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Gâteaux sportifs : industrie ou maison ?

Allez, j’avoue : je suis un peu (voire beaucoup) une maniaque du décorticage d’étiquettes. Impossible pour moi d’acheter un aliment sans détailler au préalable la liste des ingrédients et, bien souvent, m’offusquer de toutes les saletés que les industriels osent mettre dedans ! Je ne vous raconte pas le temps que peuvent me prendre les courses si j’ai le malheur d’arpenter les rayons d’un supermarché classique… Bref, quand je me penche sur les boîtes de gâteaux sportifs, ma tignasse a une légère tendance à se hérisser tant la composition s’avère effrayante. Seules quelques rares marques proposent des produits naturels et biologiques, mais il faut bien admettre que, dans tous les cas, mieux vaut cuisiner soi-même un bon gâteau sain et adapté à soi !  

Pourquoi le gâteau sportif maison reste-t-il la solution idéale ? 
  • Parce que vous savez exactement quels sont les ingrédients et d’où ils viennent. Pas d’additifs, pas de texturants ou d’arômes. Le chef cuistot, c’est vous !
  • Parce que vous pouvez moduler sa composition en fonction de vos besoins et de vos goûts.
  • Parce que vous pouvez varier les saveurs à loisir et surtout tester ce que vous digérez le mieux avant le jour de la compétition.
  • Parce qu’un gâteau sport maison revient bien moins cher qu’un produit prêt à l’emploi.
Quelques recommandations avant d’enfiler le tablier… 

Toutefois une recette de gâteau sport ne s’improvise pas car elle doit apporter tous les nutriments et vitamines nécessaires à l’effort. De plus, veillez à respecter un délai de 1h30 à 3h entre votre dernier repas et le départ de votre course ou de votre entraînement. Plus l’effort à produire est violent (épreuves courtes, par exemple), plus vous devez éloigner la dernière prise alimentaire du début de l’activité musculaire. Pour une épreuve longue, vous pouvez savourer votre gâteau jusqu’à 1h30 avant la compétition ou la sortie.

Enfin, même si ce conseil est hyper classique, il est toujours utile d’insister : n’innovez surtout pas le jour d’une compétition ! Testez toujours votre gâteau sport en amont pour ne pas avoir de mauvaise surprise le jour J.

Recettes 
  • SANS LACTOSE ET SANS GLUTEN

La mode est aux régimes sans lactose et sans gluten, surtout parmi les sportifs en quête de produits à haute digestibilité. Le running est d’autant plus concerné que les problèmes digestifs à l’effort concernent de nombreux pratiquants. Caroline Chaverot, championne du monde de trail, nous propose sa recette de gâteau sport sans produits laitiers et sans gluten. Une petite tuerie que l’on déguste aussi les jours de repos !

Délice familial à la châtaigne

Particularité : L’utilisation de châtaigne, riche en minéraux (surtout en magnésium, cuivre et potassium) et vitamines (surtout du groupe B).

Ingrédients :

  • 400 g de crème de châtaigne bio (ou, à défaut, de crème de marrons type Clément Faugier)
  • 200 g de farine de châtaigne (ou autre farine sans gluten : riz, sarrasin, lupin…)
  • 1 sachet de poudre à lever
  • 4 œufs
  • 100 g de yaourt de soja ou de lait de riz OU 50 g de purée d’amandes ou noisettes + 50 g de lait de riz ou de yaourt de soja

Préparation :

  • Mélangez tous les ingrédients jusqu’à l’obtention d’une pâte homogène.
  • Huilez un moule à cake et versez la pâte.
  • Laissez cuire au four une trentaine de minutes à 180°C jusqu’à ce que la lame d’un couteau piquée dans le gâteau sorte sèche. Laissez cuire plus ou moins longtemps selon la consistance souhaitée.

Variante végane : remplacez les œufs par 100 g supplémentaires de yaourt de soja.

 

  • VEGAN

Que l’on supprime tout produit animal ou issu des animaux par conviction éthique ou par nécessité médicale (allergies), le végétalisme introduit de nombreuses contraintes alimentaires. Il exige d’adapter les recettes classiques ou carrément de les réinventer. Mais le résultat n’en est pas pour autant moins savoureux et les avantages ne sont pas négligeables pour le système digestif du sportif.

Cake énergétique au miel et aux fruits secs

Particularité : L’absence de tout produit d’origine animale.

Ingrédients :

  • 300 g de farine de riz (ou châtaigne, maïs, quinoa…)
  • 400 ml de lait végétal (riz, avoine, soja, amande…)
  • 150 g de sirop d’agave
  • 120 g de fruits secs : figues, raisins, abricots, baies de goji, noisettes, amandes, noix…
  • 1 cuillère à soupe d’huile
  • 1 sachet de poudre à lever

Préparation :

  • Mélangez l’ensemble des ingrédients, à l’exception des fruits secs.
  • Versez une partie de la pâte pour couvrir le fond du moule antiadhésif, puis ajoutez une partie des fruits secs. Recouvrez avec un peu de pâte, puis ajoutez des fruits secs. Recouvrez une dernière fois avec la pâte restante et parsemez avec les derniers fruits secs.*
  • Enfournez à 180°C pendant 30 à 40 minutes.

* L’ajout des fruits secs est réalisé en plusieurs fois pour éviter qu’ils ne tombent tous au fond du moule !

 

  • CLASSIQUE

Vous n’êtes pas adepte des boutiques bios ? Les régimes « sans » ne vous conviennent pas ? Pas d’inquiétude : on peut tout-à-fait concocter un gâteau sport avec des ingrédients classiques. Bonne nouvelle : c’est bon et beaucoup de sportifs digèrent tout cela parfaitement !

