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Jean-Marc Joguet : « je n’étais pas comme les autres »

Vainqueur de la première édition de la Pierra Menta en 1986, Jean-Marc Joguet est une personnalité hors normes. Pionnier en ski alpinisme et en trail, il n’a jamais cessé d’assouvir sa passion des sports d’endurance malgré un métier éprouvant : éleveur bovin dans le Beaufortain.

Une vie à la dure, de celle que racontent les films et les livres. Tellement décalée de notre société actuelle qu’on la croirait irréelle. Pourtant Jean-Marc Joguet la raconte avec acuité, comme s’il venait de quitter cette rude enfance montagnarde. Le petit garçon du Beaufortain a dû trouver sa place au sein d’une fratrie de 13 enfants et assumer sa part de travail à la ferme parentale. « A 10 ans, on m’envoyait déjà dans les alpages avec les bêtes. On me réveillait à 3 heures du matin pour la première traite. Je m’endormais contre le flanc des vaches… » se souvient Jean-Marc. De cette existence fruste mais profondément ancrée dans la nature, le jeune garçon en tire une volonté à toute épreuve et une endurance exceptionnelle. Fan de vélo, il s’entraîne sans relâche et participe aux compétitions proches de chez lui. « Il partait à vélo de Beaufort, rejoignait la ligne de départ, faisait sa course, puis revenait chez lui à vélo », raconte sa femme Marie-Pierre en riant. Talentueux, Jean-Marc l’était incontestablement. Mais pour progresser sur deux roues, il fallait de l’argent. Pour acheter un nouveau vélo, pour payer les déplacements. « Mes parents n’avaient pas les moyens, alors j’ai arrêté et je me suis mis à courir », regrette Jean-Marc.

Aussitôt ses tâches agricoles terminées, Jean-Marc part donc crapahuter dans la montagne. Au grand dam de ses homologues, outrés qu’il ait du temps à perdre ! « C’était très mal vu de faire du sport quand on était agriculteur. Les gens disaient qu’il n’avait rien à faire pour se permettre de courir comme ça ! » explique Marie-Pierre. « Mais il a joué un vrai rôle dans l’évolution des mentalités. » Le jeune éleveur, à force de s’entraîner sur les pentes du massif, à pied en été et à ski en hiver, commence à faire des émules. Surtout lorsqu’il remporte la première édition de la Pierra Menta en 1986. « J’ai allumé la mèche. J’étais un peu la flèche à suivre pour les jeunes d’ici », évoque Jean-Marc. « Mais, en fait, j’ai raté ma carrière et je le regrette chaque fois que j’y pense aujourd’hui. »

Quelques semaines après avoir empoché la victoire sur la Pierra Menta, Jean-Marc part au service militaire. Et là, le phénomène beaufortain attire tous les regards. « Quand ils m’ont vu, ils se sont dit que je n’étais pas comme les autres. A 20 ans, avoir une telle volonté de tout casser, ce n’était pas banal ! » Les capacités physiques et mentales de Jean-Marc le conduisent sans tarder en équipe de France militaire de biathlon où il confirme son potentiel. « Une semaine avant la fin de mon service, ils sont venus me proposer de m’engager pour devenir biathlète pro. Mais il fallait que je demande à mes parents… » Pour des agriculteurs, imprégnés du labeur et de la terre, le sport n’offre aucun avenir. Alors Jean-Marc essuie un refus et il revient travailler à la maison. Ses espoirs de carrière s’envolent.

Si la déception est immense, Jean-Marc la surmonte, fidèle à sa force de caractère. Aux côtés de Marie-Pierre, il voue son existence à ses vaches laitières et, dès qu’un instant de liberté se profile, il enfile les baskets ou les skis de randonnée. Le trail n’existe pas encore, mais il sillonne les sentiers, avec ou sans dossard. « Je m’étais engagé avec les pompiers pour participer aux cross. Une année, les pompiers de Paris sont même venus me demander de participer au Grand Défi qui était une course de ski alpinisme par équipe, sur une semaine. C’était super, c’était un truc de dingue ! » se souvient Jean-Marc, le regard pétillant. Puis le trail est apparu et Jean-Marc s’est aligné sous les arches de départ. Dans le secteur, il était connu comme le loup blanc : lorsqu’on le voyait, on savait que la course allait être menée tambour battant et qu’on n’aurait pas vraiment le temps d’admirer le paysage…

