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L’envers du dossard

Un rectangle de papier. Parfois un peu cheap, parfois carrément sophistiqué avec puce intégrée, revêtement imperméable et structure indéchirable. Au recto, un numéro esseulé, ou bien accompagné de votre prénom, du logo d’un sponsor et même du profil de la course.

Un dossard est tout ce qu’il y a de plus anodin et de plus familier pour le compétiteur régulier. Son prix suscite souvent les critiques : « Ils abusent, ça fait plus d’un euro le kilomètre ! Ils se gavent bien sur notre dos, quand même… » Mais qu’y a-t-il derrière le prix d’un dossard ? Certainement pas seulement le coût de trois morceaux de rubalise, de deux quartiers d’orange et d’un rectangle de papier imprimé. Explications par l’exemple avec l’Echappée Belle, ultra traversée du massif de Belledonne (au passage, merci à Florent Hubert de sa coopération et de sa transparence !). 

Créée en 2013, l’épreuve iséroise L’Echappée Belle s’est immédiatement affirmée comme l’un des ultras les plus beaux, mais surtout les plus exigeants. Le massif de Belledonne offre des terrains d’une haute technicité et des sentiers d’altitude isolés, difficiles d’accès. Autant dire qu’organiser une course traversant l’intégralité de la chaîne, de Vizille (Isère) à Aiguebelle (Savoie) était un sacré pari pour la poignée de passionnés à l’origine du projet. Cinq ans après sa naissance, L’Echappée Belle est toujours portée par une association dénuée de visée lucrative. En 2017, le dossard pour les 144 km et 11 100 m D+ en solo coûte 170 €. L’inscription pour les 85 km s’élève à 90 € et à 55 € pour les 47 km.

Au-delà du montant que le coureur doit débourser pour participer, il convient de considérer les services offerts aux concurrents. Sur L’Echappée Belle, le tarif inclut une dotation de départ, un lot finisher, le suivi live et le chronométrage, un petit déjeuner au départ, des ravitaillements sur le parcours, un repas et une boisson d’arrivée, un dispositif de premiers secours, un road book, un sac d’allègement et l’accès aux photos HD. Bref, ce qui semble cher au départ recouvre en réalité une belle palette de prestations. Cependant vous pouvez vous-même faire le compte et mettre en regard ce que vous payez et ce que vous recevez en échange. Mais ce que vous ne savez pas, c’est la montagne de frais (et de responsabilités !) que l’organisateur doit assumer.

 

Ce graphique témoigne de la prédominance de quatre postes budgétaires principaux : la sécurité, les services aux coureurs, les frais directement liés à la course et la communication. Néanmoins, même en détaillant ainsi les dépenses que doit assumer l’organisation, l’analyse reste incomplète. Comme l’affirme Florent Hubert, président de l’association organisatrice de L’Echappée Belle, « il faut bien distinguer un trail d’un autre car tout dépend des subventions et sponsors, de la nature du parcours – une boucle coûte moins cher qu’une traversée, par exemple – et du type de territoire sur lequel on évolue. Ceux qui voudraient que les courses soient moins chères ont tort. Pas cher est synonyme de système D, donc de risques de problématiques non gérées, de nuisances pour l’environnement… et donc, à terme, de contraintes et restrictions accrues sur notre sport et notre pratique. » En attendant, chacun reste libre de choisir les courses auxquelles il participe, donc d’encourager – ou pas – une certaine philosophie de l’organisation.

 

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La Gimenez, une sacrée vacherie !

Quand je vois ce mot sur le plan d’entraînement, une vague d’angoisse me traverse. Allez savoir pourquoi ! Ben si, vous saurez pourquoi lorsque vous aurez testé cette séance assez horrible qui vous donne l’impression d’avoir simultanément une crise d’asthme, un accès de tachycardie et une décharge fulgurante d’acide lactique dans les jambes. Depuis longtemps adoptée par les cyclistes, ces doux dingues masochistes, la séance dite Gimenez est d’une efficacité redoutable (heureusement parce que si, en plus, elle ne servait à rien, ce serait le pompon !). Voici le mode d’emploi d’une session d’entraînement dont vous vous souviendrez longtemps. 

Ce n’est plus nouveau, ni étonnant. Le vélo fait désormais partie de la panoplie d’entraînement du coureur à pied – en particulier du trailer. Outre son intérêt pour soulager les articulations, le cyclisme permet de développer de nombreuses qualités indispensables à l’athlète (endurance, puissance maximale aérobie, force…). Décliné dans sa version indoor grâce au home trainer, il se révèle extrêmement pratique :

  • quand la météo est exécrable et rend difficiles les sorties en plein air ;
  • lorsque l’hiver s’installe avec, selon les régions, un froid mordant, voire de la neige ;
  • si l’on doit s’entraîner de nuit, tôt le matin ou tard le soir ;
  • si une blessure empêche de courir, mais pas de pédaler ;
  • si vous avez tout simplement la flemme de sortir et que vous préférez transpirer à la maison, une bonne playlist diffusée à bloc par vos enceintes Bluetooth !

