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L’envers du dossard

Un rectangle de papier. Parfois un peu cheap, parfois carrément sophistiqué avec puce intégrée, revêtement imperméable et structure indéchirable. Au recto, un numéro esseulé, ou bien accompagné de votre prénom, du logo d’un sponsor et même du profil de la course.

Un dossard est tout ce qu’il y a de plus anodin et de plus familier pour le compétiteur régulier. Son prix suscite souvent les critiques : « Ils abusent, ça fait plus d’un euro le kilomètre ! Ils se gavent bien sur notre dos, quand même… » Mais qu’y a-t-il derrière le prix d’un dossard ? Certainement pas seulement le coût de trois morceaux de rubalise, de deux quartiers d’orange et d’un rectangle de papier imprimé. Explications par l’exemple avec l’Echappée Belle, ultra traversée du massif de Belledonne (au passage, merci à Florent Hubert de sa coopération et de sa transparence !). 

Créée en 2013, l’épreuve iséroise L’Echappée Belle s’est immédiatement affirmée comme l’un des ultras les plus beaux, mais surtout les plus exigeants. Le massif de Belledonne offre des terrains d’une haute technicité et des sentiers d’altitude isolés, difficiles d’accès. Autant dire qu’organiser une course traversant l’intégralité de la chaîne, de Vizille (Isère) à Aiguebelle (Savoie) était un sacré pari pour la poignée de passionnés à l’origine du projet. Cinq ans après sa naissance, L’Echappée Belle est toujours portée par une association dénuée de visée lucrative. En 2017, le dossard pour les 144 km et 11 100 m D+ en solo coûte 170 €. L’inscription pour les 85 km s’élève à 90 € et à 55 € pour les 47 km.

Au-delà du montant que le coureur doit débourser pour participer, il convient de considérer les services offerts aux concurrents. Sur L’Echappée Belle, le tarif inclut une dotation de départ, un lot finisher, le suivi live et le chronométrage, un petit déjeuner au départ, des ravitaillements sur le parcours, un repas et une boisson d’arrivée, un dispositif de premiers secours, un road book, un sac d’allègement et l’accès aux photos HD. Bref, ce qui semble cher au départ recouvre en réalité une belle palette de prestations. Cependant vous pouvez vous-même faire le compte et mettre en regard ce que vous payez et ce que vous recevez en échange. Mais ce que vous ne savez pas, c’est la montagne de frais (et de responsabilités !) que l’organisateur doit assumer.

 

Ce graphique témoigne de la prédominance de quatre postes budgétaires principaux : la sécurité, les services aux coureurs, les frais directement liés à la course et la communication. Néanmoins, même en détaillant ainsi les dépenses que doit assumer l’organisation, l’analyse reste incomplète. Comme l’affirme Florent Hubert, président de l’association organisatrice de L’Echappée Belle, « il faut bien distinguer un trail d’un autre car tout dépend des subventions et sponsors, de la nature du parcours – une boucle coûte moins cher qu’une traversée, par exemple – et du type de territoire sur lequel on évolue. Ceux qui voudraient que les courses soient moins chères ont tort. Pas cher est synonyme de système D, donc de risques de problématiques non gérées, de nuisances pour l’environnement… et donc, à terme, de contraintes et restrictions accrues sur notre sport et notre pratique. » En attendant, chacun reste libre de choisir les courses auxquelles il participe, donc d’encourager – ou pas – une certaine philosophie de l’organisation.

 

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Drayes du Vercors : le dossard spontané

A l’heure des courses hyper galvaudées qui exigent une planification de dingue (genre tu coches la date dans ton agenda en novembre pour une course prévue en août de l’année suivante), rien ne vaut une belle épreuve locale où il est encore possible de s’inscrire le matin même. Après avoir « subi » pendant des années le diktat des compétitions fédérales d’athlétisme qui ne laissent guère le choix (si ta meilleure amie se marie la veille de la finale nationale des interclubs, tu n’as plus qu’une solution : assister vite fait à la cérémonie religieuse puis sauter dans un train, sac de sport en bandoulière, avec ta robe de soirée et ton chignon tarabiscoté complètement incongrus dans la vie normale… authentique, je vous jure !), j’avoue que toute planification pluri-mensuelle me rebute. Mais il faut bien programmer une saison sportive et donc un entraînement digne de ce nom, alors je mets quelques croix dans le calendrier malgré tout.

