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L’étiopathie : dans les brumes de la mécanique du corps

Nicolas Sarkozy ne se cachait pas : il consultait un étiopathe. Médiatisée, la méthode est devenue tendance et s’est même invitée à l’arrivée des courses. Mais qui sont ces praticiens ? Que penser de cette méthode ?

Un couloir, quelques chaises, des coureurs assis qui attendent leur tour. Devant la porte, un tabouret avec des cartes de visites : Martin Duchmol[*], étiopathe. « C’est quoi, un étiopathe ? » La question fuse et la réponse est quasi-immédiate : « C’est comme un ostéopathe. » Ah bon ?

Les mécaniciens du corps…

« L’étiopathie est une méthode rigoureuse et objective qui permet, à partir des symptômes présentés par le patient (douleurs, tensions musculaires, sensation de blocage), de remonter jusqu’à la cause pour traiter cette dernière par le biais de techniques manuelles articulaires, viscérales ou circulatoires », affirment les documents de communication de Jean-Paul Moureau, l’un des étiopathes les plus en vue. Cette médecine manuelle non conventionnelle traite tous les problèmes traumatiques et les douleurs : entorses, névralgies lombaires, dorsales ou cervicales… Elle se dit également efficace contre les troubles digestifs et respiratoires, les migraines, l’insomnie ou encore l’anxiété. Enfin, elle prétend traiter avec succès l’aménorrhée, notamment chez les sportives. Proche des méthodes des rebouteux, l’étiopathie n’a pas recours à des médicaments et n’a donc aucune implication en matière de dopage. Le praticien n’utilise que ses mains, sans aucun recours à un appareil. « Les étiopathes se présentent souvent comme des ostéopathes exclusifs pratiquant les manipulations articulaires que l’on retrouve dans le courant structurel de l’ostéopathie », explique Nicolas Pinsault, enseignant-chercher au CHU de Grenoble. « On distingue en effet trois courants d’ostéopathie : crânienne, viscérale et énergétique, et enfin structurelle. Cette dernière correspond à une vision mécaniste dont se réclament les étiopathes. »

… ou une vue de l’esprit ?

Si les étiopathes défendent forcément leur chapelle, d’autres posent un regard nettement plus critique sur cette méthode. Avant tout, il faut savoir que l’étiopathie n’est ni réglementée ni remboursée en France, ce qui signifie que l’étiopathe n’est pas professionnel de santé et donc soumis à aucun code de déontologie. De plus, sa formation n’est pas encadrée par l’Etat. « De ce fait, les gages de sécurité pour les patients sont beaucoup plus faibles et, en cas de problème, les recours sont compliqués », conclut Nicolas Pinsault. « Même s’il existe sans doute une majorité de bons étiopathes, vous n’êtes pas certain de recevoir des soins de qualité puisque la formation n’est pas contrôlée. » Majoritairement issus d’écoles implantées en Suisse, patrie d’origine de son prétendu fondateur Christian Trédaniel (cf. encadré), les étiopathes français peuvent également avoir suivi une option dans certaines écoles d’ostéopathie ou un cursus dans l’une des quatre écoles spécifiques (Paris, Rennes, Toulouse et Lyon). « Malgré les réserves nécessaires que je nourris à l’égard de cette méthode, je ne nie pas qu’un patient puisse éprouver un mieux-être après une séance », convient Nicolas Pinsault. « Néanmoins l’effet placebo peut avoir un effet très puissant. » Bref, comme souvent, ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain… mais restons attentifs à la température de l’eau !