Pour rappel, le vélo ne sert pas uniquement à réaliser du foncier (c’est-à-dire des heures de selle destinées à avaler des kilomètres). Il permet aussi de travailler en fractionné, comme on le fait habituellement à pied.

 

La Gimenez, c’est quoi ?

C’est simple : c’est un vrai cauchemar ! Bon, sans rire et très objectivement, la Gimenez n’est pas une horreur (quoique…), mais une séance exigeante physiquement et mentalement. Inventée par un cycliste professionnel, elle correspond à la durée moyenne d’un contre-la-montre, autrement dit 45 minutes, et alterne exercice en anaérobie et contre-exercice en aérobie. Elle se déroule de la manière suivante :

  1. Echauffement de 15 minutes consistant à pédaler tranquillement, d’abord sans forcer puis en augmentant progressivement l’intensité pour préparer l’effort.
  2. 9 répétitions de l’enchaînement suivant :
    • Exercice en anaérobie pendant 1 minute : vous devez pédaler en atteignant 100 % de votre PMA (cf. définition en encadré), à une cadence de 100 à 110 rpm (rotations par minute).
    • Contre-exercice d’intensité sub-maximale pendant 4 minutes : il correspond à une récupération active réalisée à 70 % de votre PMA.
  3. Retour au calme de 10 minutes consistant à pédaler tranquillement en faisant retomber l’intensité.

D’un point de vue physiologique, cette succession d’intervalles provoque une augmentation régulière de la fréquence cardiaque (FC) tout au long des 45 minutes d’effort. Comme l’intensité reste assez élevée lors du contre-exercice de 4 minutes, la différence entre la FC de l’exercice en anaérobie et celle du contre-exercice est faible (autour de 10 à 20 pulsations/minute chez un athlète entraîné). Par ailleurs, pendant les phases en anaérobie, des lactates sont produits, comme lors d’un sprint réalisé en course à pied. Le contre-exercice permet de récupérer la dette d’oxygène mais seulement de manière partielle, ce qui engendre une augmentation des lactates tout au long des 45 minutes. L’effort devient donc de plus en plus difficile. Petit à petit, même la récupération devient une phase éprouvante. Autant vous dire que, si les intensités ont été respectées, on termine la séance complètement rincé !

La Gimenez n’est malheureusement pas une promenade de santé !

Pour réussir la séance

Même si la Gimenez peut être réalisée en plein air, il est préférable de l’effectuer sur home trainer, surtout si vous n’êtes pas un cycliste chevronné. Vous pourrez ainsi mener l’exercice dans des conditions constantes (ni pente, ni vent, ni intersection).

  • Bien installé sur votre home trainer, conservez la même position tout au long de la séance (ne vous mettez pas en danseuse, par exemple) afin de ne pas influer sur la puissance développée. Pour mesurer cette dernière, l’utilisation d’un capteur de puissance reste l’idéal. Cependant cet équipement reste onéreux (de 600 à plus de 1600 €). Si vous vous connaissez bien et que vous avez l’habitude de pédaler, vous pouvez néanmoins vous fier à vos sensations en respectant les intensités de chaque intervalle (100 % de PMA et 70 % de PMA).
  • Ne vous attachez pas trop à votre fréquence cardiaque car elle va progressivement augmenter, l’objectif étant justement de la laisser dériver jusqu’à atteindre quasiment son maximum en fin d’exercice.
  • La récupération (phase de contre-exercice) doit être dynamique, à intensité soutenue. Petite précision pour les adeptes de physiologie : il faut effectivement optimiser l’oxydation d’une partie du lactate accumulé pendant l’exercice aérobie. Plus prosaïquement, le constat est simple : pendant une Gimenez, on ne se relâche jamais vraiment !
  • La fréquence de pédalage doit être d’environ 100 rotations par minute.
  • Lancez-vous dans cette séance en disposant d’une bonne condition physique et d’un état de fraîcheur suffisant. Si vous êtes fatigué avant de grimper sur le vélo, vous augmentez les risques d’abandon ou risquez de ne pas réaliser la séance aux intensités requises.
  • Entraînez-vous préalablement sur home trainer pour vous habituer à cette pratique. Exercez-vous à pédaler avec du braquet (force), à tourner les jambes rapidement (vélocité).
  • Evitez de faire cette séance épuisante à proximité d’une compétition et ne la répétez pas trop souvent (à moins que vous ne soyez un champion !).
  • Si vous craignez de ne pas tenir la totalité de la séance, commencez par 5 séries puis augmentez progressivement jusqu’à atteindre les 9 séries de la séance intégrale. Vous pouvez aussi réaliser le contre-exercice à seulement 60 % ou 65 % de PMA.

Intérêts de la séance

Pratiqué depuis longtemps et étudié par de nombreux scientifiques, cet entraînement a fait ses preuves et prouvé ses multiples intérêts non seulement pour les cyclistes, mais aussi pour les coureurs à pied.