Saison après saison, été comme hiver, Jean-Marc s’entraîne. Avec un plaisir toujours renouvelé et une soif inextinguible de panoramas et de grands espaces. « Ce que j’adore en montagne, c’est qu’on voit toujours quelque chose de différent. Et puis même quand je m’entraîne moins, avec mon métier, je suis toujours en train de courir. » Elever une quarantaine de vaches n’a effectivement rien d’une sinécure. Lever aux aurores, première traite, soins aux animaux, entretien de l’exploitation, deuxième traite, livraison du lait à la coopérative de Beaufort… Être éleveur laitier est une vocation, mais aussi une abnégation. Les jours fériés, les dimanches, les vacances ? « On ne connaît pas. On travaille tous les jours. Je m’arrange simplement avec Caro quand je veux faire une course. » Caroline, la fille cadette de Jean-Marc, est elle aussi agricultrice, à deux pas de la maison de ses parents. Elle élève un troupeau de 90 chèvres laitières et s’adonne elle aussi, en digne héritière, au ski alpinisme et au trail. Fervents passionnés, père et fille s’épaulent donc pour pouvoir prendre parfois un ou deux jours de liberté – et épingler un dossard. « Je préfère que ce soit elle qui court : elle est jeune, elle progresse bien et elle a l’avenir devant elle. Ca me fait plaisir de la voir courir ! Moi, vu mon âge… »

 

A 52 ans, Jean-Marc Joguet n’a pourtant pas grand-chose à envier aux jeunes, si ce n’est un démarrage plus fastidieux qu’autrefois. « Maintenant il me faut une heure avant d’être dans le coup. C’est incroyable, quand même ! » Jamais blessé une seule fois au cours de sa vie sportive, cette force de la nature n’a connu en tout et pour tout qu’une coupure. « Je m’entraînais tellement en mode compétition que j’ai fait un burn out. J’étais vidé. J’ai mis un an à m’en remettre. » Aujourd’hui, ce féru de sport cavale encore aux côtés de son neveu, le champion de ski alpinisme William Bon-Mardion. Et il prévoit d’organiser une petite sortie en montagne avec son nouveau voisin, François d’Haene, et le vice-champion du monde 2016, Nicolas Martin, qui habite à quelques kilomètres d’Arêches. En juillet dernier, il s’est aligné au départ de la Pierra Menta d’été aux côtés de Yoann Sert pour une aventure pimentée. « La première étape a tapé avec 3000 m de dénivelé positif sur 25 km. Il fallait gérer la situation ! C’est une course de kamikaze ! » Après avoir couru 15 fois la Pierra Menta d’hiver, Jean-Marc a goûté à la version estivale de la légendaire épreuve qui a fait de lui si ce n’est une icône, tout au moins un pionnier.

 

Jean-Marc Joguet en bref

Age : 52 ans

Profession : éleveur laitier à Arêches

Vainqueur de la 1ère Pierra Menta en 1986 avec Pascal Fagnola, 2ème en 1987 avec Thierry Bochet, 5e en 1988 avec Pierre Viard Gaudin, 10e en 1995 et 1996 avec René Gachet.

10e à la CCC en 2005.

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Candice Bonnel : montagnarde dans l’âme

Le sourire dans la voix, la fraîcheur de la jeunesse. Candice Bonnel est une petite montagnarde dans l’âme qui a choisi d’arpenter les sentiers et les pistes plutôt que les rues de Paris. Il faut dire que cette jeune pousse du ski alpinisme et du trail a de qui tenir puisque son père n’est autre que Lionel Bonnel, ultratrailer habitué aux podiums.