Mais quel régal de tomber, un peu par hasard, sur l’annonce d’un trail tout proche de chez soi et de se dire, trois jours avant la course : « Tiens, et si j’y allais plutôt que m’entraîner toute seule samedi matin ? » Et si, en bonus, la course se déroule dans le fief d’amis qu’on n’a pas vus depuis trop longtemps, alors la pulsion est décuplée ! Me voilà donc inscrite sur les 26 km et 1600 m D+ des Drayes du Vercors, l’une des premières épreuves que j’aie couvertes à l’époque où j’œuvrais en tant que correspondante locale de presse pour Le Dauphiné Libéré (pouah, ça ne me rajeunit pas !).

Un site de course implanté au cœur du village de La Chapelle-en-Vercors, comme s’il s’était lové là pour couver les coureurs dans son écrin de maisons en pierres. Des chapiteaux, une arche de départ, un podium, un animateur et des concurrents : rien de plus simple et de plus banal, me direz-vous… et vous avez entièrement raison ! Mais les lieux dégagent une sérénité appréciable et un petit air festif qui rappelle les kermesses de mon enfance, lorsque la fin de l’année scolaire approchait et qu’on se retrouvait tous dans le parc municipal pour une journée de jeux et de spectacles.  Ces Drayes s’annoncent bien : sans même avoir fait la première foulée, elles ont déjà pour moi le goût de la madeleine de Proust…

Renaud Rouanet, qui n’est autre que le parrain de l’événement et un ami, explique au micro sa vision du parcours avec son délicieux accent méridional qui donne l’impression que l’on est déjà dans le Sud. Vu qu’il conseille de bien gérer la distance, les derniers kilomètres s’annonçant difficiles (surtout avec cette chaleur), je décide de partir mollo. La température est déjà élevée lorsque le petit peloton s’élance sur les chemins. On trotte, on papote un peu, on savoure les sous-bois plus frais et les singles joueurs. Deux ou trois filles me dépassent, mais je ne m’affole pas : Renaud a dit qu’il fallait en garder sous le pied, alors je m’économise !

Ce que l’on oublie souvent, c’est qu’un trail se gagne aussi en descente. C’est ce qui me sauve : je rattrape le retard pris dans la première ascension à la faveur d’une descente technique où je m’amuse comme une petite folle dans les lacets et les feuilles glissantes. La montée au Pas de l’Allier sera assez terrible avec ses 900 m D+ en pleine chaleur, ses caillasses et ses raidards. Heureusement, je fais équipe avec un concurrent et nous nous soutenons : quand l’un faiblit, l’autre l’encourage. Les paysages sont splendides : falaises calcaires, forêts, fond de vallée lointain, jeux de lumière dans les feuillages… Régulièrement, des bénévoles et des ravitaillements apportent réconfort et sourires. Même si mes jambes sont loin d’être au top de leur forme (il y a des moments où je maudis franchement les séances de la semaine !), je cours de bonheur. Même s’il fait chaud, même si mes mollets flirtent avec les crampes, même si je me prends un gros coup de flippe à trois kilomètres de l’arrivée (j’ai cru voir la deuxième fille à 200 mètres derrière moi donc je sors de ma posture « gestion » pour accélérer jusqu’au bout… alors qu’en réalité personne ne me poursuivait !), je savoure chaque foulée, chaque respiration, chaque rayon de soleil sur ma peau.

Au-delà de la victoire, je retiens surtout le partage sur et hors des sentiers, ces longs moments de complicité avec les amis, ces sourires donnés et reçus, ces rires d’enfants qui courent, cette simplicité et cette convivialité de l’organisation… Décidément, j’adore les dossards spontanés !

 

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Le Relais des Dahus : une course intimiste

A l’origine, il y eut un message anodin posté sur une messagerie instantanée. Quelque chose du genre : « Marie, nous vous convions à notre course qui se déroulera le 4 février dans notre petit village de l’Oisans. »  Une rapide recherche d’information plus tard, j’acceptai l’invitation. Dès qu’il s’agit d’épreuves en équipe, je fonce ! J’adore le partage, la complicité dans l’effort, le dépassement de soi démultiplié par l’enjeu collectif. Dans le cas de ce Relais des Dahus, l’association du trail blanc et du ski alpinisme ne mit guère longtemps à m’enthousiasmer. Surtout que j’avais déjà en tête le nom de ma coéquipière : la pétillante Caroline Joguet. Nous voilà donc inscrites ensemble sous le nom d’équipe « Les Cabrettes », clin d’œil au métier de Caroline et à mon amour pour les chèvres.

