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L’étiopathie : dans les brumes de la mécanique du corps

Nicolas Sarkozy ne se cachait pas : il consultait un étiopathe. Médiatisée, la méthode est devenue tendance et s’est même invitée à l’arrivée des courses. Mais qui sont ces praticiens ? Que penser de cette méthode ?

Un couloir, quelques chaises, des coureurs assis qui attendent leur tour. Devant la porte, un tabouret avec des cartes de visites : Martin Duchmol[*], étiopathe. « C’est quoi, un étiopathe ? » La question fuse et la réponse est quasi-immédiate : « C’est comme un ostéopathe. » Ah bon ?

Les mécaniciens du corps…

« L’étiopathie est une méthode rigoureuse et objective qui permet, à partir des symptômes présentés par le patient (douleurs, tensions musculaires, sensation de blocage), de remonter jusqu’à la cause pour traiter cette dernière par le biais de techniques manuelles articulaires, viscérales ou circulatoires », affirment les documents de communication de Jean-Paul Moureau, l’un des étiopathes les plus en vue. Cette médecine manuelle non conventionnelle traite tous les problèmes traumatiques et les douleurs : entorses, névralgies lombaires, dorsales ou cervicales… Elle se dit également efficace contre les troubles digestifs et respiratoires, les migraines, l’insomnie ou encore l’anxiété. Enfin, elle prétend traiter avec succès l’aménorrhée, notamment chez les sportives. Proche des méthodes des rebouteux, l’étiopathie n’a pas recours à des médicaments et n’a donc aucune implication en matière de dopage. Le praticien n’utilise que ses mains, sans aucun recours à un appareil. « Les étiopathes se présentent souvent comme des ostéopathes exclusifs pratiquant les manipulations articulaires que l’on retrouve dans le courant structurel de l’ostéopathie », explique Nicolas Pinsault, enseignant-chercher au CHU de Grenoble. « On distingue en effet trois courants d’ostéopathie : crânienne, viscérale et énergétique, et enfin structurelle. Cette dernière correspond à une vision mécaniste dont se réclament les étiopathes. »

… ou une vue de l’esprit ?

Si les étiopathes défendent forcément leur chapelle, d’autres posent un regard nettement plus critique sur cette méthode. Avant tout, il faut savoir que l’étiopathie n’est ni réglementée ni remboursée en France, ce qui signifie que l’étiopathe n’est pas professionnel de santé et donc soumis à aucun code de déontologie. De plus, sa formation n’est pas encadrée par l’Etat. « De ce fait, les gages de sécurité pour les patients sont beaucoup plus faibles et, en cas de problème, les recours sont compliqués », conclut Nicolas Pinsault. « Même s’il existe sans doute une majorité de bons étiopathes, vous n’êtes pas certain de recevoir des soins de qualité puisque la formation n’est pas contrôlée. » Majoritairement issus d’écoles implantées en Suisse, patrie d’origine de son prétendu fondateur Christian Trédaniel (cf. encadré), les étiopathes français peuvent également avoir suivi une option dans certaines écoles d’ostéopathie ou un cursus dans l’une des quatre écoles spécifiques (Paris, Rennes, Toulouse et Lyon). « Malgré les réserves nécessaires que je nourris à l’égard de cette méthode, je ne nie pas qu’un patient puisse éprouver un mieux-être après une séance », convient Nicolas Pinsault. « Néanmoins l’effet placebo peut avoir un effet très puissant. » Bref, comme souvent, ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain… mais restons attentifs à la température de l’eau !