Gourmandise sportive chocolatée

Diététicienne, Juliette Benedicto est aussi ancienne triathlète de haut niveau (notamment championne du monde junior de triathlon sprint) et traileuse chevronnée. Elle nous propose ici sa recette préférée (d’autres gâteaux sont également proposés sur son site (www.juliette-benedicto.net).

Particularités :

  • L’association de l’huile d’olive à une huile plus neutre comme le tournesol ou les pépins de raisin permet d’ajouter des acides gras essentiels.
  • L’apport en antioxydants et en magnésium est assuré par la poudre d’amandes.
  • Il est possible de remplacer certains ingrédients potentiellement source d’allergies par d’autres produits (par exemple, substituer au lait animal un lait végétal).

Ingrédients :

  • 200 g de chocolat noir pâtissier
  • 3 cuillères à soupe d’huile de pépins de raisin ou de tournesol
  • 2 cuillères à soupe d’huile d’olive
  • 125 ml de lait écrémé (ou lait végétal : riz, soja, amande, épeautre…)
  • 1 œuf
  • 100 g de poudre d’amandes
  • 40 g de farine
  • ½ sachet de levure chimique

 

Préparation :

  • Faites fondre le chocolat, ajoutez les deux huiles et mélangez.
  • Ajoutez le reste des ingrédients et mélangez jusqu’à l’obtention d’une préparation homogène.
  • Versez dans un moule antiadhésif, puis faites cuire 35 minutes à 180°C.

 

Cake sportif salé

Particularité : Une recette salée pour ceux qui ne sont pas fans du sucre ou qui apprécient de grignoter de petits cubes de gâteau pendant l’effort (notamment sur un ultra).

Ingrédients :

  • 100 g de farine semi-complète (blé, épeautre, maïs…)
  • 100 g de farine de lupin ou de châtaigne
  • 50 g de fructose
  • 25 cl de lait (vache, chèvre… ou végétal : soja, riz, châtaigne…)
  • 2 œufs
  • 100 ml d’huile de colza, de noix ou de noisette
  • 120 g de carottes finement râpées
  • 30 g de noix, noisettes ou amandes
  • 20 g d’olives coupées en morceaux
  • 50 g de jambon blanc en dés
  • 1 sachet de levure
  • 2 grosses pincées de sel

Préparation :

  • Mélangez tous les ingrédients.
  • Versez la pâte dans un moule à cake antiadhésif.
  • Laissez cuire à 170°C pendant une quarantaine de minutes. Assurez-vous de la cuisson en plantant un couteau dans le gâteau (le couteau doit ressortir sec).

Variante : vous pouvez ajouter des épices à votre convenance (basilic, curcuma, curry, fenouil…).

 

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Chamonix : ils sont fous, ces trailers (ou pas) !

Tandis que la neige s’invite un peu partout en montagne et que de nombreux trailers observent leur coupure annuelle, les regards se tournent déjà vers la saison 2018. Quelles courses cocher dans le calendrier ? Il y a celles qui se déroulent à côté de la maison, ces adorables épreuves « saucissons » qu’on adore pour leur simplicité et leur authenticité (et aussi, avouons-le, parce qu’on y gagne souvent des paniers garnis !). Et puis il y a celles qui font rêver, ces grandes épreuves devenues mythiques ou tellement galvaudées qu’il faut compter sur le hasard des tirages au sort pour espérer décrocher un dossard. Parmi ces compétitions hyper attractives, figurent celles qui appartiennent à la famille chamoniarde. Non, La Mecque de l’alpinisme ne se contente plus des crampons et piolets. Dans ses rues peuplées de montagnards et de touristes du monde entier, s’immiscent depuis quelques années des badauds armés de baskets et pipettes. 

L’impatience est palpable. Tous les regards sont tournés vers le chemin qui descend de la montagne. Là doit apparaître, dans quelques secondes à peine, l’icône mondiale du trail. Enfin ! La petite silhouette frêle dévale l’ultime pente et se précipite sur la ligne d’arrivée. Les regards pétillent, les sourires s’épanouissent sur les visages, les téléphones sont brandis à bout de bras. Kilian Jornet attire, fascine, émerveille. Sa présence efface tout le reste, y compris le somptueux Mont Blanc qui se dessine en toile de fond, jouant à cache-cache avec les nuages. A Chamonix, le trail est bien plus qu’un phénomène de mode. Il est devenu une véritable culture. « Ça a démarré avec des montagnards d’ici qui faisaient de la course à pied. Un jour, l’un d’eux a décidé d’organiser une course et c’est tout simplement parti comme ça », se souvient Jean-Claude Pillot Burnet, ancien guide de montagne et ancien président du club des sports de Chamonix.

 

Prémices d’une lame de fond

Pour sa première édition, le Cross du Mont Blanc n’attire pas des foules démesurées, loin de là. Parmi eux, se glisse Henri Agresti, un guide de haute montagne qui prend le départ pour une seule raison : accompagner sa femme, Isabelle, et leur fils, Blaise. « Courir n’a jamais été une activité que j’ai pratiquée pour elle-même, mais pendant des années la montagne s’est souvent transformée en véritable course », raconte-t-il. « Il fallait aller plus vite que le mauvais temps, se dépêcher de redescendre avant la nuit, passer le plus rapidement possible sur un autre versant… On courait pour vivre. » Malgré son manque d’appétence pour le running, Henri met le doigt dans l’engrenage : après avoir suivi sa femme en 1979, il ne rate pas une seule édition du Cross, enfilant ses baskets une fois par an pour ouvrir la saison avec cette course devenue incontournable pour lui – et qui l’est désormais aussi pour près de 8 000 trailers.