Si la vie était simple, ça se saurait !

Ce fut encore grâce à une messagerie instantanée que la mauvaise nouvelle tomba en janvier : Caroline était blessée au genou et devait déclarer forfait. Quelle poisse ! Mais elle me proposait un remplaçant : Yoann Sert, le champion de VTT et de ski alpinisme lui-même ! Je me sentis brutalement un peu sous pression, allez savoir pourquoi… L’équipe était donc rebaptisée : « Un cabri, une cabrette ».

Mais la vie n’est pas une mer d’huile. Elle offre plutôt des remous, voire carrément des vagues monstrueuses. Et là, c’était un gros grain qui allait m’assommer à quatre jours de la course, toujours sur cette fameuse messagerie instantanée : « Marie, j’ai une angine et une sinusite, je suis sous antibiotiques, je ne me sens pas assez en forme pour samedi… »  J’ai franchement cru que j’allais devoir renoncer et je regardais déjà en direction d’un autre trail local lorsqu’un homme providentiel apparut : Jonathan Rouquairol, un ami, cherchait lui aussi un coéquipier ! Emballé et vendu en trois secondes chrono : nous allions faire équipe.

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Quand la petite course sympa se transforme en séance où tu te mets minable… 

« Nous comptons 15 duos inscrits, mais nous sommes contents. L’essentiel n’est pas d’avoir un maximum d’équipes, mais de voir tout le monde s’amuser et se faire plaisir », affirmait Laëtitia, organisatrice et animatrice de l’événement. Avec des yeux ronds comme des soucoupes, j’observais la place du village animée par des stands, un brasero, des musiciens, des concurrents rieurs et des touristes fraîchement débarqués de leur journée de glisse. « Prenez votre temps pour vous échauffer, nous avons toujours un petit quart d’heure de retard », s’amusait Laëtitia avec sa bonne humeur communicative. Alors on trottinait tranquillement, on papotait, on se demandait si on allait devoir allumer la frontale dès la première boucle. La nuit tombait petit à petit, les premières étoiles commençaient à scintiller dans le ciel.

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Le peloton d’une quinzaine de trailers s’élançait dans le crépuscule sous les encouragements. Fidèle à mes habitudes, je partis comme une dératée. En me disant bientôt qu’il allait falloir calmer le jeu au relais suivant sous peine de rapidement cracher un poumon sur le bord du chemin enneigé ! En 8 minutes, le parcours de trail était avalé et le relais transmis à Jonathan. Moins de 7 minutes plus tard, il réapparaissait comme une furie. Nous étions premiers et nous allions le rester pendant une heure et demie sans jamais être inquiétés. Mais, l’un comme l’autre, nous avons la compétition dans le sang… alors, forcément, nous avalions nos boucles à toute vitesse, même si nous savions que notre avance était confortable ! Ce qui devait être une petite course sympa était devenue une sacrée séance de fractionné… Mais quel bonheur de courir en pensant à son coéquipier, de transmettre le témoin en lançant un encouragement, de savourer cette ambiance bon enfant, simple mais ô combien chaleureuse. Nous étions une trentaine de concurrents, mais j’avais l’impression que nous étions en fait 150 tellement l’atmosphère festive me portait ! La magie de ces courses intimistes tient à ces liens qui se nouent spontanément entre les participants et le public : personne ne se regarde en chiens de faïence, tout le monde se sourit, se charrie, se motive. Le partage et la solidarité rassemblent sans distinction.

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Après la victoire des Cabrettes, le réconfort de la tartiflette !

Tout en toussant à qui mieux mieux (produire un effort violent dans le froid n’est décidément pas très recommandé pour les voies respiratoires…), nous quittions l’aire de course pour rallier la salle des fêtes. Les petites rues du village dégageaient une âme authentique avec leurs maisons en pierres et leurs timides loupiottes. Dans une petite salle, les tables étaient dressées, comme lorsqu’un hôte reçoit une poignée d’amis. La tartiflette ne fit pas pli…

Puis vint la remise des prix, moment toujours un peu ennuyeux. Contre toute attente, pas de grands discours pompeux ni de cérémonial superflu, mais des podiums simples, efficaces et conviviaux. En guise de trophées, des œuvres réalisées par un artiste local. En cadeaux, des paniers garnis montagnards : confitures de myrtilles, saucissons, gâteaux, génépi…

« C’était un plaisir de vous recevoir. Revenez quand vous voulez, vous êtes les bienvenus ! »  Alors que Laëtitia prononçait cette dernière phrase, un petit quelque chose me disait que Villard Reculas me reverrait sans doute l’année prochaine… voire bien avant !