 

Zoom sur les origines contestables de l’étiopathie

L’histoire officielle de l’étiopathie raconte que Christian Trédaniel (1934-2011) aurait soigné un accident sportif grâce à la médecine manuelle alors que la médecine classique avait échoué. Après quelques années d’exploration en France et aux Etats-Unis, il créa officiellement l’étiopathie en 1963 et publia un ouvrage en 1979. Sauf que le terme avait déjà été inventé en 1899 par George Dutton, auteur de Etiopathy or way of life : being an exposition of ontology, physiology and therapeutics : a religious science and a scientific religion. Autant dire que Christian Trédaniel, qui n’a jamais cité Dutton, a réalisé une véritable usurpation de la théorie originelle. Laquelle était d’ailleurs, comme le titre du manuel fondateur l’indique, davantage fondée sur la religion que sur la science. « La théorie exposée par Trédaniel est une nébuleuse qui ne tient pas debout scientifiquement », confirme Nicolas Pinsault. Bref, la paternité de l’étiopathie est à la fois contestable et contestée.

 

[*] Le nom du praticien a été modifié, évidemment !

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Running et obésité : la guerre des kilos (deuxième partie)

La semaine dernière, je vous proposais de découvrir un dossier récemment publié dans Trails Endurance Mag. En toute logique, voici la deuxième partie de ce sujet consacré à l’obésité. 

D’un excès à l’autre ?

De la boulimie alimentaire à la boulimie de sport, il n’y a qu’un pas. Qui est apparemment vite franchi, pour peu que la volonté de perdre du poids devienne l’objet d’un défi personnel. En effet, l’obésité se caractérise fréquemment par une relation complexe à la nourriture et des compulsions qui conduisent à l’ingestion de quantités excessives d’aliments. Or, plus on grossit, moins on est capable de pratiquer une activité physique et moins on bouge, plus on grossit. « Pour maigrir, il faut associer une restriction énergétique et une activité physique », confirme le Docteur Michel Guinot, médecin du sport au CHU de Grenoble. « Le principe est simple : pour perdre du poids, il faut qu’un déficit énergétique conduise l’organisme à puiser les ressources nécessaires à son fonctionnement ailleurs que dans l’alimentation. » Mais, en cas de déséquilibre nutritionnel, une fatigue délétère s’installe, le corps allant chercher l’énergie dans les os, le système immunitaire, les muscles… « Il est donc important de se faire accompagner par un médecin ou un diététicien pour supporter dans la durée ce déficit énergétique et ne pas subir de plein fouet la fatigue », recommande le Docteur Michel Guinot. « La fatigue sera d’autant plus marquée que la personne obèse se remettra à pratiquer une activité physique alors qu’elle ne bougeait pas du tout auparavant. » C’est d’ailleurs vers un nutritionniste que Marie Rousset s’est tournée pour être guidée sur le chemin de l’amaigrissement et éviter de tomber dans l’excès en supprimant tout de son assiette. Maintenir un apport suffisant de protéines, garder une part de féculents lorsque l’activité physique devient plus intense et privilégier les bons lipides s’est ainsi révélé nécessaire.

Marie Rousset, avant de se mettre au sport…

Une transformation spectaculaire !

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais la perte de poids peut rapidement évoluer vers une obsession : s’entraîner toujours davantage et contrôler toujours plus l’alimentation pour ne pas (re)grossir. Eric Marteau admet qu’il est « passé d’une dépendance à l’autre » et qu’une « compensation s’est faite entre la nourriture et le sport ». Stéphane Chassignol abonde en ce sens, lui qui éprouve encore aujourd’hui des difficultés à maintenir son poids et à observer une hygiène de vie irréprochable : « La relation à l’alimentation est anormale lorsqu’on est obèse. Par période, ça va bien, mais il y a des rechutes qu’on sent venir. La course à pied, le vélo et le ski me permettent de maintenir un poids normal. Je ne peux plus imaginer ma vie sans sport et sans montagne. J’ai remplacé une drogue par une autre, finalement. » Pour Marie Rousset aussi, l’activité physique est devenue une composante centrale de sa vie quotidienne qu’elle pimente de défis réguliers. « Après avoir été addict à la nourriture, je suis devenue addict aux challenges. Alors je cours régulièrement des marathons », raconte-t-elle. « De toute façon, sans sport, je reprends du poids. Mais parfois je fais du sport plus par contrainte que par plaisir… »

 

Perte de poids… et d’identité ?