L’exemple d’Henri Agresti s’avère emblématique. En effet, Chamonix s’inscrit pleinement dans l’histoire de la course en montagne, apparue au sein des communautés d’alpinistes qui aimaient se défier sur des marches d’approches ou des ascensions techniques dans les Pyrénées ou les Alpes, en France, en Italie ou en Suisse. Chamonix n’a donc pas inventé le trail, mais elle a profité du dynamisme de son vivier de montagnards, de l’aura internationale du Mont Blanc et d’un terrain particulièrement propice à la discipline. Les acteurs touristiques du territoire ont d’ailleurs saisi la balle au bond en créant la « Vallée du Trail » en 2012, une offre destinée aux coureurs incluant un balisage dédié sur une vingtaine de parcours, des topos et des itinéraires de niveaux variés. Mais un tel projet ne peut voir le jour que si les sentiers sont suffisamment entretenus et gérés. « La gestion des sentiers n’est pas forcément mieux faite qu’ailleurs, mais elle existe probablement depuis plus longtemps. De plus, les guides, cartes ou articles de presse sur la randonnée du Tour du Mont Blanc ont été parmi les premiers à être publiés », évoque Thierry Ravanel, directeur du magasin éponyme installé en centre ville depuis 2003.

Médiatisation du TMB, qualité des itinéraires, variété des terrains et des paysages, pool de montagnards pratiquant la course à pied : il n’en fallait pas davantage pour que les organisateurs d’événements running s’appuient sur de solides bases et permettent au trail de se développer. « Ce qui nous a aidés aussi, c’est le fait que le trailer soit rarement uniquement coureur à pied », indique Catherine Poletti, directrice de l’UTMB®. « Il pratique souvent le ski, le ski de fond, la grande randonnée, l’alpinisme… Or la vallée de Chamonix lui offre toutes ces possibilités. »

L’effet « bosse magique »

« Il y a ce petit truc, à Chamonix, qui fait que chaque événement organisé rencontre son public. Dès que l’on parle de Chamonix et du Mont Blanc, les gens s’illuminent », affirme Jean-Claude Pillot Burnet. Indéniablement, la présence du plus haut sommet européen n’est pas étrangère à la fascination qu’exercent les lieux sur les sportifs et les touristes du monde entier. « Ce qui constitue la force du pays du Mont Blanc, c’est la diversité des ambiances », estime Catherine Poletti. « On passe assez rapidement de la ville de Chamonix à la nature sauvage, des villages habités aux grands espaces. Beaucoup de trailers de l’UTMB® disent qu’ils ont l’impression de voyager pendant la course. » Mais la quête d’évasion des concurrents n’est pas spécifique à Chamonix : si le trail connaît un tel essor un peu partout, c’est sans doute parce que nous éprouvons, en bons citadins que la vie moderne a coupé de leur environnement, le besoin d’un retour aux sources, d’une parenthèse éloignée du stress et de l’urbanité quotidiens. « Pour ceux qui vivent en ville, le trail est une expérience de nature, de vie et de survie », ajoute Henri Agresti. « Ils ne savent plus ce que c’est de boire dans un ruisseau et de passer une nuit dehors. »

Alors quand un organisateur propose une telle aventure, les candidats se bousculent au portillon. Surtout lorsque l’itinéraire est tracé sur les terres du Mont Blanc, cette « bosse magique », comme aime l’appeler Thierry Ravanel. D’ailleurs, la boutique de ce sportif passionné ne désemplit pas pendant les trois mois d’été, période à laquelle il réalise un tiers de son chiffre d’affaires annuel. « Le Mont Blanc attire, c’est incontestable, mais il ne peut pas faire le boulot à notre place. Il ne faut pas s’endormir, il faut rester actif et novateur », estime le commerçant. Or, force est de constater qu’entre la première édition du Cross en 1979, la création de l’UTMB® en 2003, l’introduction de nouveaux formats tels que kilomètre vertical et course en duo, la présence de structures organisatrices aussi bien associatives qu’entrepreneuriales, Chamonix apparaît comme le laboratoire de la course à pied en montagne. Et si l’une des recettes chamoniardes fonctionne, il est fort à parier qu’elle essaimera rapidement ailleurs, loin de la silhouette du Mont Blanc.

Du rififi dans l’éprouvette

Si organisateurs, commerçants, acteurs du tourisme et élus affichent un sourire satisfait lorsqu’ils évoquent le développement du trail sur le territoire chamoniard (bon nombre d’entre eux étant d’ailleurs eux-mêmes pratiquants, voire finishers de certaines épreuves locales), quelques bémols résonnent ici et là. Il y a d’abord la dérive mercantile qui accompagne très classiquement un loisir devenu populaire, comme l’évoque Thierry Ravanel : « Alors que nous étions les premiers à créer une boutique centrée sur le trail en 2003, l’offre est désormais très large à Chamonix. On est tombé dans le même engouement et la même bêtise que le ski alpin. » En effet, les rues de la ville ont vu fleurir les boutiques des grandes marques (The North Face, Columbia, Quechua…) tandis que les magasins de sport réorientaient leur stratégie en introduisant et élargissant leurs rayons de trail running. Face à l’appétissant gâteau que constitue la course à pied, tout le monde cherche à en grappiller une part. Normal… et après tout, pourquoi pas si le marché le permet ?