 

Zoom sur les origines contestables de l’étiopathie

L’histoire officielle de l’étiopathie raconte que Christian Trédaniel (1934-2011) aurait soigné un accident sportif grâce à la médecine manuelle alors que la médecine classique avait échoué. Après quelques années d’exploration en France et aux Etats-Unis, il créa officiellement l’étiopathie en 1963 et publia un ouvrage en 1979. Sauf que le terme avait déjà été inventé en 1899 par George Dutton, auteur de Etiopathy or way of life : being an exposition of ontology, physiology and therapeutics : a religious science and a scientific religion. Autant dire que Christian Trédaniel, qui n’a jamais cité Dutton, a réalisé une véritable usurpation de la théorie originelle. Laquelle était d’ailleurs, comme le titre du manuel fondateur l’indique, davantage fondée sur la religion que sur la science. « La théorie exposée par Trédaniel est une nébuleuse qui ne tient pas debout scientifiquement », confirme Nicolas Pinsault. Bref, la paternité de l’étiopathie est à la fois contestable et contestée.

 

[*] Le nom du praticien a été modifié, évidemment !

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Au bonheur du défrichage

A l’intérieur, une montagne de cartons.

A l’intérieur des cartons, une montagne de trucs qu’on croit souvent indispensables, mais qui ne sont finalement qu’accessoires.

A l’extérieur, une forêt vierge qui donne une furieuse envie de massacre à la tronçonneuse et à la tondeuse.

A l’extérieur de la forêt vierge, une montagne qui donne une délicieuse envie d’exploration et d’ascension.

Déménager.

Rassembler tout ce que l’on possède, l’empaqueter et s’en aller.

Eprouver un petit déchirement parce qu’on quitte un lieu où l’on a éprouvé toute la palette des émotions, du bonheur à la tristesse, du fou rire aux sombres pleurs.

Et puis s’installer. Poser ses valises ailleurs, là où le cœur nous a portés.

Vivre au milieu d’un bazar incommensurable en se demandant si l’on parviendra à bout de ces piles de cartons remplis et de ces vastes surfaces de murs à nettoyer, enduire, repeindre…

Entre un coup de rouleau et un coup de pompe, trouver l’énergie de chausser les baskets et partir courir. Malgré les jambes lourdes d’avoir piétiné, malgré les bras courbaturés d’avoir frotté et porté, malgré l’envie terrible de se jeter dans le canapé.

Mais là, à quelques foulées du jardin en friche, se dressent des montagnes à explorer avec leurs kilomètres de sentiers, leurs pentes boisées et herbues, leurs cimes minérales et acérées. Il se cache là une promesse de découverte et de plaisir qui, en dépit de la fatigue, donne des ailes. Trottiner (peu importe que l’on avance comme un escargot en plein soleil !), s’étonner à chaque pas, se perdre sur les chemins, suivre son instinct, monter vers le ciel, toujours plus haut…

Le goût d’inédit est éphémère, il s’estompe à chaque sortie. L’inconnu rentre petit à petit dans les habitudes, l’étonnant devient repère, le sommet devient jalon. Mais le bonheur simple de courir en pleine nature, sur les flancs de ces montagnes à la fois majestueuses et hostiles, demeure intact.

Déménager, c’est avoir un nouveau monde à explorer !  😉

 

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Vagabondages d’en-haut : le Mont Ventoux

Le Géant de Provence.
Une silhouette qui se dresse dans le ciel azur.
Imposante.
Minérale.
Majestueuse.
A ses pieds, s’étire une terre gorgée de soleil.
Une terre où fourmille une nuée de sportifs : ici, les cyclistes sont rois.

« Lorsqu’on est trailer, on se sent un peu décalé », s’amuse François, mon compagnon de vagabondage. Il est vrai que nous faisons figure d’extra-terrestres ce matin : avec nos sacs à dos et nos baskets, nous détonons dans le village de Bédoin où circulent des dizaines de vélos. Peu nous importe ! Nous sommes ici pour retrouver les valeurs du trail qui nous sont chères : le partage, la solidarité, l’effort, l’émerveillement, la nature. Malgré le caractère officieux de notre aventure, nous ne sommes pas là pour ramasser des brins de serpolet au bord des chemins. Il va falloir rallier le sommet sans tarder puis redescendre dans la vallée, soit 32 kilomètres et 1600 mètres de dénivelée positive au programme. Alors en route, moussaillon !

