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Au bonheur du défrichage

A l’intérieur, une montagne de cartons.

A l’intérieur des cartons, une montagne de trucs qu’on croit souvent indispensables, mais qui ne sont finalement qu’accessoires.

A l’extérieur, une forêt vierge qui donne une furieuse envie de massacre à la tronçonneuse et à la tondeuse.

A l’extérieur de la forêt vierge, une montagne qui donne une délicieuse envie d’exploration et d’ascension.

Déménager.

Rassembler tout ce que l’on possède, l’empaqueter et s’en aller.

Eprouver un petit déchirement parce qu’on quitte un lieu où l’on a éprouvé toute la palette des émotions, du bonheur à la tristesse, du fou rire aux sombres pleurs.

Et puis s’installer. Poser ses valises ailleurs, là où le cœur nous a portés.

Vivre au milieu d’un bazar incommensurable en se demandant si l’on parviendra à bout de ces piles de cartons remplis et de ces vastes surfaces de murs à nettoyer, enduire, repeindre…

Entre un coup de rouleau et un coup de pompe, trouver l’énergie de chausser les baskets et partir courir. Malgré les jambes lourdes d’avoir piétiné, malgré les bras courbaturés d’avoir frotté et porté, malgré l’envie terrible de se jeter dans le canapé.

Mais là, à quelques foulées du jardin en friche, se dressent des montagnes à explorer avec leurs kilomètres de sentiers, leurs pentes boisées et herbues, leurs cimes minérales et acérées. Il se cache là une promesse de découverte et de plaisir qui, en dépit de la fatigue, donne des ailes. Trottiner (peu importe que l’on avance comme un escargot en plein soleil !), s’étonner à chaque pas, se perdre sur les chemins, suivre son instinct, monter vers le ciel, toujours plus haut…

Le goût d’inédit est éphémère, il s’estompe à chaque sortie. L’inconnu rentre petit à petit dans les habitudes, l’étonnant devient repère, le sommet devient jalon. Mais le bonheur simple de courir en pleine nature, sur les flancs de ces montagnes à la fois majestueuses et hostiles, demeure intact.

Déménager, c’est avoir un nouveau monde à explorer !  😉

 

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Vagabondages d’en-haut : le Mont Ventoux

Le Géant de Provence.
Une silhouette qui se dresse dans le ciel azur.
Imposante.
Minérale.
Majestueuse.
A ses pieds, s’étire une terre gorgée de soleil.
Une terre où fourmille une nuée de sportifs : ici, les cyclistes sont rois.

« Lorsqu’on est trailer, on se sent un peu décalé », s’amuse François, mon compagnon de vagabondage. Il est vrai que nous faisons figure d’extra-terrestres ce matin : avec nos sacs à dos et nos baskets, nous détonons dans le village de Bédoin où circulent des dizaines de vélos. Peu nous importe ! Nous sommes ici pour retrouver les valeurs du trail qui nous sont chères : le partage, la solidarité, l’effort, l’émerveillement, la nature. Malgré le caractère officieux de notre aventure, nous ne sommes pas là pour ramasser des brins de serpolet au bord des chemins. Il va falloir rallier le sommet sans tarder puis redescendre dans la vallée, soit 32 kilomètres et 1600 mètres de dénivelée positive au programme. Alors en route, moussaillon !

François a une dizaine d’années de plus que moi, mais il est doté d’énormes capacités. Il vient d’ailleurs de terminer troisième du trail des Aravis et il compte de jolies performances à son palmarès. Je redoute un peu d’être son boulet aujourd’hui, mais il me rassure en se calant à une allure raisonnable. Nous pouvons discuter tout en avalant les kilomètres sans traîner.

Après le village et ses alentours résidentiels, nous voici plongés en pleine nature. Le sentier sinue dans la forêt, s’élève progressivement, puis devient rocailleux et découvert. La sente se transforme en chemin forestier, large et offert aux rayons brûlants du soleil. Ces 8 kilomètres pourraient sembler interminables, mais le fait d’être aux côtés de François permet d’adoucir la longueur – et la langueur – de cet itinéraire. Nous ne parlons pas en permanence, nous n’en avons pas besoin. Bien sûr, nous papotons souvent, mais lorsque le silence s’installe, il ne fait que renforcer notre complicité.

Le temps glisse.
Disparaît.
Nous oublions le chronomètre.
Bientôt apparaît la bifurcation tant attendue : un single caillouteux et raide grimpe vers le sommet. Changement de décor : après l’univers de la pinède, vient le monde lunaire des pierriers calcaires. Cette dernière portion m’est un peu difficile. Je dois marcher, mais François m’encourage et m’attend patiemment.