  • Le potentiel aérobie s’améliore sensiblement.
  • La tolérance à l’acide lactique augmente.
  • La VO2max s’améliore.
  • La ventilation maximale à l’effort s’accroît.
  • D’un point de vue mental, on travaille la capacité à endurer un effort long et difficile.
  • Les changements d’allure et l’intensité élevée maintenue tout au long de la séance reproduisent les conditions rencontrées sur une course.
  • Enfin, l’un des avantages – notamment pour le cycliste habitué à d’interminable heures de selle – est le gain de temps : en 1h10, on travaille en intensité et en endurance.

 

 


Précision technique : la PMA

La puissance maximale aérobie, ou PMA, correspond à la puissance atteinte lorsque la consommation maximale d’oxygène, ou VO2max, est atteinte. La VO2max est la quantité maximale d’oxygène que l’on peut utiliser par minute pendant un exercice musculaire intense. La PMA est exprimée en watts, unité utilisée par les cyclistes et mesurée grâce à un capteur de puissance. En course à pied, on parle plutôt de VMA, ou vitesse maximale aérobie, qui est quant à elle exprimée en km/h.


La Gimenez en bref
  • Matériel nécessaire : un vélo, un home trainer, un chrono. Eventuellement un cardiofréquencemètre. Idéalement, un capteur de puissance. Sans oublier une bouteille d’eau !
  • Durée totale : 1h10
  • Déroulement :
    • Echauffement : 15’
    • 9 séries enchaînées de (1’ à 100 % PMA + 4’ à 70 % PMA)
    • Retour au calme : 10’

 

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Yoga et running : le mix trendy

Pour tout vous dire, le titre même de cet article me fait bondir. 4 termes sur 6 empruntés à la langue de Shakespeare, c’est juste une horreur quand on dispose de la richesse du français… Mais voilà, quand on traite d’un sujet tendance, on est attiré comme un aimant par ces mots anglais qui font paraître le propos résolument moderne.

Or, vous l’avez sans doute remarqué, le yoga a le vent en poupe. Une quantité dingue d’internautes (et notamment de coureurs à pied) fait des selfies à n’en plus finir dans des positions invraisemblables, à croire que le yoga exige juste de poser son talon sur son genou et de joindre les mains au-dessus de la tête. Les choses ne sont pourtant pas aussi simples…

Courir, c’est le top pour se défouler et évacuer le stress. Personnellement, quand j’éprouve une tension intérieure, il suffit que je parte trotter pour que la nervosité s’envole et que les soucis semblent tout-à-coup aussi dérisoires que surmontables. Ma maigre expérience en yoga n’a pas été concluante : lors des deux cours que j’ai suivis, avec deux enseignants différents et deux approches différentes, j’ai éprouvé une irrépressible envie de courir autour de la pièce plutôt que maintenir une position qui me prouvait douloureusement ma raideur chronique… Pourtant nombreux sont ceux (et surtout celles, il faut bien le dire) qui pratiquent le yoga en parallèle de la course à pied. Pourquoi ?

 

Le yoga ? Pfff, c’est pour les vieux !

Non non, le yoga n’est pas une activité de mémé ! « C’est ce que je croyais avant de découvrir cet art de vivre à Bali, il y a des années », confie Karyne Nguyen, sportive assidue et professeur de yoga. Pourtant cette philosophie issue du Pakistan et de l’Inde, puis adoptée aux Etats-Unis et en Europe, se décline en différentes mouvances dont certaines s’avèrent très dynamiques. « Quand on parle de yoga sans autre précision, c’est un peu comme lorsqu’on parle d’athlétisme. L’athlétisme recouvre une grande diversité de disciplines, du demi-fond au lancer du poids. Pour le yoga, c’est la même chose« , explique Atma Singh, ancien skieur de haut niveau devenu fervent adepte du yoga.

On distingue en effet différentes sortes de yoga, de l’approche traditionnelle du Hatha yoga (très centrée sur le ressenti et l’ésotérisme) à l’Ashtanga (qui peut parfois s’apparenter à de la gym) en passant par l’Anusara yoga (approche anatomique pratiquée par Karyne Nguyen) et le Kundalini yoga (dans lequel Atma Singh est expert). Sans entrer dans les détails des différentes approches, retenons que le yoga s’appuie sur cinq piliers majeurs : la maîtrise du souffle (ou Pranayama), les postures (ou Asanas), la relaxation, la nutrition et la méditation. Bon, tout cela est bien beau, mais en quoi est-ce intéressant pour le running ?