Pour tous ces anciens obèses devenus sportifs inconditionnels, l’amaigrissement s’est accompagné d’un changement de vie radical. A l’oisiveté physique s’est substituée une activité débordante. Alors, forcément, le choc a parfois été difficile et la rupture brutale. « Beaucoup de personnes que je côtoyais ne me reconnaissent pas et sont souvent gênés. En fait, ma transformation est plus difficile à vivre pour les autres que pour moi », raconte Ludovic Dromard. De son côté, Eric Marteau, l’ancien cuisinier fêtard, a largué ses amarres bretonnes pour poser ses valises en Haute Savoie où il a changé de métier et de milieu. « Il m’était indispensable de ne plus avoir tout le temps de la nourriture devant moi », confirme Eric. « Certains de mes amis bretons ont compris, d’autres non. Ici, à Thônes, quand je dis que je pesais 120 kg, on ne me croit pas… »

Chaque course est une victoire !

Parce que perdre beaucoup de poids introduit une véritable révolution au quotidien, qu’il s’agisse du mode de vie ou même de la manière de penser, une césure est fréquente : il y a toujours un avant et un après amaigrissement, pas toujours aisé à gérer psychologiquement. « Ma perte de poids a induit de gros changements : j’ai divorcé, je me suis acheté un chalet à la montagne pour y passer tout mon temps disponible et faire du sport, j’ai changé de métier, je suis aussi plus calme qu’auparavant », affirme Stéphane Chassignol. Pour faire face de manière pérenne et saine à de telles métamorphoses, une approche multidisciplinaire se révèle d’un grand secours. Centrée autour du médecin traitant, la démarche d’amaigrissement mérite de faire appel à des spécialistes : diététicien, kinésithérapeute, psychologue… « Pour un obèse, perdre du poids constitue un véritable challenge », estime le Docteur Michel Guinot. « Je ne suis pas d’accord avec ceux qui disent que tout le monde peut y arriver. C’est comme les coureurs qui affirment que tout le monde peut faire 2h30 au marathon. Non, ce n’est pas à la portée de tout le monde. » La réussite de Ludovic, Stéphane, Thomas, Eric et Marie force d’autant plus l’admiration qu’elle incarne la puissance d’une qualité utile non seulement pour maigrir, mais aussi pour courir : la capacité à se donner à fond pour atteindre un objectif.

 


Les grades de l’obésité

L’IMC est l’indice de masse corporelle qui se calcule à l’aide de la formule suivante : IMC = poids (en kg) / taille (en mètres)2

  • Obésité : IMC > 30
  • Grade 1 (obésité modérée ou commune) : IMC 30 – 34,9
  • Grade 2 (obésité sévère) : IMC 35 – 39,9
  • Grade 3 (obésité massive ou morbide) : IMC > 40

 

 


Le running, la bonne idée pour maigrir ?

Si la course à pied semble être la discipline la plus accessible, elle n’est pourtant pas franchement la plus indiquée lorsqu’on souffre d’obésité. Pourquoi ? Parce que courir implique des chocs répétés au sol qui malmènent les articulations. Pour commencer, mieux vaut se tourner vers des sports portés (natation, vélo…) ou glissés (ski de fond, roller…). « En fait, tout dépend de la condition physique préalable », précise le Docteur Michel Guinot. « Il faut profiter du projet d’amaigrissement pour dresser un bilan de santé complet. Celui-ci permet d’évaluer la condition physique, de vérifier l’état de l’appareil musculo-squelettique ou encore d’appréhender les facteurs de risques cardio-vasculaires. »


 

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L’hiver, saison de la PPG. Épisode 3 : le demi-squat

Noël et ses festins sont désormais derrière nous. Bon, d’accord, il reste encore le Jour de l’An à avaler, puis le champ sera libre pour les bonnes résolutions. Ceci dit, puisque vous êtes fan inconditionnel de ce blog exceptionnel (ha ha ha !), vous avez sans doute déjà commencé à intégrer à votre entraînement les exercices de PPG précédemment décrits. Cette semaine, je vous propose d’ajouter un nouveau mouvement à votre panoplie. C’est un grand classique, mais un fondamental ! 