François a une dizaine d’années de plus que moi, mais il est doté d’énormes capacités. Il vient d’ailleurs de terminer troisième du trail des Aravis et il compte de jolies performances à son palmarès. Je redoute un peu d’être son boulet aujourd’hui, mais il me rassure en se calant à une allure raisonnable. Nous pouvons discuter tout en avalant les kilomètres sans traîner.

Après le village et ses alentours résidentiels, nous voici plongés en pleine nature. Le sentier sinue dans la forêt, s’élève progressivement, puis devient rocailleux et découvert. La sente se transforme en chemin forestier, large et offert aux rayons brûlants du soleil. Ces 8 kilomètres pourraient sembler interminables, mais le fait d’être aux côtés de François permet d’adoucir la longueur – et la langueur – de cet itinéraire. Nous ne parlons pas en permanence, nous n’en avons pas besoin. Bien sûr, nous papotons souvent, mais lorsque le silence s’installe, il ne fait que renforcer notre complicité.

Le temps glisse.
Disparaît.
Nous oublions le chronomètre.
Bientôt apparaît la bifurcation tant attendue : un single caillouteux et raide grimpe vers le sommet. Changement de décor : après l’univers de la pinède, vient le monde lunaire des pierriers calcaires. Cette dernière portion m’est un peu difficile. Je dois marcher, mais François m’encourage et m’attend patiemment.

Le sémaphore nous domine de toute sa hauteur. Le Mont Ventoux. Notre graal d’un jour ! Nous y sommes ! Nous admirons le paysage, émerveillés. Sans trop tarder, nous nous lançons dans la descente. C’est le moment que je préfère : dévaler la montagne en jouant avec le relief, sauter comme un cabri, éprouver un incroyable sentiment de liberté et de légèreté…

La chaleur devient écrasante au fur et à mesure de notre descente. Nous retrouvons bientôt la forêt et son ombre bienfaisante. Les derniers kilomètres s’égrènent. Moi qui n’apprécie guère les sorties qui dépassent 4 heures, j’avoue que j’aurais presque envie que celle-ci ne cesse jamais. Savourer encore un peu ces instants suspendus… vivre encore un peu ce bonheur du partage, de l’effort et de l’amitié, loin du monde, loin de tout…

Bédoin.
Le voyage est déjà fini.
François et moi échangeons une accolade émue.
Nous nous remercions mutuellement, conscients de la préciosité de ce que nous venons de vivre.
Le trail n’est décidément pas cette course aux selfies, au D+ et aux kilomètres étalés sur les réseaux sociaux.
Le trail n’est pas cet égocentrisme, cette autosatisfaction, cette surenchère d’exploits en tous genres.
Le trail est résolument ce sport de montagne qui unit les êtres, qui les invite à rester humbles et altruistes. A l’écoute certes d’eux-mêmes, mais aussi – et surtout – de l’Autre et de la nature.

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(Re)lâchez-vous !

Quel que soit votre niveau, votre objectif est le même que celui des plus éminents champions : courir de manière la plus économe possible afin de courir vite plus longtemps. Pour atteindre ce graal, l’un des secrets réside en un mot : relâchement. Et si vous appreniez vous aussi à vous détendre en courant ? 

Epaules crispées, visage grimaçant, poings serrés, poitrine contractée… Les signes d’un manque cruel de relâchement sont aussi variés que les profils de coureurs. A cause des progrès matériels (chaussures plus légères, amortis optimisés, vêtements techniques…) et des conseils d’entraînement pléthoriques, nous avons tendance à oublier que le relâchement fait partie intégrante de la performance.

Un soupçon de physiologie

Rappelons que la foulée se caractérise par deux phases :

  • l’appui, composé de l’amortissement, du soutien et de la poussée,
  • la suspension pendant laquelle le coureur n’a plus aucun point de contact avec le sol.

C’est pendant cette deuxième phase aérienne que le coureur a intérêt à être le plus relâché possible car c’est à ce moment-là que s’effectue l’apport maximal d’oxygène et de glucose. Par ailleurs, améliorer l’économie de course implique de réduire au strict minimum la consommation d’énergie par les muscles qui n’interviennent pas directement dans le geste réalisé. Un muscle contracté nécessite un afflux sanguin accru afin de disposer des ressources nécessaires à sa contraction. Travailler le relâchement permet donc aux muscles de récupérer et d’éviter une consommation inutile d’énergie.

