Août 2014, Zermatt (Suisse). La silhouette du mythique Cervin m’avait littéralement envoûtée lorsque j’avais posé les baskets à Zermatt pour courir l’épreuve de 30 km et couvrir pour le magazine Zatopek un événement devenu légendaire en une poignée d’éditions : le Matterhorn Ultraks. Une organisation sans fausse note, une ambiance géniale et des paysages superbes : le cocktail était décidément savoureux sur les sentiers de la célèbre station suisse. Alors quand Michel Hodara, chef d’orchestre de cet événement, m’a contactée ce printemps, j’avoue que j’étais plutôt réceptive. Sa proposition ? Venir à Pontresina, à quelques kilomètres de St Moritz (toujours en Suisse) pour découvrir le dernier né de la famille Ultraks : l’Engadin Ultraks.

Samedi 4 juillet 2015, Pontresina. Près de 300 coureurs s’apprêtent à s’élancer sur les sentiers de l’Engadin sous un soleil radieux qui darde déjà ses rayons très chauds. Pour avoir repéré quelques portions du parcours la veille, je sais à quoi m’attendre : une première partie roulante de 8 km, puis une montée raide jusqu’à 2755 m, puis une longue descente jusqu’à St Moritz avant une deuxième montée de 400m D+ et une ultime descente jusqu’à Pontresina. 30 km et plus de 1700 m D+ au programme situés entre 1800 et 2755 m d’altitude.

_MG_4977« Fünf, vier, drei, zwei, ein… » Le décompte résonne solennellement avant de nous libérer dans les rues de Pontresina. L’allure est soutenue sans être trop élevée. Mes sensations sont plutôt bonnes, mais je sais qu’une ou deux filles me talonnent. Rapidement, l’une d’elles passe au petit trot (elle est engagée sur les 46 km) tandis que la seconde reste à ma hauteur. C’est alors qu’un malaise me retourne complètement. Nous sommes au 4e kilomètre et j’ai l’impression que je vais m’effondrer au sol, prise de vertige, de nausées et d’une drôle de sensation dans les jambes. L’idée d’abandonner fait plus que m’effleurer et je gamberge pendant de longues minutes avant de reprendre le dessus en me disant que le malaise va bien finir par s’estomper. Comme je lève un peu le pied pour laisser passer l’orage, je vois partir ma concurrente mais je m’efforce de la garder en point de mire. Je peste intérieurement contre mon manque d’habitude de l’altitude et j’imagine tout à coup l’enfer que doivent vivre ceux qui souffrent du mal des montagnes.

Au sentier bucolique dans la forêt succède une vue extraordinaire sur les glaciers. L’itinéraire rejoint un hôtel (1999 m) typique des montagnes suisses, puis il monte rudement en plein soleil. La chaleur est déjà très lourde alors qu’il est à peine 9 heures du matin. Je me sens toujours aussi mal, alors je bois, j’avale un gel et je me gorge des vues splendides sur les montagnes. Plusieurs filles me dépassent à vive allure. Mais comment font-elles pour aller si vite alors que l’on est si haut ?… La végétation se raréfie, laissant place à un environnement minéral. Face à nous, les glaciers resplendissent dans la lumière matinale. Nous atteignons enfin le point culminant du parcours et je retrouve le moral. Le ravitaillement, à 2700 m, me permet de boire longuement, de reprendre quelques forces morales auprès de mon assistance puis de me lancer dans la descente avec un objectif : rattraper la troisième qui n’est qu’à deux minutes devant moi et qui est, a priori, très éprouvée.

Le sentier en balcon est technique. J’adore et je m’amuse ! Les vues sur St Moritz et son chapelet de lacs verts et turquoise me remplissent de bonheur. D’ici, on a presque l’impression de voler au-dessus de ce paysage de carte postale. Les kilomètres défilent, je ne cesse de dépasser des coureurs. Puis je vois enfin ma rivale que je dépose sans me retourner. Elle ne me _I8P3547rattrapera jamais. Le passage à St Moritz marque le début d’une dernière partie de course placée sous le signe de la chaleur. La montée semble interminable malgré la beauté de la forêt. Je dépasse encore quelques coureurs, visiblement aussi rincés que moi par ces températures de folie. Puis je perçois la voix du speaker, encore lointaine… J’accélère dans l’ultime descente. Le dernier kilomètre me paraît infini tant j’ai chaud. Je n’ai plus d’eau. Je dois même marcher pour retrouver de l’énergie. Je sens que le coup de chaleur me guette… Mais l’arrivée est toute proche, alors je reprends un petit trot. Passer sous l’arche est plus qu’une joie, c’est une délivrance ! Je suis épuisée.

Fidèle à l’esprit de son aîné, l’Engadin Ultraks a tenu toutes ses promesses. Un savant mélange de paysages à couper le souffle, de professionnalisme dans l’organisation et de prestations soignées pour les coureurs fait de ce nouvel événement trail l’une des courses les plus belles que j’ai courues. Ceux qui aiment la haute montagne, ceux qui adorent éprouver ce sentiment de petitesse et d’humilité face à la nature, ceux qui savourent les organisations minutieuses doivent venir à l’Engadin Ultraks. Et riches d’images et d’émotions, ils ne résisteront pas à la tentation du Matterhorn Ultraks où la silhouette du Cervin impose toute sa magie.

Le site de l’événement : http://engadin.ultraks.com/en/

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