Il est tout simplement le groupe musculaire le plus puissant du corps humain : le quadriceps, maillon essentiel du mouvement de la course à pied, doit assumer des contraintes importantes tout au long de la foulée. Composé des quatre muscles synergistes (c’est-à-dire intervenant conjointement dans un même mouvement) que sont le vaste médial, le vaste latéral, le vaste intermédiaire et le droit fémoral, le quadriceps tire sa force de l’action simultanée de ses quatre composantes. Si ces dernières n’ont pas le même point d’insertion au niveau de la hanche, elles se rejoignent tous au niveau supérieur du tibia grâce au tendon patellaire, ou rotulien.

De fortes contraintes excentriques et concentriques

Le quadriceps freine l’écrasement lorsque le pied se pose à terre et permet d’absorber le choc lors du contact avec le sol (mouvement excentrique). Lors de la phase de poussée, le quadriceps doit ensuite se contracter fortement pour tendre la jambe et propulser le corps vers l’avant (mouvement concentrique). « Il est soumis à ces contraintes autant de fois que le coureur produit de foulées, ce qui implique que, bien au-delà des contraintes énergétiques, il doit être entraîné à supporter des contraintes mécaniques spécifiques à chaque discipline », précise Hakim Merzougui (moniteur de sport militaire au 27e Bataillon de Chasseurs Alpins / préparateur physique INSEP / champion d’Europe militaire de cross court en 2011). « Les exercices de renforcement du quadriceps diffèrent selon que l’on est pistard, routard, trailer, crossman ou sprinter. »

 

Le ½ squat pour un quadriceps encore plus fort

Pour renforcer le quadriceps du coureur de fond et ainsi améliorer sa capacité à soutenir l’effort, pratiquer régulièrement le demi-squat se révèle particulièrement efficace. Debout, pieds légèrement plus écartés que la largeur du bassin et pointes à peine tournées vers l’extérieur, regardez droit devant vous, voire légèrement en hauteur. Votre dos doit être parfaitement droit. Descendez lentement en pliant les genoux jusqu’à ce que l’angle cuisse-jambe soit égal à 90-100° tout en maintenant votre buste bien droit. Marquez un temps d’arrêt puis remontez en position debout le plus vite possible. « L’exercice est réussi si le dos reste droit et si les jambes réalisent le même mouvement de façon symétrique », indique Hakim Merzougui. « On peut corser l’exercice en l’effectuant avec une charge légère sur les épaules, en le faisant dans des escaliers, dans le sens de la montée pour pousser haut ou dans le sens de la descente pour freiner fort. » 

Précisions posturales
  • Les pieds doivent être à peine plus écartés que la largeur du bassin et très légèrement ouverts.
  • Le regard doit être posé droit devant soi, voire un peu en hauteur, afin de favoriser une posture droite et un alignement parfait du dos et de la tête.
  • L’angle cuisse-jambe doit être de 90 à 100°. On marque alors un temps d’arrêt, puis on remonte en position debout le plus rapidement possible.
  • Le dos doit rester droit tout au long de l’exercice. Il ne doit ni être voûté, ni s’incliner vers l’avant. Un bon gainage est donc nécessaire.
Pour les trailers

Evoluer en montagne implique des déséquilibres importants liés aux irrégularités du terrain. Les trailers ont donc intérêt à introduire de la proprioception dans les exercices de renforcement en les réalisant sur des sols irréguliers, en utilisant des coussins de proprioception ou des fitballs. Ils peuvent aussi effectuer le ½ squat sur une jambe : « des cloche-pieds enchaînés ou amortis avec une immobilisation en position basse sont des exercices très prisés des montagnards », indique Hakim Merzougui.

