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Yoga et running : le mix trendy

Pour tout vous dire, le titre même de cet article me fait bondir. 4 termes sur 6 empruntés à la langue de Shakespeare, c’est juste une horreur quand on dispose de la richesse du français… Mais voilà, quand on traite d’un sujet tendance, on est attiré comme un aimant par ces mots anglais qui font paraître le propos résolument moderne.

Or, vous l’avez sans doute remarqué, le yoga a le vent en poupe. Une quantité dingue d’internautes (et notamment de coureurs à pied) fait des selfies à n’en plus finir dans des positions invraisemblables, à croire que le yoga exige juste de poser son talon sur son genou et de joindre les mains au-dessus de la tête. Les choses ne sont pourtant pas aussi simples…

Courir, c’est le top pour se défouler et évacuer le stress. Personnellement, quand j’éprouve une tension intérieure, il suffit que je parte trotter pour que la nervosité s’envole et que les soucis semblent tout-à-coup aussi dérisoires que surmontables. Ma maigre expérience en yoga n’a pas été concluante : lors des deux cours que j’ai suivis, avec deux enseignants différents et deux approches différentes, j’ai éprouvé une irrépressible envie de courir autour de la pièce plutôt que maintenir une position qui me prouvait douloureusement ma raideur chronique… Pourtant nombreux sont ceux (et surtout celles, il faut bien le dire) qui pratiquent le yoga en parallèle de la course à pied. Pourquoi ?

 

Le yoga ? Pfff, c’est pour les vieux !

Non non, le yoga n’est pas une activité de mémé ! « C’est ce que je croyais avant de découvrir cet art de vivre à Bali, il y a des années », confie Karyne Nguyen, sportive assidue et professeur de yoga. Pourtant cette philosophie issue du Pakistan et de l’Inde, puis adoptée aux Etats-Unis et en Europe, se décline en différentes mouvances dont certaines s’avèrent très dynamiques. « Quand on parle de yoga sans autre précision, c’est un peu comme lorsqu’on parle d’athlétisme. L’athlétisme recouvre une grande diversité de disciplines, du demi-fond au lancer du poids. Pour le yoga, c’est la même chose« , explique Atma Singh, ancien skieur de haut niveau devenu fervent adepte du yoga.

On distingue en effet différentes sortes de yoga, de l’approche traditionnelle du Hatha yoga (très centrée sur le ressenti et l’ésotérisme) à l’Ashtanga (qui peut parfois s’apparenter à de la gym) en passant par l’Anusara yoga (approche anatomique pratiquée par Karyne Nguyen) et le Kundalini yoga (dans lequel Atma Singh est expert). Sans entrer dans les détails des différentes approches, retenons que le yoga s’appuie sur cinq piliers majeurs : la maîtrise du souffle (ou Pranayama), les postures (ou Asanas), la relaxation, la nutrition et la méditation. Bon, tout cela est bien beau, mais en quoi est-ce intéressant pour le running ?

 

Une affaire de souffle

En yoga comme en running, le souffle occupe une place centrale. Si la respiration se met au service de la performance lorsqu’on court, elle devient une véritable prise de conscience en yoga. « Grâce au yoga, on réapprend à respirer », explique Karyne Nguyen. « On peut faire varier la respiration en fonction de ses besoins : relâchement, récupération active, regain d’énergie… » Une fois que l’on maîtrise les différents types de respiration, on peut aisément les utiliser en courant et améliorer sa capacité respiratoire. « Lorsqu’on court, on trouve petit à petit un rythme de croisière, une respiration régulière. Cette régularité respiratoire apporte une stabilité mentale, donc une certaine paix intérieure, que l’on retrouve en yoga. Mais les techniques de respiration du yoga, parce qu’elles sont pratiquées de manière consciente, sont plus efficaces, » estime Atma Singh.