Le sémaphore nous domine de toute sa hauteur. Le Mont Ventoux. Notre graal d’un jour ! Nous y sommes ! Nous admirons le paysage, émerveillés. Sans trop tarder, nous nous lançons dans la descente. C’est le moment que je préfère : dévaler la montagne en jouant avec le relief, sauter comme un cabri, éprouver un incroyable sentiment de liberté et de légèreté…

La chaleur devient écrasante au fur et à mesure de notre descente. Nous retrouvons bientôt la forêt et son ombre bienfaisante. Les derniers kilomètres s’égrènent. Moi qui n’apprécie guère les sorties qui dépassent 4 heures, j’avoue que j’aurais presque envie que celle-ci ne cesse jamais. Savourer encore un peu ces instants suspendus… vivre encore un peu ce bonheur du partage, de l’effort et de l’amitié, loin du monde, loin de tout…

Bédoin.
Le voyage est déjà fini.
François et moi échangeons une accolade émue.
Nous nous remercions mutuellement, conscients de la préciosité de ce que nous venons de vivre.
Le trail n’est décidément pas cette course aux selfies, au D+ et aux kilomètres étalés sur les réseaux sociaux.
Le trail n’est pas cet égocentrisme, cette autosatisfaction, cette surenchère d’exploits en tous genres.
Le trail est résolument ce sport de montagne qui unit les êtres, qui les invite à rester humbles et altruistes. A l’écoute certes d’eux-mêmes, mais aussi – et surtout – de l’Autre et de la nature.

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Le dilemme du finish main dans la main

Certains y ont goûté par choix. D’autres y ont été contraints. Finir une compétition ex aequo laisse à la postérité de belles images incarnant le partage et la solidarité. Mais que penser de ces arrivées communes ? Est-ce la traduction des valeurs sportives ou, au contraire, leur reniement ? 

Franchement, j’adore. J’adore ces arrivées baignées de sourires et de regards complices. J’adore ces mains qui s’unissent et cette incarnation de valeurs humaines aussi fondamentales que la solidarité, le partage et l’amitié. Je me suis toujours dit que, si j’en avais un jour l’occasion, je vivrais le bonheur de franchir la ligne avec une compagne de route dans un bel élan de communion. Dimanche dernier, cette opportunité s’est enfin présentée : après avoir trotté côte-à-côte tout le long des 18 km de L’Ardéchois, Pauline Bruyère et moi décidons de terminer ensemble. A moins d’un kilomètre de l’arrivée, Pauline s’arrête brutalement, victime de crampes. « Vas-y, ne m’attends pas ! » me lance-t-elle en s’étirant. Désappointée, je ralentis, je l’encourage, je me retourne. Je ne sais pas quoi faire, il faut prendre une décision très vite car j’ignore si la troisième fille est loin ou non. Je cours en réduisant l’allure, me retourne encore et encore… Pauline est repartie, mais elle ne me rejoint pas. Alors j’avance… et je franchis la ligne seule. Vingt secondes plus tard, Pauline arrive à son tour. Bien que je sois heureuse de cette balade au cours de laquelle ma rivale a tout fait pour me faire lâcher prise, je reste dubitative : ai-je fait le bon choix en n’attendant pas Pauline ? Aurais-je dû m’arrêter et l’aider à rejoindre la ligne avec moi ?…

 

Le règne du partage

Pratiquer le sport en compétition, c’est s’inscrire dans une démarche concurrentielle : en épinglant un dossard sur son maillot, le sportif cherche à se mesurer aux autres, à occuper une place dans la hiérarchie et donc à se battre non seulement contre ses propres limites, mais aussi contre les autres. Finir à égalité avec un concurrent peut donc sembler être une hérésie : pourquoi faire un cadeau à un rival alors que l’on est justement venu pour se hisser le plus haut possible dans le classement ? C’est justement là que des paramètres « humanistes » interviennent. Au cours d’une épreuve (surtout si elle est longue), des liens peuvent se tisser entre les coureurs. Quand l’effort dure plusieurs heures, il est possible de parler, de s’entraider, de créer une complicité. Si le cheminement conjoint perdure et que la relation est sincère et sereine, pourquoi chercher à vaincre son compagnon de route sans lequel la course n’aurait pas eu la même saveur ? Finir ex æquo revêt dès lors un réel sens : en terminant main dans la main, on scelle officiellement l’union ressentie au cours de l’effort, on s’affiche publiquement ensemble. Le bonheur et les souffrances partagés au fil des kilomètres s’expriment aux yeux de tous. Parfois ces finish communs témoignent aussi de liens existant au-delà de la course du jour : deux amis peuvent décider de partager une performance pour le seul plaisir d’être ensemble. Adieu la rivalité !