© R. Blomme

Entre le béton et la nature, son cœur n’a pas balancé bien longtemps. Pour Candice Bonnel, le choix aurait pu être cornélien : la vie version citadine avec shopping et sorties à Paris ou version montagnarde avec ski et neige en Maurienne ? « Ma petite sœur et moi avons été éduquées dans les deux milieux, ma mère étant parisienne et mon père montagnard. C’était un bon équilibre. Nous avions donc les deux possibilités… et nous avons choisi d’être dans la montagne ! » explique la blondinette pétillante. Avec un papa féru de ski, rien d’étonnant à ce que Candice soit elle aussi contaminée par le virus de la glisse. D’abord en club, puis en ski études à Modane et à Moûtiers, elle abandonne pourtant sa passion. « Cela ne marchait pas bien à haut niveau pour moi. Et puis la mentalité du ski alpin ne me plaisait pas plus que ça. Alors j’ai arrêté et je suis rentrée au lycée en Maurienne. »

© R. Blomme

De l’or dans les gambettes

De retour dans sa vallée, la descendeuse ne tarde guère à avoir des fourmis dans les jambes. La compétition lui manque, alors elle s’inscrit à l’UAM, le club d’athlétisme local. Comme tous les coureurs formés en club, elle se frotte au cross-country, puis épingle bientôt des dossards sur des petits trails pour « éviter d’avoir à attendre trop longtemps pendant que mon père courait ses ultras. » Candice fait évidemment des étincelles sur les sentiers, digne héritière d’un papa coutumier des podiums les plus prestigieux. Mais, quitte à se lancer en montagne, autant profiter des cimes toute l’année ! Candice chausse donc les skis de rando dans le sillage de son père. « J’ai beaucoup aimé et ça a plutôt bien marché tout de suite », confie modestement la petite blonde. « Mon point fort, c’est la descente car je viens du ski alpin. Or c’est souvent le point faible des skieurs alpinistes. Et puis comme je m’entraîne en course à pied en montée, j’arrive à me débrouiller aussi dans les ascensions. » Une débrouille de haut vol puisque dès sa première saison hivernale, Candice intègre l’équipe de France jeune.

La diversité pour rester motivée

« J’adore la dimension saisonnière du ski alpi’ et du trail. Je n’ai pas le temps de me lasser de l’un ou de l’autre. A l’automne, je n’ai qu’une envie : rechausser les skis. A la fin de l’hiver, quand j’ai bien skié, je suis super contente de recommencer à courir. Ces deux sports se complètent bien. Si je ne faisais qu’un des deux, je ne suis pas sûre que j’arriverais à rester motivée toute l’année. » Comme un bonheur n’arrive jamais seul, Candice n’a pas seulement l’honneur de porter le maillot tricolore dès sa première saison de ski alpinisme : elle entre aussi dans le Team Buff Hoka Les Saisies, une écurie dédiée aux jeunes pousses du trail running. Grâce à un encadrement de qualité (avec notamment Pascal Balducci au coaching), Candice s’entraîne sérieusement. Et progresse. Tellement qu’elle signe une saison 2016 en or avec les titres de championne de France espoir de kilomètre vertical et de vice-championne de France espoir de trail court. « J’ai vécu des moments géniaux avec le team ! Je n’ai jamais pensé partir, mais j’ai dû reconsidérer ma position lorsque Salomon m’a contactée en fin de saison dernière… » Salomon, c’est un peu le graal pour un trailer. C’est la marque phare, celle qui sponsorise l’icône Kilian Jornet. Alors Candice n’a pas hésité bien longtemps.

Forte de ce nouveau sponsoring, la Mauriennaise est dopée à la motivation pour cette saison. Il y a eu les manches de coupe du monde de ski alpinisme, puis les championnats du monde de la discipline, sans oublier la mythique Pierra Menta qu’elle a couru en duo avec sa petite sœur, de deux ans sa cadette et franchement épatante sur la neige elle aussi, avec une belle 7e place à la clé.  « Le partage avec ma sœur et mon père est important. Ne pas être seul pour s’entraîner, ça change tout ! Ma sœur et moi, nous allons souvent en montagne ensemble. » Cet été, Candice s’alignera de nouveau au départ des championnats de France de kilomètre vertical et de trail court, puis elle réfléchira à sa fin de saison. « Je ferai des distances courtes dans tous les cas. Je souhaite me préserver et attendre quelques années avant de me lancer sur des distances plus longues. Je ne veux pas me blesser trop tôt. Mais je sais que je viendrai aux longues distances car ça me fait rêver : les parcours, les paysages, l’aventure… » Quand on vous dit que cette fille-là a la montagne dans la peau !

