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Chamonix : ils sont fous, ces trailers (ou pas) !

Tandis que la neige s’invite un peu partout en montagne et que de nombreux trailers observent leur coupure annuelle, les regards se tournent déjà vers la saison 2018. Quelles courses cocher dans le calendrier ? Il y a celles qui se déroulent à côté de la maison, ces adorables épreuves « saucissons » qu’on adore pour leur simplicité et leur authenticité (et aussi, avouons-le, parce qu’on y gagne souvent des paniers garnis !). Et puis il y a celles qui font rêver, ces grandes épreuves devenues mythiques ou tellement galvaudées qu’il faut compter sur le hasard des tirages au sort pour espérer décrocher un dossard. Parmi ces compétitions hyper attractives, figurent celles qui appartiennent à la famille chamoniarde. Non, La Mecque de l’alpinisme ne se contente plus des crampons et piolets. Dans ses rues peuplées de montagnards et de touristes du monde entier, s’immiscent depuis quelques années des badauds armés de baskets et pipettes. 

L’impatience est palpable. Tous les regards sont tournés vers le chemin qui descend de la montagne. Là doit apparaître, dans quelques secondes à peine, l’icône mondiale du trail. Enfin ! La petite silhouette frêle dévale l’ultime pente et se précipite sur la ligne d’arrivée. Les regards pétillent, les sourires s’épanouissent sur les visages, les téléphones sont brandis à bout de bras. Kilian Jornet attire, fascine, émerveille. Sa présence efface tout le reste, y compris le somptueux Mont Blanc qui se dessine en toile de fond, jouant à cache-cache avec les nuages. A Chamonix, le trail est bien plus qu’un phénomène de mode. Il est devenu une véritable culture. « Ça a démarré avec des montagnards d’ici qui faisaient de la course à pied. Un jour, l’un d’eux a décidé d’organiser une course et c’est tout simplement parti comme ça », se souvient Jean-Claude Pillot Burnet, ancien guide de montagne et ancien président du club des sports de Chamonix.

 

Prémices d’une lame de fond

Pour sa première édition, le Cross du Mont Blanc n’attire pas des foules démesurées, loin de là. Parmi eux, se glisse Henri Agresti, un guide de haute montagne qui prend le départ pour une seule raison : accompagner sa femme, Isabelle, et leur fils, Blaise. « Courir n’a jamais été une activité que j’ai pratiquée pour elle-même, mais pendant des années la montagne s’est souvent transformée en véritable course », raconte-t-il. « Il fallait aller plus vite que le mauvais temps, se dépêcher de redescendre avant la nuit, passer le plus rapidement possible sur un autre versant… On courait pour vivre. » Malgré son manque d’appétence pour le running, Henri met le doigt dans l’engrenage : après avoir suivi sa femme en 1979, il ne rate pas une seule édition du Cross, enfilant ses baskets une fois par an pour ouvrir la saison avec cette course devenue incontournable pour lui – et qui l’est désormais aussi pour près de 8 000 trailers.

L’exemple d’Henri Agresti s’avère emblématique. En effet, Chamonix s’inscrit pleinement dans l’histoire de la course en montagne, apparue au sein des communautés d’alpinistes qui aimaient se défier sur des marches d’approches ou des ascensions techniques dans les Pyrénées ou les Alpes, en France, en Italie ou en Suisse. Chamonix n’a donc pas inventé le trail, mais elle a profité du dynamisme de son vivier de montagnards, de l’aura internationale du Mont Blanc et d’un terrain particulièrement propice à la discipline. Les acteurs touristiques du territoire ont d’ailleurs saisi la balle au bond en créant la « Vallée du Trail » en 2012, une offre destinée aux coureurs incluant un balisage dédié sur une vingtaine de parcours, des topos et des itinéraires de niveaux variés. Mais un tel projet ne peut voir le jour que si les sentiers sont suffisamment entretenus et gérés. « La gestion des sentiers n’est pas forcément mieux faite qu’ailleurs, mais elle existe probablement depuis plus longtemps. De plus, les guides, cartes ou articles de presse sur la randonnée du Tour du Mont Blanc ont été parmi les premiers à être publiés », évoque Thierry Ravanel, directeur du magasin éponyme installé en centre ville depuis 2003.

Médiatisation du TMB, qualité des itinéraires, variété des terrains et des paysages, pool de montagnards pratiquant la course à pied : il n’en fallait pas davantage pour que les organisateurs d’événements running s’appuient sur de solides bases et permettent au trail de se développer. « Ce qui nous a aidés aussi, c’est le fait que le trailer soit rarement uniquement coureur à pied », indique Catherine Poletti, directrice de l’UTMB®. « Il pratique souvent le ski, le ski de fond, la grande randonnée, l’alpinisme… Or la vallée de Chamonix lui offre toutes ces possibilités. »

L’effet « bosse magique »

« Il y a ce petit truc, à Chamonix, qui fait que chaque événement organisé rencontre son public. Dès que l’on parle de Chamonix et du Mont Blanc, les gens s’illuminent », affirme Jean-Claude Pillot Burnet. Indéniablement, la présence du plus haut sommet européen n’est pas étrangère à la fascination qu’exercent les lieux sur les sportifs et les touristes du monde entier. « Ce qui constitue la force du pays du Mont Blanc, c’est la diversité des ambiances », estime Catherine Poletti. « On passe assez rapidement de la ville de Chamonix à la nature sauvage, des villages habités aux grands espaces. Beaucoup de trailers de l’UTMB® disent qu’ils ont l’impression de voyager pendant la course. » Mais la quête d’évasion des concurrents n’est pas spécifique à Chamonix : si le trail connaît un tel essor un peu partout, c’est sans doute parce que nous éprouvons, en bons citadins que la vie moderne a coupé de leur environnement, le besoin d’un retour aux sources, d’une parenthèse éloignée du stress et de l’urbanité quotidiens. « Pour ceux qui vivent en ville, le trail est une expérience de nature, de vie et de survie », ajoute Henri Agresti. « Ils ne savent plus ce que c’est de boire dans un ruisseau et de passer une nuit dehors. »