Mais la prégnance des enjeux économiques traduit aussi une réalité : participer à un trail, c’est non seulement acheter son dossard, mais aussi payer son hébergement, sa restauration et son matériel de course. Au final, courir représente un investissement conséquent – et plus encore à Chamonix où le coût de la vie est élevé. « Je pense qu’il faut faire attention à ne pas trop imposer de matériel coûteux aux concurrents. Le prix d’une veste peut monter jusqu’à 500 euros. Ne perdons pas l’essence de l’esprit montagne », confie Henri Agresti. Le risque tient en donc en deux mots : trail business. Certes, personne n’impose à un coureur de s’inscrire à une course : chacun reste libre de ses choix, y compris de prendre part à un événement si galvaudé qu’il faut accepter le jeu du tirage au sort et de la liste d’attente. Mais la renommée et la popularité d’une épreuve attirent indéniablement, tout comme la présence de champions qui trouvent à Chamonix un terrain d’entraînement idéal : dénivelées conséquentes, altitude, infrastructures ou encore diversité des disciplines sportives offrent des conditions optimales de préparation. Or ces champions font briller des étoiles dans les yeux des participants qui s’identifient et rêvent de leurs exploits. Courir sur les mêmes sentiers que Kilian Jornet, François d’Haene ou Caroline Chaverot, c’est se sentir l’âme d’un héros capable d’évoluer dans le sillage des plus grands. C’est partager avec eux le même émerveillement face aux paysages somptueux. C’est aussi vivre en direct leurs prouesses largement diffusées sur les réseaux sociaux, parfois au grand dam des montagnards.

Car tout le monde ne s’appelle pas Kilian. Tout le monde ne peut pas monter au sommet du Mont Blanc en short et baskets, taper un sprint sur une crête hyper-aérienne ou descendre un pierrier comme un chamois suicidaire. Mais les images circulent sur le web. Vite, très vite. Et le coureur lambda se sent tout-à-coup pousser des ailes : si certains le font avec autant de facilité, pourquoi pas lui ? « Avant même l’apparition du trail, des gens se baladaient déjà en baskets sur les glaciers en pensant que tout le monde pouvait le faire », relativise Catherine Poletti. « Le trail, en tant que nouvelle activité, engendre forcément des critiques, mais aussi des prises de risques inconsidérées. Certains ne se rendent pas compte de ce qu’ils font. » Incarnation de la liberté, le trail est accessible à tous. Nul besoin de technique poussée pour le pratiquer, contrairement à l’alpinisme ou à l’escalade. « Nous avons un énorme travail à accomplir pour faire prendre conscience aux trailers qu’ils doivent être responsables, qu’ils ne doivent pas partir en montagne sans rien dans leur sac et qu’ils ne peuvent pas faire ce qu’ils veulent. Ils font prendre des risques aux services de secours. » C’est aussi parce que les accidents sont monnaie courante à Chamonix que les guides et montagnards s’offusquent de la banalisation des sorties en haute montagne. L’ancien président du club des sports regrette cette course à l’exploit qui anime de plus en plus de trailers : « On est loin de la pratique traditionnelle. Autrefois, on faisait de la course à pied pour regarder les rhododendrons et les bouquetins… La recherche de l’exploit fait que cela devient dangereux. On fait vite, on ne prend plus le temps, on vise le record. »

Heureusement, ce constat ne concerne pas la totalité des trailers. Ils sont encore nombreux à cultiver l’émerveillement, l’humanisme, la solidarité et le goût simple du défi que nourrissaient les coureurs de montagne d’autrefois. Les pelotons comptent encore pléthore de passionnés, avides de vivre eux aussi cette folie chamoniarde du trail qui étonne forcément et qui prend irrésistiblement aux tripes lorsqu’elle s’exprime dans toute sa splendeur au départ d’une épreuve. « Le phénomène du trail, sur le terrain, est merveilleux, » conclut Henri Agresti, le regard tourné vers le sommet du Mont Blanc. « Pour de nombreux coureurs, venir ici, c’est comme aller à l’Everest. »

 

Article publié dans Trails Endurance Magazine – septembre 2017

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Au bonheur du défrichage

A l’intérieur, une montagne de cartons.

A l’intérieur des cartons, une montagne de trucs qu’on croit souvent indispensables, mais qui ne sont finalement qu’accessoires.

A l’extérieur, une forêt vierge qui donne une furieuse envie de massacre à la tronçonneuse et à la tondeuse.

A l’extérieur de la forêt vierge, une montagne qui donne une délicieuse envie d’exploration et d’ascension.

Déménager.

Rassembler tout ce que l’on possède, l’empaqueter et s’en aller.

Eprouver un petit déchirement parce qu’on quitte un lieu où l’on a éprouvé toute la palette des émotions, du bonheur à la tristesse, du fou rire aux sombres pleurs.

Et puis s’installer. Poser ses valises ailleurs, là où le cœur nous a portés.

Vivre au milieu d’un bazar incommensurable en se demandant si l’on parviendra à bout de ces piles de cartons remplis et de ces vastes surfaces de murs à nettoyer, enduire, repeindre…

Entre un coup de rouleau et un coup de pompe, trouver l’énergie de chausser les baskets et partir courir. Malgré les jambes lourdes d’avoir piétiné, malgré les bras courbaturés d’avoir frotté et porté, malgré l’envie terrible de se jeter dans le canapé.