Candice Bonnel en bref

  • 22 ans
  • Titulaire d’un bachelor de l’INSEEC responsable commerciale, gestion et marketing. Etudiante en BTS Diététique (cursus à distance). Monitrice de ski à l’ESF de La Toussuire.
  • Vit à La Toussuire.
  • Palmarès TRAIL : championne de France espoir de KV 2016, vice-championne de France espoir de trail court 2016.
  • Palmarès SKI ALPINISME : 8e équipe féminine à la Pierra Menta 2015, championne de France espoir de vertical et de sprint 2016, 4e espoir aux championnats d’Europe.

 

 

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Le Relais des Dahus : une course intimiste

A l’origine, il y eut un message anodin posté sur une messagerie instantanée. Quelque chose du genre : « Marie, nous vous convions à notre course qui se déroulera le 4 février dans notre petit village de l’Oisans. »  Une rapide recherche d’information plus tard, j’acceptai l’invitation. Dès qu’il s’agit d’épreuves en équipe, je fonce ! J’adore le partage, la complicité dans l’effort, le dépassement de soi démultiplié par l’enjeu collectif. Dans le cas de ce Relais des Dahus, l’association du trail blanc et du ski alpinisme ne mit guère longtemps à m’enthousiasmer. Surtout que j’avais déjà en tête le nom de ma coéquipière : la pétillante Caroline Joguet. Nous voilà donc inscrites ensemble sous le nom d’équipe « Les Cabrettes », clin d’œil au métier de Caroline et à mon amour pour les chèvres.

Si la vie était simple, ça se saurait !

Ce fut encore grâce à une messagerie instantanée que la mauvaise nouvelle tomba en janvier : Caroline était blessée au genou et devait déclarer forfait. Quelle poisse ! Mais elle me proposait un remplaçant : Yoann Sert, le champion de VTT et de ski alpinisme lui-même ! Je me sentis brutalement un peu sous pression, allez savoir pourquoi… L’équipe était donc rebaptisée : « Un cabri, une cabrette ».

Mais la vie n’est pas une mer d’huile. Elle offre plutôt des remous, voire carrément des vagues monstrueuses. Et là, c’était un gros grain qui allait m’assommer à quatre jours de la course, toujours sur cette fameuse messagerie instantanée : « Marie, j’ai une angine et une sinusite, je suis sous antibiotiques, je ne me sens pas assez en forme pour samedi… »  J’ai franchement cru que j’allais devoir renoncer et je regardais déjà en direction d’un autre trail local lorsqu’un homme providentiel apparut : Jonathan Rouquairol, un ami, cherchait lui aussi un coéquipier ! Emballé et vendu en trois secondes chrono : nous allions faire équipe.

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Quand la petite course sympa se transforme en séance où tu te mets minable… 

« Nous comptons 15 duos inscrits, mais nous sommes contents. L’essentiel n’est pas d’avoir un maximum d’équipes, mais de voir tout le monde s’amuser et se faire plaisir », affirmait Laëtitia, organisatrice et animatrice de l’événement. Avec des yeux ronds comme des soucoupes, j’observais la place du village animée par des stands, un brasero, des musiciens, des concurrents rieurs et des touristes fraîchement débarqués de leur journée de glisse. « Prenez votre temps pour vous échauffer, nous avons toujours un petit quart d’heure de retard », s’amusait Laëtitia avec sa bonne humeur communicative. Alors on trottinait tranquillement, on papotait, on se demandait si on allait devoir allumer la frontale dès la première boucle. La nuit tombait petit à petit, les premières étoiles commençaient à scintiller dans le ciel.