 

Créer les conditions du relâchement

« Le relâchement est le produit des qualités physiques travaillées à l’entraînement et des aptitudes psychologiques qui en découlent, que ce soit dans le positif comme dans le négatif », affirme Hakim Merzougui*. « Lorsqu’on est dans une bonne dynamique d’entraînement et de forme physique, les résultats suivent car on se relâche du simple fait d’être en confiance. » Pour atteindre un relâchement optimal, il convient donc de s’installer dans une démarche mentale et physique adaptée.

  • Que ce soit à l’entraînement ou en compétition, le stress se traduit souvent par une attitude générale tendue. En pratiquant des exercices de relaxation (respiration profonde, imagerie mentale, pleine conscience…), il est possible de faire retomber cette pression. Mais il est aussi essentiel de relativiser et de garder à l’esprit que la course à pied doit rester un plaisir et un loisir.
  • Un échauffement soigné et une hygiène de vie adéquate (hydratation, nutrition, étirements…) permettent de préparer les muscles à l’effort et de favoriser leur relâchement pendant l’exercice physique.
  • Enfin, courir sans douleur permet de garder une attitude équilibrée. S’entraîner en ayant mal à un mollet ou vec une ampoule au pied entraîne des compensations, génératrices de tensions dans d’autres parties du corps.

Etre attentif à sa posture

Si l’idéal reste d’être observé par un tiers pendant l’effort pour identifier les zones de contraction, il existe une autre solution : se centrer sur ses sensations, autrement dit être à l’écoute de chaque partie de son corps, et ce à différentes allures et à différents moments de l’effort. La contraction apparaît souvent lorsque la fatigue se fait sentir ou qu’une difficulté se présente (changement d’allure, obstacle…). L’imagerie mentale, pratiquée en amont ou pendant l’effort, consiste à se visualiser en train de courir de manière fluide, efficace et légère. Cette image permet au cerveau d’envoyer au corps les messages nécessaires à une attitude plus relâchée.

 

 

En pratique

Se relâcher… ou carrément se lâcher ! 🙂

Relâcher le haut du corps pendant l’effort

Le buste est souvent la principale localisation des tensions, notamment au niveau des épaules. Pendant que vous courez, laissez tomber vos bras le long de votre corps en les laissant aller librement, comme s’ils ballottaient sur vos flancs. Vous devez sentir vos muscles se relâcher jusque dans vos trapèzes et vos cervicales. Puis reprenez une course normale. Vous pouvez répéter l’exercice plusieurs fois de suite pour bien ressentir le relâchement. Un exercice à pratiquer aussi bien à l’entraînement qu’en compétition.

Identifier les zones critiques

  • Les épaules sont souvent le lieu principal des tensions musculaires. Détendre les bras en les « secouant » légèrement le long du corps permet de relâcher ces tensions.
  • Le visage peut lui aussi être le siège de contractions. Ne serrez pas les mâchoires. Soufflez en gonflant les joues plusieurs fois.
  • Une respiration ample et profonde, avant et pendant l’effort, permet de mobiliser le diaphragme et faciliter le relâchement.
  • Evitez de courir poings fermés et crispés. Les mains doivent être légèrement ouvertes, poignets alignés avec les avant-bras.

 

 

*Hakim Merzougui
Entraîneur, instructeur athlétisme au 27e bataillon des chasseurs alpins.
Champion d’Europe militaire de cross-country en 2011, 10e aux championnats du monde militaires de cross-country en 2013, 5e aux championnats de France de cross court en 2013.
Records personnels : 3’42’’ sur 1500 m / 13’52’’ sur 5000 m.