L’intérêt de la respiration telle qu’elle est enseignée en yoga se révèle d’autant plus vif lors d’une compétition. Grâce à la maîtrise du souffle, on peut facilement canaliser ses émotions. A la clé : une sérénité accrue et de meilleures performances. « Au départ d’une course, on voit souvent des coureurs sautiller sur place et faire des mouvements désordonnés. Ils perdent une précieuse énergie. Ils devraient plutôt adopter la respiration du feu (cf. zoom ci-dessous) pour maintenir leur niveau d’échauffement sans agiter leur mental », conseille Atma Singh. En trail, les variations de terrain se prêtent particulièrement bien aux techniques de respiration du yoga : relâchement en descente, récupération active en montée raide lorsqu’on marche…

 

Postures physiques et mentales

Dans l’imaginaire collectif, traînent des images d’Epinal. Comme celle de la position du lotus que l’on associe au yoga et à la méditation. Mais ce n’est pas l’unique posture proposée par la discipline, loin de là. « Dans toutes les situations de la vie, le plus important est de vivre l’instant présent. C’est donc le chemin parcouru pour atteindre la posture qui importe. On travaille sur le ressenti profond, à la fois physique et mental, et sur le recentrage sur soi qui apporte apaisement et confiance en soi« , précise Karyne Nguyen. En maintenant des postures plusieurs minutes, et non quelques secondes comme dans les étirements traditionnels, et en leur associant une respiration adaptée, l’assouplissement est plus efficace et s’accompagne d’un lâcher prise mental. « C’est beaucoup plus bienveillant envers le corps que les étirements et on travaille en même temps le gainage profond », ajoute Karyne Nguyen. Du coup, le yoga s’avère exigeant car le juste alignement du corps est une quête constante vers un mieux-être.

Pour le running, l’intérêt est évident : un gainage efficace et un système musculo-tendineux plus souple préviennent les blessures, réduisent les courbatures et améliorent la technique de course. « Grâce au yoga, on peut notamment assouplir la chaîne musculaire postérieure, essentielle en running, et le diaphragme, muscle central que les coureurs n’étirent jamais alors qu’il est à l’origine de la plupart des points de côté », assène Atma Singh. Le yoga permet aussi d’apprendre à gérer la douleur physique souvent présente lors de l’activité sportive : « Au lieu de contourner la souffrance, on la chouchoute pour l’apaiser, par exemple en « respirant » dans la zone douloureuse », indique Karyne Nguyen.

 

Des bienfaits psychologiques aussi 

Parce que le yoga s’appuie sur une respiration consciente et maîtrisée et que le corps et le mental sont intimement liés, il permet d’accéder à un état de relaxation salvateur. Plusieurs méthodes de préparation mentale du sportif sont d’ailleurs issues du yoga comme la sophrologie, la PNL (programmation neuro-linguistique) ou la visualisation positive. « Prendre conscience de sa respiration et de son corps peut aboutir à une méditation. Les pensées glissent sans que l’on s’y agrippe », explique Atma Singh. On relativise ainsi ce que l’on vit, ce qui stresse et fait douter. « Il est important de prendre du recul en sport et d’éviter de se dire au beau milieu d’une compétition : qu’est-ce que je fiche ici ? » ajoute Karyne Nguyen. Le yoga permet donc d’avoir un mental plus fort et d’optimiser les performances.

Des performances que l’hygiène de vie favorise également. Or l’un des cinq piliers du yoga concerne la nutrition. « Le yoga permet de prendre conscience de tout ce que l’on mange et de le faire en connaissance de cause, sans jugement », précise Karyne Nguyen. Sans forcément adopter le régime lacto-végétarien généralement prôné par le yoga, choisir consciemment ce que l’on ingère permet de mieux équilibrer son alimentation et, ainsi, d’avoir plus d’énergie pour pratiquer une activité sportive. « Le choix alimentaire a un impact physique, mais aussi mental », conclut Karyne Nguyen. Une fois encore, on voit que le yoga se fonde sur l’étroite relation qui unit le corps et l’esprit. Une symbiose que l’on recherche en course à pied.

