4h30. Le réveil retentit. Par la baie vitrée ouverte sur la nuit tropicale, me parviennent quelques gazouillements d’oiseaux encore plus matinaux que les trailers. Je saute dans une jupe-short et un débardeur avant de rejoindre la salle du petit déjeuner. Il règne ici une agitation de fourmilière qui, dans quelques minutes, s’éteindra aussi vite qu’elle est apparue. A 5h20, un cortège de navettes nous conduira au Jet Ranch, site de départ de l’épreuve de 35 km. Bien plus tôt, les concurrents des 80 km ont rejoint la réserve de Yémen pour s’élancer à 5h, ruban de lucioles trouant l’obscurité.

De mon côté, j’avoue ne pas être dans un état de sérénité absolue. Comme souvent avant une compétition, le stress tend à s’emparer de moi. Surtout lorsque je croise les favorites : Anne-Cécile Delchini, l’actuelle leader incontestée du trail et de la course de montagne à La Réunion, mais aussi Fatima Hibbon, vainqueur de ces 35 km mauriciens l’an dernier. Détendu et souriant, je vois aussi Raymond Fontaine qui fait son grand retour cette année après plus d’un an et demi de blessure.

Un orchestre mauricien et des danseuses animent la ligne de départ tandis que le décompte commence. Le speaker, Laurent Nativel (DTZ Animation), chauffe le peloton avant d’égrener les ultimes secondes… C’est parti ! Contrairement à ce que je redoutais, le rythme n’est pas très élevé en ce début de course roulant. Je chemine d’abord dans le sillage d’Anne-Cécile Delchini, puis aux côtés de Nathalie Marguerit qui m’encourage à rester au contact de la favorite. Mais je veux avant tout gérer mon effort et laisse s’éloigner la Réunionnaise que nous gardons malgré tout en point de mire.

Les kilomètres s’enchaînent. Nous longeons un réservoir d’eau bordé d’une terre caillouteuse rouge avant de nous enfoncer dans le parc national de Rivière Noire pour une descente jouissive avec boue, cailloux et pelouse. Le deuxième ravitaillement, pittoresque sous son kiosque exotique planté à côté d’une rivière (qu’il faut traverser à gué !), signifie que la montée de Parakeet est toute proche. Encore fraîche, mais seule depuis plusieurs kilomètres, je m’engage résolument dans l’ascension. On m’a tellement dit qu’elle était épouvantable, interminable et épuisante que je suis heureusement surprise : les portions très raides sont finalement assez courtes, des parties plus plates permettent de récupérer et relancer et le sommet n’est pas si loin. A quelques centaines de mètres de la cime, j’aperçois une jupe bleu ciel entre les arbres. Je n’ose y croire… Fatima Hibbon est juste là ! Je la dépasse avec une motivation décuplée et une envie : garder ma deuxième place jusqu’à l’arrivée. Il reste encore 15 km de descente…

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« Tu peux l’avoir, elle n’est qu’à deux minutes devant ! » L’encouragement résonne à mes oreilles alors qu’il reste une dizaine de kilomètres avant de rallier l’océan. Deux minutes. Trois fois rien, en somme… Surtout lorsque les sensations sont bonnes ! Mais je n’ose pas accélérer franchement. Je suis seule. J’hésite à me lancer à la poursuite d’Anne-Cécile. Par manque de confiance, je maintiens l’allure sans vraiment relancer.

Les paysages sont superbes : la forêt tropicale est foisonnante, les panoramas sur la côte où se dessinent les rouleaux de l’océan sont somptueux. La fin de course me plonge dans un autre monde : celui des champs de canne à sucre. De part et d’autre du large chemin de terre rouge, se dressent les cannes, immenses et bruissantes dans le vent. L’arrivée est toute proche. Je savoure chaque foulée. Les barrières et les palmiers du site d’arrivée se dessinent bientôt. La voix du speaker retentit. Je passe sous l’arche avec le sourire et une main levée, fière de ma course mais un peu déçue aussi de ne pas avoir eu l’audace d’aller titiller Anne-Cécile Delchini.

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Le Lux Royal Raid n’est pas qu’un trail. Au-delà de la beauté de la course, dépaysante à souhait, il y a aussi l’ambiance. Ce mélange d’exotisme, de chaleur humaine, de rencontres, d’esprit festif. Après l’effort, on mange sous le chapiteau où sont dressées des tables nappées de blanc. On dévore des yeux les représentations de sega. On assiste à la remise des prix qui met en scène, invariablement, des sourires. Et puis il y a aussi les jours qui succèdent à la course : à l’hôtel Tamassa de Bel Ombre, on croise les concurrents qui vivent désormais en mode « vacances ». On danse, on se baigne, on rit, on joue au tennis, on plonge dans le lagon… et on croise Raymond Fontaine, une raquette de tennis sous le bras ou une serviette de piscine à la main, toujours aussi souriant et disponible. On voit aussi les organisateurs de cet événement hors du commun : Albert et Frédéric, créateurs de ce trail qui, en 10 ans, a multiplié par 10 son nombre de participants dans un pays où le trail n’en est qu’à ses balbutiements.

Bon, je vous laisse, le lagon m’appelle !   😉

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