 

Une affaire de souffle

En yoga comme en running, le souffle occupe une place centrale. Si la respiration se met au service de la performance lorsqu’on court, elle devient une véritable prise de conscience en yoga. « Grâce au yoga, on réapprend à respirer », explique Karyne Nguyen. « On peut faire varier la respiration en fonction de ses besoins : relâchement, récupération active, regain d’énergie… » Une fois que l’on maîtrise les différents types de respiration, on peut aisément les utiliser en courant et améliorer sa capacité respiratoire. « Lorsqu’on court, on trouve petit à petit un rythme de croisière, une respiration régulière. Cette régularité respiratoire apporte une stabilité mentale, donc une certaine paix intérieure, que l’on retrouve en yoga. Mais les techniques de respiration du yoga, parce qu’elles sont pratiquées de manière consciente, sont plus efficaces, » estime Atma Singh.

L’intérêt de la respiration telle qu’elle est enseignée en yoga se révèle d’autant plus vif lors d’une compétition. Grâce à la maîtrise du souffle, on peut facilement canaliser ses émotions. A la clé : une sérénité accrue et de meilleures performances. « Au départ d’une course, on voit souvent des coureurs sautiller sur place et faire des mouvements désordonnés. Ils perdent une précieuse énergie. Ils devraient plutôt adopter la respiration du feu (cf. zoom ci-dessous) pour maintenir leur niveau d’échauffement sans agiter leur mental », conseille Atma Singh. En trail, les variations de terrain se prêtent particulièrement bien aux techniques de respiration du yoga : relâchement en descente, récupération active en montée raide lorsqu’on marche…

 

Postures physiques et mentales

Dans l’imaginaire collectif, traînent des images d’Epinal. Comme celle de la position du lotus que l’on associe au yoga et à la méditation. Mais ce n’est pas l’unique posture proposée par la discipline, loin de là. « Dans toutes les situations de la vie, le plus important est de vivre l’instant présent. C’est donc le chemin parcouru pour atteindre la posture qui importe. On travaille sur le ressenti profond, à la fois physique et mental, et sur le recentrage sur soi qui apporte apaisement et confiance en soi« , précise Karyne Nguyen. En maintenant des postures plusieurs minutes, et non quelques secondes comme dans les étirements traditionnels, et en leur associant une respiration adaptée, l’assouplissement est plus efficace et s’accompagne d’un lâcher prise mental. « C’est beaucoup plus bienveillant envers le corps que les étirements et on travaille en même temps le gainage profond », ajoute Karyne Nguyen. Du coup, le yoga s’avère exigeant car le juste alignement du corps est une quête constante vers un mieux-être.

Pour le running, l’intérêt est évident : un gainage efficace et un système musculo-tendineux plus souple préviennent les blessures, réduisent les courbatures et améliorent la technique de course. « Grâce au yoga, on peut notamment assouplir la chaîne musculaire postérieure, essentielle en running, et le diaphragme, muscle central que les coureurs n’étirent jamais alors qu’il est à l’origine de la plupart des points de côté », assène Atma Singh. Le yoga permet aussi d’apprendre à gérer la douleur physique souvent présente lors de l’activité sportive : « Au lieu de contourner la souffrance, on la chouchoute pour l’apaiser, par exemple en « respirant » dans la zone douloureuse », indique Karyne Nguyen.

 

Des bienfaits psychologiques aussi 

Parce que le yoga s’appuie sur une respiration consciente et maîtrisée et que le corps et le mental sont intimement liés, il permet d’accéder à un état de relaxation salvateur. Plusieurs méthodes de préparation mentale du sportif sont d’ailleurs issues du yoga comme la sophrologie, la PNL (programmation neuro-linguistique) ou la visualisation positive. « Prendre conscience de sa respiration et de son corps peut aboutir à une méditation. Les pensées glissent sans que l’on s’y agrippe », explique Atma Singh. On relativise ainsi ce que l’on vit, ce qui stresse et fait douter. « Il est important de prendre du recul en sport et d’éviter de se dire au beau milieu d’une compétition : qu’est-ce que je fiche ici ? » ajoute Karyne Nguyen. Le yoga permet donc d’avoir un mental plus fort et d’optimiser les performances.

Des performances que l’hygiène de vie favorise également. Or l’un des cinq piliers du yoga concerne la nutrition. « Le yoga permet de prendre conscience de tout ce que l’on mange et de le faire en connaissance de cause, sans jugement », précise Karyne Nguyen. Sans forcément adopter le régime lacto-végétarien généralement prôné par le yoga, choisir consciemment ce que l’on ingère permet de mieux équilibrer son alimentation et, ainsi, d’avoir plus d’énergie pour pratiquer une activité sportive. « Le choix alimentaire a un impact physique, mais aussi mental », conclut Karyne Nguyen. Une fois encore, on voit que le yoga se fonde sur l’étroite relation qui unit le corps et l’esprit. Une symbiose que l’on recherche en course à pied.

 

 

C’est décidé, je me mets au yoga !
  • Ne commencez pas seul ! Adressez-vous à un professeur de yoga et discutez avec lui expliquer quelles sont vos attentes en tant que coureur à pied.
  • Bannissez les « usines à yoga » ! Un bon cours de yoga ne doit pas réunir plus d’une douzaine de personnes maximum.
  • Faire du yoga ne doit jamais être ressenti comme une contrainte.

