant, sur les routes des grands cols à l’époque de Fignon, Lemond et Indurain, on ne peut que continuer à jeter un œil sur les forçats de la route. Bref, comme la plupart des sportifs, j’ai moi aussi observé la prestation de Romain Bardet l’été dernier. Alors quand j’ai eu l’opportunité de réaliser un reportage sur l’équipe AG2R La Mondiale, j’ai forcément bondi sur cette occasion en or de parler avec le staff et les coureurs de l’écurie française.

La semaine dernière, me voilà donc en plein brouillard, au cœur de la station de Vaujany où l’équipe devait vivre une semaine de stage après la traditionnelle coupure automnale. Les visages connus et moins connus défilaient dans le hall de la patinoire. Romain Bardet apparut brièvement, vite happé par un photographe, puis par un journaliste télé. Encore un peu de patience… Une entrevue avec un champion du Tour de France, ça se mérite ! Le temps passait sans que l’ombre du champion ne réapparut. Deux bonnes heures de poireautage intensif plus tard, l’interview tant attendue se profilait enfin. Aaaah, non, ce ne serait pas un entretien en tête-à-tête, mais plutôt une mini-conférence de presse puisque l’Auvergnat répondrait aux questions de cinq journalistes. Dommage…

Là, je ne vais pas vous cacher que j’ai un peu honte de mon erreur de débutante. Ayant une commande à honorer, donc une thématique bien précise à traiter, je n’ai pas allumé mon dictaphone dès le début de l’interview collective. Je suis bêtement restée là, à écouter mes confrères poser leurs questions et Romain Bardet y répondre consciencieusement. Ce n’est que lorsque j’ai enfin pu aborder le sujet qui concernait mon article que j’ai enclenché l’enregistrement. Ooooh, ça va, hein, n’en rajoutez pas, je regrette suffisamment ma boulette !!!

Pour vous le faire court (de toute façon je ne peux pas vous le faire long vu que je n’ai pas le verbatim sous la main), mes collègues interrogeaient Romain sur sa saison 2017. Le propos tournait surtout autour de l’enchaînement Giro / Tour de France que Romain envisage cette saison parce qu’il considère que cette configuration pourrait lui permettre de progresser et de franchir encore un cap pour les saisons suivantes. Lorsqu’un journaliste pointa le fait que le public l’attendrait sans doute aux avant-postes du Tour cette année et risquerait d’être déçu s’il arrivait émoussé après le Giro, Romain Bardet répondit qu’il ne courait pas pour satisfaire le public, mais pour construire sa carrière, pour optimiser ses performances non pas à court terme mais à moyen et long termes. Avec un calme impressionnant et une analyse étonnante pour un champion de son âge, le jeune Auvergnat expliquait à son petit auditoire sa vision de sa carrière, de son équipe, de l’univers du cyclisme ou encore de la performance.

C’est alors que je pus enfin glisser mes questions au sujet du stage qu’il allait vivre avec ses coéquipiers et à propos de l’hiver qui se profilait.

« Ce stage est important car il nous permet d’apprendre à tous nous connaître et ce dans un cadre étranger, c’est-à-dire que l’on n’est pas sur un vélo, concentré à faire des kilomètres comme c’est déjà le cas en décembre. Là, on est vraiment relâché. J’ai recommencé à faire du sport il y a 6 jours, d’autres sont en train de rattaquer, d’autres sont plus en avance, mais on met tous un peu ça de côté pendant une semaine et on se prête à des activités différentes. Ce sont des moments de convivialité qui sont plus rares en saison. On apprend à mieux se connaître et c’est important.

Je ne vois pas chaque saison comme une fin de cycle en elle-même. 2017 sera dans le prolongement de ce que j’ai fait en 2016. Il y aura probablement moins de choses précises à travailler, mais plus de choses à affiner, notamment ma préparation physique générale. Aujourd’hui c’est un plaisir de reprendre ma préparation physique alors qu’il y a un an pile, je partais de zéro ! Là, je sens que je pars avec des acquis, donc c’est très stimulant. Je vais donc pouvoir aller encore plus loin dans mon travail d’optimisation de la performance pour que ça se traduise en résultats, que ce soit de manière directe ou indirecte. Pour moi, c’est un épanouissement au quotidien et je m’applique dans ce que je fais.

