Avec une dizaine de dates en Europe en 2018, Ecotrail® est passé du statut d’unique trail parisien à celui de marque vendue à l’international. Un essor lié à la pertinence du concept sur le marché, mais aussi à un joli coup marketing.

« Quoi, un trail en ville ? C’est vraiment n’importe quoi ! » Il y a dix ans, l’idée laissait franchement sceptique. Alors que le trail running prenait son essor, colonisant le moindre week-end et le moindre secteur verdoyant de France, émergeait le premier Ecotrail® de Paris. Un événement créé par une poignée de passionnés qui trottaient dans la capitale à l’entraînement et s’exilaient pour épingler un dossard. « Nous n’avons pas inventé un concept, nous avons simplement investi la ville dans laquelle nous courions », estime Jean-Charles Perrin, l’un des coureurs à l’initiative du projet et aujourd’hui responsable du développement de la licence à l’international. « Tout est parti de l’envie d’avoir un vrai trail à la maison. »

Un Pari(s) osé, mais réussi

Le défi était pourtant loin d’être gagné d’avance. Par essence ancré dans la nature, voire dans la montagne, le trail semble totalement étranger à un environnement urbain, qui plus est plat comme la main. Comment imaginer une épreuve nature dans un cadre totalement dompté par l’homme ? Pourtant l’Ecotrail® de Paris s’est peu à peu imposé dans le calendrier comme une épreuve de masse, passant, d’après l’organisation, de 1 490 concurrents en 2008 à 8 300 en 2012 et 12 000 en 2017. La nouveauté a indéniablement séduit les foules, validant l’ambition que s’étaient donnés ses créateurs, comme le rappelle Jean-Charles Perrin : « Montrer que, même dans un environnement urbain, la nature est présente et permet de pratiquer la course à pied sur des sols naturels. Notre objectif est d’utiliser le concept pour promouvoir le trail, inciter les gens à essayer et leur offrir une belle expérience qui les pousse à aller voir autre chose, ailleurs. » Pour attirer un maximum de coureurs, le programme décline toute la gamme des distances de la discipline, de 80 km à une dizaine de kilomètres en passant par des marches nordiques et des randonnées. Un Ecotrail® s’affirme donc comme un événement de masse plutôt qu’une compétition où les champions viennent chercher la performance. « Nous sommes tournés vers le coureur lambda et non vers l’élite. Les participants souhaitent vivre un bon moment et être simplement finishers. Les Ecotrails® ne seront jamais des compétitions pures », assène Jean-Charles Perrin.

La force d’une marque

Si l’épreuve parisienne originelle ne réunit pas un plateau de très haut niveau chaque année, elle voit néanmoins croître de manière constante le nombre de participants. Les coureurs plébiscitent l’événement et de grandes villes européennes sont elles aussi séduites par le concept puisque neuf métropoles ont acheté la licence. Ce qui n’était initialement que le nom d’une épreuve (déposé dès sa première édition) s’exporte désormais et se monnaye. Mais l’intérêt de la licence s’avère multiple pour les organisateurs, à l’heure où le calendrier regorge d’épreuves et où il est devenu nécessaire de se différencier pour attirer les concurrents. Intégrer le circuit Ecotrail®, c’est surfer sur la vague du trail running, populaire et diablement à la mode. C’est aussi espérer rencontrer le même succès que l’épreuve originelle de Paris, synonyme de médiatisation, de rayonnement touristique, de valorisation patrimoniale et d’image écoresponsable.

