Les prévisions étaient (pour une fois) très justes. Derrière les volets, le paysage était blanc et le ciel laissait s’échapper quelques flocons. Enfin l’hiver ! Au-delà de la joie enfantine et de l’émerveillement qui me submergent toujours quand il neige, je pensais aussi : « zut, j’ai une séance de seuil au programme… et elle risque de se transformer en séance de patinage ! » Si la tentation du renoncement était forte (après tout, en phase de reprise, faire sauter un entraînement n’était peut-être pas si dramatique… non ?), le mot favori de mon coach me se mit à résonner en moi : « assiduité, assiduité, assiduité… » Bon, d’accord, j’allais la faire, cette fichue séance de seuil, même si le ciel avait décidé de me mettre des bâtons dans les roues (ou plutôt dans les jambes).

Pas question pour autant d’aller me geler les bronches dans le froid et de patiner sur les berges de l’Isère. J’enfilai un short et un tee-shirt, empoignai une gourde et enfilai des baskets (des minimalistes, les seules dont la semelle était propre). Direction la salle de sport !

Non sans une certaine crainte, je m’approchai du tapis roulant en observant cette machine qui m’était totalement inconnue. D’abord, trouver le bouton de mise en marche. Ensuite, comprendre comment augmenter la vitesse et surtout comment arrêter le tapis en cas d’urgence. 8 km/h, 10 km/h, 12 km/h… Sensations étranges pendant les premières minutes. Quelques frayeurs aussi… surtout ne pas se laisser distraire par le voisin qui s’installe sur l’autre tapis avec une aisance désarmante, ni par le gros costaud qui soulève des haltères avec ses biceps bardés de tatouages… un coup d’oeil de côté, une perte d’inattention et hop ! je perdais l’équilibre et menaçais de filer hors du tapis ! Je me rattrapais deux ou trois fois à la barre avant de me concentrer sur un point fixe devant moi. Rapidement, je renonçais au lecteur MP3 dont les écouteurs ne cessaient de tomber de mes oreilles. Le fiasco n’était pas loin…

Après cette phase d’adaptation, je commençais à transpirer et à augmenter l’allure. Puis carrément à entamer ma séance au seuil : 2 x 15′ à 80 % en restant sur place, dans une salle chauffée aux fenêtres fermées, le tout en craignant de me casser la figure à chaque fois que je buvais ou regardais de côté… Alors que je m’attendais à trouver le temps horriblement long, les fractions passèrent très vite. Conséquence directe de l’effet de nouveauté ? Ou décrochage de l’esprit quand la monotonie devient trop forte ? En tout cas, sans vraiment souffrir, je bouclais la séance sans lassitude alors que je venais de faire du sur place pendant plus d’une heure.

C’est en descendant du tapis, non sans tituber quelque peu, que je sentis que quelque chose clochait. Mes mollets étaient si durs que j’avais du mal à marcher. Je tirais aussitôt quelques conclusions de la première séance de ma vie sur tapis roulant :

1. Première leçon : ne pas faire une séance de fractionné sur tapis avec des chaussures minimalistes que l’on n’utilise jamais ! Non seulement ce type de chaussures amène à courir sur l’avant-pied (ce que je fais habituellement avec des runnings « normales », mais les minimalistes accentuent cette tendance), mais le tapis roulant m’a semblé favoriser lui aussi la prise d’appui sur l’avant du pied. Bref, double erreur de débutante et à la clé des douleurs épouvantables dans les deux mollets !

2. Deuxième leçon : l’allure indiquée par le tapis roulant n’est pas équivalente à celle que l’on adopte en plein air. En faisant ma séance, j’avais clairement l’impression de ne pas forcer autant qu’à l’extérieur. Il faut donc ajouter, à mon avis, 1 à 1,5 km/h lorsque l’on s’entraîne sur tapis. De plus, d’après les informations que j’ai trouvées, il faut aussi incliner le tapis de 1 à 1,5 % pour simuler la résistance de l’air.

3. Troisième leçon : courir sur tapis roulant permet de travailler des qualités intéressantes pour le running en plein air :

– La concentration : si l’esprit s’échappe, c’est toute la posture qui s’en ressent, c’est aussi la vitesse qui varie et les appuis qui changent… mais le tapis continue à tourner de manière toujours identique, lui ! Il faut donc rester concentré en permanence lorsqu’on galope sur tapis.

– L’imagerie mentale : pour ne pas jeter l’éponge au bout de 10 minutes de sur-place sclérosant, mieux vaut faire appel à son écran mental. Se revoir sur une course réussie, s’imaginer en train de courir autour d’une piste ou sur un sentier, se projeter dans une future compétition… Paradoxalement, le tapis roulant est une machine qui attise l’imagination !

– La régularité : quand on court en plein air, la vitesse de course n’est jamais parfaitement linéaire. Sur tapis roulant, la machine impose une vitesse et le coureur est bien obligé de s’y plier. Il paraît donc intéressant d’utiliser de temps en temps le tapis car il permet de travailler à des allures cibles très précises, voire de s’entraîner en légère survitesse, les conditions indoor étant moins éprouvantes (pas d’irrégularités de terrain, pas de vent, pas de résistance de l’air…).

Benoît Laval, soumis aux conditions d'enneigement en moyenne montagne, s'entraîne régulièrement sur tapis roulant en hiver.
Benoît Laval, soumis aux conditions d’enneigement en moyenne montagne, s’entraîne régulièrement sur tapis roulant en hiver.

Aujourd’hui, il continue à neiger. Même s’il fait froid, j’avoue que j’aurais aimé aller crapahuter sur les chemins. Mais voilà, j’ai deux poteaux en guise de mollets et je vais donc me résoudre à détendre mes pauvres muscles en pédalant sur le home trainer… Tiens, ça me donne une idée : à quand un duathlon 100 % indoor avec course sur tapis et home trainer ?… Pouah, quelle horreur ! Finalement, vive le froid, la neige, la pluie et la boue !

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