Réaliser que les journées sont longues.
Savourer les quelques heures qui séparent la fin du travail et le début de la soirée.
Disposer d’une tranquillité de corps inhabituelle.
S’endormir sans éprouver la fatigue musculaire devenue familière.
Décidément, les semaines d’avant-course ont une saveur particulière. Placées sous l’égide du repos « pour faire du jus », ces périodes qui précèdent une échéance importante font prendre conscience de la place qu’occupe le sport dans nos vies de coureurs passionnés. Tout-à-coup, les journées se dilatent et l’organisme se régénère avant de mener sa petite guerre : celle de la course à venir, cette lutte contre soi-même que l’on a préparée soigneusement pendant de longues semaines. Parfois totalement serein, parce que sûr et certain d’avoir « fait le job », parfois un peu angoissé, parce que l’on n’a pas vraiment suivi le plan d’entraînement prévu, on vit ces quelques jours de repos en éprouvant un mélange de plénitude et d’impatience.

Dimanche, à 6 heures, dans les lueurs du petit matin, je serai au départ de la 25e édition du Grand Duc de Chartreuse, l’un des trails les plus vieux de l’Hexagone. Une épreuve longtemps considérée comme l’une plus dures du circuit. « Il y a 15 ans, c’était peut-être la deuxième course la plus difficile après le Grand Raid de la Réunion », estime Benoît Laval qui sera mon co-équipier dimanche puisque nous courrons en relais de deux. « Depuis, le paysage de l’ultratrail a beaucoup évolué. Mais le Grand Duc, lui, n’a pas changé ! Il est resté la formidable course populaire et conviviale qu’il a toujours été. » 

Parce que le Grand Duc a su rester fidèle à ses valeurs originelles, parce qu’il n’a pas cédé aux sirènes du trail business, parce qu’il reste une épreuve à taille humaine, je me sens motivée comme jamais. Et je savoure depuis lundi le repos du trailer-guerrier. Non sans penser chaque jour à ce qui m’attend dimanche matin, à l’aube, sous un ciel qui s’annonce impitoyable. Le trail, c’est aussi cela : l’humilité face à un environnement qui nous dépasse et la mobilisation de toutes nos maigres forces pour affronter la montagne. Une leçon de vie, en somme.

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