Car le concept d’Ecotrail® mise aussi sur le développement durable en prônant des valeurs et actions écologiques. « Dès le départ, nous avons inscrit dans l’ADN de l’événement parisien le développement durable. Puis nous avons défini plusieurs niveaux d’expertise en matière d’écoresponsabilité », explique Jean-Charles Perrin. Acheter la licence signifie donc, pour un organisateur, qu’il doit répondre a minima aux exigences du premier niveau et déployer un panel d’actions telles que le tri sélectif des déchets, la revalorisation des déchets organiques pour produire de l’énergie, l’incitation à utiliser les transports en commun, la suppression des gobelets et bouteilles ou encore la limitation de la communication papier. Si les villes d’accueil souhaitent aller plus loin ou innover, libre à elles de le faire. C’est ainsi qu’à Funchal (Madère) les organisateurs ont créé des douches révolutionnaires : mobiles et fabriquées en bois, elles utilisent de l’eau chauffée grâce à la valorisation de déchets de bois, tandis que les eaux usées sont récupérées car le savon proposé aux coureurs est biologique. Toujours à Madère, une initiative permet également de contribuer à la reforestation de l’île, régulièrement ravagée par des incendies : au cours d’une journée dédiée, les bénévoles plantent un arbre par concurrent sur des parcelles où la forêt peine à reprendre ses droits. Outre cette dimension écoresponsable qui permet aux villes de communiquer sur leur volontarisme écologique et de faire preuve de créativité environnementale, les organisateurs doivent répondre à un cahier des charges précis, qu’il s’agisse des parcours (20 % maximum de surface bitumée, distance de 80 km imposée au programme…) ou encore de la signalétique (rubalise identique sur l’ensemble des Ecotrails®, par exemple).

Les détenteurs de la licence Ecotrail® ne sont pas uniquement soumis à des contraintes et bénéficient aussi de contreparties. D’après Jean-Charles Perrin, « Ecotrail® leur fournit des guides pour organiser leur événement, les accompagne dans leur recherche de partenaires, leur communication et leurs campagnes de promotion. La licence permet également de créer des échanges intéressants avec tous les organisateurs qui partagent les bonnes pratiques et gagnent en efficacité. » Deux fois par an, des rassemblements sont organisés afin de réunir les acteurs du circuit international : d’une part, sur le salon de l’UTMB® où Ecotrail® dispose d’un stand commun à toutes les épreuves ; d’autre part, lors d’une réunion plus formelle au cours de laquelle sont présentés les orientations de l’année à venir, les nouveaux outils mis à la disposition des organisateurs ou encore des problématiques communes. Par exemple, en 2018, une nouvelle plateforme web devrait être opérationnelle afin de proposer une unique porte d’entrée dans l’univers Ecotrail®, ce qui devrait faciliter la vie des organisateurs en termes de webmastering et des coureurs en quête d’informations.

Ecotrail® n’est donc plus seulement un trail parisien urbain et vert. Il est désormais une véritable marque qui s’exporte dans toute l’Europe. Ce coup de maître marketing, qui parvient à séduire non seulement les coureurs mais aussi les villes, témoigne de la pertinence de l’offre par rapport à la demande. Côté participants, l’Ecotrail® répond à une véritable attente en matière d’épreuves urbaines : les citadins aspirent à redécouvrir leur ville, à transformer banlieues, parcs et rues en terrain de jeu sportif. Les débutants comme les habitués du bitume cherchent à vivre de nouvelles expériences sans se lancer brutalement en pleine montagne avec des distances et des dénivelées impressionnantes. Enfin, les concurrents veulent courir dans une ambiance conviviale où la performance passe au second plan. Côté organisateurs, l’Ecotrail® constitue une solution pratique : le cahier des charges et les outils mis à leur disposition facilitent le processus d’organisation, tandis que la marque leur garantit une image écoresponsable et une visibilité internationale. Le succès d’Ecotrail® auprès des villes témoigne, par ailleurs, de l’aura française en matière de trail running. La France est considérée, à l’étranger, comme l’un des plus gros marchés de la discipline et l’une des nations les plus expertes en matière d’organisation. Autant dire que vous êtes attendu avec impatience sur les huit manches d’Ecotrail® qui se dérouleront hors de France cette saison !