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Matterhorn Ultraks : toujours aussi somptueux !

Comme vous le savez puisque vous me suivez fidèlement depuis des années (ha ha ha !), je ne suis guère adepte des comptes rendus de course qui détaillent par le menu chaque kilomètre parcouru. Mais j’enfreins parfois ma ligne éditoriale (c’est l’avantage d’un blog : on est auteur-rédacteur-en-chef, donc on y écrit ce que l’on veut !) lorsque je ressens l’impérieuse nécessité de vous faire partager une expérience ou une émotion liées à une course. Je vous ai certes déjà parlé du Matterhorn Ultraks à plusieurs reprises, mais je ne résiste pas à l’envie de vous en parler encore…

La même magie

Voilà trois ans que j’effectue mon petit pèlerinage à Zermatt, chaque fin août, à l’occasion du Matterhorn Ultraks. J’ai connu cet événement grâce à mon travail pour le magazine Zatopek et j’ai pu me rend14064145_10154576792659155_2380114443285042497_nre sur la manifestation en 2014 en tant que journaliste. Comme souvent, j’en ai profité pour courir aussi, histoire de découvrir l’épreuve de l’intérieur. Cette première sur les sentiers de Zermatt a été un véritable coup de foudre. Je suis tombée amoureuse du Cervin qui me fascine littéralement ! Il faut croire que j’étais alors totalement subjuguée car j’ai réussi à décrocher une jolie 4e place cette année-là sur le 30K. Performance que je n’ai pas réussi à réitérer en 2015, en manque cruel d’entraînement. Je terminais alors 8e du 30K.

Cette année, toujours en mode journaliste-athlète, je suis donc retournée avec une joie intense à Zermatt : la perspective de revoir le Matterhorn me remplissait d’allégresse. Et puis il faut dire aussi que l’organisation du trail me loge toujours dans des hôtels sympas et que Zermatt est une station très jolie avec ses chalets, ses ruelles, ses énormes géraniums, ses boutiques rutilantes et son absence totale de véhicules à moteur. Bref, me voilà à Zermatt pour la troisième année consécutive avec, au menu sportif, l’épreuve de 17 km et 1100 m D+ à avaler samedi matin.

Se réveiller et regarder le ciel. Gris, gris, gris. Pas encore de pluie, mais la couleur des nuages ne laisse guère d’espoir. Petit-déjeuner en jetant un œil à tout ce qui fait « l’exotisme » de la Suisse pour un Français : l’Ovomaltine, le gruyère, le pain noir du Valais… Puis s’échauffer tranquillement avant de rejoindre le centre du village où règne déjà une belle ambiance. Nous sommes 770 au départ de ce 16K. Ludovic Collet et son collègue suisse chauffent les coureurs et le public, l’impatience monte lentement et quelques frissons courent sur ma peau. C’est décidément toujours aussi magique de vivre ces départs au cœur de Zermatt !

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Morale de l’histoire : ne jamais rien lâcher

Pour faire bref, ma course sera mitigée. Comme le ciel ! Si nous partons sous les nuages, nous allons bientôt essuyer une bonne pluie. Première ascension : ma prestation est minable, je ne cesse de me faire dépasser. Je ne sais même plus quelle est ma place et, entre nous, je m’en fiche un peu. A Sunnegga, je grappille déjà deux places féminines car les deux filles s’arrêtent au ravitaillement – et pas moi, comme à mon habitude. Donc première leçon de cette épreuve : mieux vaut avoir son propre ravitaillement sur soi, on gagne un temps précieux ! Reboostée, je relance et ne cesse d’accélérer jusqu’à l’arrivée. La descente finale de 8 km devient un terrain de jeu où je m’amuse comme une folle et où je dépasse des filles et des gars, encore et encore… A moins d’un kilomètre de l’arrivée, je vois une concurrente non loin devant moi. Passage à la vitesse supérieure. Je la dépasse à 600 m de l’arrivée. Elle s’exclame : « Oh nooooon ! » Essaie de me suivre. En vain. Dans la ruelle qui monte dans le centre du village, j’aperçois une autre fille. Je relance. Je la rejoins à 100 m de la ligne. Elle ne se laisse pas faire, elle sprinte ! J’échoue à un mètre derrière elle, complètement rincée. Deuxième leçon de cette course : rien n’est jamais acquis (ou perdu) jusqu’à la ligne d’arrivée. Finalement, à ma grande surprise, je termine troisième de ce 16K alors que je pensais être seulement dans le top 10. Bon, la première me met quand même 20 minutes dans la vue… mais elle est toute jeune, elle !  😉