Mais là, à quelques foulées du jardin en friche, se dressent des montagnes à explorer avec leurs kilomètres de sentiers, leurs pentes boisées et herbues, leurs cimes minérales et acérées. Il se cache là une promesse de découverte et de plaisir qui, en dépit de la fatigue, donne des ailes. Trottiner (peu importe que l’on avance comme un escargot en plein soleil !), s’étonner à chaque pas, se perdre sur les chemins, suivre son instinct, monter vers le ciel, toujours plus haut…

Le goût d’inédit est éphémère, il s’estompe à chaque sortie. L’inconnu rentre petit à petit dans les habitudes, l’étonnant devient repère, le sommet devient jalon. Mais le bonheur simple de courir en pleine nature, sur les flancs de ces montagnes à la fois majestueuses et hostiles, demeure intact.

Déménager, c’est avoir un nouveau monde à explorer !  😉

 

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Vagabondages d’en-haut : le Mont Ventoux

Le Géant de Provence.
Une silhouette qui se dresse dans le ciel azur.
Imposante.
Minérale.
Majestueuse.
A ses pieds, s’étire une terre gorgée de soleil.
Une terre où fourmille une nuée de sportifs : ici, les cyclistes sont rois.

« Lorsqu’on est trailer, on se sent un peu décalé », s’amuse François, mon compagnon de vagabondage. Il est vrai que nous faisons figure d’extra-terrestres ce matin : avec nos sacs à dos et nos baskets, nous détonons dans le village de Bédoin où circulent des dizaines de vélos. Peu nous importe ! Nous sommes ici pour retrouver les valeurs du trail qui nous sont chères : le partage, la solidarité, l’effort, l’émerveillement, la nature. Malgré le caractère officieux de notre aventure, nous ne sommes pas là pour ramasser des brins de serpolet au bord des chemins. Il va falloir rallier le sommet sans tarder puis redescendre dans la vallée, soit 32 kilomètres et 1600 mètres de dénivelée positive au programme. Alors en route, moussaillon !

François a une dizaine d’années de plus que moi, mais il est doté d’énormes capacités. Il vient d’ailleurs de terminer troisième du trail des Aravis et il compte de jolies performances à son palmarès. Je redoute un peu d’être son boulet aujourd’hui, mais il me rassure en se calant à une allure raisonnable. Nous pouvons discuter tout en avalant les kilomètres sans traîner.

Après le village et ses alentours résidentiels, nous voici plongés en pleine nature. Le sentier sinue dans la forêt, s’élève progressivement, puis devient rocailleux et découvert. La sente se transforme en chemin forestier, large et offert aux rayons brûlants du soleil. Ces 8 kilomètres pourraient sembler interminables, mais le fait d’être aux côtés de François permet d’adoucir la longueur – et la langueur – de cet itinéraire. Nous ne parlons pas en permanence, nous n’en avons pas besoin. Bien sûr, nous papotons souvent, mais lorsque le silence s’installe, il ne fait que renforcer notre complicité.

Le temps glisse.
Disparaît.
Nous oublions le chronomètre.
Bientôt apparaît la bifurcation tant attendue : un single caillouteux et raide grimpe vers le sommet. Changement de décor : après l’univers de la pinède, vient le monde lunaire des pierriers calcaires. Cette dernière portion m’est un peu difficile. Je dois marcher, mais François m’encourage et m’attend patiemment.

Le sémaphore nous domine de toute sa hauteur. Le Mont Ventoux. Notre graal d’un jour ! Nous y sommes ! Nous admirons le paysage, émerveillés. Sans trop tarder, nous nous lançons dans la descente. C’est le moment que je préfère : dévaler la montagne en jouant avec le relief, sauter comme un cabri, éprouver un incroyable sentiment de liberté et de légèreté…

La chaleur devient écrasante au fur et à mesure de notre descente. Nous retrouvons bientôt la forêt et son ombre bienfaisante. Les derniers kilomètres s’égrènent. Moi qui n’apprécie guère les sorties qui dépassent 4 heures, j’avoue que j’aurais presque envie que celle-ci ne cesse jamais. Savourer encore un peu ces instants suspendus… vivre encore un peu ce bonheur du partage, de l’effort et de l’amitié, loin du monde, loin de tout…

Bédoin.
Le voyage est déjà fini.
François et moi échangeons une accolade émue.
Nous nous remercions mutuellement, conscients de la préciosité de ce que nous venons de vivre.
Le trail n’est décidément pas cette course aux selfies, au D+ et aux kilomètres étalés sur les réseaux sociaux.
Le trail n’est pas cet égocentrisme, cette autosatisfaction, cette surenchère d’exploits en tous genres.
Le trail est résolument ce sport de montagne qui unit les êtres, qui les invite à rester humbles et altruistes. A l’écoute certes d’eux-mêmes, mais aussi – et surtout – de l’Autre et de la nature.

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Le dilemme du finish main dans la main

Certains y ont goûté par choix. D’autres y ont été contraints. Finir une compétition ex aequo laisse à la postérité de belles images incarnant le partage et la solidarité. Mais que penser de ces arrivées communes ? Est-ce la traduction des valeurs sportives ou, au contraire, leur reniement ? 

