Courir. L’activité la plus inutile qui soit aux yeux de ceux qui ont mal aux jambes avant même d’enfiler une paire de baskets. Le sport le plus ingrat qui ne récompense (et encore, pas toujours !) que les plus assidus à l’entraînement. La discipline la plus simple à mettre en œuvre, mais la plus désagréable à commencer (rappelez-vous vos premiers footings et cette impression terrible que vos poumons flambaient, que vos jambes hurlaient et que votre être tout entier criait grâce !).

Courir. Aussi vain que les kilomètres avalés par le hamster dans sa roue qui tourne à l’infini sans jamais bouger d’un iota dans la cage étroite. Le pire est sans doute la répétition de séries interminables sur un anneau en tartan. Ou bien les enchaînements de montées-descentes sur le même sentier (à force, on sait même où est ce foutu caillou glissant et cette racine mal placée qui a failli nous coûter deux dents au premier passage).

Courir. Ou plutôt essayer. Quand la pente se redresse. Quand les quadriceps et les mollets commencent à se raidir, flirtant avec les crampes. Quand on remonte la même grimpette pour la sixième, la septième, la huitième fois…

« C’est débile, non ? »

Oui, c’est débile. Mais on adore ça ! En ce dimanche 8 avril, nous sommes près de 350 à jouer aux hamsters des montagnes entre Brides-les-Bains et Méribel Les Allues. La règle du jeu est simple : pendant 6 heures, il faut avaler le plus de montées chronométrées possible (3,4 km et 520 m D+) et redescendre au point de départ en télécabine. Excellente manière de décalaminer les bronches et de provoquer de violentes décharges d’acide lactique. Un genre de shoot répété à intervalles réguliers avec, entre chaque dose, un répit de 9 minutes dans l’étuve des cabines où les relents de sueur poussent les concurrents à papoter, histoire de détourner l’attention de leur propre odeur corporelle et de trouver le courage de remonter encore une fois.

Les plus barrés font ça en solo, les moins fous ont choisi la formule en relais à deux. J’appartiens à la deuxième catégorie, mais cela ne me rassure pas pour autant sur ma santé mentale car, comme diraient les jeunes, « je kiffe grave » ! Il faut dire qu’on se laisse porter par l’ambiance hyper conviviale, le défi ludique, les descentes rigolotes dans les œufs avec des « cotélécabiniers » toujours différents. En relais, il y a aussi les phases d’attente sur le site de Brides-les-Bains pendant lesquelles on grignote, on boit, on discute, on rigole… sans trop savoir comment gérer l’attente, il faut bien l’avouer. On a beau se ré-échauffer un chouïa avant de prendre le témoin, les cannes ne comprennent pas grand-chose à ce qui leur arrive : à bloc, au repos, à bloc, au repos, à bloc…

« Ta coéquipière est insupportable ! » me lance un copain en riant pendant qu’il attend sagement sa relayeuse, assis dans un transat (mazette, y’en a qui sont drôlement organisés !).

« Oui, je sais, c’est pour ça qu’on a choisi cette formule : on ne se voit pas de la journée ! » 

Ah si, on se verra quand même pour l’ultime ascension que l’on décide d’avaler en binôme. Bon, d’accord, on ne papotera pas énormément, tout occupées à gérer souffle qui siffle et jambes qui couinent. Mais on est là, ensemble malgré tout, l’une derrière l’autre, à écouter mutuellement notre respiration, à jeter un regard par-dessus l’épaule pour s’assurer qu’on est dans la foulée l’une de l’autre. Une fois encore, je réalise que plus je vieillis, plus j’aime ces instants où l’effort sportif se conjugue au pluriel. Partager, s’encourager, se dépasser plus pour l’autre que pour soi. Eprouver le bonheur de l’arrivée à deux en échangeant des sourires et des regards qui n’ont nul besoin de mots pour exprimer ce qui vibre à l’intérieur.

Pour la petite histoire, Marie et moi avons gagné ce Défi de l’Olympe en relais féminin en cumulant à nous deux 7 montées et en avalant chacune 4 ascensions. Complètement barjots ? Ouais, sans doute… mais qu’est-ce que c’était bon !

Crédits photos : Méribel Tourisme / Sylvain Aymoz

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