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Si je tenais à vous parler de cette édition 2016 du Matterhorn Ultraks, c’est donc pour vous transmettre plusieurs messages :

  • D’abord, privilégiez votre propre ravitaillement et ne comptez sur celui de la course qu’en deuxième option. Non seulement cela peut permettre de gagner quelques places (pour autant que vous recherchiez la performance), mais cela permet aussi de pallier à tout imprévu et surtout de savoir ce que vous buvez et mangez pendant votre effort.
  • Ensuite, ne renoncez jamais ! Si vous traversez une mauvaise passe, courbez l’échine, attendez que l’orage passe… et sautez sur la moindre occasion pour retrouver de la motivation et repartir de l’avant, quelles que soient votre place et vos sensations. Rien n’est jamais perdu ou gagné avant que la ligne d’arrivée soit franchie !
  • Enfin, même si Zermatt reste une destination onéreuse pour nous, Français, n’hésitez pas à programmer le Matterhorn Ultraks au moins une fois dans votre carrière de trailer : je vous assure que vivre cet événement en vaut la peine et que courir face au Cervin est une expérience émotionnelle hors du commun. Pour réduire le coût d’un tel déplacement, il y a des astuces : partir à plusieurs pour partager les frais de transport et d’hébergement, réserver votre dossard tôt dans la saison, apporter quelques provisions… Ah, dernier argument pour vous convaincre : l’organisation est au top ! Balisage irréprochable, site de départ et d’arrivée léché, cadeaux participants de très bonne facture (un porte-dossard, des chaussettes Compressport, un tour de poignet Compressport, une médaille de finisher et un tee-shirt Scott finisher !). Ici, on bichonne le coureur !

Pour découvrir l’événement, rendez-vous sur matterhorn.ultraks.com 

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« Demain, j’ai piscine ! »

Oui, j’avoue, j’ai un accès de faiblesse.
Ou alors un accès de lucidité et de sagesse.
Toujours est-il que j’annonçais en début de semaine : « samedi, j’ai trail ». Hé bien finalement, demain, « j’ai piscine » !  😉

Il n’est guère dans mes habitudes de me défiler face à un défi. Mais il y a des signes qu’il faut parfois écouter, histoire de ne pas se dégoûter. Histoire aussi de ne pas faire la course de trop. Et là, quelque chose me dit que ces 24 km du Festitrail d’Autrans seraient davantage synonymes d’écœurement que de plaisir.

La première condition pour participer à un trail hivernal, c’est d’aimer courir dans la neige. Vous aimez patiner sur la glace ou vous enfoncer dans la poudreuse ou la neige pourrie, vous ? Moi, non. Or il y a pas mal de neige à Autrans… La deuxième condition pour mettre un dossard, c’est d’avoir envie d’aller se mettre minable sur les sentiers. Habituellement, j’aime bien (c’est le côté un peu maso de tous ceux qui ont l’âme compétitive). Mais là, non, l’envie n’est pas au rendez-vous. La troisième condition pour s’aligner au départ d’une course qui doit durer entre 2 et 3 heures, c’est d’être suffisamment en forme pour que la balade ne se transforme pas en parcours du combattant. Mais là non plus, les voyants ne sont pas au vert. Passons les détails, mais disons simplement que l’état de la machine ne permet pas d’envisager une course sereine demain. Alors voilà, demain, j’ai piscine. Et si vous me croisez sur un chemin de montagne en train de crapahuter toute seule, ce sera forcément une erreur. J’ai piscine, j’vous dis !