Alors quand un organisateur propose une telle aventure, les candidats se bousculent au portillon. Surtout lorsque l’itinéraire est tracé sur les terres du Mont Blanc, cette « bosse magique », comme aime l’appeler Thierry Ravanel. D’ailleurs, la boutique de ce sportif passionné ne désemplit pas pendant les trois mois d’été, période à laquelle il réalise un tiers de son chiffre d’affaires annuel. « Le Mont Blanc attire, c’est incontestable, mais il ne peut pas faire le boulot à notre place. Il ne faut pas s’endormir, il faut rester actif et novateur », estime le commerçant. Or, force est de constater qu’entre la première édition du Cross en 1979, la création de l’UTMB® en 2003, l’introduction de nouveaux formats tels que kilomètre vertical et course en duo, la présence de structures organisatrices aussi bien associatives qu’entrepreneuriales, Chamonix apparaît comme le laboratoire de la course à pied en montagne. Et si l’une des recettes chamoniardes fonctionne, il est fort à parier qu’elle essaimera rapidement ailleurs, loin de la silhouette du Mont Blanc.

Du rififi dans l’éprouvette

Si organisateurs, commerçants, acteurs du tourisme et élus affichent un sourire satisfait lorsqu’ils évoquent le développement du trail sur le territoire chamoniard (bon nombre d’entre eux étant d’ailleurs eux-mêmes pratiquants, voire finishers de certaines épreuves locales), quelques bémols résonnent ici et là. Il y a d’abord la dérive mercantile qui accompagne très classiquement un loisir devenu populaire, comme l’évoque Thierry Ravanel : « Alors que nous étions les premiers à créer une boutique centrée sur le trail en 2003, l’offre est désormais très large à Chamonix. On est tombé dans le même engouement et la même bêtise que le ski alpin. » En effet, les rues de la ville ont vu fleurir les boutiques des grandes marques (The North Face, Columbia, Quechua…) tandis que les magasins de sport réorientaient leur stratégie en introduisant et élargissant leurs rayons de trail running. Face à l’appétissant gâteau que constitue la course à pied, tout le monde cherche à en grappiller une part. Normal… et après tout, pourquoi pas si le marché le permet ?

Mais la prégnance des enjeux économiques traduit aussi une réalité : participer à un trail, c’est non seulement acheter son dossard, mais aussi payer son hébergement, sa restauration et son matériel de course. Au final, courir représente un investissement conséquent – et plus encore à Chamonix où le coût de la vie est élevé. « Je pense qu’il faut faire attention à ne pas trop imposer de matériel coûteux aux concurrents. Le prix d’une veste peut monter jusqu’à 500 euros. Ne perdons pas l’essence de l’esprit montagne », confie Henri Agresti. Le risque tient en donc en deux mots : trail business. Certes, personne n’impose à un coureur de s’inscrire à une course : chacun reste libre de ses choix, y compris de prendre part à un événement si galvaudé qu’il faut accepter le jeu du tirage au sort et de la liste d’attente. Mais la renommée et la popularité d’une épreuve attirent indéniablement, tout comme la présence de champions qui trouvent à Chamonix un terrain d’entraînement idéal : dénivelées conséquentes, altitude, infrastructures ou encore diversité des disciplines sportives offrent des conditions optimales de préparation. Or ces champions font briller des étoiles dans les yeux des participants qui s’identifient et rêvent de leurs exploits. Courir sur les mêmes sentiers que Kilian Jornet, François d’Haene ou Caroline Chaverot, c’est se sentir l’âme d’un héros capable d’évoluer dans le sillage des plus grands. C’est partager avec eux le même émerveillement face aux paysages somptueux. C’est aussi vivre en direct leurs prouesses largement diffusées sur les réseaux sociaux, parfois au grand dam des montagnards.

Car tout le monde ne s’appelle pas Kilian. Tout le monde ne peut pas monter au sommet du Mont Blanc en short et baskets, taper un sprint sur une crête hyper-aérienne ou descendre un pierrier comme un chamois suicidaire. Mais les images circulent sur le web. Vite, très vite. Et le coureur lambda se sent tout-à-coup pousser des ailes : si certains le font avec autant de facilité, pourquoi pas lui ? « Avant même l’apparition du trail, des gens se baladaient déjà en baskets sur les glaciers en pensant que tout le monde pouvait le faire », relativise Catherine Poletti. « Le trail, en tant que nouvelle activité, engendre forcément des critiques, mais aussi des prises de risques inconsidérées. Certains ne se rendent pas compte de ce qu’ils font. » Incarnation de la liberté, le trail est accessible à tous. Nul besoin de technique poussée pour le pratiquer, contrairement à l’alpinisme ou à l’escalade. « Nous avons un énorme travail à accomplir pour faire prendre conscience aux trailers qu’ils doivent être responsables, qu’ils ne doivent pas partir en montagne sans rien dans leur sac et qu’ils ne peuvent pas faire ce qu’ils veulent. Ils font prendre des risques aux services de secours. » C’est aussi parce que les accidents sont monnaie courante à Chamonix que les guides et montagnards s’offusquent de la banalisation des sorties en haute montagne. L’ancien président du club des sports regrette cette course à l’exploit qui anime de plus en plus de trailers : « On est loin de la pratique traditionnelle. Autrefois, on faisait de la course à pied pour regarder les rhododendrons et les bouquetins… La recherche de l’exploit fait que cela devient dangereux. On fait vite, on ne prend plus le temps, on vise le record. »

Heureusement, ce constat ne concerne pas la totalité des trailers. Ils sont encore nombreux à cultiver l’émerveillement, l’humanisme, la solidarité et le goût simple du défi que nourrissaient les coureurs de montagne d’autrefois. Les pelotons comptent encore pléthore de passionnés, avides de vivre eux aussi cette folie chamoniarde du trail qui étonne forcément et qui prend irrésistiblement aux tripes lorsqu’elle s’exprime dans toute sa splendeur au départ d’une épreuve. « Le phénomène du trail, sur le terrain, est merveilleux, » conclut Henri Agresti, le regard tourné vers le sommet du Mont Blanc. « Pour de nombreux coureurs, venir ici, c’est comme aller à l’Everest. »

 

Article publié dans Trails Endurance Magazine – septembre 2017

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Zinzin Reporter : pas si fou !