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Drayes du Vercors : le dossard spontané

A l’heure des courses hyper galvaudées qui exigent une planification de dingue (genre tu coches la date dans ton agenda en novembre pour une course prévue en août de l’année suivante), rien ne vaut une belle épreuve locale où il est encore possible de s’inscrire le matin même. Après avoir « subi » pendant des années le diktat des compétitions fédérales d’athlétisme qui ne laissent guère le choix (si ta meilleure amie se marie la veille de la finale nationale des interclubs, tu n’as plus qu’une solution : assister vite fait à la cérémonie religieuse puis sauter dans un train, sac de sport en bandoulière, avec ta robe de soirée et ton chignon tarabiscoté complètement incongrus dans la vie normale… authentique, je vous jure !), j’avoue que toute planification pluri-mensuelle me rebute. Mais il faut bien programmer une saison sportive et donc un entraînement digne de ce nom, alors je mets quelques croix dans le calendrier malgré tout.

Mais quel régal de tomber, un peu par hasard, sur l’annonce d’un trail tout proche de chez soi et de se dire, trois jours avant la course : « Tiens, et si j’y allais plutôt que m’entraîner toute seule samedi matin ? » Et si, en bonus, la course se déroule dans le fief d’amis qu’on n’a pas vus depuis trop longtemps, alors la pulsion est décuplée ! Me voilà donc inscrite sur les 26 km et 1600 m D+ des Drayes du Vercors, l’une des premières épreuves que j’aie couvertes à l’époque où j’œuvrais en tant que correspondante locale de presse pour Le Dauphiné Libéré (pouah, ça ne me rajeunit pas !).

Un site de course implanté au cœur du village de La Chapelle-en-Vercors, comme s’il s’était lové là pour couver les coureurs dans son écrin de maisons en pierres. Des chapiteaux, une arche de départ, un podium, un animateur et des concurrents : rien de plus simple et de plus banal, me direz-vous… et vous avez entièrement raison ! Mais les lieux dégagent une sérénité appréciable et un petit air festif qui rappelle les kermesses de mon enfance, lorsque la fin de l’année scolaire approchait et qu’on se retrouvait tous dans le parc municipal pour une journée de jeux et de spectacles.  Ces Drayes s’annoncent bien : sans même avoir fait la première foulée, elles ont déjà pour moi le goût de la madeleine de Proust…

Renaud Rouanet, qui n’est autre que le parrain de l’événement et un ami, explique au micro sa vision du parcours avec son délicieux accent méridional qui donne l’impression que l’on est déjà dans le Sud. Vu qu’il conseille de bien gérer la distance, les derniers kilomètres s’annonçant difficiles (surtout avec cette chaleur), je décide de partir mollo. La température est déjà élevée lorsque le petit peloton s’élance sur les chemins. On trotte, on papote un peu, on savoure les sous-bois plus frais et les singles joueurs. Deux ou trois filles me dépassent, mais je ne m’affole pas : Renaud a dit qu’il fallait en garder sous le pied, alors je m’économise !

Ce que l’on oublie souvent, c’est qu’un trail se gagne aussi en descente. C’est ce qui me sauve : je rattrape le retard pris dans la première ascension à la faveur d’une descente technique où je m’amuse comme une petite folle dans les lacets et les feuilles glissantes. La montée au Pas de l’Allier sera assez terrible avec ses 900 m D+ en pleine chaleur, ses caillasses et ses raidards. Heureusement, je fais équipe avec un concurrent et nous nous soutenons : quand l’un faiblit, l’autre l’encourage. Les paysages sont splendides : falaises calcaires, forêts, fond de vallée lointain, jeux de lumière dans les feuillages… Régulièrement, des bénévoles et des ravitaillements apportent réconfort et sourires. Même si mes jambes sont loin d’être au top de leur forme (il y a des moments où je maudis franchement les séances de la semaine !), je cours de bonheur. Même s’il fait chaud, même si mes mollets flirtent avec les crampes, même si je me prends un gros coup de flippe à trois kilomètres de l’arrivée (j’ai cru voir la deuxième fille à 200 mètres derrière moi donc je sors de ma posture « gestion » pour accélérer jusqu’au bout… alors qu’en réalité personne ne me poursuivait !), je savoure chaque foulée, chaque respiration, chaque rayon de soleil sur ma peau.