Pour en revenir à des considérations plus sérieuses, déclarer ainsi forfait pour une course qui me faisait pourtant envie me pousse à évoquer la fin de saison et l’usure mentale. Comme me le disait récemment Nicolas Martin, pensionnaire de l’équipe de France de trail et récent 2e aux Templiers, un gros objectif compétitif nécessite « un tel investissement mental et un tel investissement en termes d’entraînement qu’on ne peut pas en avoir cinquante chaque année ». Derrière cette affirmation, particulièrement vraie pour le haut niveau mais valable pour chaque compétiteur, du premier au dernier, se cache la question de la fatigue psychologique et physique. Un programme bien conçu doit logiquement permettre de ne jamais atteindre le stade de l’épuisement du corps, mais comment contrôler l’épuisement mental ? Ce dernier dépend non seulement de l’activité sportive, mais aussi d’une foule d’autres paramètres : vie personnelle, travail, stress… Or la performance résulte de la conjonction d’un optimum physique et mental. Pas de résultat si l’une des composantes de l’équation n’est pas là !

En fin de saison, après de longs mois d’entraînement régulier et de compétitions, il n’est pas rare de voir s’installer une certaine lassitude et une certaine fatigue. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui justifient le respect d’une, voire deux, coupure(s) dans l’année. Ces périodes de relâche (et non de repos total) permettent de retrouver « un mental frais et déterminé », de « récupérer et se ressourcer en passant temporairement à autre chose afin de ne pas dégrader sa capacité d’engagement liée au plaisir et au désir de pratiquer », pour reprendre les termes de Dominique Simoncini. Ainsi, la fin de saison me paraît être une période critique où l’on a vite fait de basculer vers l’écœurement en s’imposant une dernière course ou un dernier cycle d’entraînement alors que l’envie a pris la poudre d’escampette et que la fatigue physique s’installe insidieusement. C’est à ce moment-là qu’il ne faut peut-être pas faire cette fameuse « course de trop ».

Et vous, comment vivez-vous la fin de saison ?

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Festitrail d’Autrans : et si le trail n’était qu’un (bon) prétexte ?

« Ah non, samedi, je ne peux pas, désolée ! J’ai un trail dans le Vercors ! » 

Dans la famille des bonnes excuses, il y a la classique : « J’ai piscine. » Vu l’essor de la discipline, parions qu’il y aura bientôt une autre classique : « J’ai trail ». Et parions aussi que je ne serai pas la seule à user (voire abuser) de ce prétexte fallacieux pour me dérober à tout un tas d’obligations…  😉

J’ouvrirai d’ailleurs cette ère heureuse dès ce week-end puisque je refuserai toute proposition pour une excellente raison : samedi, j’ai Festitrail à Autrans. Pour les non-initiés ou les non-Rhônalpins, je précise que le Festitrail est un événement sportif composé de deux trails blancs, l’un de 15 km, l’autre de 24 km. Son petit nom vient de ses liens de parenté avec le Festival International du Film de Montagne avec lequel il entretient un partenariat. Et quel partenariat… Il y a des courses où le dossard donne accès à une pasta party. C’est pratique, mais guère décoiffant. Et il y a des courses comme le Festitrail où le dossard ouvre les portes d’une salle de cinéma et de conférences. Là, c’est plus que séduisant ! Samedi, j’aime autant vous dire que je serai pressée comme jamais de rallier la ligne d’arrivée puisque l’après-midi de projections cinématographiques commencera à 14 heures. Va falloir carburer sur les sentiers (que je n’espère pas enneigés…) pour boucler les 24 km et 800 m D+, la douche et le déjeuner entre 10h30 et 14h ! Malheureusement, je pense que ce sera cuit pour rencontrer Ueli Steck… 😥

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Zoom sur les chaînes à neige

Pourquoi s’inscrire à un trail blanc si l’on n’aime pas courir sur la neige ? Excellente question !… Sans doute parce qu’on espère que les flocons ne seront pas au rendez-vous. Sûrement parce que le Festitrail sera l’ultime compétition de ma saison. En attendant, j’exhume mes Yaktrax du carton… en espérant les ranger samedi soir sans avoir eu besoin de les chausser !

Quelques secondes suffisent pour enfiler des chaînes grâce à un ingénieux système de caoutchouc et d’armatures métalliques. Une fois posée sur la chaussure, une lanière permet d’ajuster le serrage et d’assurer sa fixation.

