Tût-tût-tût-tût-tût… La sonnerie du réveil vous tire d’un mauvais sommeil. C’est d’un oeil torve que vous regardez l’heure et que votre main agacée fait cesser le bruit strident. Le lundi matin est rarement enthousiasmant, mais là, vous touchez le fond. Après avoir vécu un week-end de folie avec un dossard épinglé sur le ventre, vous voilà brutalement projeté dans la routine quotidienne. L’exaltation du départ au son d’une musique qui vous a donné le frisson, les premiers kilomètres pendant lesquels vous avez eu l’impression de voler, l’alternance d’instants de jubilation extrême et de souffrance terrible, la joie de retrouver les visages de vos proches au ravitaillement, votre bonheur indicible lorsque vous avez franchi la ligne d’arrivée… tout cela semble déjà loin, trop loin. Pourtant votre coeur et votre esprit sont encore sur les sentiers, vos yeux sont encore imprégnés des somptueux paysages que vous avez sillonnés. Et vos jambes vous rappellent douloureusement que vous avez couru, beaucoup couru !

Vous avez beau essayer de vous concentrer, vous n’y parvenez pas. Vous avez beau vous efforcer d’être efficace, vous ne le pouvez pas. Invariablement, vous pensez aux moments hors du temps et hors du monde que vous avez vécus. Vous vous sentez complètement décalés par rapport à tous ces gens qui vaquent à leurs occupations quotidiennes. Tandis qu’ils ont passé leur week-end à jardiner ou à s’occuper de leur belle-mère, vous avez éprouvé l’émotion des héros, vous avez ressenti l’excitation des aventuriers. Comme la vie normale vous paraît terne, tout-à-coup…

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On pourrait appeler cet état la « déprime d’après-course ». Une déprime qui affecte d’autant plus le coureur que l’événement auquel il a participé était mythique et difficile. Une déprime qui concerne aussi ceux qui ont atteint leur objectif et ressenti des émotions intenses pendant leur course. Le retour à la normalité est toujours éprouvant, tant pour le corps courbaturé que pour l’esprit avide d’évasion. Il est encore plus difficile à vivre quand on se sent seul avec ses souvenirs dans le cadre tellement banal du bureau, du métro, de la salle de réunion… et même de sa propre cuisine…

L’atterrissage d’après-course ne ménage pas l’athlète. Un peu sonné, ce dernier recouvre peu à peu ses esprits. Et sa capacité à vivre normalement. Mais il garde au fond de lui des émotions uniques : celles que seul le sport peut lui procurer. Alors il se fait une raison, il replonge lentement dans le monde habituel. Mais une petite partie de lui est restée là-bas, sur les chemins, et une autre regarde déjà devant… vers la prochaine course !

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