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Marie Dohin : courir… ou courir !

Marie, j’ai commencé par l’entendre avant de la voir. C’était l’an dernier, sur les sentiers du Marathon du Larzac (Festival des Templiers). Le départ avait été donné de nuit et, fidèle à mes habitudes, j’étais partie quasiment à bloc. Mais j’entendais une fille derrière moi et je voyais le faisceau de sa lampe trouer l’obscurité. Arrivées ensemble au premier ravitaillement, je lui proposais de se délester de sa lampe en la confiant à mon suiveur. A partir de là, nous avions commencé à papoter tout en courant en tête.

C’est alors que je levais les yeux et clamais : « Regarde, c’est trop beau, y’a plein de vautours ! » Et blam ! Mon pied heurta une foutue pierre et je me retrouvai au sol, le genou éclaté, le nez en sang et la main fendue ! Marie s’arrêtait, me donnait de l’eau, me réconfortait. Puis nous étions reparties ensemble. Une amitié venait d’être scellée. Depuis cet épisode sanglant, nous ne nous sommes plus quittées. Nous appartenons aujourd’hui au même team (l’unique team 100 % féminin créé par la marque scandinave KariTraa), nous nous retrouvons régulièrement et les messages vont bon train sur le net.

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A l’école de l’athlétisme 

Avec moins d’un mètre soixante sous la toise et moins de 50 kg sur la balance, Marie Dohin ne fait pas franchement partie des gros gabarits. Pourtant, sous ses airs de minette en goguette, se cache une battante. Une compétitrice qui ne lâche jamais rien. Avec ses gambettes qui tournent vite, Marie a écumé bon nombre de pistes d’athlétisme, de parcours de cross, de routes et de sentiers. « Enfant, j’ai commencé par faire de la danse, mais j’étais très raide et je n’aimais pas trop ce sport. C’est à partir du collège, à Strasbourg, et de son cross annuel que j’ai commencé à fréquenter l’école d’athlétisme », confie-t-elle. Au club d’athlé du coin, elle touche à tout : sauts, lancers, haies, sprint, 1000 m… Très vite, elle fait preuve de qualités intéressantes pour le demi-fond et le fond. « Mon papa étant marathonien, alors je me suis naturellement tournée vers le long. Je faisais souvent des sorties avec lui le dimanche. »

 

Un p’tit break… et elle revient !

Mais voilà, à 20 ans, Marie s’envole pour Miami dans le cadre de ses études. Là-bas, elle lâche un peu l’athlé. Elle court seulement pour elle, pour le plaisir. Lorsqu’elle rentre en France, c’est à Paris qu’elle atterrit. Quelques courses sur route émaillent ses saisons, mais rien de bien intensif. « Pendant deux ans, j’ai eu une phase de flottement dans ma pratique. Je n’avais pas envie de dossards. Jusqu’à ce que je me décide à préparer Paris-Versailles », se rappelle Marie. Une rencontre fortuite à l’arrivée va vite la remettre dans les rails : nouveau club, nouveaux défis. Pas sur la piste, mais uniquement sur la route. « L’année de mes 25 ans, j’ai voulu courir le Marathon de Paris avec mon papa. J’avais toujours assisté mon papa sur ses marathons : ravitaillement, photos, encouragements… et cette attente angoissée sur la ligne d’arrivée, le regard rivé sur le chrono, en espérant qu’il réussirait à atteindre son objectif ! J’adorais ces moments de frisson et d’émotion. J’ai eu envie de les vivre en tant que coureuse. »