Dans la vraie vie, il s’appelle Denis Clerc. C’est un homme comme les autres, journaliste de métier, père de famille et sportif depuis son plus jeune âge. Mais voilà, un jour, il se met à courir. Et alors son destin bascule… il devient Zinzin ! 

La voix résonne avec une netteté étonnante. Un peu comme si le garçon au bout du fil était juste à côté. Pourtant, en ce mois de février 2017, il parle d’une île perdue au milieu de l’Atlantique, Santa Maria (Açores), où il est tranquillement installé dans un hôtel 4 étoiles. Rien que pour ça, on le détesterait volontiers. Mais le ton est si chaleureux qu’on tombe vite sous le charme. « Je suis là pour le Columbus Trail, une épreuve de 77 km qui s’appelle ainsi parce que Christophe Colomb a accosté ici en 1493 », explique Denis Clerc. « Dans mes vidéos tournées en course, je ne me contente pas de dire que c’est chouette. Je veux donner des informations et faire passer des émotions, notamment en filmant les moments difficiles. »

A 52 ans, ce féru de sport s’est découvert tardivement une passion pour le trail – et pour l’ultra, puisqu’il ne fait jamais les choses à moitié. « J’ai toujours été sportif. Je suis originaire de Haute Savoie, j’ai donc pratiqué très jeune le ski alpin en compétition à côté duquel je faisais aussi du foot. Vers 40 ans, j’ai constaté que je n’étais plus très performant dans mes activités de jeunesse, alors j’ai commencé le VTT. En complément, je courais. J’ai vite réalisé que j’étais meilleur en course à pied qu’à vélo ! » En 2006, à 42 ans, avec tout juste 6 mois d’entraînement dans les jambes, Denis Clerc boucle son premier marathon. En 2h59, s’il vous plaît ! Plutôt que rempiler sur le bitume, il décide de tester le trail. En 2007, il s’aligne donc au départ des Templiers, caméra au poing. Et il remporte le prix Jean Mamère aux Micros d’or, concours récompensant le meilleur reportage sportif de l’année !

La machine à succès est lancée : les clics grimpent en flèche sur les réseaux sociaux et le blog de celui qui répond désormais au petit nom de Zinzin Reporter. La nouvelle star du trail remplit des salles de cinéma entières et bénéficie de nombreuses invitations dans le monde. « Je suis un peu submergé par tout ce qui m’arrive », confie-t-il. « Tout ça me semble complètement hallucinant ! J’ai une vie trépidante et très sympa… mais un peu folle. » Malgré ce succès fulgurant et ses trépidations tout autour du globe (après les Açores, il s’envolera pour Madagascar en mai puis la Nouvelle Calédonie en juin), Denis Clerc garde les pieds sur terre. « Je refuse de signer des contrats car je veux rester libre. Je ne souhaite pas gagner de l’argent avec ça. Je veux rester journaliste à France Télévisions. » Son slogan lui va décidément comme un cuissard de compression : zinzin, oui, mais pas fou !

Un homme (presque) comme les autres… Denis Clerc souffre lui aussi de pépins physiques depuis quelques mois. Bon rétablissement, Zinzin ! 😉

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Maud Gobert : une carrière exemplaire

Elle a annoncé qu’elle tirerait sa révérence après sa participation au Grand Raid de La Réunion. Un retrait tout relatif puisque la grande dame de Valloire nourrit déjà de nouveaux projets sportifs pour 2018, entre défis personnels en trail et cyclisme sur route. Nul doute que Maud Gobert ne se laissera jamais tenter par une vie sédentaire, entre télé et canapé ! 

Fraîchement débarquée dans l’univers du trail après une quinzaine d’années dans le monde de l’athlétisme sur piste, j’ai entendu prononcer le nom de Maud Gobert dans la bouche de mon amie Sophie Gagnon. « C’est Maud qui a gagné la CCC, elle est trop forte ! » m’avait confié ma copine de club à l’époque, une belle pointe d’admiration dans la voix. A l’époque, j’avoue que je n’y connaissais rien et que j’avais dû chercher sur le web qui était cette athlète capable de faire pétiller les yeux de Sophie. Evidemment, au fil de mon immersion dans le trail running et de mes reportages, j’ai vite compris que Maud est non seulement une grande championne, mais aussi une personnalité qui ne peut laisser personne indifférent. Quelques années plus tard, je considère Maud comme l’une des meilleures ambassadrices mondiales du trail féminin de haut niveau. Longévité, régularité, ténacité, altruisme…

Au printemps dernier, j’étais allée à sa rencontre, sur ses terres, à Valloire. Elle rentrait juste d’une journée de travail sur les pistes de ski et s’était prêtée de très bonne grâce à la petite interview et à la séance photo au beau milieu de sa cuisine. Naturelle et sans chichi. Telle qu’on l’aime, en somme ! Voici le portrait que j’avais ensuite écrit et publié dans le magazine Trail & run au féminin édité par Le Dauphiné Libéré.

Merci, Maud, pour tout ce que tu as donné et donnes encore au sport féminin et à tous ceux qui t’entourent !

© Cyrille Quintard

Une maman championne du monde

Certainement hyperactive, franchement naturelle et passionnément montagnarde, Maud Gobert vit plusieurs journées en une. En hiver, levée dès 5h30, elle s’élance sur les pentes enneigées à la lueur de sa frontale pour son petit moment rien qu’à elle : une session ski de rando en solo dans les lueurs de l’aube, sur les hauteurs de Valloire, son village d’adoption où elle exerce en tant que monitrice de ski et accompagnatrice. A peine rentrée à la maison, elle s’occupe de ses trois filles (12, 14 et 16 ans), puis enchaîne avec une journée de travail sur les pistes. Le soir venu, elle cède à une autre passion : la cuisine ! Entre mixer, blender et yaourtière, Maud adore tester de nouvelles saveurs.