Les avantages :
– très faciles à mettre
– très bonne accroche sur neige tassée et glacée
– légère amélioration de l’accroche dans la neige fraîche
– amélioration de la qualité des appuis au sol

Les limites :
– peu d’intérêt dans une neige profonde
– hausse sensible du poids aux pieds
– désagréable sur les portions sans neige
– bien choisir la taille sous peine de réduire la tenue sur la chaussure

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Un triathlon, un autre monde

Dans l’univers du trail, il y a des codes. Un langage, un style vestimentaire, un équipement. Prenons simplement les flasques souples : dans le monde du trail, c’est un accessoire devenu très banal. Tous les coureurs n’en utilisent pas, mais tous savent qu’il existe.

Dans la sphère du triathlon, il y a aussi des codes. Un langage, un style vestimentaire, un équipement. Pour avoir essayé de me lancer dans le triathlon à une époque, sans grand succès je l’avoue (le soir où nous avons nagé en bassin extérieur sous la neige et où j’ai dû sortir de l’eau tellement j’étais frigorifiée et réellement bleue de froid, j’ai abandonné définitivement), je connaissais un peu ce milieu et ne pensais pas être dépaysée en débarquant la semaine dernière sur l’Indian Ocean Triathlon. Il faut dire aussi que j’avais déjà goûté à l’événement l’an dernier et appréhendé la culture « tri ». Mais je ne m’attendais pas à ce que ma petite flasque bleue, qui m’accompagnait à chacun de mes entraînements à pied au bord de l’Océan Indien, suscite autant d’interrogations chez les triathlètes. Ils n’avaient jamais vu ce genre de bidon !

Les passerelles entre le trail et le triathlon sont nombreuses. Ne serait-ce qu’en termes d’équipement : les triahlètes utilisent des manchons de compression, des porte-dossards, des visières, des montres ultra-perfectionnées. Les trailers aussi. Les triathlètes mangent et respirent pour leur sport. Les trailers aussi. Les triathlètes sont littéralement « déguisés » quand ils s’adonnent à leur loisir favori. Les trailers aussi. Les triathlètes font le tour du monde pour vivre leur passion sous d’autres latitudes. Les trailers aussi. L’île Maurice est un paradis pour les triathlètes. Pour les trailers aussi !

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Bien qu’elle soit petite et que ses habitants vivent encore en mode « survie » plutôt qu’en mode « loisirs », Maurice est une île qui recèle une kyrielle d’événements sportifs. Ici, on peut pratiquer le golf, le kayak de mer, le kite surf, le surf, le beach rugby, le tennis, le vélo, le marathon, la randonnée, le VTT et, bien entendu, le trail et le triathlon. Plusieurs courses émaillent l’année : le Royal Raid en mai, le Dodo Trail et l’UTRB en juillet, le trail de Rodrigues en novembre. Côté triathlon, une épreuve se déroule elle aussi en novembre : l’IOT, qui affirme être « le plus beau triathlon du monde ». S’il y a des slogans surfaits, il faut bien avouer que celui-là n’est que l’exacte vérité. Pour l’avoir vécu l’an dernier de l’intérieur et pour l’avoir couvert en tant que journaliste et vidéaste cette année, je confirme que l’IOT est une course d’exception qui allie beauté du parcours, difficulté sportive et qualité de l’organisation.

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Imaginez un instant nager dans un lagon turquoise où vos yeux, loin de rencontrer les carreaux de la piscine ou la vase d’un lac, admirent coraux et poissons multicolores. Imaginez rouler sur des routes bordées de forêt tropicale (il n’est pas rare qu’un singe curieux vous regarde passer !), de champs de canne à sucre, de villages où les Mauriciens vous encouragent et les poules traversent sans crier gare. Imaginez courir sur le sable fin, entre les palmiers et l’océan transparent. Imaginez enfin franchir l’arche d’arrivée faite de branches de cocotier et de fleurs de bougainvilliers. L’émotion éprouvée est immense, le plaisir de l’effort sportif est incommensurable. Et le bonheur du voyage renforce la joie de la performance accomplie. Sur ce point-là aussi, triathlètes et trailers se rejoignent : ils aiment partir à la découverte d’autres paysages, d’autres populations, d’autres sensations, tout en vivant leur passion. Et si, au fond, nous étions tous les mêmes ? Au-delà des cultures différentes entre les disciplines, nous sommes tous des sportifs.

P.S. : amis coureurs à pied, un conseil : si vous voulez tester le triathlon, allez à l’île Maurice ! Il fait chaud et beau et je vous jure que c’est bien plus sympa de nager dans un lagon plutôt que dans un canal urbain, un lac vaseux ou une piscine aux carreaux fendus !  😉