Quid de l’esprit de compétition ?

Pourtant ces finish ex æquo ne vont pas sans poser problème, notamment pour les organisateurs. Allez imaginer qu’il n’y aura pas un seul vainqueur, mais deux… L’horreur pour celui qui gère la remise des prix et doit jongler avec les récompenses qu’il a sous la main. Et si la compétition est d’envergure avec attribution d’un titre à la clé, la présence de deux athlètes sur une même marche du podium ne contribue guère à la lisibilité des résultats. Bon, au-delà de ces considérations organisationnelles, considérons plutôt la dimension psychologique. En terminant main dans la main, le sportif renonce à l’esprit de compétition dans lequel il a pris le départ. Finir à deux, c’est accepter de ne pas se mesurer à tous les concurrents et de considérer son compagnon de route comme son alter ego, son parfait égal dans la performance du jour. Parce que, dans le fond, il y a presque toujours moyen de se départager. Même quand on est au bout de ses forces, on peut trouver en soi des ressources pour fournir un dernier effort et tenter de faire la différence. En un sens, le finish ex æquo consiste à refuser d’aller au bout de ses propres limites puisque l’on ne pousse pas son corps et son esprit dans ses ultimes retranchements. On renonce au profit d’autre chose que l’on considère plus gratifiant à ce moment-là : le partage. La démarche est émouvante car profondément humaine. Faut-il déplorer que certains préfèrent la communion et la compassion plutôt que la rivalité et la concurrence individuelle (voire individualiste) ? Les compétiteurs puristes diront qu’une course officielle n’est pas le lieu où ces valeurs humanistes doivent s’exprimer et que la présence d’un dossard et d’un classement justifie que le sportif reste concentré sur sa propre performance sans laisser de place à ses sentiments.

A titre personnel, j’ai tendance à avoir un avis partagé sur la question et à segmenter les compétitions. Il y a les courses sans enjeu réel qui permettent de laisser s’exprimer l’émotion et la volonté de partage. Et puis il y a les courses à enjeu, telles que les championnats fédéraux ou les épreuves de sélection, qui ne sauraient laisser la moindre place aux sentiments car chaque seconde compte et peut changer le cours d’une carrière. Ce raisonnement ne concerne toutefois que les athlètes de l’élite qui luttent pour les places d’honneur. Au sein du peloton, est-il utile de nourrir une soif compétitrice au détriment de valeurs humaines essentielles ? Je ne le crois pas. Et j’espère que la plupart des coureurs préfère franchir la ligne main dans la main avec un compagnon de route plutôt que le griller sans pitié à quelques mètres de l’arrivée.

Et vous, qu’en pensez-vous ? 

 

 

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Sans la tête, pas de jambes !

Les adages populaires, ce n’est pas franchement ma tasse de thé. Mais j’avoue que l’expression : « La tête et les jambes » ne m’a jamais semblé aussi pertinente que dimanche dernier, sur le trail de Mirmande. Oooh, les coups de moins bien, j’ai déjà connu et éprouvé leurs effets délétères sur l’entraînement. Sitôt que le moral s’enfouit au fond des chaussettes, on se sent moins vaillant, moins volontaire. Plus enclin à se laisser aller, à renoncer à une séance difficile ou à marcher dans une côte raide. Si ces périodes de creux psychologique concernent uniquement les phases de préparation, l’impact est certes sensible, mais pas dramatique. En revanche, si la tête n’est pas au rendez-vous le jour d’une compétition, c’est la cata’ totale en perspective.

La preuve par l’exemple : récit d’une course manquée

Histoire d’illustrer mon propos, je vous propose le récit de la galère que j’ai vécue dimanche dernier. Elle réunit un ensemble de paramètres qui permettent de mieux comprendre les ressorts de la performance (sachant que le mot performance ne désigne pas forcément le haut niveau, mais le fait d’aller chercher ses propres limites, quel que soit le niveau que l’on ait).