Bref, une existence à cent à l’heure en hiver, un peu plus calme le reste de l’année. Mais une existence toujours centrée sur le sport. « J’ai commencé par le cross quand j’étais au collège, puis j’ai fait du ski en compétition, ensuite du snowboard, du freeride et du skicross », se rappelle l’enfant de Douai venue très tôt dans les Alpes. Puis, de grossesse en blessure, la glisse en compétition s’est éloignée et Maud est revenue à son amour de jeunesse : la course à pied. Décidément dotée d’un potentiel étonnant, la jeune maman s’est vite imposée comme l’une des meilleures traileuses hexagonales – et même internationales puisqu’elle est devenue championne du monde en 2011. « Je suis une traileuse freeride : je n’aime pas suivre un parcours linéaire. Et puis je ne considère pas que je m’entraîne : je fais du sport, je me fais plaisir ! »

Qu’elle s’agite derrière les fourneaux, à vélo ou skis aux pieds, Maud cultive aussi une valeur de cœur : le partage. « J’aurais aimé être infirmière, mais la vie en a décidé autrement. J’aime profondément m’occuper des autres. » Alors, du haut de ses 40 ans, elle transmet sans cesse, avec une immense prodigalité. Sa passion du ski lorsqu’elle entraîne des jeunes ou emmène des personnes handicapées sur les pistes. Son amour du trail lorsqu’elle encadre des sorties sur ses sentiers préférés. Mais aussi son penchant pour les plaisirs de la table lorsqu’elle mitonne gâteaux et petits plats gourmands. Alors championne du monde de trail, oui… mais surtout championne de la générosité !

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L’envers du dossard

Un rectangle de papier. Parfois un peu cheap, parfois carrément sophistiqué avec puce intégrée, revêtement imperméable et structure indéchirable. Au recto, un numéro esseulé, ou bien accompagné de votre prénom, du logo d’un sponsor et même du profil de la course.

Un dossard est tout ce qu’il y a de plus anodin et de plus familier pour le compétiteur régulier. Son prix suscite souvent les critiques : « Ils abusent, ça fait plus d’un euro le kilomètre ! Ils se gavent bien sur notre dos, quand même… » Mais qu’y a-t-il derrière le prix d’un dossard ? Certainement pas seulement le coût de trois morceaux de rubalise, de deux quartiers d’orange et d’un rectangle de papier imprimé. Explications par l’exemple avec l’Echappée Belle, ultra traversée du massif de Belledonne (au passage, merci à Florent Hubert de sa coopération et de sa transparence !). 

Créée en 2013, l’épreuve iséroise L’Echappée Belle s’est immédiatement affirmée comme l’un des ultras les plus beaux, mais surtout les plus exigeants. Le massif de Belledonne offre des terrains d’une haute technicité et des sentiers d’altitude isolés, difficiles d’accès. Autant dire qu’organiser une course traversant l’intégralité de la chaîne, de Vizille (Isère) à Aiguebelle (Savoie) était un sacré pari pour la poignée de passionnés à l’origine du projet. Cinq ans après sa naissance, L’Echappée Belle est toujours portée par une association dénuée de visée lucrative. En 2017, le dossard pour les 144 km et 11 100 m D+ en solo coûte 170 €. L’inscription pour les 85 km s’élève à 90 € et à 55 € pour les 47 km.

Au-delà du montant que le coureur doit débourser pour participer, il convient de considérer les services offerts aux concurrents. Sur L’Echappée Belle, le tarif inclut une dotation de départ, un lot finisher, le suivi live et le chronométrage, un petit déjeuner au départ, des ravitaillements sur le parcours, un repas et une boisson d’arrivée, un dispositif de premiers secours, un road book, un sac d’allègement et l’accès aux photos HD. Bref, ce qui semble cher au départ recouvre en réalité une belle palette de prestations. Cependant vous pouvez vous-même faire le compte et mettre en regard ce que vous payez et ce que vous recevez en échange. Mais ce que vous ne savez pas, c’est la montagne de frais (et de responsabilités !) que l’organisateur doit assumer.

 

Ce graphique témoigne de la prédominance de quatre postes budgétaires principaux : la sécurité, les services aux coureurs, les frais directement liés à la course et la communication. Néanmoins, même en détaillant ainsi les dépenses que doit assumer l’organisation, l’analyse reste incomplète. Comme l’affirme Florent Hubert, président de l’association organisatrice de L’Echappée Belle, « il faut bien distinguer un trail d’un autre car tout dépend des subventions et sponsors, de la nature du parcours – une boucle coûte moins cher qu’une traversée, par exemple – et du type de territoire sur lequel on évolue. Ceux qui voudraient que les courses soient moins chères ont tort. Pas cher est synonyme de système D, donc de risques de problématiques non gérées, de nuisances pour l’environnement… et donc, à terme, de contraintes et restrictions accrues sur notre sport et notre pratique. » En attendant, chacun reste libre de choisir les courses auxquelles il participe, donc d’encourager – ou pas – une certaine philosophie de l’organisation.

 

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La Gimenez, une sacrée vacherie !

Quand je vois ce mot sur le plan d’entraînement, une vague d’angoisse me traverse. Allez savoir pourquoi ! Ben si, vous saurez pourquoi lorsque vous aurez testé cette séance assez horrible qui vous donne l’impression d’avoir simultanément une crise d’asthme, un accès de tachycardie et une décharge fulgurante d’acide lactique dans les jambes. Depuis longtemps adoptée par les cyclistes, ces doux dingues masochistes, la séance dite Gimenez est d’une efficacité redoutable (heureusement parce que si, en plus, elle ne servait à rien, ce serait le pompon !). Voici le mode d’emploi d’une session d’entraînement dont vous vous souviendrez longtemps. 