Au-delà de la victoire, je retiens surtout le partage sur et hors des sentiers, ces longs moments de complicité avec les amis, ces sourires donnés et reçus, ces rires d’enfants qui courent, cette simplicité et cette convivialité de l’organisation… Décidément, j’adore les dossards spontanés !

 

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Le dilemme de l’assoiffé : se dessécher ou s’étouffer

Quand on court, ça tressaute un peu partout. Normal, courir consiste à effectuer un enchaînement de petits bons destinés à avancer. Autant dire que boire en courant peut sembler mission impossible à ceux qui n’en ont pas l’habitude. Se dessécher ou s’étouffer : faut-il vraiment choisir ? 

Est-il utile de rappeler l’importance de l’hydratation dans les sports d’endurance ? Chacun sait que les pertes hydriques pendant l’effort doivent être compensées, non seulement avant et après l’exercice physique, mais aussi pendant. Or il n’est pas si facile de boire en courant. Certains chiffres sont fréquemment avancés pour justifier l’importance de l’hydratation pendant l’effort : les performances diminueraient de 10 % lorsque le poids du corps perdrait 1 % à cause de la déshydratation. Ceci dit, d’autres études ont montré que le seul fait de prendre de l’eau dans la bouche et de la recracher sans l’avaler avait le même effet qu’une réelle gorgée ingurgitée. Des analyses ont également mis en lumière le fait que les meilleurs marathoniens ne se ravitaillent pas souvent, voire jamais (ils vont tellement vite qu’ils n’ont pas le temps ! 😀 ). Néanmoins, dès que l’effort se prolonge ou que les températures extérieures s’élèvent, boire en courant devient vite un besoin, si ce n’est une nécessité.

Boire au repos reste la solution la plus pratique…

Pipette ou bidon ?

Se ravitailler en courant peut sembler facile, mais ceux qui s’y sont essayé pour la première fois peuvent témoigner : il faut prendre le coup de main pour se sentir vraiment à l’aise ! L’équipement conditionne énormément la prise de boisson. Si le camelbag remporte indéniablement la palme de la praticité (il suffit de téter), le bidon transporté dans une ceinture ou la flasque portée à la main séduisent de nombreux coureurs. Néanmoins les deux dernières options nécessitent une manipulation pas toujours aisée selon les circonstances. Si vous optez pour le porte-bidon, entraînez-vous à enlever et remettre le bidon dans sa gaine pour ne pas avoir de mauvaise surprise en compétition. Dans tous les cas, évitez la bouteille classique tenue à la main : lourde et encombrante, elle sera davantage une gêne qu’une aide pendant vos sorties.

 

Boire peu, mais souvent

Oubliez le grand verre d’eau avalé d’une traite au ravitaillement ! Il est au contraire recommandé de fractionner la prise de boisson pendant l’effort en buvant régulièrement de petites quantités : avalez une à deux gorgées (environ 150 ml) toutes les 10 à 15 minutes. Evitez de boire trop froid car une température trop basse peut engendrer des problèmes gastriques.

Si vous ne courez pas derrière un chrono, ou bien si vous êtes engagé sur une sortie ou une épreuve très longue, vous pouvez aussi prendre le temps de vous arrêter : zones de ravitaillement sur les compétitions, mais aussi sommet d’un col, pied d’une ascension ou encore point de passage intermédiaire peuvent tout-à-fait constituer un lieu de halte pour vous hydrater (voire manger) tout en vous permettant de récupérer quelques minutes avant de repartir de plus belle. Dans ce cas, vous évitez l’inconfort d’une prise de boisson pendant l’effort.