 

Zoom sur… la respiration
  • Pour apaiser le mental et évacuer le stress, par exemple avant une compétition, respirez en bouchant votre narine droite avec votre pouce droit, main ouverte, doigts tendus et écartés. Inspirez et expirez lentement et profondément par la narine gauche en fermant les yeux.
  • Sur une ligne de départ, pratiquez la « respiration du feu » pour maintenir votre niveau d’échauffement sans vous déconcentrer et sans perdre d’énergie : respirez rapidement mais à une cadence régulière (comme un halètement mais en respirant par le nez et non par la bouche). En respirant ainsi pendant 3 minutes, vous réoxygénez tout votre volume sanguin !

 

 

Les deux experts
  • Karyne Nguyen est professeur de yoga et pratiquante assidue de trail, cyclosport, VTT et ski. Elle propose des stages « Trail et yoga » en association avec Vincent Delebarre, des Yoga Workshops le samedi matin, des cours collectifs et particuliers, des massages pour les sportifs et des accompagnements personnalisés. / www.yogathletic.fr
  • Atma Singh est lui aussi professeur de yoga et pratiquant de ski alpinisme (il était autrefois membre de l’équipe de France de ski de fond et coureur à pied). Il dirige l’entreprise Golden Temple qui commercialise le célèbre Yogi Tea.

 

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Jean-Marc Joguet : « je n’étais pas comme les autres »

Vainqueur de la première édition de la Pierra Menta en 1986, Jean-Marc Joguet est une personnalité hors normes. Pionnier en ski alpinisme et en trail, il n’a jamais cessé d’assouvir sa passion des sports d’endurance malgré un métier éprouvant : éleveur bovin dans le Beaufortain.

Une vie à la dure, de celle que racontent les films et les livres. Tellement décalée de notre société actuelle qu’on la croirait irréelle. Pourtant Jean-Marc Joguet la raconte avec acuité, comme s’il venait de quitter cette rude enfance montagnarde. Le petit garçon du Beaufortain a dû trouver sa place au sein d’une fratrie de 13 enfants et assumer sa part de travail à la ferme parentale. « A 10 ans, on m’envoyait déjà dans les alpages avec les bêtes. On me réveillait à 3 heures du matin pour la première traite. Je m’endormais contre le flanc des vaches… » se souvient Jean-Marc. De cette existence fruste mais profondément ancrée dans la nature, le jeune garçon en tire une volonté à toute épreuve et une endurance exceptionnelle. Fan de vélo, il s’entraîne sans relâche et participe aux compétitions proches de chez lui. « Il partait à vélo de Beaufort, rejoignait la ligne de départ, faisait sa course, puis revenait chez lui à vélo », raconte sa femme Marie-Pierre en riant. Talentueux, Jean-Marc l’était incontestablement. Mais pour progresser sur deux roues, il fallait de l’argent. Pour acheter un nouveau vélo, pour payer les déplacements. « Mes parents n’avaient pas les moyens, alors j’ai arrêté et je me suis mis à courir », regrette Jean-Marc.

Aussitôt ses tâches agricoles terminées, Jean-Marc part donc crapahuter dans la montagne. Au grand dam de ses homologues, outrés qu’il ait du temps à perdre ! « C’était très mal vu de faire du sport quand on était agriculteur. Les gens disaient qu’il n’avait rien à faire pour se permettre de courir comme ça ! » explique Marie-Pierre. « Mais il a joué un vrai rôle dans l’évolution des mentalités. » Le jeune éleveur, à force de s’entraîner sur les pentes du massif, à pied en été et à ski en hiver, commence à faire des émules. Surtout lorsqu’il remporte la première édition de la Pierra Menta en 1986. « J’ai allumé la mèche. J’étais un peu la flèche à suivre pour les jeunes d’ici », évoque Jean-Marc. « Mais, en fait, j’ai raté ma carrière et je le regrette chaque fois que j’y pense aujourd’hui. »

Quelques semaines après avoir empoché la victoire sur la Pierra Menta, Jean-Marc part au service militaire. Et là, le phénomène beaufortain attire tous les regards. « Quand ils m’ont vu, ils se sont dit que je n’étais pas comme les autres. A 20 ans, avoir une telle volonté de tout casser, ce n’était pas banal ! » Les capacités physiques et mentales de Jean-Marc le conduisent sans tarder en équipe de France militaire de biathlon où il confirme son potentiel. « Une semaine avant la fin de mon service, ils sont venus me proposer de m’engager pour devenir biathlète pro. Mais il fallait que je demande à mes parents… » Pour des agriculteurs, imprégnés du labeur et de la terre, le sport n’offre aucun avenir. Alors Jean-Marc essuie un refus et il revient travailler à la maison. Ses espoirs de carrière s’envolent.