Ce n’est plus nouveau, ni étonnant. Le vélo fait désormais partie de la panoplie d’entraînement du coureur à pied – en particulier du trailer. Outre son intérêt pour soulager les articulations, le cyclisme permet de développer de nombreuses qualités indispensables à l’athlète (endurance, puissance maximale aérobie, force…). Décliné dans sa version indoor grâce au home trainer, il se révèle extrêmement pratique :

  • quand la météo est exécrable et rend difficiles les sorties en plein air ;
  • lorsque l’hiver s’installe avec, selon les régions, un froid mordant, voire de la neige ;
  • si l’on doit s’entraîner de nuit, tôt le matin ou tard le soir ;
  • si une blessure empêche de courir, mais pas de pédaler ;
  • si vous avez tout simplement la flemme de sortir et que vous préférez transpirer à la maison, une bonne playlist diffusée à bloc par vos enceintes Bluetooth !

Pour rappel, le vélo ne sert pas uniquement à réaliser du foncier (c’est-à-dire des heures de selle destinées à avaler des kilomètres). Il permet aussi de travailler en fractionné, comme on le fait habituellement à pied.

 

La Gimenez, c’est quoi ?

C’est simple : c’est un vrai cauchemar ! Bon, sans rire et très objectivement, la Gimenez n’est pas une horreur (quoique…), mais une séance exigeante physiquement et mentalement. Inventée par un cycliste professionnel, elle correspond à la durée moyenne d’un contre-la-montre, autrement dit 45 minutes, et alterne exercice en anaérobie et contre-exercice en aérobie. Elle se déroule de la manière suivante :

  1. Echauffement de 15 minutes consistant à pédaler tranquillement, d’abord sans forcer puis en augmentant progressivement l’intensité pour préparer l’effort.
  2. 9 répétitions de l’enchaînement suivant :
    • Exercice en anaérobie pendant 1 minute : vous devez pédaler en atteignant 100 % de votre PMA (cf. définition en encadré), à une cadence de 100 à 110 rpm (rotations par minute).
    • Contre-exercice d’intensité sub-maximale pendant 4 minutes : il correspond à une récupération active réalisée à 70 % de votre PMA.
  3. Retour au calme de 10 minutes consistant à pédaler tranquillement en faisant retomber l’intensité.

D’un point de vue physiologique, cette succession d’intervalles provoque une augmentation régulière de la fréquence cardiaque (FC) tout au long des 45 minutes d’effort. Comme l’intensité reste assez élevée lors du contre-exercice de 4 minutes, la différence entre la FC de l’exercice en anaérobie et celle du contre-exercice est faible (autour de 10 à 20 pulsations/minute chez un athlète entraîné). Par ailleurs, pendant les phases en anaérobie, des lactates sont produits, comme lors d’un sprint réalisé en course à pied. Le contre-exercice permet de récupérer la dette d’oxygène mais seulement de manière partielle, ce qui engendre une augmentation des lactates tout au long des 45 minutes. L’effort devient donc de plus en plus difficile. Petit à petit, même la récupération devient une phase éprouvante. Autant vous dire que, si les intensités ont été respectées, on termine la séance complètement rincé !

La Gimenez n’est malheureusement pas une promenade de santé !

Pour réussir la séance

Même si la Gimenez peut être réalisée en plein air, il est préférable de l’effectuer sur home trainer, surtout si vous n’êtes pas un cycliste chevronné. Vous pourrez ainsi mener l’exercice dans des conditions constantes (ni pente, ni vent, ni intersection).

  • Bien installé sur votre home trainer, conservez la même position tout au long de la séance (ne vous mettez pas en danseuse, par exemple) afin de ne pas influer sur la puissance développée. Pour mesurer cette dernière, l’utilisation d’un capteur de puissance reste l’idéal. Cependant cet équipement reste onéreux (de 600 à plus de 1600 €). Si vous vous connaissez bien et que vous avez l’habitude de pédaler, vous pouvez néanmoins vous fier à vos sensations en respectant les intensités de chaque intervalle (100 % de PMA et 70 % de PMA).
  • Ne vous attachez pas trop à votre fréquence cardiaque car elle va progressivement augmenter, l’objectif étant justement de la laisser dériver jusqu’à atteindre quasiment son maximum en fin d’exercice.
  • La récupération (phase de contre-exercice) doit être dynamique, à intensité soutenue. Petite précision pour les adeptes de physiologie : il faut effectivement optimiser l’oxydation d’une partie du lactate accumulé pendant l’exercice aérobie. Plus prosaïquement, le constat est simple : pendant une Gimenez, on ne se relâche jamais vraiment !
  • La fréquence de pédalage doit être d’environ 100 rotations par minute.
  • Lancez-vous dans cette séance en disposant d’une bonne condition physique et d’un état de fraîcheur suffisant. Si vous êtes fatigué avant de grimper sur le vélo, vous augmentez les risques d’abandon ou risquez de ne pas réaliser la séance aux intensités requises.
  • Entraînez-vous préalablement sur home trainer pour vous habituer à cette pratique. Exercez-vous à pédaler avec du braquet (force), à tourner les jambes rapidement (vélocité).
  • Evitez de faire cette séance épuisante à proximité d’une compétition et ne la répétez pas trop souvent (à moins que vous ne soyez un champion !).
  • Si vous craignez de ne pas tenir la totalité de la séance, commencez par 5 séries puis augmentez progressivement jusqu’à atteindre les 9 séries de la séance intégrale. Vous pouvez aussi réaliser le contre-exercice à seulement 60 % ou 65 % de PMA.

Intérêts de la séance

Pratiqué depuis longtemps et étudié par de nombreux scientifiques, cet entraînement a fait ses preuves et prouvé ses multiples intérêts non seulement pour les cyclistes, mais aussi pour les coureurs à pied.

  • Le potentiel aérobie s’améliore sensiblement.
  • La tolérance à l’acide lactique augmente.
  • La VO2max s’améliore.
  • La ventilation maximale à l’effort s’accroît.
  • D’un point de vue mental, on travaille la capacité à endurer un effort long et difficile.
  • Les changements d’allure et l’intensité élevée maintenue tout au long de la séance reproduisent les conditions rencontrées sur une course.
  • Enfin, l’un des avantages – notamment pour le cycliste habitué à d’interminable heures de selle – est le gain de temps : en 1h10, on travaille en intensité et en endurance.