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Le peloton d’une quinzaine de trailers s’élançait dans le crépuscule sous les encouragements. Fidèle à mes habitudes, je partis comme une dératée. En me disant bientôt qu’il allait falloir calmer le jeu au relais suivant sous peine de rapidement cracher un poumon sur le bord du chemin enneigé ! En 8 minutes, le parcours de trail était avalé et le relais transmis à Jonathan. Moins de 7 minutes plus tard, il réapparaissait comme une furie. Nous étions premiers et nous allions le rester pendant une heure et demie sans jamais être inquiétés. Mais, l’un comme l’autre, nous avons la compétition dans le sang… alors, forcément, nous avalions nos boucles à toute vitesse, même si nous savions que notre avance était confortable ! Ce qui devait être une petite course sympa était devenue une sacrée séance de fractionné… Mais quel bonheur de courir en pensant à son coéquipier, de transmettre le témoin en lançant un encouragement, de savourer cette ambiance bon enfant, simple mais ô combien chaleureuse. Nous étions une trentaine de concurrents, mais j’avais l’impression que nous étions en fait 150 tellement l’atmosphère festive me portait ! La magie de ces courses intimistes tient à ces liens qui se nouent spontanément entre les participants et le public : personne ne se regarde en chiens de faïence, tout le monde se sourit, se charrie, se motive. Le partage et la solidarité rassemblent sans distinction.

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Après la victoire des Cabrettes, le réconfort de la tartiflette !

Tout en toussant à qui mieux mieux (produire un effort violent dans le froid n’est décidément pas très recommandé pour les voies respiratoires…), nous quittions l’aire de course pour rallier la salle des fêtes. Les petites rues du village dégageaient une âme authentique avec leurs maisons en pierres et leurs timides loupiottes. Dans une petite salle, les tables étaient dressées, comme lorsqu’un hôte reçoit une poignée d’amis. La tartiflette ne fit pas pli…

Puis vint la remise des prix, moment toujours un peu ennuyeux. Contre toute attente, pas de grands discours pompeux ni de cérémonial superflu, mais des podiums simples, efficaces et conviviaux. En guise de trophées, des œuvres réalisées par un artiste local. En cadeaux, des paniers garnis montagnards : confitures de myrtilles, saucissons, gâteaux, génépi…

« C’était un plaisir de vous recevoir. Revenez quand vous voulez, vous êtes les bienvenus ! »  Alors que Laëtitia prononçait cette dernière phrase, un petit quelque chose me disait que Villard Reculas me reverrait sans doute l’année prochaine… voire bien avant !

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Caroline Joguet : la cabrette du Beaufortain

Le soleil distille mille nuances de lumière. Parmi elles, le sourire de Caroline. Ce petit visage rosi par le grand air irradie une fraîcheur et une joie qui vous donnent du baume au cœur et illuminent votre journée. Chevrière à Arêches Beaufort, Caroline Joguet est aussi une experte en ski alpinisme et une traileuse passionnée. 

Toute petite, elle courait déjà dans les champs avec son frère. Dans ce Beaufortain aussi somptueux que rugueux, Caroline Joguet a grandi au milieu des vaches laitières élevées par ses parents et des chèvres de son oncle. Une vie à la Heidi au cœur des cimes alpines où les enfants ont l’habitude de jouer en pleine nature et pratiquer des sports de montagne. « J’aimais particulièrement les chèvres, alors j’ai commencé à ramener à la maison des cabris de l’élevage de mon oncle dès l’âge de 15 ans », se souvient Caroline. Passionnée par les animaux, l’adolescente passe un bac agricole tout en pratiquant le ski alpinisme à haut niveau. « Pendant deux ans, j’étais en équipe de France jeunes. J’ai ainsi couru en coupe du monde, mais lorsque mes résultats ne m’ont plu satisfaite, j’ai arrêté pour me consacrer à mon projet professionnel. » Tout entière absorbée par sa volonté de fonder son propre élevage caprin, Caroline se tourne alors vers le trail, plus facile à caser dans ses journées bien remplies.

L'été, Caroline sillonne son alpage avec son troupeau de chèvres.

L’été, Caroline sillonne son alpage avec son troupeau de chèvres.