Depuis 6 ans, je suis une habituée du trail de Mirmande qui permet de lancer la saison dans une ambiance conviviale. Je me suis donc inscrite avec pour ambition, dans un recoin de l’esprit, de prendre ma revanche sur l’édition 2015 qui m’avait vue terminer deuxième. Autant dire que j’étais déterminée ! Mais c’était sans compter quelques facteurs perturbateurs. Bon, le stress d’avant-course, j’y suis (presque) habituée : quelle que soit l’épreuve, je me mets dans des états lamentables dès la veille, redoutant la souffrance à venir et angoissant à l’idée d’échouer. Même si je suis consciente de l’énergie folle que je perds à appréhender ainsi, j’ai appris à gérer cet état émotionnel (assez idiot, il faut le dire). Mais j’avais aussi à digérer deux semaines marquées par un deuil difficile et par un rythme de travail assez délirant. C’est donc avec le moral déjà émoussé que je m’équipais en ce dimanche matin ensoleillé.

Ensuite, ce fut un enchaînement de circonstances aggravantes : après un échauffement réduit à son strict minimum donc insuffisant (à peine 15 minutes de footing, la faute à mes bavardages amicaux), le départ rapide a forcément eu du mal à passer. Enfin, surtout la première montée où mes jambes ont gentiment hurlé. Une fille m’a alors dépassée. Une deuxième. Puis une troisième. Une quatrième s’est ensuite portée à ma hauteur. Je commençais à sérieusement douter, surtout que mes gambettes n’étaient vraiment pas au rendez-vous. Sur une jolie portion de sentier en sous-bois, plat mais en dévers, blam ! Je m’étalai de tout mon long ! Résultat : un genou et une cheville en vrac, une épaule mâchée et le dos en compote.

Quelques kilomètres plus loin, dans le charmant village de Marsanne, malgré notre concentration (l’organisateur nous avait conseillés d’être prudents à cet endroit, toujours délicat car régulièrement débalisé), nous voilà perdus en plein centre ville. La session jardinage cessait lorsque l’un des coureurs, fin connaisseur des lieux, nous indiquait la direction du ravitaillement. Là, franchement, j’étais prête à abandonner. Je me disais : « À la prochaine occasion, je lâche l’affaire. »

Je passais alors par tous les états. Le physique était au plus mal et le mental avait depuis longtemps pris le même chemin. Entre quelques sursauts de courage, j’éprouvais successivement le découragement, l’écœurement, la mésestime de moi-même, la colère, l’énervement, la tristesse… Les idées les plus variées s’entremêlaient et parfois les larmes ne demandaient qu’un battement de paupière pour franchir le bord de mes yeux. Le pire, c’est que cela n’avait rien à voir avec la course à pied, cette dernière n’étant finalement que le catalyseur d’un vaste chantier intérieur.

24 km au GPS. Courage, plus qu’une ou deux bornes. Finalement, j’aurais tenu jusqu’au bout… Surgit alors un ravitaillement, au détour d’un joli village. « Il y a eu un bug, vous avez encore 5 km ! » J’ai beaucoup d’estime et de respect pour les bénévoles. Mais là, honnêtement, j’aurais bien étripé la dame qui venait de nous lancer l’information. Mes compères changèrent de couleur, surtout lorsque le chemin se mit à se redresser et qu’il fallut grimper encore, encore, encore…

Ligne d’arrivée. 30 km au compteur au lieu des 25 prévus. Tout le côté gauche de mon corps meurtri par la chute. Et, dans ma tête, un mélange de déception (non, je n’avais pas pris ma revanche) et de bonheur (j’avais rallié l’arrivée malgré tout).

 

Le rôle majeur du mental 

Les spécialistes s’accordent sur la définition de la force mentale : elle est la force psychologique qui aide à gérer les exigences de l’activité sportive et à rester constant, déterminé, concentré, confiant. Un sportif mentalement fort croit en sa capacité à atteindre son potentiel maximal malgré les obstacles ou la pression liée à la compétition. Pour appréhender sereinement une compétition, l’athlète doit être capable de se concentrer totalement sur son objectif sportif en reléguant au second plan et provisoirement sa vie privée ou professionnelle. La maîtrise émotionnelle constitue l’un des facteurs clés de la performance. Pendant l’effort, des techniques de préparation mentale (hypnose, imagerie mentale, etc.) permettent de dépasser la souffrance et les moments difficiles afin de laisser le plein potentiel physique s’exprimer.

Si des éléments perturbateurs extérieurs à l’activité sportive interviennent (émotions, préoccupations privées, stress négatif…), l’athlète n’est plus concentré à 100 % sur son objectif. Il s’ensuit une perte d’énergie, voire des symptômes physiques : hypoglycémie réactionnelle, sudation, accélération du rythme cardiaque, troubles digestifs… L’état mental a donc un réel impact sur l’état physique du sportif.

