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Matterhorn Ultraks : toujours aussi somptueux !

Comme vous le savez puisque vous me suivez fidèlement depuis des années (ha ha ha !), je ne suis guère adepte des comptes rendus de course qui détaillent par le menu chaque kilomètre parcouru. Mais j’enfreins parfois ma ligne éditoriale (c’est l’avantage d’un blog : on est auteur-rédacteur-en-chef, donc on y écrit ce que l’on veut !) lorsque je ressens l’impérieuse nécessité de vous faire partager une expérience ou une émotion liées à une course. Je vous ai certes déjà parlé du Matterhorn Ultraks à plusieurs reprises, mais je ne résiste pas à l’envie de vous en parler encore…

La même magie

Voilà trois ans que j’effectue mon petit pèlerinage à Zermatt, chaque fin août, à l’occasion du Matterhorn Ultraks. J’ai connu cet événement grâce à mon travail pour le magazine Zatopek et j’ai pu me rend14064145_10154576792659155_2380114443285042497_nre sur la manifestation en 2014 en tant que journaliste. Comme souvent, j’en ai profité pour courir aussi, histoire de découvrir l’épreuve de l’intérieur. Cette première sur les sentiers de Zermatt a été un véritable coup de foudre. Je suis tombée amoureuse du Cervin qui me fascine littéralement ! Il faut croire que j’étais alors totalement subjuguée car j’ai réussi à décrocher une jolie 4e place cette année-là sur le 30K. Performance que je n’ai pas réussi à réitérer en 2015, en manque cruel d’entraînement. Je terminais alors 8e du 30K.

Cette année, toujours en mode journaliste-athlète, je suis donc retournée avec une joie intense à Zermatt : la perspective de revoir le Matterhorn me remplissait d’allégresse. Et puis il faut dire aussi que l’organisation du trail me loge toujours dans des hôtels sympas et que Zermatt est une station très jolie avec ses chalets, ses ruelles, ses énormes géraniums, ses boutiques rutilantes et son absence totale de véhicules à moteur. Bref, me voilà à Zermatt pour la troisième année consécutive avec, au menu sportif, l’épreuve de 17 km et 1100 m D+ à avaler samedi matin.

Se réveiller et regarder le ciel. Gris, gris, gris. Pas encore de pluie, mais la couleur des nuages ne laisse guère d’espoir. Petit-déjeuner en jetant un œil à tout ce qui fait « l’exotisme » de la Suisse pour un Français : l’Ovomaltine, le gruyère, le pain noir du Valais… Puis s’échauffer tranquillement avant de rejoindre le centre du village où règne déjà une belle ambiance. Nous sommes 770 au départ de ce 16K. Ludovic Collet et son collègue suisse chauffent les coureurs et le public, l’impatience monte lentement et quelques frissons courent sur ma peau. C’est décidément toujours aussi magique de vivre ces départs au cœur de Zermatt !

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Morale de l’histoire : ne jamais rien lâcher

Pour faire bref, ma course sera mitigée. Comme le ciel ! Si nous partons sous les nuages, nous allons bientôt essuyer une bonne pluie. Première ascension : ma prestation est minable, je ne cesse de me faire dépasser. Je ne sais même plus quelle est ma place et, entre nous, je m’en fiche un peu. A Sunnegga, je grappille déjà deux places féminines car les deux filles s’arrêtent au ravitaillement – et pas moi, comme à mon habitude. Donc première leçon de cette épreuve : mieux vaut avoir son propre ravitaillement sur soi, on gagne un temps précieux ! Reboostée, je relance et ne cesse d’accélérer jusqu’à l’arrivée. La descente finale de 8 km devient un terrain de jeu où je m’amuse comme une folle et où je dépasse des filles et des gars, encore et encore… A moins d’un kilomètre de l’arrivée, je vois une concurrente non loin devant moi. Passage à la vitesse supérieure. Je la dépasse à 600 m de l’arrivée. Elle s’exclame : « Oh nooooon ! » Essaie de me suivre. En vain. Dans la ruelle qui monte dans le centre du village, j’aperçois une autre fille. Je relance. Je la rejoins à 100 m de la ligne. Elle ne se laisse pas faire, elle sprinte ! J’échoue à un mètre derrière elle, complètement rincée. Deuxième leçon de cette course : rien n’est jamais acquis (ou perdu) jusqu’à la ligne d’arrivée. Finalement, à ma grande surprise, je termine troisième de ce 16K alors que je pensais être seulement dans le top 10. Bon, la première me met quand même 20 minutes dans la vue… mais elle est toute jeune, elle !  😉