 

 


Précision technique : la PMA

La puissance maximale aérobie, ou PMA, correspond à la puissance atteinte lorsque la consommation maximale d’oxygène, ou VO2max, est atteinte. La VO2max est la quantité maximale d’oxygène que l’on peut utiliser par minute pendant un exercice musculaire intense. La PMA est exprimée en watts, unité utilisée par les cyclistes et mesurée grâce à un capteur de puissance. En course à pied, on parle plutôt de VMA, ou vitesse maximale aérobie, qui est quant à elle exprimée en km/h.


La Gimenez en bref
  • Matériel nécessaire : un vélo, un home trainer, un chrono. Eventuellement un cardiofréquencemètre. Idéalement, un capteur de puissance. Sans oublier une bouteille d’eau !
  • Durée totale : 1h10
  • Déroulement :
    • Echauffement : 15’
    • 9 séries enchaînées de (1’ à 100 % PMA + 4’ à 70 % PMA)
    • Retour au calme : 10’

 

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Yoga et running : le mix trendy

Pour tout vous dire, le titre même de cet article me fait bondir. 4 termes sur 6 empruntés à la langue de Shakespeare, c’est juste une horreur quand on dispose de la richesse du français… Mais voilà, quand on traite d’un sujet tendance, on est attiré comme un aimant par ces mots anglais qui font paraître le propos résolument moderne.

Or, vous l’avez sans doute remarqué, le yoga a le vent en poupe. Une quantité dingue d’internautes (et notamment de coureurs à pied) fait des selfies à n’en plus finir dans des positions invraisemblables, à croire que le yoga exige juste de poser son talon sur son genou et de joindre les mains au-dessus de la tête. Les choses ne sont pourtant pas aussi simples…

Courir, c’est le top pour se défouler et évacuer le stress. Personnellement, quand j’éprouve une tension intérieure, il suffit que je parte trotter pour que la nervosité s’envole et que les soucis semblent tout-à-coup aussi dérisoires que surmontables. Ma maigre expérience en yoga n’a pas été concluante : lors des deux cours que j’ai suivis, avec deux enseignants différents et deux approches différentes, j’ai éprouvé une irrépressible envie de courir autour de la pièce plutôt que maintenir une position qui me prouvait douloureusement ma raideur chronique… Pourtant nombreux sont ceux (et surtout celles, il faut bien le dire) qui pratiquent le yoga en parallèle de la course à pied. Pourquoi ?

 

Le yoga ? Pfff, c’est pour les vieux !

Non non, le yoga n’est pas une activité de mémé ! « C’est ce que je croyais avant de découvrir cet art de vivre à Bali, il y a des années », confie Karyne Nguyen, sportive assidue et professeur de yoga. Pourtant cette philosophie issue du Pakistan et de l’Inde, puis adoptée aux Etats-Unis et en Europe, se décline en différentes mouvances dont certaines s’avèrent très dynamiques. « Quand on parle de yoga sans autre précision, c’est un peu comme lorsqu’on parle d’athlétisme. L’athlétisme recouvre une grande diversité de disciplines, du demi-fond au lancer du poids. Pour le yoga, c’est la même chose« , explique Atma Singh, ancien skieur de haut niveau devenu fervent adepte du yoga.

On distingue en effet différentes sortes de yoga, de l’approche traditionnelle du Hatha yoga (très centrée sur le ressenti et l’ésotérisme) à l’Ashtanga (qui peut parfois s’apparenter à de la gym) en passant par l’Anusara yoga (approche anatomique pratiquée par Karyne Nguyen) et le Kundalini yoga (dans lequel Atma Singh est expert). Sans entrer dans les détails des différentes approches, retenons que le yoga s’appuie sur cinq piliers majeurs : la maîtrise du souffle (ou Pranayama), les postures (ou Asanas), la relaxation, la nutrition et la méditation. Bon, tout cela est bien beau, mais en quoi est-ce intéressant pour le running ?

 

Une affaire de souffle

En yoga comme en running, le souffle occupe une place centrale. Si la respiration se met au service de la performance lorsqu’on court, elle devient une véritable prise de conscience en yoga. « Grâce au yoga, on réapprend à respirer », explique Karyne Nguyen. « On peut faire varier la respiration en fonction de ses besoins : relâchement, récupération active, regain d’énergie… » Une fois que l’on maîtrise les différents types de respiration, on peut aisément les utiliser en courant et améliorer sa capacité respiratoire. « Lorsqu’on court, on trouve petit à petit un rythme de croisière, une respiration régulière. Cette régularité respiratoire apporte une stabilité mentale, donc une certaine paix intérieure, que l’on retrouve en yoga. Mais les techniques de respiration du yoga, parce qu’elles sont pratiquées de manière consciente, sont plus efficaces, » estime Atma Singh.

L’intérêt de la respiration telle qu’elle est enseignée en yoga se révèle d’autant plus vif lors d’une compétition. Grâce à la maîtrise du souffle, on peut facilement canaliser ses émotions. A la clé : une sérénité accrue et de meilleures performances. « Au départ d’une course, on voit souvent des coureurs sautiller sur place et faire des mouvements désordonnés. Ils perdent une précieuse énergie. Ils devraient plutôt adopter la respiration du feu (cf. zoom ci-dessous) pour maintenir leur niveau d’échauffement sans agiter leur mental », conseille Atma Singh. En trail, les variations de terrain se prêtent particulièrement bien aux techniques de respiration du yoga : relâchement en descente, récupération active en montée raide lorsqu’on marche…

 

Postures physiques et mentales

Dans l’imaginaire collectif, traînent des images d’Epinal. Comme celle de la position du lotus que l’on associe au yoga et à la méditation. Mais ce n’est pas l’unique posture proposée par la discipline, loin de là. « Dans toutes les situations de la vie, le plus important est de vivre l’instant présent. C’est donc le chemin parcouru pour atteindre la posture qui importe. On travaille sur le ressenti profond, à la fois physique et mental, et sur le recentrage sur soi qui apporte apaisement et confiance en soi« , précise Karyne Nguyen. En maintenant des postures plusieurs minutes, et non quelques secondes comme dans les étirements traditionnels, et en leur associant une respiration adaptée, l’assouplissement est plus efficace et s’accompagne d’un lâcher prise mental. « C’est beaucoup plus bienveillant envers le corps que les étirements et on travaille en même temps le gainage profond », ajoute Karyne Nguyen. Du coup, le yoga s’avère exigeant car le juste alignement du corps est une quête constante vers un mieux-être.