Du sport, mais avant tout du plaisir

Si Caroline court et épingle régulièrement des dossards, elle le fait avant tout pour le plaisir et le partage. Très attachée à la mythique Pierra Menta d’hiver à laquelle elle participait l’hiver dernier avec Sophie Mollard, membre de l’équipe de France jeunes de ski alpinisme, Caroline s’adonne depuis quatre ans au trail avec Estelle Peretto, son amie d’enfance. « Nous nous connaissons depuis l’école maternelle. Nous habitions à deux kilomètres l’une de l’autre », confie Caroline. « Nous avons commencé à courir ensemble lorsque j’ai lâché le ski alpinisme et qu’Estelle a arrêté la compétition en ski alpin. Nous courons le plus souvent possible toutes les deux, à la fois à l’entraînement et en compétition. » Les deux filles ont la même passion de la montagne dans la peau, le même plaisir à pratiquer la course à pied et, surtout, le même attachement mutuel. Elles guettent ainsi le moindre trail en relais ou en duo et s’alignent au départ en toute décontraction, avant tout désireuses de s’amuser sur les sentiers. Début juillet 2016, elles participaient ainsi à la Pierra Menta d’été, épreuve technique de deux jours à courir en binôme. « N’ayant pas eu assez de temps pour m’entraîner, j’ai souffert sur cette course, mais nous en avons vraiment profité ! Notre problème, avec Estelle, c’est que nous ne sommes pas foncièrement compétitrices : nous aimons nous faire plaisir et rigoler. Nous nous en fichons un peu de nous faire doubler ! » s’exclame Caroline, amusée. « C’est dommage car nous sommes sûres qu’en étant plus sérieuses, nous pourrions être bien plus performantes. »

Le bonheur a un visage !

Le bonheur a un visage !

Alpine jusqu’au bout des ongles

Si la motivation de Caroline pour courir et skier reste intacte, elle est mise à rude épreuve. Le métier de chevrière dans le Beaufortain n’a rien d’une vie à la Heidi, surtout en été lorsqu’il faut grimper dans les alpages, faire les foins, traire les 90 biquettes et fabriquer le fromage ! « Mes parents m’aident, mais j’avoue que je m’entraîne très peu, faute de temps. J’essaie de me lever tôt pour aller courir un peu, mais c’est compliqué », regrette Caroline. Pendant la saison froide, l’activité ralentit un peu, mais les chèvres exigent des soins quotidiens tout au long de l’année. Même si son métier est aussi une passion, la jeune chevrière veille à garder un peu de temps pour elle. « On ne peut pas vivre comme les agriculteurs d’autrefois. Je ne compte pas mes heures de travail, mais je dois rendre mon exploitation rentable. » Détachée de ses préoccupations économiques le temps d’un footing ou d’une compétition, Caroline savoure sa chance de vivre dans ce berceau montagnard qui l’a vue naître et grandir. Et qui la voit aujourd’hui sourire et courir, habile comme un chamois en digne enfant des Alpes, sur ces prairies d’altitude où s’égaillent ses biquettes.

 

L’info en +

Caroline a récemment été élue Miss Agri 2017, concours organisé sur Facebook consistant à désigner la meilleure représentante du monde agricole. Une belle reconnaissance !

Caroline Joguet en bref

Age : 25 ans
Profession : chevrière
Vit à Arêches-Beaufort
Ex-membre de l’équipe de France jeunes de ski alpinisme
Traileuse
Spécialiste des courses en relais et en duo

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Le trailer hiberne-t-il ?

Julien Rancon (dossard 312), adepte du cross-country en hiver.     © L. Montico

Montagnards dans l’âme, les trailers pourraient bien ressembler à des marmottes pendant la saison froide : boire, manger, faire du gras et se reposer, ne serait-ce pas un beau programme pour supporter le froid ? Non, les trailers sont loin d’hiberner : activités variées au programme… et pas question de s’encroûter !

A moins de s’exiler à l’étranger, là où règnent douceur et soleil, le trailer doit composer avec une saison plutôt défavorable à sa passion : froid, pluie, neige, journées raccourcies et raréfaction des épreuves rendent la pratique du trail plus difficile en hiver. Pourtant le coureur n’est pas condamné à troquer ses runnings préférées contre des chaussettes en laine et son plat de pâtes contre une raclette. Ski alpinisme, ski de fond, PPG, cross-country, raquettes, trail blanc… les stratégies hivernales ne manquent pas !

Courir en hiver, oui, mais comment ?