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Si je tenais à vous parler de cette édition 2016 du Matterhorn Ultraks, c’est donc pour vous transmettre plusieurs messages :

  • D’abord, privilégiez votre propre ravitaillement et ne comptez sur celui de la course qu’en deuxième option. Non seulement cela peut permettre de gagner quelques places (pour autant que vous recherchiez la performance), mais cela permet aussi de pallier à tout imprévu et surtout de savoir ce que vous buvez et mangez pendant votre effort.
  • Ensuite, ne renoncez jamais ! Si vous traversez une mauvaise passe, courbez l’échine, attendez que l’orage passe… et sautez sur la moindre occasion pour retrouver de la motivation et repartir de l’avant, quelles que soient votre place et vos sensations. Rien n’est jamais perdu ou gagné avant que la ligne d’arrivée soit franchie !
  • Enfin, même si Zermatt reste une destination onéreuse pour nous, Français, n’hésitez pas à programmer le Matterhorn Ultraks au moins une fois dans votre carrière de trailer : je vous assure que vivre cet événement en vaut la peine et que courir face au Cervin est une expérience émotionnelle hors du commun. Pour réduire le coût d’un tel déplacement, il y a des astuces : partir à plusieurs pour partager les frais de transport et d’hébergement, réserver votre dossard tôt dans la saison, apporter quelques provisions… Ah, dernier argument pour vous convaincre : l’organisation est au top ! Balisage irréprochable, site de départ et d’arrivée léché, cadeaux participants de très bonne facture (un porte-dossard, des chaussettes Compressport, un tour de poignet Compressport, une médaille de finisher et un tee-shirt Scott finisher !). Ici, on bichonne le coureur !

Pour découvrir l’événement, rendez-vous sur matterhorn.ultraks.com 

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Matterhorn Ultraks : jeune et légendaire

_I8P6242Il n’a que trois ans, mais il est déjà entré dans la légende. La troisième édition du Matterhorn Ultraks a proposé aujourd’hui un spectacle grandiose, non seulement en termes de paysages mais aussi de performances sportives. Avec quatre formats de course au programme (16K, 30K, 46K et VZR), l’événement s’adresse à tout type de coureur, du « débutant » (enfin, pas le vrai débutant parce qu’il faut quand même savoir courir un peu pour évoluer au-dessus de 1600 m d’altitude !) au champion d’envergure internationale, de l’adepte du kilomètre vertical au skyrunner. Inscrit au calendrier des Skyrunner World Series depuis sa création, le Matterhorn Ultraks n’a eu de cesse d’attirer les meilleurs athlètes de la planète (Kilian Jornet, Emelie Forsberg, Stevie Kremer, Maite Maiora, Elisa Desco…). Mais la star incontestée et incontestable de l’événement reste « le caillou », comme le surnomme avec humour Michel Hodara, organisateur de la manifestation. Le Cervin attire irrésistiblement les regards et, même en plein effort, on ne peut que lever les yeux vers sa silhouette mythique. Grâce à des parcours tracés de main de maître et offrant une belle variété de terrains et de paysages (singles techniques ou roulants, larges chemins, forêts de moyenne montagne, pierriers, prairies alpines…), le Matterhorn Ultraks offre un condensé des plus belles visions montagnardes imaginables.

