Discrète et grignette. On lui donnerait presque dix ans de moins, à ce petit bout de jeune femme qui court aussi vite dans sa vie que sur les pentes des montagnes qu’elle gravit. Axelle Mollaret a de nouveau amélioré le record du monde de kilomètre vertical (KV) il y a quelques semaines à la Verticale du Grand Serre. Où s’arrêtera-t-elle ? Je vous propose ici le portrait que j’avais publié il y a un an, suite à son premier record du monde de KV.

Tandis que les médias sportifs analysaient avec moult détails les dernières actualités des ballons rond et ovale, la performance stratosphérique de la jeune Axelle passait complètement inaperçue. On adore pourtant les champions du monde et les records planétaires, surtout lorsqu’ils sont signés par des petits Frenchies. Mais quel téléspectateur ou lecteur de L’Equipe a-t-il entendu parler de ce petit prodige tout droit sorti de son fief d’Arêches-Beaufort et capable d’avaler 1000 mètres de dénivelé positif en moins de 35 minutes ?

Il faut dire qu’Axelle Mollaret cultive la discrétion. Les réseaux sociaux, la communication à tout va sur Facebook ou Instagram ? Elle n’y tient pas spécialement. Si elle décroche un titre mondial, elle s’en réjouit, bien entendu. Mais elle n’ira jamais caracoler en tête de gondole avec sa victoire pour se faire mousser. On pourrait même penser qu’elle vit ses courses et ses performances avec un détachement désarmant. Les apparences sont pourtant trompeuses. « C’est un peu bizarre, c’est vrai », admet-elle d’une petite voix teintée d’humilité. « Je peux donner cette impression alors qu’en réalité le résultat d’une compétition m’importe énormément. Je suis profondément compétitrice et je cherche la confrontation mais, en même temps, j’ai une très mauvaise mémoire des chronos et du palmarès. Une fois un objectif atteint, je passe rapidement à la performance suivante. » Jean-Louis Bal, son entraîneur depuis 2012, confirme cette étonnante contradiction : « Il y a une complète opposition entre ce que l’on peut percevoir d’Axelle et ce qu’elle est en réalité. Elle est très déterminée et très professionnelle dans son entraînement. »

Rigoureuse. Hyper organisée. Solide. Axelle fait preuve d’une impressionnante capacité à encaisser un gros volume d’entraînement – une quinzaine d’heures hebdomadaires en dehors de la saison de ski alpinisme – et une vie professionnelle dévorante qui ne lui laisse guère de temps libre. « Elle est capable de passer très vite de la compétition ou de l’entraînement à sa vie active. L’un n’empiète pas sur l’autre, tout est cloisonné », ajoute Jean-Louis Bal. C’est ainsi que la jeune championne s’est alignée au départ de la Verticale du Grand Serre le 30 septembre 2018 une semaine à peine avant son mariage. « Je pensais qu’elle aurait plus la tête aux préparatifs de la fête qu’à sa course », évoque son coach. Que nenni ! La skieuse alpiniste a foncé bille en tête dans la pente sans jamais se laisser perturber par ses préoccupations personnelles. « Je ne pensais pas du tout battre le record. Je suis partie juste avant Christelle Dewalle, qui est la référence sur KV, et je m’attendais à me faire doubler rapidement », évoque Axelle. « J’ai pris un départ rapide. Trop rapide. Mais j’ai décidé d’essayer de maintenir la cadence. J’avais de super bonnes sensations. En haut, j’avais amélioré mon chrono sur ce parcours d’1’20’’ et battu le record du monde ! »