Si la déception est immense, Jean-Marc la surmonte, fidèle à sa force de caractère. Aux côtés de Marie-Pierre, il voue son existence à ses vaches laitières et, dès qu’un instant de liberté se profile, il enfile les baskets ou les skis de randonnée. Le trail n’existe pas encore, mais il sillonne les sentiers, avec ou sans dossard. « Je m’étais engagé avec les pompiers pour participer aux cross. Une année, les pompiers de Paris sont même venus me demander de participer au Grand Défi qui était une course de ski alpinisme par équipe, sur une semaine. C’était super, c’était un truc de dingue ! » se souvient Jean-Marc, le regard pétillant. Puis le trail est apparu et Jean-Marc s’est aligné sous les arches de départ. Dans le secteur, il était connu comme le loup blanc : lorsqu’on le voyait, on savait que la course allait être menée tambour battant et qu’on n’aurait pas vraiment le temps d’admirer le paysage…

Saison après saison, été comme hiver, Jean-Marc s’entraîne. Avec un plaisir toujours renouvelé et une soif inextinguible de panoramas et de grands espaces. « Ce que j’adore en montagne, c’est qu’on voit toujours quelque chose de différent. Et puis même quand je m’entraîne moins, avec mon métier, je suis toujours en train de courir. » Elever une quarantaine de vaches n’a effectivement rien d’une sinécure. Lever aux aurores, première traite, soins aux animaux, entretien de l’exploitation, deuxième traite, livraison du lait à la coopérative de Beaufort… Être éleveur laitier est une vocation, mais aussi une abnégation. Les jours fériés, les dimanches, les vacances ? « On ne connaît pas. On travaille tous les jours. Je m’arrange simplement avec Caro quand je veux faire une course. » Caroline, la fille cadette de Jean-Marc, est elle aussi agricultrice, à deux pas de la maison de ses parents. Elle élève un troupeau de 90 chèvres laitières et s’adonne elle aussi, en digne héritière, au ski alpinisme et au trail. Fervents passionnés, père et fille s’épaulent donc pour pouvoir prendre parfois un ou deux jours de liberté – et épingler un dossard. « Je préfère que ce soit elle qui court : elle est jeune, elle progresse bien et elle a l’avenir devant elle. Ca me fait plaisir de la voir courir ! Moi, vu mon âge… »

 

A 52 ans, Jean-Marc Joguet n’a pourtant pas grand-chose à envier aux jeunes, si ce n’est un démarrage plus fastidieux qu’autrefois. « Maintenant il me faut une heure avant d’être dans le coup. C’est incroyable, quand même ! » Jamais blessé une seule fois au cours de sa vie sportive, cette force de la nature n’a connu en tout et pour tout qu’une coupure. « Je m’entraînais tellement en mode compétition que j’ai fait un burn out. J’étais vidé. J’ai mis un an à m’en remettre. » Aujourd’hui, ce féru de sport cavale encore aux côtés de son neveu, le champion de ski alpinisme William Bon-Mardion. Et il prévoit d’organiser une petite sortie en montagne avec son nouveau voisin, François d’Haene, et le vice-champion du monde 2016, Nicolas Martin, qui habite à quelques kilomètres d’Arêches. En juillet dernier, il s’est aligné au départ de la Pierra Menta d’été aux côtés de Yoann Sert pour une aventure pimentée. « La première étape a tapé avec 3000 m de dénivelé positif sur 25 km. Il fallait gérer la situation ! C’est une course de kamikaze ! » Après avoir couru 15 fois la Pierra Menta d’hiver, Jean-Marc a goûté à la version estivale de la légendaire épreuve qui a fait de lui si ce n’est une icône, tout au moins un pionnier.

 

Jean-Marc Joguet en bref

Age : 52 ans

Profession : éleveur laitier à Arêches

Vainqueur de la 1ère Pierra Menta en 1986 avec Pascal Fagnola, 2ème en 1987 avec Thierry Bochet, 5e en 1988 avec Pierre Viard Gaudin, 10e en 1995 et 1996 avec René Gachet.

10e à la CCC en 2005.

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L’étiopathie : dans les brumes de la mécanique du corps

Nicolas Sarkozy ne se cachait pas : il consultait un étiopathe. Médiatisée, la méthode est devenue tendance et s’est même invitée à l’arrivée des courses. Mais qui sont ces praticiens ? Que penser de cette méthode ?

Un couloir, quelques chaises, des coureurs assis qui attendent leur tour. Devant la porte, un tabouret avec des cartes de visites : Martin Duchmol[*], étiopathe. « C’est quoi, un étiopathe ? » La question fuse et la réponse est quasi-immédiate : « C’est comme un ostéopathe. » Ah bon ?