Le 30K de l’édition 2015 vécu de l’intérieur

Avec une quatrième place l’an dernier et un chrono de 3h50, je nourrissais cette année l’espoir de renouveler ma performance. Mais c’était sans compter un adducteur et un ischio capricieux qui m’ont éloignée pendant un mois et demi de la course à pied. Difficile de prétendre jouer les premiers rôles sur une épreuve telle que le Matterhorn Ultraks en ayant dans les jambes cinq ou six sorties sur plus d’un mois ! L’objectif était donc de profiter au maximum des paysages en essayant de limiter la casse.

_MG_7066Sous la voix chaleureuse de Ludo Collet et un soleil resplendissant, le peloton était libéré ce matin à 8h45 avec, au menu, 31,5 km et 1950 m D+ entre 1600 m et 2800 m d’altitude. Partie prudemment, j’allais gérer tranquillement la première ascension. J’atteignais ainsi Sunnega plutôt sereine, avide d’admirer les glaciers. Les encouragements me donnaient du baume au coeur tandis que la première descente m’apportait un peu de répit.

Rejoindre Riffelalp fut un moment de pur bonheur avec, en toile de fond, le majestueux Cervin. « Don’t forget to look around ! » me lançait le coureur qui me talonnait, aussi séduit que moi par le paysage. Malheureusement, mes jambes trop peu entraînées commençaient à piquer et je sentais que les crampes n’étaient pas loin…

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Riffelalp. Un ravitaillement grouillant de public et de joueurs de cors des Alpes. Puis une descente technique jusqu’à la passerelle de Furi, étroite et vertigineuse, avant le bas de la redoutable montée à Schwarsee. Je récupérai une paire de bâtons, sachant d’avance que l’ascension allait être terrible. Et elle fut terrible… J’ai eu chaud, j’ai manqué d’énergie, je me suis fait dépasser presque tout le long, j’ai eu envie de jeter l’éponge plus d’une fois et j’ai bien souvent regardé vers le haut non sans désespoir…

Ultime côte avant l’hôtel de Schwarsee. De nouveau des encouragements. De nouveau le Cervin, tout près, presque à portée de main. Et enfin la descente ! Je pointais au sommet en 11e position. Ignorant le ravitaillement, je gagnais une place, puis deux. Mais nous allions être trois filles à nous talonner pendant plusieurs kilomètres, aussi teigneuses les unes que les autres. C’est alors que je vis du sang sur ma cuisse. Etonnée, je regardai ma main gauche : sanglante à souhait ! N’étant pas tombée, je porte ma main droite à mon visage. Et là, c’est la boucherie ! Tout en courant pour ne pas lâcher mes deux rivales, j’essaie de maîtriser mon nez qui joue à la fontaine. Au même moment, je vois une fille arrêtée au bord du sentier, apparemment percluse de crampes. Hop, une place gagnée…

L’oriflamme des 4 derniers kilomètres apparut enfin. J’accélérais et m’échappais seule. Je n’allais jamais parvenir à revenir sur la 7e, Michaela Senft. Comme l’an dernier, je savourais la traversée de Zermatt avec ses chalets typiques et son public chaleureux. Je franchissais la ligne d’arrivée en 8e position en 3h59, comblée d’avoir fini l’épreuve et gorgée de paysages exceptionnels.

Non, Zermatt n’est pas forcément accessible à tous parce que cette station reste une destination onéreuse. Mais je reste persuadée que courir le Matterhorn Ultraks est une expérience que tout trailer doit vivre. Et quand on vient une fois, on n’a qu’une envie : revenir !

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Le top 3 féminin du 30K : 1. Bettina Gruber 3h22’58 / 2. Elise Poncet 3h25’07 / 3. Séverine Pont Combe 3h30’48
Le top 3 masculin du 46K : 1. Martin Anthamatten / 2. Manu Merrillas Moledo / 3. Egea Aritz
Le top 3 féminin du 46K : 1. Elisa Desco / 2. Stevie Kremer / 3. Maite Maiora
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Matterhorn Ultraks : le compte à rebours a commencé…

Tic tac, tic tac, tic tac… Plus que quelques heures et je serai sur la ligne de départ du 30K du Matterhorn Ultraks. Comme d’habitude, c’est un mélange de sentiments qui m’habite. Et je me demande si je suis la seule à cultiver ces émotions paradoxales ou si nous sommes nombreux à nourrir ce maelström d’impatience, de joie… mais aussi d’anxiété et de doute.