Conclusion : pour courir vite, il faut décidément la tête et les jambes. Mais j’ajouterais volontiers un troisième paramètre qui peut faire une sacrée différence : le cœur.

Et vous, avez-vous déjà constaté ce lien étroit entre mental et physique ? Comment gérez-vous les coups de mou psychologiques ?

 

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La course à la ruine

Savourez chaque foulée. Dégustez chaque mètre, chaque kilomètre. Appréciez l’organisation : le retrait des dossards (et bien souvent sa file indienne interminable), le cadeau participant mémorable (hop ! voilà le 67ème tee-shirt pseudo-technique de votre collection !), les ravitaillements gastronomiques (aaaah, les Tuc et les abricots secs soufrés, quel festin…) ou encore la ligne d’arrivée et son arche gonflée à l’air pulsé. Non, franchement, y’a pas à dire, participer à un trail, c’est quand même une expérience qui vaut son pesant de fruits secs. D’ailleurs c’est pour cela que nous sommes des milliers à épingler chaque week-end un morceau de papier sur nos maillots, complètement bousillés à force de planter dans leurs mailles fragiles ces pointes métalliques qui rappellent aux coureurs formés dans les clubs d’athlétisme les bons vieux souvenirs des cross boueux. Ne vous y trompez pas : derrière mon ton quelque peu ironique, se cache une grande passion pour le trail. Je suis la première à foncer sur une ligne de départ pour vivre ces émotions uniques que procure le sport de compétition.

Issue de l’athlétisme, j’ai connu les circuits de cross où la souffrance prédominait, le plaisir consistant essentiellement à partager des dimanches mémorables avec les copains. Forts de notre licence FFA, nous ne payions pas un centime pour fouler les kilomètres de boue. Pendant des années, je n’ai jamais déboursé un sou pour marcher sur les pistes en tartan ou les routes qui accueillaient les championnats et meetings officiels. Ce n’est qu’en débarquant dans l’univers du trail en 2011 que j’ai découvert la manne kilométrique. Avec l’augmentation des contraintes imposées aux organisateurs (notamment en matière de sécurité), la difficulté à nouer des partenariats et le succès croissant du trail auprès du public, les tarifs ont connu une inflation sensible. Il est désormais banal de payer plus d’un euro le kilomètre. Il fut une époque où l’on s’en offusquait un peu. Aujourd’hui, le t12235-no6ahnrailer sait qu’un dossard a un prix (élevé). Et que courir en pleine nature n’est pas (ou plus) une activité bon marché. Oh, bien sûr, il y a toujours les puristes et les anciens qui défendent une pratique dénuée de tout le déguisement du trailer. J’ai en tête quelques connaissances qui, il y a une trentaine d’années, crapahutaient en montagne en short et tee-shirt pendant de trèèèès longues heures, sans sac d’hydratation, sans montre GPS, sans manchons de compression, sans ravitaillement. Je sais aussi que certains trailers de haut niveau actuels défendent l’esprit de la course de montagne qui reste à l’écart des enjeux commerciaux.

Non, on ne réécrira pas l’histoire et on ne changera pas le monde en pleurant sur un passé, voire sur des valeurs, disparus. Toutefois je ne peux m’empêcher d’être légèrement révoltée par les modalités de l’UTWT 2017 récemment dévoilées. En effet, l’une des deux courses phares (i.e. celles qui permettront d’engranger le plus de points) n’est autre que le Marathon des Sables, épreuve onéreuse s’il en est. Certes un programme de soutien aux athlètes Elite est proposé par l’UTWT pour aider les concurrents à voyager et participer aux courses, mais quid des autres participants ? Le trail running s’écarte progressivement de la nature foncièrement démocratique de la course à pied, ce sport d’une simplicité extrême qui est souvent pratiqué dans le monde sans le moindre équipement. Pour vivre des événements hors normes, il ne faut plus seulement être en bonne santé physique, il faut surtout avoir le portefeuille bien rempli. La previewsélection commence par le compte bancaire. Oui, certaines épreuves exigent de lourds investissements liés à la logistique ou la sécurité. Oui, les structures professionnelles deviennent nécessaires dès lors qu’un événement franchit certains seuils de taille, ce qui implique des bénéfices pour rémunérer ceux qui travaillent dans ces organisations. Oui, partir courir à l’étranger est un privilège qui n’a jamais prétendu être accessible au plus grand nombre (d’ailleurs, combien de Français ne partent-ils jamais en vacances, faute de moyens ?). Mais non, il n’est pas très normal à mes yeux que certains profitent de l’engouement pour le trail en faisant fonctionner à plein régime le tiroir caisse, qu’ils s’agisse d’ailleurs d’organisateurs ou de marques de matériel. Au-delà du fait que leur état d’esprit s’oppose singulièrement aux valeurs du sport, je suis navrée de constater que c’est toujours le pratiquant qui en fait les frais. Ce n’est plus de la course à pied, c’est la course à la ruine !

