Si j’avais su que mon modeste article sur la sanction infligée à Mikaël Pasero et à d’autres concurrents du 80 km du Mont Blanc allait susciter autant de réactions, parfois virulentes, peut-être aurais-je réfléchi à deux fois avant de partager mon avis. Les polémiques de ce genre n’apportent finalement pas grand chose, si ce n’est opposer les individus les uns aux autres. Il vaudrait mieux essayer de réellement discuter et d’échanger des points de vue afin de faire évoluer les choses dans une direction qui satisferait toutes les parties prenantes.

Non, il n’y a pas que le trail dans la vie (heureusement !). Mais le trail est intéressant à analyser en ce qu’il reflète partiellement notre société. La tendance à la réglementation et la judiciarisation à tout va du trail fait écho à ce qui se passe dans tous les secteurs de la société française. Est-ce pour autant une évolution positive ? La réponse est loin d’être simple. En tout cas, je ne peux me contenter d’un simple « y’a une règle, il faut la respecter et c’est bien fait que les contrevenants soient punis ». Essayons de voir au-delà des règlements qui nous enferment et nous poussent, in fine, à les appliquer sans réfléchir.

Aujourd’hui, je suis à Pontresina, à quelques kilomètres de St Moritz, en Suisse. Je courrai demain l’épreuve de 30 km et 1700 m D+ dans un cadre enchanteur, entre 1800 et 2800 m d’altitude. Autant dire que l’environnement montagnard sera pour le moins hostile à cette hauteur ! Pourtant, ici, les pratiques diffèrent sensiblement des nôtres. Dans le règlement de la course, une liste succincte de matériel fortement recommandé est dressée (téléphone mobile, veste ou tee-shirt à manches longues, couverture de survie, aliments énergétiques) et les organisateurs invitent les coureurs à être attentifs aux prévisions météorologiques. Voici le petit texte en question (une fois encore, désolée pour les non anglophones) :

« The organisers recommend that all participants, particularly those with less experience, carefully prepare their trail-running equipment in advance to adapt to the mountain and weather conditions during the race. The Race Committee, however, does not impose any compulsory equipment.

Each participant is responsible to evaluate the weather forecast in order to adjust the equipment accordingly. A weather bulletin will be published 24 hours before the first start.

What should you pack for the race?

  • Mobile phone
  • Long sleeve jacket
  • Survival blanket
  • Dietary race supplements

Poles are accepted on all three courses. »

La législation est probablement différente en Suisse et permet aux organisateurs de se décharger de toute responsabilité en cas d’accident. Il n’empêche que je trouve cette solution bien plus intelligente que notre fonctionnement français où tout doit être cadré : certificat médical, matériel obligatoire, etc.

Sur ce point, Nicolas Martin, membre de l’équipe de France, exprime lui aussi un avis très clair :

« De manière générale, je suis contre les listes de matos obligatoire. Je prône la sensibilisation de chacun pour qu’on soit conscient de ce qui est nécessaire en fonction de son expertise, de son expérience de la montagne… Quitte à signer une décharge nous empêchant de porter plainte contre l’organisation s’il y a un accident. J’estime que la montagne est la même qu’on soit en course ou seul à l’entraînement. Du coup, je souhaite des courses où chacun est libre de prendre ce qu’il veut. Je doute que certains soient assez débiles pour prendre le départ d’une course sans frontale s’il y a des portions de nuit. En revanche, faire l’OCC avec une frontale quand tu pars à 8h pour 5h de course, c’est juste débile.
Le deuxième élément est cette tendance à l’égalitarisme qui semble relever plutôt de la démagogie que d’une réelle volonté de rendre la course équitable quel que soit le niveau. Si on veut une course égalitaire, il faut supprimer les assistances, les sas préférentiels, voire même les tirages au sort. L’organisation pourrait acheminer, par exemple, des sacs en 4 points du parcours de l’UTMB et ensuite, chacun se débrouillerait.
Pour en revenir aux 80 km du Mont Blanc, je trouve dommage de fausser la course pour un simple oubli de lampe. Mikaël n’a pas voulu tricher, j’en suis certain et quand bien même ce serait plus qu’un simple oubli, 30′ est disproportionné par rapport à l’avantage procuré. 10′ paraît logique, c’est déjà dissuasif et pas complètement rédhibitoire. En revanche, je me réjouis qu’on applique le règlement car j’ai vu trop de courses où tout le monde ou presque s’assoit sur le règlement pendant que tu portes tout le matos obligatoire.
L’an dernier, sur la CCC, on a assisté à encore plus délirant avec 1h de pénalité pour Caroline Chaverot qui s’est ravitaillée quelques mètres en dehors de la zone autorisée. Le plus révoltant, c’est de voir ce genre de pénalité infligée sous la houlette de personnes qui n’ont aucune idée des heures nécessaires à l’atteinte de ce niveau. C’est un profond manque de respect envers les coureurs et, à la place de Caroline Chaverot, je finissais la course et à l’arrivée, ça n’allait pas bien se passer ! »

Bref, nous n’allons pas passer notre vie à discuter de ces sujets polémiques, même s’il peut être intéressant d’échanger des points de vue de façon constructive, autrement dit en essayant de faire évoluer les choses et en réfléchissant réellement. Allons donc plutôt courir un peu en montagne… et emportons tout le matériel qui nous plaît !  😉

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