Lorsque je regarde le somptueux Cervin, j’ai hâte de chausser les baskets pour courir sur les sentiers suisses et profiter des paysages à couper le souffle (bon, il faut dire aussi que les montées et l’altitude coupent elles aussi le souffle par ici !!!). Mais lorsque je regarde les points de passage de l’itinéraire, j’ai plutôt envie de déclarer forfait tant tout cela m’effraie… alors que j’ai avalé tout cela assez sereinement l’an dernier ! Etrange sensation que celle de ce mix émotionnel très contradictoire… Peut-être est-ce un cruel manque de confiance en soi ? Ou la peur de l’effort, forcément synonyme de souffrance à un moment donné de la course ? Ou encore la pression que je me mets toute seule parce que je rêverais d’améliorer la performance réalisée en 2014 ?… La réponse est difficile à trouver. Je me dis alors que la présence d’un préparateur mental n’est pas du luxe pour les coureurs « torturés » dans mon genre. Il faudrait sans doute un petit rien pour désamorcer la bombe du stress. Un peu de relaxation ou de yoga, un peu d’imagerie mentale… On a beau connaître ces techniques, on a finalement besoin d’être accompagné pour les mettre en oeuvre et, surtout, pour être rassuré.

Pour l’heure, Zermatt se révèle toujours aussi magique avec ses rues sans voiture, ses chalets fleuris, la silhouette du Cervin en guise de figure de proue et ses accès multiples et rapides à la haute altitude grâce à des remontées mécaniques ultra modernes. Zermatt, c’est le paradis des amoureux de la montagne dans toute sa splendeur. C’est aussi l’endroit rêvé pour courir un trail tant la qualité de l’organisation est au rendez-vous, tout comme la beauté des sentiers et des paysages. Demain, je sais où mes pieds se poseront tant je garde un souvenir précis de l’édition 2014. Je me rappelle aussi les derniers kilomètres partagés avec Michel Lanne (qui avait malheureusement abandonné sur le 46K) et l’arrivée dans le village sous les applaudissements chaleureux du public et l’inimitable voix de Ludo Collet… Décidément, vivement demain !  😉

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Engadin Ultraks : le somptueux petit frère du Matterhorn Ultraks !

Août 2014, Zermatt (Suisse). La silhouette du mythique Cervin m’avait littéralement envoûtée lorsque j’avais posé les baskets à Zermatt pour courir l’épreuve de 30 km et couvrir pour le magazine Zatopek un événement devenu légendaire en une poignée d’éditions : le Matterhorn Ultraks. Une organisation sans fausse note, une ambiance géniale et des paysages superbes : le cocktail était décidément savoureux sur les sentiers de la célèbre station suisse. Alors quand Michel Hodara, chef d’orchestre de cet événement, m’a contactée ce printemps, j’avoue que j’étais plutôt réceptive. Sa proposition ? Venir à Pontresina, à quelques kilomètres de St Moritz (toujours en Suisse) pour découvrir le dernier né de la famille Ultraks : l’Engadin Ultraks.

Samedi 4 juillet 2015, Pontresina. Près de 300 coureurs s’apprêtent à s’élancer sur les sentiers de l’Engadin sous un soleil radieux qui darde déjà ses rayons très chauds. Pour avoir repéré quelques portions du parcours la veille, je sais à quoi m’attendre : une première partie roulante de 8 km, puis une montée raide jusqu’à 2755 m, puis une longue descente jusqu’à St Moritz avant une deuxième montée de 400m D+ et une ultime descente jusqu’à Pontresina. 30 km et plus de 1700 m D+ au programme situés entre 1800 et 2755 m d’altitude.

