Matterhorn. Une montagne bien connue. Non seulement des alpinistes, mais aussi des fans inconditionnels de chocolat puisque le logo du Toblerone n’est autre que la silhouette du Cervin ! Bien qu’adepte du cacao (voire carrément dépendante…), c’était moins l’amour du Toblerone que la fascination pour cette montagne mythique qui m’attirait comme un aimant à Zermatt.

Zermatt. L’une des stations de ski les plus prisées du continent européen. Et l’une des plus chics aussi. A la grâce d’un reportage pour Zatopek Magazine, je posais ainsi mes valises à Zermatt deux jours avant la deuxième édition d’un trail d’ores et déjà bien installé dans le calendrier international : le Matterhorn Ultraks. 

Les rues de la station fourmillaient d’une foule bigarrée : alpinistes chargés de sacs à dos et de piolets, surfers au look décontracté avec la planche sous le bras, Japonais photographiant tout et n’importe quoi, copines en plein shopping dans les boutiques rutilantes… et, de loin en loin, trailers trottant allègrement entre les badauds. Régulièrement, de petites troupes se massaient, visages tournés vers le roi des lieux : le Cervin, poudré de blanc et pudiquement enroulé dans une écharpe de nuages. C’était vendredi, la course se déroulait seulement le lendemain. Mais la magie des lieux opérait déjà et l’impatience de découvrir l’itinéraire grandissait. Alors que je rentrais à l’hôtel, je croisais dans la rue une jeune fille au visage illuminé d’un demi-sourire : Emelie Forsberg. A cet instant, je pris conscience de l’importance sportive de l’événement qui se préparait…

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Samedi 23 août, 7h30. Départ du 46K, manche des Skyrunner © World Series. Une brochette de stars s’élançait à l’assaut de 46 km et 3 600 m D+ : Stevie Kremer, Maité Maiora, Emelie Forsberg, Elisa Desco, Michel Lanne, Zaïd Aït Malek… Un plateau de haut vol dans un paysage somptueux ! Ce n’est qu’une heure et demie plus tard que je prenais à mon tour le départ (toujours à fond, fidèle à mes habitudes…) sur le 30K (31,6 km et 1900 m D+ à mon GPS) avec une émotion toute particulière : alors que les premiers rayons du soleil baignaient Zermatt, le peloton était libéré dans la rue principale de la station sous les vivas d’un public dense et les encouragements de l’irremplaçable Ludovic Collet.

Single dans une vaste forêt de mélèzes, sentier en corniche, ascension jusqu’au Sunnega où les spectateurs faisaient résonner d’énormes cloches et des salves d’applaudissements, puis Riffelalp, Furi et sa passerelle himalayenne vertigineuse… Après deux heures de course, c’était ici que le plus dur commençait : la montée jusqu’à Schwarsee. 4 km et plus de 700 m positifs. Une grimpée éprouvante, en plein soleil. Les mollets au bord des crampes, les cuisses douloureuses, le souffle court. Une pointe de découragement lorsque mes yeux s’élevèrent et tombèrent, au loin (trop loin !), sur le refuge de Schwarsee… mais, au-dessus de lui, le Matterhorn me regardait, somptueux et si proche ! Ultimes foulées dans les derniers mètres de cette ascension assassine et, enfin, la libération : 10 km de descente vers Zermatt. 10 km de pur bonheur à jouer avec les singles tortueux, à sauter par-dessus les cailloux, à relancer sur les chemins roulants, à gagner des places petit à petit. Et, à 4 km de l’arrivée, reconnaître un champion, Michel Lanne, et papoter avec lui en savourant l’honneur de partager quelques instants à ses côtés !

La flamme du dernier kilomètre, quelques centaines de mètres de bitume puis l’arrivée dans le village survolté : de chaque côté des barrières, une foule chauffée par la toute récente arrivée victorieuse de Stevie Kremer sur le 46K m’accueillit après 3h50 de balade en altitude. Envahie par une joie indicible, je franchissais la ligne d’arrivée en souriant, fière d’avoir décroché la 4e place. Et, surtout, heureuse d’avoir participé à cette épreuve somptueuse dans l’écrin légendaire du Cervin. En point d’orgue, je rencontrais le regard et le sourire de celui qui est et restera toujours à mes yeux l’icône mondiale du trail à l’état pur : Dawa Sherpa. 

Le Matterhorn Ultraks est une épreuve toute jeune (deux ans à peine), mais organisée avec un professionnalisme et une rigueur qui lui ont permis d’acquérir ses lettres de noblesse en un temps record. Paysages époustouflants, bénévoles souriants, parcours parfaitement balisés, itinéraires variés et alpins à souhait, superbes trophées réalisés par un artiste local : le Matterhorn Ultraks est indéniablement une course à vivre au moins une fois dans une vie de trailer.

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