P.S. : Evidemment, je n’oublie pas tous les acteurs du sport qui défendent une approche respectueuse des pratiquants. Je pense notamment aux organisateurs qui restent attachés à une politique tarifaire raisonnable et permettent ainsi à tout un chacun de participer. Grâce à eux, la course à pied reste fidèle à son essence même : un sport populaire où la mixité dans toutes ses déclinaisons règne en maître.

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Initiation au trail à l’italienne sur le Valtellina Wine Trail

J’ai couru en France, en Suisse, aux îles Canaries, en Espagne continentale, au Maroc, à l’île Maurice. Jamais en Italie. Pourtant combien de fois m’a-t-on parlé de cette ferveur qui anime le public de la Botte ! J’avais donc hâte de découvrir le trail à la mode italienne. L’opportunité s’est présentée cet automne avec le Valtellina Wine Trail, événement initié et porté par le sextuple champion du monde de course en montagne, le grand Marco de Gasperi.

A peine débarquée à Sondrio, petite ville du Valtelline, mes yeux dévorent tout ce qui m’entoure : le site d’arrivée est déjà monté avec ses deux arches, sa ligne droite habillée de banderoles, ses oriflammes, son portique surélevé, le gigantesque camion Scott avec scène et écran géant, un chapiteau XXL pour le repas d’après-course et la fête du samedi soir, des stands de partenaires… Wouah, ça en jette ! Je suis épatée par les moyens déployés. Bon, par contre, côté retrait des dossards, il y a encore des progrès à faire : la queue s’étire sur des dizaines de mètres… Il faut dire que seuls deux bénévoles distribuent les précieux rectangles de papier, donc ça bouchonne forcément puisque cette quatrième édition réunit 2000 participants. En tout cas, côté cadeaux, les concurrents sont gâtés : une bouteille de vin, un paquet de polenta et un autre de bresaola, un tour de cou Scott, une gourde souple… Le sac coureur illustre l’âme de l’événement : ici, on ne fait pas que courir, on découvre aussi un territoire à travers son patrimoine gastronomique.

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Samedi 5 novembre, 10 heures. Au même moment, les trois courses démarrent, en trois points différents. Les coureurs ont été acheminés sur les sites par train pour les 42 et 21 km, par bus pour les 12 km. Evidemment, un système de vestiaire permet de déposer un sac avant le départ. En ce samedi de pluie diluvienne, ce n’est pas du luxe de rester au sec sous un k-way jusqu’au dernier moment !

Présente sur l’événement pour un reportage, je suis plus particulièrement l’épreuve de 21 km et 914 m D+. L’itinéraire révèle un état d’esprit complètement différent du nôtre, en France, où nous traçons des parcours en pleine nature en quête d’isolement, de singles sauvages, de technicité. Ici, les coureurs traversent sans cesse des villages, longent des églises, entrent dans les caves viticoles, sillonnent les vignes. Partout, bénévoles et public les applaudissent et les encouragent malgré les cordes qui s’abattent sans discontinuer sur le Valtelline depuis cette nuit. L’ambiance qui règne sur la course me donne envie de participer, d’éprouver moi aussi le frisson qui doit s’emparer des concurrents lorsque les gens clament « Vai, vai ! » à tue-tête. Et l’arrivée, oh l’arrivée !… D’abord quelques foulées dans les ruelles piétonnes de Sondrio où un tapis a été posé au sol, telle une allée d’honneur. Puis cette ultime ligne droite bordée de barrières et de banderoles derrière lesquelles le public se masse sous la pluie, applaudissant, tendant la main pour toucher les coureurs, criant « Bravo ! » à tous les finishers sans distinction. Enfin, cette mise en scène finale : le speaker qui accueille chacun avec une énergie et un accent chantant dans la voix, la musique festive diffusée à pleins tubes sur la place principale de Sondrio, les vidéos qui tournent en boucle sur l’écran géant… Ce Valtellina Wine Trail est un événement total, un véritable spectacle non seulement pour les coureurs mais aussi pour le public. « On ne s’ennuie jamais, il y a toujours quelqu’un ou quelque chose à voir », me confie Julien Rancon, vainqueur des 42 km et nouveau recordman de l’épreuve avec un joli 3h13 au compteur.