Franchement, j’adore. J’adore ces arrivées baignées de sourires et de regards complices. J’adore ces mains qui s’unissent et cette incarnation de valeurs humaines aussi fondamentales que la solidarité, le partage et l’amitié. Je me suis toujours dit que, si j’en avais un jour l’occasion, je vivrais le bonheur de franchir la ligne avec une compagne de route dans un bel élan de communion. Dimanche dernier, cette opportunité s’est enfin présentée : après avoir trotté côte-à-côte tout le long des 18 km de L’Ardéchois, Pauline Bruyère et moi décidons de terminer ensemble. A moins d’un kilomètre de l’arrivée, Pauline s’arrête brutalement, victime de crampes. « Vas-y, ne m’attends pas ! » me lance-t-elle en s’étirant. Désappointée, je ralentis, je l’encourage, je me retourne. Je ne sais pas quoi faire, il faut prendre une décision très vite car j’ignore si la troisième fille est loin ou non. Je cours en réduisant l’allure, me retourne encore et encore… Pauline est repartie, mais elle ne me rejoint pas. Alors j’avance… et je franchis la ligne seule. Vingt secondes plus tard, Pauline arrive à son tour. Bien que je sois heureuse de cette balade au cours de laquelle ma rivale a tout fait pour me faire lâcher prise, je reste dubitative : ai-je fait le bon choix en n’attendant pas Pauline ? Aurais-je dû m’arrêter et l’aider à rejoindre la ligne avec moi ?…

 

Le règne du partage

Pratiquer le sport en compétition, c’est s’inscrire dans une démarche concurrentielle : en épinglant un dossard sur son maillot, le sportif cherche à se mesurer aux autres, à occuper une place dans la hiérarchie et donc à se battre non seulement contre ses propres limites, mais aussi contre les autres. Finir à égalité avec un concurrent peut donc sembler être une hérésie : pourquoi faire un cadeau à un rival alors que l’on est justement venu pour se hisser le plus haut possible dans le classement ? C’est justement là que des paramètres « humanistes » interviennent. Au cours d’une épreuve (surtout si elle est longue), des liens peuvent se tisser entre les coureurs. Quand l’effort dure plusieurs heures, il est possible de parler, de s’entraider, de créer une complicité. Si le cheminement conjoint perdure et que la relation est sincère et sereine, pourquoi chercher à vaincre son compagnon de route sans lequel la course n’aurait pas eu la même saveur ? Finir ex æquo revêt dès lors un réel sens : en terminant main dans la main, on scelle officiellement l’union ressentie au cours de l’effort, on s’affiche publiquement ensemble. Le bonheur et les souffrances partagés au fil des kilomètres s’expriment aux yeux de tous. Parfois ces finish communs témoignent aussi de liens existant au-delà de la course du jour : deux amis peuvent décider de partager une performance pour le seul plaisir d’être ensemble. Adieu la rivalité !

Quid de l’esprit de compétition ?

Pourtant ces finish ex æquo ne vont pas sans poser problème, notamment pour les organisateurs. Allez imaginer qu’il n’y aura pas un seul vainqueur, mais deux… L’horreur pour celui qui gère la remise des prix et doit jongler avec les récompenses qu’il a sous la main. Et si la compétition est d’envergure avec attribution d’un titre à la clé, la présence de deux athlètes sur une même marche du podium ne contribue guère à la lisibilité des résultats. Bon, au-delà de ces considérations organisationnelles, considérons plutôt la dimension psychologique. En terminant main dans la main, le sportif renonce à l’esprit de compétition dans lequel il a pris le départ. Finir à deux, c’est accepter de ne pas se mesurer à tous les concurrents et de considérer son compagnon de route comme son alter ego, son parfait égal dans la performance du jour. Parce que, dans le fond, il y a presque toujours moyen de se départager. Même quand on est au bout de ses forces, on peut trouver en soi des ressources pour fournir un dernier effort et tenter de faire la différence. En un sens, le finish ex æquo consiste à refuser d’aller au bout de ses propres limites puisque l’on ne pousse pas son corps et son esprit dans ses ultimes retranchements. On renonce au profit d’autre chose que l’on considère plus gratifiant à ce moment-là : le partage. La démarche est émouvante car profondément humaine. Faut-il déplorer que certains préfèrent la communion et la compassion plutôt que la rivalité et la concurrence individuelle (voire individualiste) ? Les compétiteurs puristes diront qu’une course officielle n’est pas le lieu où ces valeurs humanistes doivent s’exprimer et que la présence d’un dossard et d’un classement justifie que le sportif reste concentré sur sa propre performance sans laisser de place à ses sentiments.

A titre personnel, j’ai tendance à avoir un avis partagé sur la question et à segmenter les compétitions. Il y a les courses sans enjeu réel qui permettent de laisser s’exprimer l’émotion et la volonté de partage. Et puis il y a les courses à enjeu, telles que les championnats fédéraux ou les épreuves de sélection, qui ne sauraient laisser la moindre place aux sentiments car chaque seconde compte et peut changer le cours d’une carrière. Ce raisonnement ne concerne toutefois que les athlètes de l’élite qui luttent pour les places d’honneur. Au sein du peloton, est-il utile de nourrir une soif compétitrice au détriment de valeurs humaines essentielles ? Je ne le crois pas. Et j’espère que la plupart des coureurs préfère franchir la ligne main dans la main avec un compagnon de route plutôt que le griller sans pitié à quelques mètres de l’arrivée.

Et vous, qu’en pensez-vous ? 

 

 

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Sans la tête, pas de jambes !