_MG_4977« Fünf, vier, drei, zwei, ein… » Le décompte résonne solennellement avant de nous libérer dans les rues de Pontresina. L’allure est soutenue sans être trop élevée. Mes sensations sont plutôt bonnes, mais je sais qu’une ou deux filles me talonnent. Rapidement, l’une d’elles passe au petit trot (elle est engagée sur les 46 km) tandis que la seconde reste à ma hauteur. C’est alors qu’un malaise me retourne complètement. Nous sommes au 4e kilomètre et j’ai l’impression que je vais m’effondrer au sol, prise de vertige, de nausées et d’une drôle de sensation dans les jambes. L’idée d’abandonner fait plus que m’effleurer et je gamberge pendant de longues minutes avant de reprendre le dessus en me disant que le malaise va bien finir par s’estomper. Comme je lève un peu le pied pour laisser passer l’orage, je vois partir ma concurrente mais je m’efforce de la garder en point de mire. Je peste intérieurement contre mon manque d’habitude de l’altitude et j’imagine tout à coup l’enfer que doivent vivre ceux qui souffrent du mal des montagnes.

Au sentier bucolique dans la forêt succède une vue extraordinaire sur les glaciers. L’itinéraire rejoint un hôtel (1999 m) typique des montagnes suisses, puis il monte rudement en plein soleil. La chaleur est déjà très lourde alors qu’il est à peine 9 heures du matin. Je me sens toujours aussi mal, alors je bois, j’avale un gel et je me gorge des vues splendides sur les montagnes. Plusieurs filles me dépassent à vive allure. Mais comment font-elles pour aller si vite alors que l’on est si haut ?… La végétation se raréfie, laissant place à un environnement minéral. Face à nous, les glaciers resplendissent dans la lumière matinale. Nous atteignons enfin le point culminant du parcours et je retrouve le moral. Le ravitaillement, à 2700 m, me permet de boire longuement, de reprendre quelques forces morales auprès de mon assistance puis de me lancer dans la descente avec un objectif : rattraper la troisième qui n’est qu’à deux minutes devant moi et qui est, a priori, très éprouvée.

Le sentier en balcon est technique. J’adore et je m’amuse ! Les vues sur St Moritz et son chapelet de lacs verts et turquoise me remplissent de bonheur. D’ici, on a presque l’impression de voler au-dessus de ce paysage de carte postale. Les kilomètres défilent, je ne cesse de dépasser des coureurs. Puis je vois enfin ma rivale que je dépose sans me retourner. Elle ne me _I8P3547rattrapera jamais. Le passage à St Moritz marque le début d’une dernière partie de course placée sous le signe de la chaleur. La montée semble interminable malgré la beauté de la forêt. Je dépasse encore quelques coureurs, visiblement aussi rincés que moi par ces températures de folie. Puis je perçois la voix du speaker, encore lointaine… J’accélère dans l’ultime descente. Le dernier kilomètre me paraît infini tant j’ai chaud. Je n’ai plus d’eau. Je dois même marcher pour retrouver de l’énergie. Je sens que le coup de chaleur me guette… Mais l’arrivée est toute proche, alors je reprends un petit trot. Passer sous l’arche est plus qu’une joie, c’est une délivrance ! Je suis épuisée.

Fidèle à l’esprit de son aîné, l’Engadin Ultraks a tenu toutes ses promesses. Un savant mélange de paysages à couper le souffle, de professionnalisme dans l’organisation et de prestations soignées pour les coureurs fait de ce nouvel événement trail l’une des courses les plus belles que j’ai courues. Ceux qui aiment la haute montagne, ceux qui adorent éprouver ce sentiment de petitesse et d’humilité face à la nature, ceux qui savourent les organisations minutieuses doivent venir à l’Engadin Ultraks. Et riches d’images et d’émotions, ils ne résisteront pas à la tentation du Matterhorn Ultraks où la silhouette du Cervin impose toute sa magie.