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Courir à deux, c’est mieux

Ce premier marathon, bouclé en 3h38 aux côtés de son papa, conforte Marie dans sa passion et son choix : courir, oui, mais des longues distances. C’est d’ailleurs en trottant qu’elle croise le chemin d’Alexis, hockeyeur, qui aime bien gambader en nature. On se doute que ces deux accros au sport partageront bientôt plus que des footings. Alexis montre à Marie des parcours sympas sur sentiers, puis l’incite à prendre le départ de son premier trail, sur les plages du débarquement en Normandie. Débuter le trail en Normandie, quel paradoxe ! « Puis nous avons couru le marathon de la MaxiRace en 2014. C’était mon premier vrai trail. J’ai adoré l’effort et les paysages ! » s’exclame celle qui, un peu plus tôt, ne jurait que par le bitume. Un déménagement plus tard, le couple vit au paradis : à Méribel, il suffit d’ouvrir sa porte le matin pour avoir à portée de main un inépuisable terrain de jeu. « J’adore l’impression de liberté que l’on éprouve en trail. On se détache du chrono et des kilomètres. Et puis on voit des paysages tellement beaux ! »

Marie est une boule d’énergie. Elle se lance donc avec un enthousiasme débordant et une furieuse envie de bien faire dans sa nouvelle passion sportive. Elle court, elle court, elle court… et elle court vite ! A l’automne 2015, elle décroche la 9e place aux championnats de France de trail long. Après un hiver à moitié passé sur les skis de rando et à moitié dans les baskets équipées de chaînes à neige (oui, à Méribel, en hiver, il y a beaucoup de poudreuse !), Marie s’aligne au départ de la plus longue course de sa vie : la MaxiRace d’Annecy. Elle gère parfaitement et s’adjuge une belle 8e place dans un contexte sportif de niveau international.

« Je n’ai pas encore d’enfants, mais je dois concilier entraînement, travail et vie personnelle. En un sens, j’ai de la chance car je n’ai pas encore la contrainte des enfants. J’admire les femmes qui courent et qui sont aussi mères de famille. Ca doit être compliqué de tout gérer ! » Marie a aussi de la chance de partager la vie d’un sportif : Alexis est hockeyeur, mais il ne boude pas son plaisir lorsqu’il s’agit de partir skier ou courir en montagne. Il est aussi le premier fan de Marie. Et c’est tant mieux car Marie court comme elle respire… autrement dit, presque tout le temps et tout naturellement !

 

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Marie en bref

31 ans
1,64 m
49 kg
Habite à Méribel
Profession : responsable communication
Palmarès (non exhaustif) : 8e à la MaxiRace d’Annecy 2016, vainqueur du Trail Ardéchois 36 km 2016, 2e Trail de la Drôme 2016, victoire au Marathon du Larzac 2015, 9e aux championnats de France de trail long 2015.

 

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Souvenirs, souvenirs…

Une fois n’est pas coutume : je vous propose aujourd’hui quelques images qui me rappellent des instants de partage, d’humanité, de bonheur à l’état pur. Autant d’émotions positives qui rappellent combien la vie est précieuse et mérite d’être savourée à chaque seconde.

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Indian Ocean Triathlon : le sport au paradis

Le lagon étire ses eaux turquoise. Les vagues se brisent en rouleaux écumants sur la barrière de corail. Le vent joue dans les branches des palmiers. Et le soleil tape fort sur la plage. Si fort qu’il devient difficile de courir. Sans parler du sable qui file sous les pieds et s’amuse à malmener les chevilles ! Bon, il faut avouer que tous ceux qui se prélassent au soleil ou font trempette dans l’océan doivent vraiment me prendre pour une dingue : quelle idée de courir sur la plage à 15 heures, l’un des moments les plus torrides de la journée ? Hé bien c’est simple : j’ai beau donner l’impression d’être partie en vacances (l’île Maurice, c’est forcément une destination de farniente, non ?), je ne le suis pas ! L’an dernier, gentiment invitée par l’organisateur de l’Indian Ocean Triathlon en tant que journaliste et blogueuse, j’avais savouré ma chance de découvrir l’île Maurice et de m’adonner pour la première fois de ma vie au triathlon. Souvenirs indélébiles de ce voyage au soleil et de ce triple effort génial dans un cadre paradisiaque (bon, d’accord, j’admets que j’ai détesté la partie natation bien qu’elle ait eu lieu dans le lagon aux eaux limpides et tièdes).