Les mécaniciens du corps…

« L’étiopathie est une méthode rigoureuse et objective qui permet, à partir des symptômes présentés par le patient (douleurs, tensions musculaires, sensation de blocage), de remonter jusqu’à la cause pour traiter cette dernière par le biais de techniques manuelles articulaires, viscérales ou circulatoires », affirment les documents de communication de Jean-Paul Moureau, l’un des étiopathes les plus en vue. Cette médecine manuelle non conventionnelle traite tous les problèmes traumatiques et les douleurs : entorses, névralgies lombaires, dorsales ou cervicales… Elle se dit également efficace contre les troubles digestifs et respiratoires, les migraines, l’insomnie ou encore l’anxiété. Enfin, elle prétend traiter avec succès l’aménorrhée, notamment chez les sportives. Proche des méthodes des rebouteux, l’étiopathie n’a pas recours à des médicaments et n’a donc aucune implication en matière de dopage. Le praticien n’utilise que ses mains, sans aucun recours à un appareil. « Les étiopathes se présentent souvent comme des ostéopathes exclusifs pratiquant les manipulations articulaires que l’on retrouve dans le courant structurel de l’ostéopathie », explique Nicolas Pinsault, enseignant-chercher au CHU de Grenoble. « On distingue en effet trois courants d’ostéopathie : crânienne, viscérale et énergétique, et enfin structurelle. Cette dernière correspond à une vision mécaniste dont se réclament les étiopathes. »

… ou une vue de l’esprit ?

Si les étiopathes défendent forcément leur chapelle, d’autres posent un regard nettement plus critique sur cette méthode. Avant tout, il faut savoir que l’étiopathie n’est ni réglementée ni remboursée en France, ce qui signifie que l’étiopathe n’est pas professionnel de santé et donc soumis à aucun code de déontologie. De plus, sa formation n’est pas encadrée par l’Etat. « De ce fait, les gages de sécurité pour les patients sont beaucoup plus faibles et, en cas de problème, les recours sont compliqués », conclut Nicolas Pinsault. « Même s’il existe sans doute une majorité de bons étiopathes, vous n’êtes pas certain de recevoir des soins de qualité puisque la formation n’est pas contrôlée. » Majoritairement issus d’écoles implantées en Suisse, patrie d’origine de son prétendu fondateur Christian Trédaniel (cf. encadré), les étiopathes français peuvent également avoir suivi une option dans certaines écoles d’ostéopathie ou un cursus dans l’une des quatre écoles spécifiques (Paris, Rennes, Toulouse et Lyon). « Malgré les réserves nécessaires que je nourris à l’égard de cette méthode, je ne nie pas qu’un patient puisse éprouver un mieux-être après une séance », convient Nicolas Pinsault. « Néanmoins l’effet placebo peut avoir un effet très puissant. » Bref, comme souvent, ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain… mais restons attentifs à la température de l’eau !

 

Zoom sur les origines contestables de l’étiopathie

L’histoire officielle de l’étiopathie raconte que Christian Trédaniel (1934-2011) aurait soigné un accident sportif grâce à la médecine manuelle alors que la médecine classique avait échoué. Après quelques années d’exploration en France et aux Etats-Unis, il créa officiellement l’étiopathie en 1963 et publia un ouvrage en 1979. Sauf que le terme avait déjà été inventé en 1899 par George Dutton, auteur de Etiopathy or way of life : being an exposition of ontology, physiology and therapeutics : a religious science and a scientific religion. Autant dire que Christian Trédaniel, qui n’a jamais cité Dutton, a réalisé une véritable usurpation de la théorie originelle. Laquelle était d’ailleurs, comme le titre du manuel fondateur l’indique, davantage fondée sur la religion que sur la science. « La théorie exposée par Trédaniel est une nébuleuse qui ne tient pas debout scientifiquement », confirme Nicolas Pinsault. Bref, la paternité de l’étiopathie est à la fois contestable et contestée.

 

[*] Le nom du praticien a été modifié, évidemment !

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Au bonheur du défrichage

A l’intérieur, une montagne de cartons.

A l’intérieur des cartons, une montagne de trucs qu’on croit souvent indispensables, mais qui ne sont finalement qu’accessoires.

A l’extérieur, une forêt vierge qui donne une furieuse envie de massacre à la tronçonneuse et à la tondeuse.

A l’extérieur de la forêt vierge, une montagne qui donne une délicieuse envie d’exploration et d’ascension.

Déménager.

Rassembler tout ce que l’on possède, l’empaqueter et s’en aller.

Eprouver un petit déchirement parce qu’on quitte un lieu où l’on a éprouvé toute la palette des émotions, du bonheur à la tristesse, du fou rire aux sombres pleurs.

Et puis s’installer. Poser ses valises ailleurs, là où le cœur nous a portés.

Vivre au milieu d’un bazar incommensurable en se demandant si l’on parviendra à bout de ces piles de cartons remplis et de ces vastes surfaces de murs à nettoyer, enduire, repeindre…

Entre un coup de rouleau et un coup de pompe, trouver l’énergie de chausser les baskets et partir courir. Malgré les jambes lourdes d’avoir piétiné, malgré les bras courbaturés d’avoir frotté et porté, malgré l’envie terrible de se jeter dans le canapé.