Les adages populaires, ce n’est pas franchement ma tasse de thé. Mais j’avoue que l’expression : « La tête et les jambes » ne m’a jamais semblé aussi pertinente que dimanche dernier, sur le trail de Mirmande. Oooh, les coups de moins bien, j’ai déjà connu et éprouvé leurs effets délétères sur l’entraînement. Sitôt que le moral s’enfouit au fond des chaussettes, on se sent moins vaillant, moins volontaire. Plus enclin à se laisser aller, à renoncer à une séance difficile ou à marcher dans une côte raide. Si ces périodes de creux psychologique concernent uniquement les phases de préparation, l’impact est certes sensible, mais pas dramatique. En revanche, si la tête n’est pas au rendez-vous le jour d’une compétition, c’est la cata’ totale en perspective.

La preuve par l’exemple : récit d’une course manquée

Histoire d’illustrer mon propos, je vous propose le récit de la galère que j’ai vécue dimanche dernier. Elle réunit un ensemble de paramètres qui permettent de mieux comprendre les ressorts de la performance (sachant que le mot performance ne désigne pas forcément le haut niveau, mais le fait d’aller chercher ses propres limites, quel que soit le niveau que l’on ait).

Depuis 6 ans, je suis une habituée du trail de Mirmande qui permet de lancer la saison dans une ambiance conviviale. Je me suis donc inscrite avec pour ambition, dans un recoin de l’esprit, de prendre ma revanche sur l’édition 2015 qui m’avait vue terminer deuxième. Autant dire que j’étais déterminée ! Mais c’était sans compter quelques facteurs perturbateurs. Bon, le stress d’avant-course, j’y suis (presque) habituée : quelle que soit l’épreuve, je me mets dans des états lamentables dès la veille, redoutant la souffrance à venir et angoissant à l’idée d’échouer. Même si je suis consciente de l’énergie folle que je perds à appréhender ainsi, j’ai appris à gérer cet état émotionnel (assez idiot, il faut le dire). Mais j’avais aussi à digérer deux semaines marquées par un deuil difficile et par un rythme de travail assez délirant. C’est donc avec le moral déjà émoussé que je m’équipais en ce dimanche matin ensoleillé.

Ensuite, ce fut un enchaînement de circonstances aggravantes : après un échauffement réduit à son strict minimum donc insuffisant (à peine 15 minutes de footing, la faute à mes bavardages amicaux), le départ rapide a forcément eu du mal à passer. Enfin, surtout la première montée où mes jambes ont gentiment hurlé. Une fille m’a alors dépassée. Une deuxième. Puis une troisième. Une quatrième s’est ensuite portée à ma hauteur. Je commençais à sérieusement douter, surtout que mes gambettes n’étaient vraiment pas au rendez-vous. Sur une jolie portion de sentier en sous-bois, plat mais en dévers, blam ! Je m’étalai de tout mon long ! Résultat : un genou et une cheville en vrac, une épaule mâchée et le dos en compote.

Quelques kilomètres plus loin, dans le charmant village de Marsanne, malgré notre concentration (l’organisateur nous avait conseillés d’être prudents à cet endroit, toujours délicat car régulièrement débalisé), nous voilà perdus en plein centre ville. La session jardinage cessait lorsque l’un des coureurs, fin connaisseur des lieux, nous indiquait la direction du ravitaillement. Là, franchement, j’étais prête à abandonner. Je me disais : « À la prochaine occasion, je lâche l’affaire. »

Je passais alors par tous les états. Le physique était au plus mal et le mental avait depuis longtemps pris le même chemin. Entre quelques sursauts de courage, j’éprouvais successivement le découragement, l’écœurement, la mésestime de moi-même, la colère, l’énervement, la tristesse… Les idées les plus variées s’entremêlaient et parfois les larmes ne demandaient qu’un battement de paupière pour franchir le bord de mes yeux. Le pire, c’est que cela n’avait rien à voir avec la course à pied, cette dernière n’étant finalement que le catalyseur d’un vaste chantier intérieur.

24 km au GPS. Courage, plus qu’une ou deux bornes. Finalement, j’aurais tenu jusqu’au bout… Surgit alors un ravitaillement, au détour d’un joli village. « Il y a eu un bug, vous avez encore 5 km ! » J’ai beaucoup d’estime et de respect pour les bénévoles. Mais là, honnêtement, j’aurais bien étripé la dame qui venait de nous lancer l’information. Mes compères changèrent de couleur, surtout lorsque le chemin se mit à se redresser et qu’il fallut grimper encore, encore, encore…

Ligne d’arrivée. 30 km au compteur au lieu des 25 prévus. Tout le côté gauche de mon corps meurtri par la chute. Et, dans ma tête, un mélange de déception (non, je n’avais pas pris ma revanche) et de bonheur (j’avais rallié l’arrivée malgré tout).

 

Le rôle majeur du mental 

Les spécialistes s’accordent sur la définition de la force mentale : elle est la force psychologique qui aide à gérer les exigences de l’activité sportive et à rester constant, déterminé, concentré, confiant. Un sportif mentalement fort croit en sa capacité à atteindre son potentiel maximal malgré les obstacles ou la pression liée à la compétition. Pour appréhender sereinement une compétition, l’athlète doit être capable de se concentrer totalement sur son objectif sportif en reléguant au second plan et provisoirement sa vie privée ou professionnelle. La maîtrise émotionnelle constitue l’un des facteurs clés de la performance. Pendant l’effort, des techniques de préparation mentale (hypnose, imagerie mentale, etc.) permettent de dépasser la souffrance et les moments difficiles afin de laisser le plein potentiel physique s’exprimer.

Si des éléments perturbateurs extérieurs à l’activité sportive interviennent (émotions, préoccupations privées, stress négatif…), l’athlète n’est plus concentré à 100 % sur son objectif. Il s’ensuit une perte d’énergie, voire des symptômes physiques : hypoglycémie réactionnelle, sudation, accélération du rythme cardiaque, troubles digestifs… L’état mental a donc un réel impact sur l’état physique du sportif.