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Un peu plus tard, la remise des récompenses confirme tout ce que l’on m’avait dit de la ferveur italienne. Alors que, chez nous, les cérémonies protocolaires se déroulent souvent devant un public clairsemé, nos amis italiens honorent les vainqueurs de leur présence. La place Garibaldi est presque pleine malgré la nuit tombante et le crachin qui s’abat toujours sur la ville. La musique pulse toujours à fond et les deux speakers annoncent les noms avec un enthousiasme communicatif et des envolées incroyables. Les podiums se succèdent sans temps mort, comme un spectacle ininterrompu. Je me laisse porter par l’ambiance, d’autant plus que je suis aux côtés de Julien, vainqueur du marathon, d’Anne-Lyse Chamiot-Poncet, 3e des 21 km, et Fred Thérisod, 4e des 21 km. Un irrépressible frisson me parcourt la peau lorsque chacun d’eux grimpe sur la scène illuminée, acclamé par les vivats nourris. Tous reviennent avec les bras chargés de cadeaux : bouteilles de vin, trophée énorme, lampe frontale… Ils sont gâtés !

_i8p4905En parallèle, le repas d’après-course se termine, composé évidemment de spécialités locales. Le soir, une « party » proposera du vin et de la bière, de la musique et des danses endiablées. Avec ma petite troupe de champions, le dîner sera lui aussi animé. Nous atterrissons dans un restaurant bondé où le serveur nous trouve une petite place et, immédiatement, félicite Julien (qu’il reconnaît sans hésiter car, de son restaurant, il a suivi la course sur Facebook) pour sa victoire et offre la tournée de bière pour fêter la performance. Hallucinant…

Le lendemain, les courses enfants prennent leurs quartiers dans la ville et bénéficient du même site d’arrivée et de la même ambiance de feu. Quelle émotion de voir ces gamins habillés aux couleurs de leur club, s’échauffer ensemble, courir comme des dératés dans les rues !…

Mais la route est longue jusqu’aux Alpes françaises, alors il faut songer à s’arracher à cette atmosphère festive. Un dernier mot échangé avec Marco puis nous montons en voiture. Maintenant, je comprends pourquoi les coureurs qui me parlent de l’Italie ont les yeux pleins d’étoiles et le sourire aux lèvres. J’ai déjà coché la date dans mon calendrier 2017 : début novembre, j’irai courir dans le Valtelline !

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Course de montagne et trail : une rivalité inégale

Les liens entre trail et course de montagne sont étroits. Pourtant l’un connaît un essor fulgurant tandis que l’autre est en perte de vitesse. Visiblement, la montagne, ça ne vous gagne pas forcément !

Indéniablement, il y eut collision. Avec plus de dégâts d’un côté que de l’autre. Le week-end des 28 et 29 mai, deux événements majeurs de course nature se sont déroulés sur le sol français : la MaXi Race d’une part, les championnats de France de course en montagne d’autre part. La collision calendaire a permis de mettre en lumière la rivalité qui oppose trail et course en montagne. Mais la rivalité est-elle réelle ? Et le jeu est-il équitable ?

Une couverture médiatique inégale

Bien en phase avec mon époque hyperconnectée, me voilà face à l’écran Google. Je commence par inscrire dans l’interface de recherche quelques mots clés : championnats France course montagne 2016. Je valide ma requête, puis consulte l’onglet Actualités. Là, trois résultats concernent les France du 29 mai dernier. Un article d’annonce et deux résumés. Face à la pauvreté des résultats, je reviens à l’onglet Tous. La matière est plus abondante, mais il faut fureter pour trouver des comptes rendus en bonne et due forme de ce rendez-vous national. A la grâce du référencement googléen, les sites spécialisés apparaissent à partir de la troisième page.

Bon, tentons maintenant de chercher ce qui concerne la MaXi Race. Même opération avec les mots clés maxi race 2016. Côté Actualités, je dénombre sept articles. Dans le grand creuset Tous, on trouve pêle-mêle des pages pour les résultats, les photos et des comptes rendus sur de nombreux sites spécialisés, outre les blogs et sites de clubs.

Si l’on revient au jour J, force est de constater que les suivis en live concernaient essentiellement la MaXi Race. Pour savoir qui montait sur le podium des France de montagne, il m’a fallu une bonne dose de patience et attendre que la FFA mette en ligne des résultats provisoires. Pourquoi la course en montagne semble-t-elle reléguée au second plan, elle qui est pourtant à la sœur aînée, voire la mère, du trail ?