 

 

C’est décidé, je me mets au yoga !
  • Ne commencez pas seul ! Adressez-vous à un professeur de yoga et discutez avec lui expliquer quelles sont vos attentes en tant que coureur à pied.
  • Bannissez les « usines à yoga » ! Un bon cours de yoga ne doit pas réunir plus d’une douzaine de personnes maximum.
  • Faire du yoga ne doit jamais être ressenti comme une contrainte.

 

Zoom sur… la respiration
  • Pour apaiser le mental et évacuer le stress, par exemple avant une compétition, respirez en bouchant votre narine droite avec votre pouce droit, main ouverte, doigts tendus et écartés. Inspirez et expirez lentement et profondément par la narine gauche en fermant les yeux.
  • Sur une ligne de départ, pratiquez la « respiration du feu » pour maintenir votre niveau d’échauffement sans vous déconcentrer et sans perdre d’énergie : respirez rapidement mais à une cadence régulière (comme un halètement mais en respirant par le nez et non par la bouche). En respirant ainsi pendant 3 minutes, vous réoxygénez tout votre volume sanguin !

 

 

Les deux experts
  • Karyne Nguyen est professeur de yoga et pratiquante assidue de trail, cyclosport, VTT et ski. Elle propose des stages « Trail et yoga » en association avec Vincent Delebarre, des Yoga Workshops le samedi matin, des cours collectifs et particuliers, des massages pour les sportifs et des accompagnements personnalisés. / www.yogathletic.fr
  • Atma Singh est lui aussi professeur de yoga et pratiquant de ski alpinisme (il était autrefois membre de l’équipe de France de ski de fond et coureur à pied). Il dirige l’entreprise Golden Temple qui commercialise le célèbre Yogi Tea.

 

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Qui connaît Paul Martin ?

Rien de plus banal et passe-partout que ce nom-là : Paul Martin. C’est un peu comme Jean Dupont ou Pierre Bernard : des états civils que l’on ne retient pas tant ils sont monnaie courante. Si Paul Martin ne brille pas par l’originalité de son identité, il se distingue par l’éclat de son palmarès sportif et de sa réflexion sur le sport, voire sur la vie dans sa globalité. Suisse, né en 1901 et mort en 1987, il a participé à la bagatelle de cinq Jeux Olympiques entre 1920 et 1936 et a décroché la médaille d’argent aux JO de Paris en 1924 sur 800 m. Voilà qui ne nous rajeunit pas, me direz-vous, et vous auriez bien raison !

Au-delà de la carrière sportive de cet homme par ailleurs éminent chirurgien, je souhaite surtout pointer la pertinence de la réflexion de ce champion qui n’a eu de cesse de promouvoir la course à pied, les valeurs de l’olympisme, les vertus du sport en général et même une certaine philosophie de vie. Dans Le sport et l’homme, Paul Martin évoque notamment la compétition et les motivations qui animent l’athlète. Souvent confrontée à l’incompréhension des personnes peu sportives ou totalement rebutées par la compétition, j’ai trouvé dans ces lignes des formules particulièrement intéressantes et une analyse pertinente de la pratique sportive. Il y a même des phrases entières qui mériteraient d’être apprises par cœur… non ?  😉   Je vous laisse méditer ces deux extraits.

« L’athlète n’évite pas la difficulté, il la recherche pour la vaincre ; il ne craint pas la fatigue, mais il s’entraîne à en triompher. Il ne se laisse pas dominer par la crainte, mais cherche la confiance en soi. Le but de la compétition (par laquelle l’athlète s’oppose à des énergies autres que la sienne) n’a pas pour objet de développer chez le sportif l’esprit d’inimitié ou la haine de l’adversaire. Le sportif considère l’opposition, qui est l’essence même de la compétition, comme une occasion de donner son maximum, de découvrir et d’utiliser toutes les ressources qu’il a en lui et que, peut-être, il ignorait. L’adversaire n’est pas l’ennemi qu’il faut abattre, mais le jalon qu’il faut dépasser ; le but de ce dépassement n’est pas de faire de son adversaire son propre piédestal, mais d’exprimer dans une forme personnelle toute la perfection dont le sportif est capable, perfection qui sera une sorte de plénitude et de joie et un exemple pour les autres. »