Courir sans boire, une longue traversée du désert…

Boire sans s’étouffer

Sur un parcours vallonné, préférez les montées et les portions plates pour boire. En descente, surtout si le terrain est accidenté, la concentration nécessaire à de bons appuis n’est guère favorable à la prise de boisson et les oscillations du centre de gravité augmentent le risque d’avaler de travers. Sur une ascension où la vitesse est généralement réduite, il est plus facile d’avaler sans gêne. Pensez aussi à vous détendre lorsque vous buvez : décontraction de la partie supérieure du corps (épaules, bras, buste), respirations profondes. Boire n’est pas seulement un besoin, c’est aussi un moment que vous vous accordez pendant l’effort pour refaire le plein : accordez-vous ce mini-répit en toute conscience et vous optimiserez ses effets bénéfiques.

 

Exercice

Entraînez-vous à boire pendant vos entraînements pour identifier votre moment idéal pour vous hydrater. Essayez de boire en courant à faible vitesse, puis à vitesse élevée. Tentez aussi en montée, en descente, sur du plat. Soyez attentifs à ce qui se passe dans votre corps pendant l’hydratation elle-même (respiration, moindre attention à vos appuis au sol…), puis dans les minutes qui suivent (regain d’énergie, gêne gastrique…). C’est en testant et en étant à l’écoute de vos sensations que vous pourrez définir quand et comment vous hydrater en courant.

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Running et obésité : la guerre des kilos (deuxième partie)

La semaine dernière, je vous proposais de découvrir un dossier récemment publié dans Trails Endurance Mag. En toute logique, voici la deuxième partie de ce sujet consacré à l’obésité. 

D’un excès à l’autre ?

De la boulimie alimentaire à la boulimie de sport, il n’y a qu’un pas. Qui est apparemment vite franchi, pour peu que la volonté de perdre du poids devienne l’objet d’un défi personnel. En effet, l’obésité se caractérise fréquemment par une relation complexe à la nourriture et des compulsions qui conduisent à l’ingestion de quantités excessives d’aliments. Or, plus on grossit, moins on est capable de pratiquer une activité physique et moins on bouge, plus on grossit. « Pour maigrir, il faut associer une restriction énergétique et une activité physique », confirme le Docteur Michel Guinot, médecin du sport au CHU de Grenoble. « Le principe est simple : pour perdre du poids, il faut qu’un déficit énergétique conduise l’organisme à puiser les ressources nécessaires à son fonctionnement ailleurs que dans l’alimentation. » Mais, en cas de déséquilibre nutritionnel, une fatigue délétère s’installe, le corps allant chercher l’énergie dans les os, le système immunitaire, les muscles… « Il est donc important de se faire accompagner par un médecin ou un diététicien pour supporter dans la durée ce déficit énergétique et ne pas subir de plein fouet la fatigue », recommande le Docteur Michel Guinot. « La fatigue sera d’autant plus marquée que la personne obèse se remettra à pratiquer une activité physique alors qu’elle ne bougeait pas du tout auparavant. » C’est d’ailleurs vers un nutritionniste que Marie Rousset s’est tournée pour être guidée sur le chemin de l’amaigrissement et éviter de tomber dans l’excès en supprimant tout de son assiette. Maintenir un apport suffisant de protéines, garder une part de féculents lorsque l’activité physique devient plus intense et privilégier les bons lipides s’est ainsi révélé nécessaire.

Marie Rousset, avant de se mettre au sport…

Une transformation spectaculaire !

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais la perte de poids peut rapidement évoluer vers une obsession : s’entraîner toujours davantage et contrôler toujours plus l’alimentation pour ne pas (re)grossir. Eric Marteau admet qu’il est « passé d’une dépendance à l’autre » et qu’une « compensation s’est faite entre la nourriture et le sport ». Stéphane Chassignol abonde en ce sens, lui qui éprouve encore aujourd’hui des difficultés à maintenir son poids et à observer une hygiène de vie irréprochable : « La relation à l’alimentation est anormale lorsqu’on est obèse. Par période, ça va bien, mais il y a des rechutes qu’on sent venir. La course à pied, le vélo et le ski me permettent de maintenir un poids normal. Je ne peux plus imaginer ma vie sans sport et sans montagne. J’ai remplacé une drogue par une autre, finalement. » Pour Marie Rousset aussi, l’activité physique est devenue une composante centrale de sa vie quotidienne qu’elle pimente de défis réguliers. « Après avoir été addict à la nourriture, je suis devenue addict aux challenges. Alors je cours régulièrement des marathons », raconte-t-elle. « De toute façon, sans sport, je reprends du poids. Mais parfois je fais du sport plus par contrainte que par plaisir… »

 

Perte de poids… et d’identité ?