Cet hiver, comme chaque année, je tiens à privilégier une activité multisport le plus longtemps possible. Je ne vais rattaquer vraiment le vélo qu’en décembre, ce qui signifie que je vais encore retarder un peu cette année la reprise car le cœur de la saison arrive tard. Je vais rattaquer ma saison plus tard cette année pour arriver en forme sur mes objectifs en temps et en heure. Je veux prendre le temps de bien me préparer. Je reprendrai le vélo début décembre mais je maintiendrai une activité multisport au moins jusqu’à Noël. Je fais du ski de fond, un peu de VTT, de la natation, du ski de rando, de la marche en montagne, de la course à pied, du trail. J’ai la chance d’avoir une certaine condition physique et de pouvoir varier les activités. Cela me permettra sans doute d’avoir un peu de fraîcheur quand le cœur de la saison sera là et notamment si je décide de faire l’enchaînement décisif Giro / Tour de France.

Romain Bardet et le nouveau vélo de l'équipe AG2R La Mondiale : portrait de deux machines de guerre ! © Photo : Yves Perret Médias

Romain Bardet et le nouveau vélo de l’équipe AG2R La Mondiale : portrait de deux machines de guerre ! © Photo : Yves Perret Médias

La reprise de la compétition ne se fera pas avant mi-février. J’aime courir sous la chaleur. J’irai peut-être courir en Espagne ou au Moyen Orient. Les épreuves restent à définir. Nous allons faire le point pendant le stage. La très bonne saison que je viens de faire doit me permettre d’aborder la suivante avec davantage de sérénité, c’est-à-dire en n’ayant pas forcément besoin d’aller se rassurer sur des courses fin janvier en France et de garder de l’énergie pour les rendez-vous importants. J’aime m’entraîner, j’aime être à la maison et m’entraîner, donc je garderai de la fraîcheur pour les échéances du printemps qui seront importantes pour l’équipe.

Quand les conditions météo sont hivernales, j’ai tendance à aller beaucoup sur la Côte d’Azur, mais je reste très attaché à ma région. Je veux toutefois bénéficier des meilleures conditions d’entraînement. Quand ce sera possible en Auvergne, je resterai à la maison, sinon j’irai sur la Côte. Il y a une dimension affective qui m’aide lorsque je suis en Auvergne, mais je ne ferai plus de sacrifices sur mon entraînement si les conditions sont mauvaises. J’ai cette chance et cette liberté grâce aux stages de l’équipe et cette résidence dans le Sud qui permettent d’être flexible et de m’entraîner de la meilleure des manières. Cette année, je ne ferai pas plus de stages en montagne, même si je ne les vis pas du tout comme une contrainte. Ces stages sont aussi des moments de vie, c’est aussi la façon dont je vois le sport, mais c’est vrai qu’on ne peut pas non plus s’isoler un mois. On peut difficilement faire davantage que ce que l’on a déjà fait avec l’équipe en 2016.

J’ai une vision un peu soft du rôle fédérateur que l’on m’attribue parfois dans l’équipe. Je ne suis pas le genre de personne qui va taper sur la table et crier plus fort que tout le monde pour me faire entendre. Mais par une manière de fonctionner, par un comportement, j’espère influer sur le groupe. On est trente coureurs et on est amené à être ensemble. Plus l’équipe est forte, plus nous serons tous tirés vers le haut. C’est important qu’on ait cette osmose-là, au-delà des irréductibles quatre ou cinq coureurs qui m’accompagnement toute l’année. Cela fait aussi partie de mon rôle d’aller vers les plus jeunes, surtout que j’ai manqué de ça quand j’étais néo-pro. A cette époque-là, j’aurais aimé avoir quelqu’un qui m’écoute, qui m’aide dans ma démarche de performance. C’est pour cela que cette mission me tient à cœur. Nicolas Roche m’avait un peu accompagné, mais ce n’était pas dans les mœurs de l’équipe d’accompagner les jeunes. C’est différent maintenant, l’équipe est totalement métamorphosée. Je parle de nouveau départ avec cette nouvelle équipe et l’expression est peut-être un peu forte, mais par rapport à 2012 il y a eu de réels changements dans les mentalités et la manière de fonctionner, même si l’encadrement perdure. Je m’y retrouve pleinement maintenant. » 

Une ou deux questions supplémentaires plus tard, tous les dictaphones posés sur la table s’arrêtaient. L’entretien était déjà terminé. Romain Bardet nous sourit et s’éclipsa, toujours aussi serein. Franchement, on ne croirait pas que ce jeune homme mince comme un fil, discret et calme, est le même qui bataillait sur les routes du Tour l’été dernier. Mon seul regret est de n’avoir échangé avec ce champion que dans le cadre très formaté d’une conférence de presse où, forcément, le discours est très réfléchi, les mots sont choisis, le temps est compté. Finalement, après cette entrevue, émergeait une autre question : qui est vraiment Romain Bardet ?…