Le mental, c’est un peu comme la mer : parfois calme, souvent houleuse, elle nous porte au loin ou nous fait sombrer au creux d’une vague. Quand la tête joue au yoyo, difficile de courir sereinement. Mieux vaut donc être bien armé pour faire face aux tempêtes !

« Pfff, j’avance plus… mais qu’est-ce que je suis venu faire dans cette galère ? De toute façon, je le savais : je n’ai pas le niveau, je me suis mal préparé… Au prochain ravito, je m’arrête. Tiens, encore un gars qui me double et hop ! une place de perdue ! En plus, j’ai mal au genou. » Une baisse de régime, une douleur qui pointe le bout de son nez, un concurrent qui vous dépasse à toute allure et voilà votre mental qui plonge au fin fond des chaussettes. Inutile de vous raisonner, votre cerveau broie du noir avec application. Dans ces moments-là, le renoncement n’est jamais loin. « Pourtant, c’est cette difficulté que l’on vient chercher. Si tout était simple et facile, sans aucune phase de doute, nous ne prendrions même pas le départ de la course », estime Dominique Simoncini, préparateur mental. De là à prétendre que tout coureur est masochiste, il n’y a qu’une foulée…

 

Une nécessité : se reconcentrer

Dès que le mental n’est plus focalisé sur l’action, une baisse de régime survient. Instinctivement, l’esprit reprend le chemin du repos et des tendances séculaires de l’homme, à savoir… broyer du noir ! « De tout temps, l’imaginaire lié à la peur nous a façonnés. Nous avons davantage tendance à nourrir des pensées négatives car, si le pire survient, nous ne sommes pas déçus ; et si le meilleur arrive, ce n’est que du bonus ! » affirme Dominique Simoncini. Ainsi, dès que le focus attentionnel diminue, la performance sportive s’en ressent. Pour inhiber l’émotion, il convient donc de se reconcentrer. « Je préconise d’utiliser une expression toute simple pour retrouver l’engagement dans l’instant présent : se répéter « ici et maintenant » pour empêcher l’esprit de divaguer et se reprogrammer immédiatement en mode actif. » Cette méthode se révèle redoutablement efficace. Elle est d’ailleurs utilisée par de nombreux compétiteurs, à l’image de Sébastien Chaigneau. Pour retrouver une implication totale dans l’action présente, il est aussi possible de se concentrer sur un geste ou une partie du corps : porter toute son attention sur les 20 prochaines foulées, être totalement centré sur le mouvement des bras ou le rythme de la respiration permet d’enrayer la spirale infernale des pensées négatives et de l’émergence de tous les prétextes possibles pour mettre le clignotant.

 

Développer des pensées positives

« Bon, c’est pas le top aujourd’hui, mais je continue à dépasser un peu de monde. Et puis même si je n’ai pas de jambes aujourd’hui, je gère mes ravitaillements comme un pro ! » Malgré la souffrance et la baisse de moral, il faut toujours chercher à développer des pensées positives. En somme, ne pas voir le verre à moitié vide, mais plutôt à moitié plein ! Décomposer les raisons pour lesquelles vous éprouvez de très mauvaises sensations, vous répéter intérieurement ou à voix haute (et tant pis si les autres coureurs vous prennent pour un fou !) ce que vous êtes venu chercher sur cette course et pourquoi vous avez décidé d’épingler un dossard sur votre maillot ce matin permet de reprendre conscience des raisons pour lesquelles vous êtes là. « On se replace alors dans une logique émotionnelle positive, ce qui réduit à néant les émotions négatives qu’on est en train de vivre », indique Dominique Simoncini. « Avant même la course, il faut se placer dans un mode de pensée positive : se voir terminer l’épreuve, heureux et souriant, est tout simplement essentiel. Il ne faut surtout pas se dire qu’on arrêtera au 20e kilomètre d’un marathon ou au 50e kilomètre d’un ultratrail si ça ne va pas : dans ce cas, on se programme littéralement pour être mal à ce moment-là. »

Profitez d'un ravitaillement pour refaire le plein d'énergie, à la fois physiquement et mentalement.
Profitez d’un ravitaillement pour refaire le plein d’énergie, à la fois physiquement et mentalement.

 

Anticiper les moments difficiles

Facilitée par l’accompagnement d’un préparateur mental, une autre solution consiste à anticiper les moments difficiles, plus ou moins précisément (la dernière ascension éprouvante d’un trail, le mur du 30e kilomètre d’un marathon…). « L’athlète attend en quelque sorte le moment où il sera mal car, sans ces phases difficiles, il n’y a plus d’intérêt à courir. Prendre conscience de cette réalité permet de désamorcer la peur, d’apprivoiser et surmonter les creux de vague », analyse Dominique Simoncini. Vous avez bien lu : sans le mouvement de yoyo du mental, le coureur n’éprouverait ni motivation ni volonté d’engagement. S’il n’est pas impatient de subir une baisse morale – personne n’aime foncièrement souffrir ! – il a conscience qu’elle surviendra et peut ainsi être prêt à l’accueillir. Donc à la gérer et la dépasser. « Il faut développer une démarche proactive plutôt que réactive. C’est l’essence même des champions et, plus largement, de tous ceux qui réussissent dans la vie. Une difficulté a moins d’impact si on l’a anticipée. »

 

Un p’tit bol d’air, ça vous dit ?

La dernière technique est de nature biomécanique puisqu’il s’agit de recourir à une respiration abdominale. En ralentissant légèrement l’allure, posez une main sur votre ventre et poussez-la vers l’avant en inspirant, puis vers l’arrière en expirant. En mobilisant le diaphragme, la respiration est plus profonde, ce qui ré-oxygène le cerveau. « C’est comme si l’on se faisait une piqûre de bien-être », précise Dominique Simoncini. « On retrouve le principe selon lequel l’émotion est inhibée par la concentration sur une action mécanique. »

 

 

Le coin technique : les causes mentales et biologiques du yoyo

Si le mouvement de yoyo du mental peut avoir des causes purement émotionnelles (déconcentration, pensées négatives), il peut aussi s’expliquer par des causes biologiques. Une hypoglycémie, une hydratation ou une oxygénation insuffisantes peuvent plonger le coureur dans les affres du désengagement et du doute. Il est donc primordial de savoir repérer les signes physiques d’un besoin alimentaire ou hydrique, puis de remédier immédiatement au problème. Il suffit de prendre alors son mal en patience car ce type de mal-être organique est transitoire.

 

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