Le pire, c’est qu’Axelle ne prépare pas spécifiquement les épreuves de course à pied. Tout ce qu’elle fait en été, à l’entraînement comme en compétition, est exclusivement tourné vers un objectif : la saison de ski alpinisme. En hiver, le rythme des courses est tel que le planning serré d’Axelle ne lui laisse guère le temps de s’entraîner. Sur 5 mois, elle cumule 26 jours avec un dossard auxquels s’ajoutent de longs déplacements. Alors il faut caser les séances le reste de l’année et parfois cumuler jusqu’à 20 heures par semaine sur les skis, sur le vélo ou dans les baskets. « Axelle est l’une des athlètes qui m’impressionnent le plus », confie Jean-Louis Bal. « Depuis deux ou trois ans, elle connaît une étonnante progression. Aujourd’hui, je ne vois pas ses limites. » Forte d’une VO2max élevée, d’un excellent rapport poids/puissance, d’une bonne endurance et d’une réelle polyvalence (elle excelle autant sur les montées sèches à ski qu’à vélo de route ou à pied), Axelle Mollaret est aussi dotée d’une constitution robuste. Les seules blessures dont elle a souffert ont été causées par des chutes – deux à vélo en 2013 et 2017 et une à ski en 2015. « Peut-être que cette absence de blessures est liée à mon travail ? Je ne sais pas… mais je suis assez à l’écoute de mon corps et je sais m’arrêter dès que je me sens trop fatiguée. Parfois, il est inutile de forcer et de faire la séance de trop. »

L’humilité, la connaissance de soi, l’écoute de son corps, la rigueur de l’entraînement : les paramètres de la performance se trouvent sans doute là pour la jeune Arêchoise d’adoption qui, née à Annecy, a écumé les massifs autour du lac avec sa famille dès son plus jeune âge. « J’ai la chance de pratiquer ma passion avec mon conjoint (Xavier Gachet, skieur alpiniste émérite, ndlr). Nous avons le même entraîneur, le même rythme de vie, les mêmes compétitions en hiver. Ça m’aide d’avoir Xavier près de moi : j’ai toujours plein de questions sur le matériel, la technique… », confie Axelle en souriant. Outre ses capacités physiques et mentales exceptionnelles, la championne bénéficie aussi du soutien inconditionnel de ses proches, épatés encore aujourd’hui par les prouesses de la petite qui grignotait tranquillement son pique-nique au sommet de la Tournette lorsqu’elle était à peine âgée d’une dizaine d’années. Et si Axelle hésite lorsque vous lui demandez son palmarès, adressez-vous donc à son grand-père : c’est lui qui actualise la page Wikipédia consacrée à sa petite-fille. Axelle, elle, n’a pas trop le temps de s’en occuper. Et puis, comme elle dit : « Ma vie ne tourne pas autour du sport. C’est quelque chose en plus dans mon existence, mais ce n’est pas ma raison de vivre, même si je consacre beaucoup d’énergie et de temps à la performance. J’aime mon travail et ma vie de famille. » Bref, ne cherchez pas plus loin qu’Arêches : c’est là, au cœur du Beaufortain, qu’on trouve l’incarnation du fameux adage « mens sana in corpore sano. »


Axelle en bref

Née le 3 septembre 1992 (27 ans)

Vit à Arêches-Beaufort

Profession : kinésithérapeute à Beaufort

Palmarès express :

  • Ski alpinisme :
    • Championnats du monde : médaille de bronze junior en 2010, triple championne du monde junior en 2011 (sprint, vertical race, course individuelle), quadruple championne du monde en 2015 (vertical race et course individuelle en catégorie espoir, par équipe avec Laëtitia Roux et en relais), quintuple médaillée en 2017 (3e sur la course individuelle, vainqueur de la course par équipe, 3e de la vertical race, vainqueur du relais et du combiné), championne du monde de course individuelle 2019.
    • Coupe du monde : vainqueur du classement combiné 2018, 2e du classement combiné 2017.
    • Championnats d’Europe : triple médaillée d’or en 2018, double médaillée d’or en 2014 et en 2012.
    • Double vainqueur de la Pierra Menta (2016 et 2018), double vainqueur du Tour du Rutor (2016 et 2018), vainqueur du trophée Mezzalama (2015), vainqueur de la Patrouille des glaciers (2018).
  • Course à pied :
    • 3e au cross du Mont Blanc en 2015, médaille de bronze aux championnats de France de course en montagne en 2016, 19e aux mondiaux de course en montagne en 2016, vice-championne de France de course en montagne en 2017, 7e aux championnats d’Europe de course en montagne en 2017.
    • Recordwoman du kilomètre vertical sur la Verticale du Grand Serre en 2018 en 34’36’’ puis en 2019 en 34’01 ».

Source photo : site web de Trails Endurance Mag