Pour le running, l’intérêt est évident : un gainage efficace et un système musculo-tendineux plus souple préviennent les blessures, réduisent les courbatures et améliorent la technique de course. « Grâce au yoga, on peut notamment assouplir la chaîne musculaire postérieure, essentielle en running, et le diaphragme, muscle central que les coureurs n’étirent jamais alors qu’il est à l’origine de la plupart des points de côté », assène Atma Singh. Le yoga permet aussi d’apprendre à gérer la douleur physique souvent présente lors de l’activité sportive : « Au lieu de contourner la souffrance, on la chouchoute pour l’apaiser, par exemple en « respirant » dans la zone douloureuse », indique Karyne Nguyen.

 

Des bienfaits psychologiques aussi 

Parce que le yoga s’appuie sur une respiration consciente et maîtrisée et que le corps et le mental sont intimement liés, il permet d’accéder à un état de relaxation salvateur. Plusieurs méthodes de préparation mentale du sportif sont d’ailleurs issues du yoga comme la sophrologie, la PNL (programmation neuro-linguistique) ou la visualisation positive. « Prendre conscience de sa respiration et de son corps peut aboutir à une méditation. Les pensées glissent sans que l’on s’y agrippe », explique Atma Singh. On relativise ainsi ce que l’on vit, ce qui stresse et fait douter. « Il est important de prendre du recul en sport et d’éviter de se dire au beau milieu d’une compétition : qu’est-ce que je fiche ici ? » ajoute Karyne Nguyen. Le yoga permet donc d’avoir un mental plus fort et d’optimiser les performances.

Des performances que l’hygiène de vie favorise également. Or l’un des cinq piliers du yoga concerne la nutrition. « Le yoga permet de prendre conscience de tout ce que l’on mange et de le faire en connaissance de cause, sans jugement », précise Karyne Nguyen. Sans forcément adopter le régime lacto-végétarien généralement prôné par le yoga, choisir consciemment ce que l’on ingère permet de mieux équilibrer son alimentation et, ainsi, d’avoir plus d’énergie pour pratiquer une activité sportive. « Le choix alimentaire a un impact physique, mais aussi mental », conclut Karyne Nguyen. Une fois encore, on voit que le yoga se fonde sur l’étroite relation qui unit le corps et l’esprit. Une symbiose que l’on recherche en course à pied.

 

 

C’est décidé, je me mets au yoga !
  • Ne commencez pas seul ! Adressez-vous à un professeur de yoga et discutez avec lui expliquer quelles sont vos attentes en tant que coureur à pied.
  • Bannissez les « usines à yoga » ! Un bon cours de yoga ne doit pas réunir plus d’une douzaine de personnes maximum.
  • Faire du yoga ne doit jamais être ressenti comme une contrainte.

 

Zoom sur… la respiration
  • Pour apaiser le mental et évacuer le stress, par exemple avant une compétition, respirez en bouchant votre narine droite avec votre pouce droit, main ouverte, doigts tendus et écartés. Inspirez et expirez lentement et profondément par la narine gauche en fermant les yeux.
  • Sur une ligne de départ, pratiquez la « respiration du feu » pour maintenir votre niveau d’échauffement sans vous déconcentrer et sans perdre d’énergie : respirez rapidement mais à une cadence régulière (comme un halètement mais en respirant par le nez et non par la bouche). En respirant ainsi pendant 3 minutes, vous réoxygénez tout votre volume sanguin !

 

 

Les deux experts
  • Karyne Nguyen est professeur de yoga et pratiquante assidue de trail, cyclosport, VTT et ski. Elle propose des stages « Trail et yoga » en association avec Vincent Delebarre, des Yoga Workshops le samedi matin, des cours collectifs et particuliers, des massages pour les sportifs et des accompagnements personnalisés. / www.yogathletic.fr
  • Atma Singh est lui aussi professeur de yoga et pratiquant de ski alpinisme (il était autrefois membre de l’équipe de France de ski de fond et coureur à pied). Il dirige l’entreprise Golden Temple qui commercialise le célèbre Yogi Tea.

 

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Jean-Marc Joguet : « je n’étais pas comme les autres »

Vainqueur de la première édition de la Pierra Menta en 1986, Jean-Marc Joguet est une personnalité hors normes. Pionnier en ski alpinisme et en trail, il n’a jamais cessé d’assouvir sa passion des sports d’endurance malgré un métier éprouvant : éleveur bovin dans le Beaufortain.

Une vie à la dure, de celle que racontent les films et les livres. Tellement décalée de notre société actuelle qu’on la croirait irréelle. Pourtant Jean-Marc Joguet la raconte avec acuité, comme s’il venait de quitter cette rude enfance montagnarde. Le petit garçon du Beaufortain a dû trouver sa place au sein d’une fratrie de 13 enfants et assumer sa part de travail à la ferme parentale. « A 10 ans, on m’envoyait déjà dans les alpages avec les bêtes. On me réveillait à 3 heures du matin pour la première traite. Je m’endormais contre le flanc des vaches… » se souvient Jean-Marc. De cette existence fruste mais profondément ancrée dans la nature, le jeune garçon en tire une volonté à toute épreuve et une endurance exceptionnelle. Fan de vélo, il s’entraîne sans relâche et participe aux compétitions proches de chez lui. « Il partait à vélo de Beaufort, rejoignait la ligne de départ, faisait sa course, puis revenait chez lui à vélo », raconte sa femme Marie-Pierre en riant. Talentueux, Jean-Marc l’était incontestablement. Mais pour progresser sur deux roues, il fallait de l’argent. Pour acheter un nouveau vélo, pour payer les déplacements. « Mes parents n’avaient pas les moyens, alors j’ai arrêté et je me suis mis à courir », regrette Jean-Marc.