Le site de l’événement : http://engadin.ultraks.com/en/

Galerie
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Courir en Aubrac, puis en Suisse : le trail, une invitation au voyage

Une vaste étendue moutonnante à plus de 1 000 mètres d’altitude où les vaches semblent plus nombreuses que les hommes. Des burons jetés ici et là au milieu des pâturages, comme de minuscules jouets oubliés au fil des ans. Et l’écho des cloches dans le silence de ce plateau à la fois sauvage et reposant. L’Aubrac, une région qui m’était totalement inconnue jusqu’à ce que je vienne y poser les baskets samedi dernier. L’Aubrac, un terrain roulant à souhait ! A la faveur d’une invitation des organisateurs de l’événement « Courir en Aubrac », j’ai lâché mon sac de sport dans un gîte paisible avant de filer sur le site de course pour retirer mon dossard. En cette veille de compétition, la place du petit village de Nasbinals (seulement 600 habitants) connaît l’effervescence. Des trailers évoluent un peu partout, animant d’une vie inhabituelle cette bourgade qui ne doit plus se reconnaître ! Consciencieuse, je pars trottiner sur les chemins pour le fameux footing de décrassage. Et je me rends vite compte que le parcours du lendemain promet d’être franchement usant…

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En délicatesse avec un adducteur et un genou depuis dix jours et tout juste sortie du cabinet d’ostéopathie, j’avoue que je n’aborde pas cette course l’esprit serein. Il faudra composer avec la douleur pendant la bagatelle de 29,5 km et 800 m D+. Mais la chimie se révèle miraculeuse car une bonne dose de paracétamol semble avoir raison des caprices tendineux et articulaires en ce dimanche matin. Sur la ligne de départ, Dominique Chauvelier me sourit et fait monter la pression dans le peloton de 700 coureurs impatients de s’élancer sur les sentiers. La musique s’élève et me rappelle étrangement le Marathon des Causses d’octobre dernier… Sous un soleil resplendissant, je vais profiter des paysages à 100 %, admirer les vaches aux yeux de biche, contempler les vallonnements des prairies fleuries, savourer l’ombre des forêts et papoter aussi avec des concurrents vraiment sympas qui m’encouragent et m’emmènent sur quelques kilomètres. Le terrain est si peu technique que nous pouvons courir en quasi-permanence et, bientôt, les jambes commencent à tirer un peu. Les quatre derniers kilomètres me paraissent longs, mais je déguste ma deuxième place à sa juste valeur. J’avoue aussi qu’il était temps que la ligne d’arrivée se profile car l’adducteur commençait à exprimer son mécontentement…

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La tête encore pleine d’images de cet Aubrac aux lumières fascinantes et aux allures de petit désert intérieur, je m’apprête à reprendre la route. Direction la Suisse et St Moritz pour participer à une première édition qui s’annonce aussi belle que son aînée, le Matterhorn Ultraks : l’Engadin Ultraks. Totalement charmée par le Cervin et l’événement trail d’août dernier, je n’ai pas hésité une seconde lorsque l’organisateur, Michel Hodara, m’a gentiment invitée à venir courir sur les sentiers helvètes. Une nouvelle occasion de découvrir des lieux d’exception où, contrairement à l’Aubrac vallonné, les 30 km qui m’attendent promettent d’être carrément alpins avec leurs 1700 m de dénivelée positive.

Le trail est décidément une formidable occasion de voyager. De s’ouvrir non seulement à d’autres horizons, mais aussi de s’ouvrir aux autres. Les échanges avec les concurrents sur la Cap’Aubrac ont illuminé ma course déjà heureuse grâce aux paysages traversés. C’est toute la magie de cette discipline : elle ne connaît pas de frontières. C’est sans doute pour ça aussi qu’on l’aime !

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Décembre : l’heure du bilan (avant les bonnes résolutions)

L’année 2014 se meurt lentement. Décembre est le mois que j’aime sans doute le moins : le froid et l’humidité qui transpercent, le ciel gris qui dévore la lumière, la nuit qui grignote toujours plus le jour… et les devantures surchargées des magasins où se massent frénétiquement des gens avides d’acheter plus, toujours plus…

Mais décembre est aussi synonyme de coupure sportive. Période propice à l’introspection, au souvenir et à l’analyse. Lorsque je jette un oeil dans le rétroviseur, je vois…

… une saison émaillée de sourires
Des sourires à l’entraînement, parce que courir reste avant tout un pur bonheur. Parce que courir dans des paysages aussi somptueux que les Alpes françaises, la Laponie finlandaise, le Rif et le Haut Atlas marocains ou le massif du Cervin est une source inépuisable de plaisir.
Des sourires en compétition, parce que décrocher une place d’honneur est toujours synonyme de joie et d’accomplissement. Parce qu’une course est toujours le lieu de belles rencontres, d’échanges et de partage.