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Un an après mon premier Indian Ocean Triathlon et seulement six mois après le Royal Raid, me voici donc de nouveau à Maurice. Cette fois-ci, pas de vélo sur la terrasse de ma chambre d’hôtel, pas de trifonction dans ma valise, mais mon ordinateur pour écrire et mon matériel vidéo pour filmer les triathlètes. Et, évidemment, ma tenue de course à pied !

Bref, toutes ces explications justifient mon footing débile en pleine chaleur sur la plage. N’étant pas en vacances et devant travailler un minimum, l’entraînement doit être casé dans les petits trous de l’emploi du temps. Et s’il est 15 heures et qu’il fait 35°C au soleil, tant pis !

La magie de l’IOT est là : dans ces paysages idylliques, dans cette douceur de vivre, dans ce rythme totalement décalé de notre stress européen, dans ce dépaysement total, entre lagon, collines couvertes de canne à sucre, hôtels luxueux et villages où les enfants jouent pieds nus et les pêcheurs vendent quelques poissons attrapés le jour même. L’IOT, c’est le triathlon version voyage, version partage. On y rencontre des sportifs de tous horizons, du triathlète anonyme au champion (Toumy Degham et Marcel Zamora sont présents cette année). On court tous ensemble, on pédale sur les routes mauriciennes, on se côtoie chaque jour à l’hôtel. L’IOT, c’est une tranche de vie, loin de tout, un peu hors du monde.

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Raymond Fontaine : entretien avec une sommité de la course en montagne

Les coureurs en montagne connaissent bien sa petite silhouette élancée. Ils l’ont bien souvent côtoyée sur les lignes de départ, avant de la voir filer à toute allure sur les pentes les plus raides. Raymond Fontaine, qui est bé et vit à La Réunion avec sa famille, possède un palmarès long comme le bras en course de montagne et trail running. Entretien avec un athlète humble et disponible. 

Raymond, tu appartiens au team Salomon Réunion depuis le début de la saison après avoir longtemps couru sous les couleurs d’Asics. Pourquoi avoir changé d’écurie ?

« Je suis effectivement tout nouveau dans le team qui ne réunit pas forcément les meilleurs athlètes de l’île, mais des athlètes qui ont un bon état d’esprit et qui représentent toutes les distances. Nous sommes une bonne dizaine. Laurent Allard, team manager, a gardé les anciens qui ont véhiculé l’image de la marque depuis le début. L’équipe se renouvelle régulièrement. Nous ne sommes pas soumis à des obligations de résultats, contrairement à d’autres teams. Nous nous regroupons souvent, notamment en début d’année pour lancer la saison et présenter l’équipe. Nous nous retrouvons aussi sur des compétitions, par exemple des courses de rang national. A La Réunion, c’est plus facile de nous regrouper car nous sommes proches géographiquement. En ce qui me concerne, c’est la première fois que je suis dans un team à La Réunion. Auparavant, j’étais toujours dans des teams en métropole. J’avais anticipé mon départ du team Asics car je voulais m’investir davantage au niveau régional et je voulais limiter le rythme des compétitions nationales car je me déplaçais cinq à six fois par an. Ça devenait compliqué avec la famille et le travail. C’est pour ça que j’ai choisi de représenter un team départemental. A mes yeux, le plus crédible était le team Salomon. Je n’ai pas eu beaucoup de difficultés à avoir ma place dans l’équipe. Je voulais être plus proche des gens et de mon équipe, même si nous étions bien gâtés dans le team Asics et qu’il n’y avait pas de problème. Je cherchais la dimension collective, avoir une équipe plus proche, avoir des collègues d’entraînement que je connaissais. Je voulais partager mon expérience avec les membres du team, les accompagner aussi si besoin pour leur permettre d’évoluer et d’essayer de faire des résultats au niveau national. »

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Tu as été éloigné des sentiers pendant un an et demi en raison d’une blessure à la hanche. Ce pépin physique t’a-t-il conduit à envisager ta retraite sportive ?