Pour tous ces anciens obèses devenus sportifs inconditionnels, l’amaigrissement s’est accompagné d’un changement de vie radical. A l’oisiveté physique s’est substituée une activité débordante. Alors, forcément, le choc a parfois été difficile et la rupture brutale. « Beaucoup de personnes que je côtoyais ne me reconnaissent pas et sont souvent gênés. En fait, ma transformation est plus difficile à vivre pour les autres que pour moi », raconte Ludovic Dromard. De son côté, Eric Marteau, l’ancien cuisinier fêtard, a largué ses amarres bretonnes pour poser ses valises en Haute Savoie où il a changé de métier et de milieu. « Il m’était indispensable de ne plus avoir tout le temps de la nourriture devant moi », confirme Eric. « Certains de mes amis bretons ont compris, d’autres non. Ici, à Thônes, quand je dis que je pesais 120 kg, on ne me croit pas… »

Chaque course est une victoire !

Parce que perdre beaucoup de poids introduit une véritable révolution au quotidien, qu’il s’agisse du mode de vie ou même de la manière de penser, une césure est fréquente : il y a toujours un avant et un après amaigrissement, pas toujours aisé à gérer psychologiquement. « Ma perte de poids a induit de gros changements : j’ai divorcé, je me suis acheté un chalet à la montagne pour y passer tout mon temps disponible et faire du sport, j’ai changé de métier, je suis aussi plus calme qu’auparavant », affirme Stéphane Chassignol. Pour faire face de manière pérenne et saine à de telles métamorphoses, une approche multidisciplinaire se révèle d’un grand secours. Centrée autour du médecin traitant, la démarche d’amaigrissement mérite de faire appel à des spécialistes : diététicien, kinésithérapeute, psychologue… « Pour un obèse, perdre du poids constitue un véritable challenge », estime le Docteur Michel Guinot. « Je ne suis pas d’accord avec ceux qui disent que tout le monde peut y arriver. C’est comme les coureurs qui affirment que tout le monde peut faire 2h30 au marathon. Non, ce n’est pas à la portée de tout le monde. » La réussite de Ludovic, Stéphane, Thomas, Eric et Marie force d’autant plus l’admiration qu’elle incarne la puissance d’une qualité utile non seulement pour maigrir, mais aussi pour courir : la capacité à se donner à fond pour atteindre un objectif.

 


Les grades de l’obésité

L’IMC est l’indice de masse corporelle qui se calcule à l’aide de la formule suivante : IMC = poids (en kg) / taille (en mètres)2

  • Obésité : IMC > 30
  • Grade 1 (obésité modérée ou commune) : IMC 30 – 34,9
  • Grade 2 (obésité sévère) : IMC 35 – 39,9
  • Grade 3 (obésité massive ou morbide) : IMC > 40

 

 


Le running, la bonne idée pour maigrir ?

Si la course à pied semble être la discipline la plus accessible, elle n’est pourtant pas franchement la plus indiquée lorsqu’on souffre d’obésité. Pourquoi ? Parce que courir implique des chocs répétés au sol qui malmènent les articulations. Pour commencer, mieux vaut se tourner vers des sports portés (natation, vélo…) ou glissés (ski de fond, roller…). « En fait, tout dépend de la condition physique préalable », précise le Docteur Michel Guinot. « Il faut profiter du projet d’amaigrissement pour dresser un bilan de santé complet. Celui-ci permet d’évaluer la condition physique, de vérifier l’état de l’appareil musculo-squelettique ou encore d’appréhender les facteurs de risques cardio-vasculaires. »