… une saison sans blessure (miracle !)
La malédiction est enfin brisée. Après une opération d’un syndrome des loges en 2009, deux ans de pépins physiques, une reconversion dans le trail et trois printemps placés sous le signe des blessures (tendinites et fracture de fatigue), j’ai vécu ma première année sans bobo. Enfin, presque… L’épopée boueuse en Chartreuse sur le fameux Trail du Grand Duc, en juin dernier, a provoqué une véritable épidémie de douleurs aux genoux dans les rangs des participants. Fidèle à ma fragilité, je n’y ai pas échappé. Hop, une course objectif aux oubliettes ! La Sky Race des Ecrins me passe sous le nez et mon genou grince pendant tout le mois de juillet…

… une saison sportivement réussie
Heureuse. Oui, je suis heureuse de cette saison qui s’affirme comme ma plus belle année depuis mes débuts en trail : 10 courses, 4 victoires, 3 places de deuxième, 2 fois quatrième et 1 fois cinquième. Sans compter ma première expérience en triathlon avec une troisième place inespérée sur « le plus beau triathlon du monde ».

… des progrès et des points faibles
Grâce au travail réalisé à l’entraînement sous l’égide de mon coach, Jack Peyrard, et à l’apport précieux de certains amis et proches, j’ai incontestablement gagné en confiance, en gestion de course, en endurance et en relance. J’ai également compris, après plus de 17 ans de pratique (il était temps !), à quel point il était crucial de respecter des périodes de récupération.
En revanche, mes points faibles promettent d’intenses séances l’an prochain pour améliorer ma capacité à grimper ! Et il faudra aussi parvenir à intégrer régulièrement des étirements et de la PPG…

… des images qui resteront gravées en moi

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Trail en Laponie finlandaise (1ère)

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30K du Matterhorn Ultraks (4e)

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Ultra Trail Atlas Toubkal : La Virée d’Ikkiss (1ère)

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Triathlon Sprint de l’Indian Ocean Triathlon (3e)

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36 km de L’Ardéchois (2e)

Ma saison 2014

Le Réveil du Printemps (Laponie finlandaise) : victoire
Trail de Noyarey : 2e
L’Ardéchois (36 km) : 2e
Kilomètre Vertical de Villard-Reymond : 4e
Grand Duc de Chartreuse en duo avec Benoît Laval : victoire
Matterhorn Ultraks (30K) : 4e
Ultra Trail Atlas Toubkal (26 km) : victoire
Grenoble Ekiden Caisse d’Epargne (équipe 100 % féminine de l’AL Echirolles) : victoire
Marathon des Causses : 5e
Indian Ocean Triathlon (sprint) : 3e
Ultra Trail Collserolla (23 km) : 2e

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Matterhorn Ultraks : incursion en territoire helvète

Matterhorn. Une montagne bien connue. Non seulement des alpinistes, mais aussi des fans inconditionnels de chocolat puisque le logo du Toblerone n’est autre que la silhouette du Cervin ! Bien qu’adepte du cacao (voire carrément dépendante…), c’était moins l’amour du Toblerone que la fascination pour cette montagne mythique qui m’attirait comme un aimant à Zermatt.

Zermatt. L’une des stations de ski les plus prisées du continent européen. Et l’une des plus chics aussi. A la grâce d’un reportage pour Zatopek Magazine, je posais ainsi mes valises à Zermatt deux jours avant la deuxième édition d’un trail d’ores et déjà bien installé dans le calendrier international : le Matterhorn Ultraks. 