Aussitôt ses tâches agricoles terminées, Jean-Marc part donc crapahuter dans la montagne. Au grand dam de ses homologues, outrés qu’il ait du temps à perdre ! « C’était très mal vu de faire du sport quand on était agriculteur. Les gens disaient qu’il n’avait rien à faire pour se permettre de courir comme ça ! » explique Marie-Pierre. « Mais il a joué un vrai rôle dans l’évolution des mentalités. » Le jeune éleveur, à force de s’entraîner sur les pentes du massif, à pied en été et à ski en hiver, commence à faire des émules. Surtout lorsqu’il remporte la première édition de la Pierra Menta en 1986. « J’ai allumé la mèche. J’étais un peu la flèche à suivre pour les jeunes d’ici », évoque Jean-Marc. « Mais, en fait, j’ai raté ma carrière et je le regrette chaque fois que j’y pense aujourd’hui. »

Quelques semaines après avoir empoché la victoire sur la Pierra Menta, Jean-Marc part au service militaire. Et là, le phénomène beaufortain attire tous les regards. « Quand ils m’ont vu, ils se sont dit que je n’étais pas comme les autres. A 20 ans, avoir une telle volonté de tout casser, ce n’était pas banal ! » Les capacités physiques et mentales de Jean-Marc le conduisent sans tarder en équipe de France militaire de biathlon où il confirme son potentiel. « Une semaine avant la fin de mon service, ils sont venus me proposer de m’engager pour devenir biathlète pro. Mais il fallait que je demande à mes parents… » Pour des agriculteurs, imprégnés du labeur et de la terre, le sport n’offre aucun avenir. Alors Jean-Marc essuie un refus et il revient travailler à la maison. Ses espoirs de carrière s’envolent.

Si la déception est immense, Jean-Marc la surmonte, fidèle à sa force de caractère. Aux côtés de Marie-Pierre, il voue son existence à ses vaches laitières et, dès qu’un instant de liberté se profile, il enfile les baskets ou les skis de randonnée. Le trail n’existe pas encore, mais il sillonne les sentiers, avec ou sans dossard. « Je m’étais engagé avec les pompiers pour participer aux cross. Une année, les pompiers de Paris sont même venus me demander de participer au Grand Défi qui était une course de ski alpinisme par équipe, sur une semaine. C’était super, c’était un truc de dingue ! » se souvient Jean-Marc, le regard pétillant. Puis le trail est apparu et Jean-Marc s’est aligné sous les arches de départ. Dans le secteur, il était connu comme le loup blanc : lorsqu’on le voyait, on savait que la course allait être menée tambour battant et qu’on n’aurait pas vraiment le temps d’admirer le paysage…

Saison après saison, été comme hiver, Jean-Marc s’entraîne. Avec un plaisir toujours renouvelé et une soif inextinguible de panoramas et de grands espaces. « Ce que j’adore en montagne, c’est qu’on voit toujours quelque chose de différent. Et puis même quand je m’entraîne moins, avec mon métier, je suis toujours en train de courir. » Elever une quarantaine de vaches n’a effectivement rien d’une sinécure. Lever aux aurores, première traite, soins aux animaux, entretien de l’exploitation, deuxième traite, livraison du lait à la coopérative de Beaufort… Être éleveur laitier est une vocation, mais aussi une abnégation. Les jours fériés, les dimanches, les vacances ? « On ne connaît pas. On travaille tous les jours. Je m’arrange simplement avec Caro quand je veux faire une course. » Caroline, la fille cadette de Jean-Marc, est elle aussi agricultrice, à deux pas de la maison de ses parents. Elle élève un troupeau de 90 chèvres laitières et s’adonne elle aussi, en digne héritière, au ski alpinisme et au trail. Fervents passionnés, père et fille s’épaulent donc pour pouvoir prendre parfois un ou deux jours de liberté – et épingler un dossard. « Je préfère que ce soit elle qui court : elle est jeune, elle progresse bien et elle a l’avenir devant elle. Ca me fait plaisir de la voir courir ! Moi, vu mon âge… »

 

A 52 ans, Jean-Marc Joguet n’a pourtant pas grand-chose à envier aux jeunes, si ce n’est un démarrage plus fastidieux qu’autrefois. « Maintenant il me faut une heure avant d’être dans le coup. C’est incroyable, quand même ! » Jamais blessé une seule fois au cours de sa vie sportive, cette force de la nature n’a connu en tout et pour tout qu’une coupure. « Je m’entraînais tellement en mode compétition que j’ai fait un burn out. J’étais vidé. J’ai mis un an à m’en remettre. » Aujourd’hui, ce féru de sport cavale encore aux côtés de son neveu, le champion de ski alpinisme William Bon-Mardion. Et il prévoit d’organiser une petite sortie en montagne avec son nouveau voisin, François d’Haene, et le vice-champion du monde 2016, Nicolas Martin, qui habite à quelques kilomètres d’Arêches. En juillet dernier, il s’est aligné au départ de la Pierra Menta d’été aux côtés de Yoann Sert pour une aventure pimentée. « La première étape a tapé avec 3000 m de dénivelé positif sur 25 km. Il fallait gérer la situation ! C’est une course de kamikaze ! » Après avoir couru 15 fois la Pierra Menta d’hiver, Jean-Marc a goûté à la version estivale de la légendaire épreuve qui a fait de lui si ce n’est une icône, tout au moins un pionnier.

 

Jean-Marc Joguet en bref

Age : 52 ans

Profession : éleveur laitier à Arêches

Vainqueur de la 1ère Pierra Menta en 1986 avec Pascal Fagnola, 2ème en 1987 avec Thierry Bochet, 5e en 1988 avec Pierre Viard Gaudin, 10e en 1995 et 1996 avec René Gachet.

10e à la CCC en 2005.