Les trailers qui souhaitent continuer à courir pendant l’hiver ont trois options :

  1. Courir différemment, autrement dit pratiquer une autre discipline comme le cross-country. Avantages ? Le cross permet de travailler la vitesse, la VMA et le mental.
  2. Persévérer dans le trail en optant pour les épreuves dites « blanches ». Ces courses se révèlent très éprouvantes pour l’organisme. Conditions difficiles, sollicitations intenses des muscles et des tendons, dépense énergétique plus élevée : les trails blancs doivent être consommés avec modération.
  3. S’entraîner a minima en course à pied et pratiquer d’autres sports en parallèle : c’est le choix de nombreux champions qui, tout en maintenant quelques séances de running chaque semaine, s’adonnent à d’autres disciplines (ski alpinisme, ski de fond, musculation, PPG…).

Mais pourquoi courent-ils moins ?

Pratiquer une autre discipline sportive pendant la saison hivernale présente de nombreux avantages :

  • Faire une coupure dans l’année permet de reprendre la course à pied avec une envie et une motivation décuplées au printemps.
  • Pratiquer d’autres sports permet de se préserver sur les plans musculaires et articulaires, le trail étant une pratique traumatisante. Diversifier les sollicitations de l’organisme évite bien souvent les blessures et douleurs chroniques.
  • S’entraîner dans d’autres disciplines permet de développer d’autres qualités, de travailler différemment et, ainsi, d’avoir une approche complémentaire du running. Endurance de force, qualités de grimpe, travail foncier, développement de la VO2 max, altitude, renforcement musculaire… Les activités d’hiver apportent généralement beaucoup au trailer qui, sans forcément en être conscient, courra encore mieux lorsque les beaux jours reviendront !

L’hiver de Maud Gobert (team Adidas)

« Je fais du ski alpin, c’est mon travail ! Le ski de rando est aussi intéressant car toutes les séances spécifiques peuvent se travailler sur les planches. »

L’hiver de François d’Haene (team Salomon)

« Je profite de la période hivernale pour faire une petite coupure, c’est-à-dire que je ne fais rien pendant 15 jours puis je reprends progressivement mais je ne cours que deux fois par semaine. J’essaie de faire d’autres activités, notamment du ski de randonnée et du ski nordique. Cela permet de varier un peu ma façon de m’entraîner et de rester en montagne. Cela permet aussi de varier les contraintes corporelles. »

L’hiver de Julien Rancon (team Adidas)

« Je fais une coupure en début d’hiver puis je reprends l’entrainement en intégrant souvent d’autres sports comme le ski de fond ou du travail en salle (cardio-training, musculation, PPG). Souvent, il y a peu ou pas de compétitions. Pour les athlètes que j’entraîne, c’est très variable. Leur point commun, c’est la coupure qui se fait plus ou moins tôt. Ensuite, en fonction des objectifs de chacun, il peut y avoir les cross, les corridas, les trails blancs, du ski de randonnée, du ski de fond… »

L’hiver de Ludovic Pellé (team Run Alp) 

« Tout dépend des conditions : si mes parcours sont ‘‘courables’’, je cours. Sinon c’est ski de fond et ski alpin avec mes enfants. En 2014, je fais la saison de cross. »

L’hiver de Nicolas Martin (team Sigvaris)

« D’abord, il y a la coupure annuelle, environ 2 à 3 semaines presque sans sport. Je reprends l’entraînement à la mi-novembre par un cycle VMA et PPG. Il y a deux séances de VMA par semaine, une bonne séance de PPG puis des séances aérobies sous diverses formes (footing, raquettes, ski de fond…). L’essentiel est de faire du foncier à basse intensité sur ses séances. Ensuite, les cross commencent. Je m’entraîne sur des fractions un peu plus longues et les compétitions servent de séances de seuil long. Pour un trailer, plus les objectifs sont tôt dans l’année, plus il faut reprendre l’entraînement spécifique rapidement. L’hiver est donc une saison studieuse où le volume horaire n’est pas le plus important mais où l’intensité est très présente. Le but est de sortir de l’hiver en bonne forme et avec une VMA élevée. »

© Photo : Lionel Montico