Les rues de la station fourmillaient d’une foule bigarrée : alpinistes chargés de sacs à dos et de piolets, surfers au look décontracté avec la planche sous le bras, Japonais photographiant tout et n’importe quoi, copines en plein shopping dans les boutiques rutilantes… et, de loin en loin, trailers trottant allègrement entre les badauds. Régulièrement, de petites troupes se massaient, visages tournés vers le roi des lieux : le Cervin, poudré de blanc et pudiquement enroulé dans une écharpe de nuages. C’était vendredi, la course se déroulait seulement le lendemain. Mais la magie des lieux opérait déjà et l’impatience de découvrir l’itinéraire grandissait. Alors que je rentrais à l’hôtel, je croisais dans la rue une jeune fille au visage illuminé d’un demi-sourire : Emelie Forsberg. A cet instant, je pris conscience de l’importance sportive de l’événement qui se préparait…

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Samedi 23 août, 7h30. Départ du 46K, manche des Skyrunner © World Series. Une brochette de stars s’élançait à l’assaut de 46 km et 3 600 m D+ : Stevie Kremer, Maité Maiora, Emelie Forsberg, Elisa Desco, Michel Lanne, Zaïd Aït Malek… Un plateau de haut vol dans un paysage somptueux ! Ce n’est qu’une heure et demie plus tard que je prenais à mon tour le départ (toujours à fond, fidèle à mes habitudes…) sur le 30K (31,6 km et 1900 m D+ à mon GPS) avec une émotion toute particulière : alors que les premiers rayons du soleil baignaient Zermatt, le peloton était libéré dans la rue principale de la station sous les vivas d’un public dense et les encouragements de l’irremplaçable Ludovic Collet.

Single dans une vaste forêt de mélèzes, sentier en corniche, ascension jusqu’au Sunnega où les spectateurs faisaient résonner d’énormes cloches et des salves d’applaudissements, puis Riffelalp, Furi et sa passerelle himalayenne vertigineuse… Après deux heures de course, c’était ici que le plus dur commençait : la montée jusqu’à Schwarsee. 4 km et plus de 700 m positifs. Une grimpée éprouvante, en plein soleil. Les mollets au bord des crampes, les cuisses douloureuses, le souffle court. Une pointe de découragement lorsque mes yeux s’élevèrent et tombèrent, au loin (trop loin !), sur le refuge de Schwarsee… mais, au-dessus de lui, le Matterhorn me regardait, somptueux et si proche ! Ultimes foulées dans les derniers mètres de cette ascension assassine et, enfin, la libération : 10 km de descente vers Zermatt. 10 km de pur bonheur à jouer avec les singles tortueux, à sauter par-dessus les cailloux, à relancer sur les chemins roulants, à gagner des places petit à petit. Et, à 4 km de l’arrivée, reconnaître un champion, Michel Lanne, et papoter avec lui en savourant l’honneur de partager quelques instants à ses côtés !

La flamme du dernier kilomètre, quelques centaines de mètres de bitume puis l’arrivée dans le village survolté : de chaque côté des barrières, une foule chauffée par la toute récente arrivée victorieuse de Stevie Kremer sur le 46K m’accueillit après 3h50 de balade en altitude. Envahie par une joie indicible, je franchissais la ligne d’arrivée en souriant, fière d’avoir décroché la 4e place. Et, surtout, heureuse d’avoir participé à cette épreuve somptueuse dans l’écrin légendaire du Cervin. En point d’orgue, je rencontrais le regard et le sourire de celui qui est et restera toujours à mes yeux l’icône mondiale du trail à l’état pur : Dawa Sherpa. 

Le Matterhorn Ultraks est une épreuve toute jeune (deux ans à peine), mais organisée avec un professionnalisme et une rigueur qui lui ont permis d’acquérir ses lettres de noblesse en un temps record. Paysages époustouflants, bénévoles souriants, parcours parfaitement balisés, itinéraires variés et alpins à souhait, superbes trophées réalisés par un artiste local : le Matterhorn Ultraks est indéniablement une course à vivre au moins une fois dans une vie de trailer.