« Non, je ne suis pas du tout en retraite ! J’ai réduit la fréquence des compétitions mais je ne suis pas en retraite du tout ! Je m’entraîne aussi dur qu’auparavant, il n’y a pas de doute ! Je cible toutefois mes compétitions par rapport aux stages de trail que j’organise et par rapport au coaching que j’assure pour plusieurs personnes sur l’île. Avec en plus le boulot et la famille, ça fait pas mal de secteurs à gérer ! Mais je veux rester dans le bain en participant à des compétitions internationales afin de me confronter à un bon niveau. Je suis encore jeune, j’ai 35 ans cette année, donc ce n’est pas encore le moment d’envisager la fin de ma carrière. C’est vrai que je me suis posé beaucoup de questions quand j’étais blessé. Cela fait plus de quinze ans que je suis athlète de haut niveau et plus de vingt ans que je pratique la course à pied. Je me suis donc interrogé, mais la passion l’a emporté. En termes de courses, il faut faire un choix, je ne peux pas tout faire. Il y a du pain sur la planche, donc je dois cibler. Je me sens de mieux en mieux physiquement, j’ai moins de douleurs, le goût de la compétition revient petit à petit. »

Tu évoquais les stages de trail que tu organises à La Réunion. Peux-tu nous en dire davantage ?

« J’organise depuis deux ans et demi des stages de trail à La Réunion, en fait depuis que je me suis blessé parce que j’avais plus de temps et que cela me permettait de compenser le manque d’activité. Je voulais partager mon expérience, notamment avec des athlètes à bon potentiel à La Réunion mais qui, à mon goût, s’entraînaient un peu trop. Je voulais les aider à mieux cadrer leur entraînement pour obtenir des résultats à la hauteur de leur potentiel et s’exporter au niveau national. J’organise un stage par mois, ouvert également aux métropolitains. L’objectif final est souvent le Grand Raid. Je fais aussi des coachings personnalisés en parallèle, notamment avec les tout meilleurs athlètes de La Réunion. Cela demande beaucoup de travail. L’objectif n’est pas seulement d’avoir des résultats en tant qu’athlète moi-même, mais aussi en tant qu’entraîneur. »

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Hormis cette activité de coach, quelles sont tes fonctions professionnelles ?

« J’ai les diplômes d’éducateur sportif, mais je suis récemment devenu gérant d’un établissement recevant du public, qu’il s’agisse d’associations sportives, d’écoles, de collèges… Je gère le personnel de cet établissement. Je continue à entraîner les coureurs de mon club en parallèle et, comme je le disais précédemment, j’ai mon activité de coaching. Ma carrière sportive s’emboîte bien avec le reste et je me connais bien sur le plan sportif. Je sais quand il faut que je m’investisse sur le plan professionnel pour atteindre mes objectifs et quand je dois le faire sur le plan sportif. »

Quels conseils clés donnerais-tu à nos lecteurs ?

« En ce qui concerne l’entraînement, je leur dirais de bien planifier leur saison et de faire une programmation adéquate pour atteindre l’objectif qu’ils ont défini. En course, je leur conseillerais de rester dans leur bulle et de courir par rapport à leurs capacités, tout en restant attentif à ce qui se passe autour d’eux. L’alimentation en compétition est elle aussi un élément fondamental dont il faut prendre grand soin. Il faut bien s’alimenter et s’hydrater dès les premières minutes de l’entraînement et de la compétition afin d’être en mesure de profiter du parcours. Enfin, je ne peux que recommander à tous d’emporter tout le matériel obligatoire, surtout si on évolue en haute montagne où le climat change brusquement. La sécurité avant tout ! »