Mais là, à quelques foulées du jardin en friche, se dressent des montagnes à explorer avec leurs kilomètres de sentiers, leurs pentes boisées et herbues, leurs cimes minérales et acérées. Il se cache là une promesse de découverte et de plaisir qui, en dépit de la fatigue, donne des ailes. Trottiner (peu importe que l’on avance comme un escargot en plein soleil !), s’étonner à chaque pas, se perdre sur les chemins, suivre son instinct, monter vers le ciel, toujours plus haut…

Le goût d’inédit est éphémère, il s’estompe à chaque sortie. L’inconnu rentre petit à petit dans les habitudes, l’étonnant devient repère, le sommet devient jalon. Mais le bonheur simple de courir en pleine nature, sur les flancs de ces montagnes à la fois majestueuses et hostiles, demeure intact.

Déménager, c’est avoir un nouveau monde à explorer !  😉

 

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Vagabondages d’en-haut : le Mont Ventoux

Le Géant de Provence.
Une silhouette qui se dresse dans le ciel azur.
Imposante.
Minérale.
Majestueuse.
A ses pieds, s’étire une terre gorgée de soleil.
Une terre où fourmille une nuée de sportifs : ici, les cyclistes sont rois.

« Lorsqu’on est trailer, on se sent un peu décalé », s’amuse François, mon compagnon de vagabondage. Il est vrai que nous faisons figure d’extra-terrestres ce matin : avec nos sacs à dos et nos baskets, nous détonons dans le village de Bédoin où circulent des dizaines de vélos. Peu nous importe ! Nous sommes ici pour retrouver les valeurs du trail qui nous sont chères : le partage, la solidarité, l’effort, l’émerveillement, la nature. Malgré le caractère officieux de notre aventure, nous ne sommes pas là pour ramasser des brins de serpolet au bord des chemins. Il va falloir rallier le sommet sans tarder puis redescendre dans la vallée, soit 32 kilomètres et 1600 mètres de dénivelée positive au programme. Alors en route, moussaillon !

François a une dizaine d’années de plus que moi, mais il est doté d’énormes capacités. Il vient d’ailleurs de terminer troisième du trail des Aravis et il compte de jolies performances à son palmarès. Je redoute un peu d’être son boulet aujourd’hui, mais il me rassure en se calant à une allure raisonnable. Nous pouvons discuter tout en avalant les kilomètres sans traîner.

Après le village et ses alentours résidentiels, nous voici plongés en pleine nature. Le sentier sinue dans la forêt, s’élève progressivement, puis devient rocailleux et découvert. La sente se transforme en chemin forestier, large et offert aux rayons brûlants du soleil. Ces 8 kilomètres pourraient sembler interminables, mais le fait d’être aux côtés de François permet d’adoucir la longueur – et la langueur – de cet itinéraire. Nous ne parlons pas en permanence, nous n’en avons pas besoin. Bien sûr, nous papotons souvent, mais lorsque le silence s’installe, il ne fait que renforcer notre complicité.

Le temps glisse.
Disparaît.
Nous oublions le chronomètre.
Bientôt apparaît la bifurcation tant attendue : un single caillouteux et raide grimpe vers le sommet. Changement de décor : après l’univers de la pinède, vient le monde lunaire des pierriers calcaires. Cette dernière portion m’est un peu difficile. Je dois marcher, mais François m’encourage et m’attend patiemment.

Le sémaphore nous domine de toute sa hauteur. Le Mont Ventoux. Notre graal d’un jour ! Nous y sommes ! Nous admirons le paysage, émerveillés. Sans trop tarder, nous nous lançons dans la descente. C’est le moment que je préfère : dévaler la montagne en jouant avec le relief, sauter comme un cabri, éprouver un incroyable sentiment de liberté et de légèreté…

La chaleur devient écrasante au fur et à mesure de notre descente. Nous retrouvons bientôt la forêt et son ombre bienfaisante. Les derniers kilomètres s’égrènent. Moi qui n’apprécie guère les sorties qui dépassent 4 heures, j’avoue que j’aurais presque envie que celle-ci ne cesse jamais. Savourer encore un peu ces instants suspendus… vivre encore un peu ce bonheur du partage, de l’effort et de l’amitié, loin du monde, loin de tout…

Bédoin.
Le voyage est déjà fini.
François et moi échangeons une accolade émue.
Nous nous remercions mutuellement, conscients de la préciosité de ce que nous venons de vivre.
Le trail n’est décidément pas cette course aux selfies, au D+ et aux kilomètres étalés sur les réseaux sociaux.
Le trail n’est pas cet égocentrisme, cette autosatisfaction, cette surenchère d’exploits en tous genres.
Le trail est résolument ce sport de montagne qui unit les êtres, qui les invite à rester humbles et altruistes. A l’écoute certes d’eux-mêmes, mais aussi – et surtout – de l’Autre et de la nature.