 


 

Ecotrail : un circuit international

La licence séduit les villes européennes, comme en témoigne le calendrier des 9 épreuves programmées en 2018 :

  • Florence – 3 mars
  • Paris – du 15 au 18 mars
  • Oslo – 26 mai
  • Genève – 2 juin
  • Stockhölm – 16 juin
  • Reykjavik – 6 juillet
  • Bruxelles – septembre
  • Funchal – octobre
  • Madrid – novembre

ZOOM SUR L’ECOTRAIL DE FUNCHAL MADERE

Atypique sur le circuit international Ecotrail®, l’épreuve de Funchal est parvenue à créer des parcours entre montagne et océan, entre nature et ville. Si les épreuves de 80 et 40 km réservent des itinéraires somptueux avec des passages spectaculaires en montagne – et des côtes éreintantes ! – les courses de 25 et 15 km se révèlent très accessibles. Tout le pouvoir de l’événement tient sans doute dans cette diversité d’ambiances et de terrains que réserve chacun des parcours : chemins roulants, singles techniques, escaliers en nature ou en ville, passage sur le front de mer parmi les vacanciers, arrivée triomphale en plein cœur de la ville… Courir l’Ecotrail® de Funchal, c’est toucher du doigt un véritable condensé d’une île très contrastée. A ne manquer sous aucun prétexte : le repas de clôture le dimanche midi, servi dans les halles de Funchal, où les immenses tablées résonnent de rires et de bonne humeur. L’enthousiasme des organisateurs, menés avec une passion communicative par Patricio Fernandes, n’est sans doute pas étranger à cette ambiance qui ne donne qu’une envie : revenir courir dans l’île aux fleurs.


Ecotrail® de Genève : un nouveau venu dans l’univers de la marque

Lors de l’Ecotrail de Funchal, en octobre dernier, Stéphane Ciutad et Patricia Bongini épinglaient le dossard des 27 km sur leur tee-shirt orange floqué « Ecotrail® de Genève ». Acheter la licence implique effectivement, pour les organisateurs, d’accueillir des collègues afin de favoriser la mutualisation et les échanges. Pour Stéphane et Patricia, chefs d’orchestre de la future première édition de l’événement genevois, l’immersion dans la course était l’occasion de glaner des idées. Nous en profité pour leur poser quelques questions.

Pourquoi avez-vous décidé de créer un Ecotrail® ?

« Nous rêvions depuis plusieurs mois de faire découvrir la richesse culturelle et naturelle du canton de Genève au plus grand nombre de personnes sportives ou actives. L’Ecotrail® s’est présenté à nous comme l’occasion unique d’offrir à tous les coureurs du monde de fouler le sol de notre magnifique région. De plus, la connotation écologique permet à la course de porter le respect de l’environnement et d’engager le coureur dans la protection de la nature. Enfin, cette façon de courir en ville est assez mal connue du grand public et peu pratiquée par les citadins adeptes des courses sur route. Nous avons donc voulu amener le trail nature au cœur de la ville. Tout le monde peut participer, s’essayer sur différentes distances et se faire plaisir. »

Quelle est la contrainte la plus difficile à respecter dans le cahier des charges ?

« Les trois distances de notre événement – 80 km, 40 km et 20 km – doivent comporter seulement 20 % de bitume. C’est probablement ce qui est le plus dur à respecter quand on souhaite offrir un parcours en ville ou à proximité de la ville, surtout dans les environs de Genève où de nombreux chemins sont goudronnés. »

La première édition se déroulera le 2 juin 2018. Combien de participants espérez-vous réunir ?

« Il est extrêmement difficile de faire une estimation avant une première édition. Si nous atteignons le millier de participants, nous serons les plus heureux ! »


Article initialement paru dans Trails Endurance Magazine.
Malgré mes demandes réitérées auprès des gestionnaires de la marque Ecotrail® en matière de chiffres, montant de la licence ou encore termes des contrats proposés aux villes hôtes, je n’ai pas pu obtenir les informations souhaitées. 

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