« On ne peut qu’admirer le calme parfait des grands champions qui s’apprêtent à affronter les épreuves décisives. (…) Le champion a la confiance absolue d’atteindre un but précis : le dépassement de soi-même ; il sait qu’il va fournir la preuve de ce qu’il y a de meilleur en lui. Peut-être triomphera-t-il des autres compétiteurs ; quoi qu’il en soit, il aura triomphé de lui-même. Les athlètes pénétrés de cet esprit ne peuvent que goûter la joie de la lutte car, vainqueurs ou vaincus, ils savent qu’ils n’ont aucun reproche à se faire. Ils peuvent donc, sans hargne, tendre la main à l’adversaire, se plaire à reconnaître son mérite et le mesurer à sa juste valeur. »

Douglas Lowe, vainqueur, félicité par Paul Martin à l'arrivée du 800 m aux JO de Paris en 1924. (© IOC Olympic Museum Switzerland)

Douglas Lowe, vainqueur, félicité par Paul Martin à l’arrivée du 800 m aux JO de Paris en 1924. On remarquera l’équipement, notamment les chaussures qui, aujourd’hui, paraissent tout simplement hallucinantes… (© IOC Olympic Museum Switzerland)

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La déprime du héros, ou le difficile atterrissage d’après-course

Tût-tût-tût-tût-tût… La sonnerie du réveil vous tire d’un mauvais sommeil. C’est d’un oeil torve que vous regardez l’heure et que votre main agacée fait cesser le bruit strident. Le lundi matin est rarement enthousiasmant, mais là, vous touchez le fond. Après avoir vécu un week-end de folie avec un dossard épinglé sur le ventre, vous voilà brutalement projeté dans la routine quotidienne. L’exaltation du départ au son d’une musique qui vous a donné le frisson, les premiers kilomètres pendant lesquels vous avez eu l’impression de voler, l’alternance d’instants de jubilation extrême et de souffrance terrible, la joie de retrouver les visages de vos proches au ravitaillement, votre bonheur indicible lorsque vous avez franchi la ligne d’arrivée… tout cela semble déjà loin, trop loin. Pourtant votre coeur et votre esprit sont encore sur les sentiers, vos yeux sont encore imprégnés des somptueux paysages que vous avez sillonnés. Et vos jambes vous rappellent douloureusement que vous avez couru, beaucoup couru !

Vous avez beau essayer de vous concentrer, vous n’y parvenez pas. Vous avez beau vous efforcer d’être efficace, vous ne le pouvez pas. Invariablement, vous pensez aux moments hors du temps et hors du monde que vous avez vécus. Vous vous sentez complètement décalés par rapport à tous ces gens qui vaquent à leurs occupations quotidiennes. Tandis qu’ils ont passé leur week-end à jardiner ou à s’occuper de leur belle-mère, vous avez éprouvé l’émotion des héros, vous avez ressenti l’excitation des aventuriers. Comme la vie normale vous paraît terne, tout-à-coup…

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On pourrait appeler cet état la « déprime d’après-course ». Une déprime qui affecte d’autant plus le coureur que l’événement auquel il a participé était mythique et difficile. Une déprime qui concerne aussi ceux qui ont atteint leur objectif et ressenti des émotions intenses pendant leur course. Le retour à la normalité est toujours éprouvant, tant pour le corps courbaturé que pour l’esprit avide d’évasion. Il est encore plus difficile à vivre quand on se sent seul avec ses souvenirs dans le cadre tellement banal du bureau, du métro, de la salle de réunion… et même de sa propre cuisine…

L’atterrissage d’après-course ne ménage pas l’athlète. Un peu sonné, ce dernier recouvre peu à peu ses esprits. Et sa capacité à vivre normalement. Mais il garde au fond de lui des émotions uniques : celles que seul le sport peut lui procurer. Alors il se fait une raison, il replonge lentement dans le monde habituel. Mais une petite partie de lui est restée là-bas, sur les chemins, et une autre regarde déjà devant… vers la prochaine course !