Comme promis, voici la suite de l’interview de Nicolas Martin !

Dans le milieu du trail, on a tendance à glorifier les forçats des sentiers, autrement dit ceux qui courent des distances qui semblaient délirantes il y a encore peu de temps (60, 80 ou encore 120 km !). D’après toi, pourquoi les gens rêvent-ils de courir de telles distances et dénivelées ? Pourquoi les médias valorisent-ils autant les trails longs et les ultras au détriment des trails courts et de la course de montagne ?

« Les longues distances sortent de la pratique naturelle de la course à pied. Il y a une sorte d’inconnu qui attire les gens. Dans une société « aseptisée », c’est un vrai défi de courir 50 km et plus. Au départ, il y a l’incertitude d’être capable de rallier la ligne d’arrivée. Je pense que c’est autant une aventure sportive que personnelle. On recherche ses propres limites sans que les autres ou le chrono en soient les révélateurs.

En revanche je ne trouve pas logique de valoriser plutôt les coureurs de « long » que les adeptes du « court ». Les meilleurs, quelle que soit la discipline, sont de vrais athlètes et je pense qu’on a trop tendance à tout vouloir hiérarchiser. C’est vraiment typique du trail. Personne ne se demande si Rudisha est meilleur que Bekelé ou Mo Farah. Entre une course en montagne d’une heure et un ultra trail de 20 heures, il y a tout de même une différence notable dans les facteurs de la performance qui rend impossible une quelconque comparaison entre les divers acteurs. Cela dit, je pense que le court possède une densité supérieure au long car c’est plus abordable en termes de préparation. On peut essayer d’être compétitif sur un France de montagne en venant du cross ou de la route sans trop de préparation spécifique. On n’excellera pas, mais c’est jouable. Faire la même chose sur un ultra, c’est courir droit dans le mur.

A titre personnel, j’ai autant de respect pour les performances de Julien Rancon que celles de François d’Haene. Pour moi, ces deux coureurs font partie des meilleurs de leur discipline respective et c’est cet aspect qu’on doit considérer.

En ce qui concerne la médiatisation, la valorisation du long est une caractéristique française. En Italie, c’est plus la course en montagne qui a les honneurs, par exemple.

Cependant je m’inquiète un peu de la banalisation des distances. En termes de préparation, je pense faire ce qu’il faut pour être prêt à encaisser un trail long. Pourtant je trouve que c’est loin d’être anodin de courir 40 km avec 2000 m de D+. Malgré tout, on a l’impression que c’est devenu la balade du dimanche ! On observe aussi d’autres comportements assez étonnants. Vouloir faire un ultra trail montagneux alors qu’on vient de débuter récemment dans la discipline est difficilement compréhensible. Je ne dis pas qu’on échouera à coup sûr, mais il y a fort à parier qu’il sera dur d’éprouver un réel plaisir. Comme dans tous les domaines, il faut prendre son temps. Le corps humain est une machine exceptionnelle, mais elle a besoin de temps pour évoluer et se transformer. Dans une société où l’on veut tout et tout de suite, ce n’est pas simple à intégrer mais indispensable pour minimiser le risque de blessure.

Enfin, dans la médiatisation, il y a sans doute un aspect marketing qui rentre en jeu. Prendre le départ d’un ultra, c’est avoir sur soi au minimum 1000 € de matériel. Pour une course en montagne, on peut diviser au moins par 5 ce coût. Les marques investissent donc sur les marchés les plus porteurs. »

Pour finir, une question un peu plus personnelle : on commence à bien connaître « Nicolas Martin membre de l’équipe de France », mais finalement on n’évoque pas souvent qui tu es lorsque tu quittes ton short. A quoi ressemble ta vie quotidienne ? 

« Déjà, comme l’immense majorité des trailers, je travaille à plein temps. Je suis livreur dans une minoterie. Je commence très tôt le matin (à 3 ou 4 heures). En contrepartie, j’ai du temps libre l’après-midi. C’est un travail assez physique qui n’est pas toujours facile à concilier avec le sport à bon niveau. Une journée type en semaine, c’est lever à 2 ou 3 heures du matin, puis je travaille jusqu’à midi environ. Ensuite, je déjeune puis je fais une petite sieste avant de partir à l’entraînement.

J’habite dans le Trièves, aux confins du Sud Isère. C’est un territoire de moyenne montagne à dominante agricole. C’est un lieu idéal pour les pratiques outdoor. J’ai une autre grande passion à côté du sport : la chasse. Plus exactement, c’est la chasse aux chiens courants. Je possède 7 griffons nivernais avec mon papa. Je l’accompagne depuis mes 5 ans ! Dans ma jeunesse, j’ai dû passer 99 % de mes week-ends d’automne dans les bois à le suivre. Pendant que certains de mes amis faisaient la grasse mat’, j’arpentais les forêts triévoises. Quand j’avais 12-13 ans, dès le lundi matin, j’attendais avec impatience le samedi matin pour prendre mon chien et partir à la recherche des sangliers. Aujourd’hui, je pratique moins car je passe un temps important à l’entraînement.

En termes d’entraînement, je fais entre 6 et 8 séances par semaine, ce qui représente entre 8 et 12 heures d’effort hebdomadaire. En période de vacances, je fais quelques heures supplémentaires. C’est majoritairement de la course à pied, mais je fais aussi du vélo et quelques séances de pliométrie, gainage et PPG.

Mes goûts extra-sportifs ? J’aime bien les livres de Jean-Christophe Grangé. J’aime bien aussi explorer les divers domaines de la performance (nutrition, entraînement…) et, côté musique, j’écoute à peu près tout, à l’exception de la musique classique. Et puis j’aime bien partager un bon repas avec mes amis ou ma famille. Malgré ma pratique sportive, j’apprécie la convivialité d’un bon repas où l’on sort en ayant le sentiment d’avoir un peu « abusé ». En revanche, je n’ai jamais été trop branché par les discothèques et autres sorties nocturnes. J’essaie d’être quelqu’un d’assez authentique et j’espère que les coureurs que je rencontre me perçoivent aussi de cette manière. »

 

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