Conclusion : pour courir vite, il faut décidément la tête et les jambes. Mais j’ajouterais volontiers un troisième paramètre qui peut faire une sacrée différence : le cœur.

Et vous, avez-vous déjà constaté ce lien étroit entre mental et physique ? Comment gérez-vous les coups de mou psychologiques ?

 

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La course à la ruine

Savourez chaque foulée. Dégustez chaque mètre, chaque kilomètre. Appréciez l’organisation : le retrait des dossards (et bien souvent sa file indienne interminable), le cadeau participant mémorable (hop ! voilà le 67ème tee-shirt pseudo-technique de votre collection !), les ravitaillements gastronomiques (aaaah, les Tuc et les abricots secs soufrés, quel festin…) ou encore la ligne d’arrivée et son arche gonflée à l’air pulsé. Non, franchement, y’a pas à dire, participer à un trail, c’est quand même une expérience qui vaut son pesant de fruits secs. D’ailleurs c’est pour cela que nous sommes des milliers à épingler chaque week-end un morceau de papier sur nos maillots, complètement bousillés à force de planter dans leurs mailles fragiles ces pointes métalliques qui rappellent aux coureurs formés dans les clubs d’athlétisme les bons vieux souvenirs des cross boueux. Ne vous y trompez pas : derrière mon ton quelque peu ironique, se cache une grande passion pour le trail. Je suis la première à foncer sur une ligne de départ pour vivre ces émotions uniques que procure le sport de compétition.

Issue de l’athlétisme, j’ai connu les circuits de cross où la souffrance prédominait, le plaisir consistant essentiellement à partager des dimanches mémorables avec les copains. Forts de notre licence FFA, nous ne payions pas un centime pour fouler les kilomètres de boue. Pendant des années, je n’ai jamais déboursé un sou pour marcher sur les pistes en tartan ou les routes qui accueillaient les championnats et meetings officiels. Ce n’est qu’en débarquant dans l’univers du trail en 2011 que j’ai découvert la manne kilométrique. Avec l’augmentation des contraintes imposées aux organisateurs (notamment en matière de sécurité), la difficulté à nouer des partenariats et le succès croissant du trail auprès du public, les tarifs ont connu une inflation sensible. Il est désormais banal de payer plus d’un euro le kilomètre. Il fut une époque où l’on s’en offusquait un peu. Aujourd’hui, le t12235-no6ahnrailer sait qu’un dossard a un prix (élevé). Et que courir en pleine nature n’est pas (ou plus) une activité bon marché. Oh, bien sûr, il y a toujours les puristes et les anciens qui défendent une pratique dénuée de tout le déguisement du trailer. J’ai en tête quelques connaissances qui, il y a une trentaine d’années, crapahutaient en montagne en short et tee-shirt pendant de trèèèès longues heures, sans sac d’hydratation, sans montre GPS, sans manchons de compression, sans ravitaillement. Je sais aussi que certains trailers de haut niveau actuels défendent l’esprit de la course de montagne qui reste à l’écart des enjeux commerciaux.

Non, on ne réécrira pas l’histoire et on ne changera pas le monde en pleurant sur un passé, voire sur des valeurs, disparus. Toutefois je ne peux m’empêcher d’être légèrement révoltée par les modalités de l’UTWT 2017 récemment dévoilées. En effet, l’une des deux courses phares (i.e. celles qui permettront d’engranger le plus de points) n’est autre que le Marathon des Sables, épreuve onéreuse s’il en est. Certes un programme de soutien aux athlètes Elite est proposé par l’UTWT pour aider les concurrents à voyager et participer aux courses, mais quid des autres participants ? Le trail running s’écarte progressivement de la nature foncièrement démocratique de la course à pied, ce sport d’une simplicité extrême qui est souvent pratiqué dans le monde sans le moindre équipement. Pour vivre des événements hors normes, il ne faut plus seulement être en bonne santé physique, il faut surtout avoir le portefeuille bien rempli. La previewsélection commence par le compte bancaire. Oui, certaines épreuves exigent de lourds investissements liés à la logistique ou la sécurité. Oui, les structures professionnelles deviennent nécessaires dès lors qu’un événement franchit certains seuils de taille, ce qui implique des bénéfices pour rémunérer ceux qui travaillent dans ces organisations. Oui, partir courir à l’étranger est un privilège qui n’a jamais prétendu être accessible au plus grand nombre (d’ailleurs, combien de Français ne partent-ils jamais en vacances, faute de moyens ?). Mais non, il n’est pas très normal à mes yeux que certains profitent de l’engouement pour le trail en faisant fonctionner à plein régime le tiroir caisse, qu’ils s’agisse d’ailleurs d’organisateurs ou de marques de matériel. Au-delà du fait que leur état d’esprit s’oppose singulièrement aux valeurs du sport, je suis navrée de constater que c’est toujours le pratiquant qui en fait les frais. Ce n’est plus de la course à pied, c’est la course à la ruine !

P.S. : Evidemment, je n’oublie pas tous les acteurs du sport qui défendent une approche respectueuse des pratiquants. Je pense notamment aux organisateurs qui restent attachés à une politique tarifaire raisonnable et permettent ainsi à tout un chacun de participer. Grâce à eux, la course à pied reste fidèle à son essence même : un sport populaire où la mixité dans toutes ses déclinaisons règne en maître.