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Une histoire d’argent…

L’un des arguments les plus « faciles » à avancer concerne l’argent. Saisissant la balle « trail » au bond, les marques se sont engagées avec force moyens afin de profiter de l’engouement populaire pour la discipline. L’augmentation incessante du nombre de pratiquants a permis (et permet encore) aux équipementiers et aux nouvelles marques de s’arroger des parts de marché, à la grâce de campagnes marketing, de nouveaux produits et de créations de teams. Or, dans toute entreprise, qui dit investissement, dit forcément retour sur investissement. Pour gagner de nouveaux clients, il faut notamment accroître sa visibilité, par exemple en multipliant les publicités et le sponsoring.

Dans un contexte de crise économique et de marché médiatique concurrentiel, les enjeux commerciaux ne peuvent être ignorés par les rédactions. Lorsqu’une marque vous achète une double page de pub – et vous permet ainsi de boucler votre budget mensuel et de ne pas mettre tout de suite la clé sous la porte – vous êtes naturellement enclin à accroître le nombre d’articles évoquant cette même marque pour que l’annonceur continue à vous acheter de l’espace commercial. Le lecteur voit donc à la fois la pub et les papiers, ce qui le conditionne pour acheter les produits en question. On se rend bien compte que tout cela est étroitement lié : investissements des marques dans le trail, couverture médiatique du trail et survalorisation du trail par rapport à la course en montagne sont autant d’éléments interdépendants qui composent un véritable système.

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… ou une histoire de gens ?

Mais ne jetons pas l’opprobre sur les médias et les marques. Ces facteurs doivent être pris en considération mais ils ne doivent pas occulter une autre facette de la question : les pratiquants eux-mêmes. Si l’attention médiatique se porte prioritairement sur le trail et non sur la course en montagne, n’est-ce pas aussi lié au nombre de pratiquants ? Incontestablement, le trail rassemble aujourd’hui bien plus de monde que son aînée. D’ailleurs, combien d’épreuves courtes se transforment-elles en trails pour survivre et attirer davantage de concurrents ?

Le trail et en particulier l’ultra séduisent parce qu’ils sont synonymes non seulement d’évasion et d’un retour à la nature, mais aussi d’héroïsme et de reconnaissance sociale. Être finisher d’une épreuve de plus de 100 km, quel que soit le temps passé sur les sentiers, est plus valorisant aujourd’hui que terminer une course en montagne de 15 km. Pour gagner l’estime de son entourage, mais aussi pour se prouver à soi-même que l’on existe et que l’on est capable des performances les plus folles, il faut avaler toujours plus de dénivelés, toujours plus de kilomètres. On atteint sans doute plus aisément un sentiment de plaisir lorsqu’on accomplit un effort de très longue haleine où marcher fait partie de la stratégie, effort en lui-même valorisant puisque considéré comme héroïque (et ce même si l’on flirte avec les barrières horaires et le fond du peloton). A contrario, boucler une course de montagne, par définition courte, est considéré comme « facile » puisque la distance reste « humaine ».

Prendre conscience des convergences

La supériorité médiatique et populaire du trail sur la course en montagne relève donc d’une pluralité de facteurs imbriqués. Elle témoigne malheureusement d’une certaine désaffection pour la seconde alors que c’est elle-même qui a engendré (ou tout au moins largement inspiré) la première. Ne considérons pas la « vieille » course en montagne comme désuète, issue d’une autre époque où l’on se lançait sur les chemins quasiment sans équipement en jouant à qui arriverait le premier au sommet. Ne prenons surtout pas les coureurs en montagne pour des trailers de bas étage et reconnaissons leur incroyable valeur athlétique, eux qui sont capables de courir à toute vitesse même sur les pentes les plus raides, d’enchaîner montées et descentes sans sourciller, d’avaler le dénivelé négatif comme des chamois et de relancer sur le plat à des allures que certains routards ne tiendraient pas.

N’opposons pas trail et course en montagne, ne les comparons même pas ! Ce sont deux disciplines distinctes qui partagent certes le même terrain de jeu et le même principe fondateur (courir en nature avec du dénivelé), mais qui font appel à des ressources physiques et mentales différentes. L’une n’est pas plus difficile ou plus héroïque que l’autre. Tout comme aucune rivalité n’oppose les épreuves de 200 m et celles de 3000 m, le trail et la course en montagne doivent coexister comme deux sœurs. Même si, comme dans toute fratrie, il y a forcément des tensions de temps en temps, elles avancent main dans la main parce qu’elles appartiennent à la même famille.

Chronique publiée dans Esprit Trail cet été.