Il est des terres où l’on ne songerait pas à courir. Parce qu’elles semblent lointaines, hostiles, inaccessibles. Pourtant, au bout d’une longue route invariablement bordée de sapins et émaillée de loin en loin par une maison, à quelque 100 km de la première ville, se love une base d’activités gérée par des Français : Norwide. C’est ici que j’ai posé mes valises remplies de matériel de trail (et de vêtements pour affronter le froid !) en fin de semaine dernière. Au programme : un reportage pour VO2max, l’organisateur du Réveil du Printemps. Et, pour vivre cette course à étapes de l’intérieur, un dossard. Ici, travail rime avec plaisir…

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Lundi, 12h30, sur le bord d’un lac pris par les glaces

L’arche bleue se dresse, perdue dans la blancheur. Le petit peloton de 35 coureurs, dont les visages sont illuminés d’un large sourire, s’élance derrière un traîneau à chiens. Même si le froid brûle un peu les bronches, évoluer dans ce paysage hésitant entre hiver et printemps, entre givre et bourgeons, est un véritable enchantement. Seul le bruit de nos pas fait craquer la neige dans ces silencieuses étendues sauvages.

Grâce à la froidure, le terrain reste porteur et évite un enfoncement énergivore. Nous longeons les rives d’un immense lac pris par la glace avant de grimper (modestement !) au sommet d’une colline. Courir devient un jeu d’équilibre : alors que je crois profiter d’une neige tassée, le sol se dérobe plus d’une fois sous mes pieds et je m’enfonce jusqu’à mi-mollet ! Puis une petite descente ludique précède un long kilomètre sur le lac. L’arche d’arrivée se profile au loin, bien visible sur la neige. Je termine première féminine et deuxième au scratch en 43’38’’.

En fin de journée, le groupe de coureurs visite le chenil de Norwide où sont élevés 150 chiens de traîneau. La rencontre est belle avec ces athlètes à quatre pattes et leurs mushers passionnés.

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Mardi, 9h30, sous les frondaisons des sapins, au bord d’un lac gelé

23,5 km et 420 m D+ : en dépit de la faiblesse de dénivelée, la deuxième étape s’annonce rude. Il fait froid, le sol crisse sous les pieds tant il est dur. Philippe Linger, impressionnant de facilité la veille, Antoine Long et moi décidons de courir ensemble. La balade dans ces vastes étendues quasi-vierges est somptueuse. Dans la quiétude glacée de la forêt primaire, des tourbières et des lacs, seuls nos pieds et nos souffles résonnent. Nous sommes projetés dans un autre univers, loin de tout, loin du monde.

Les kilomètres défilent. Nous parlons peu mais nous partageons en silence la beauté des paysages et le bonheur de courir dans une ambiance aussi particulière. Parvenus au deuxième ravitaillement (18,5 km), Philippe décide de finir à son allure. Il s’envole devant nous de sa foulée aérienne qui se joue de la neige. Antoine et moi terminons ensemble, les jambes alourdies par l’effort et les grimpettes à répétition dénichées par le directeur de course, Cyril Sismondini. Comme la veille, je termine première féminine en 2h04.

Plusieurs minutes après avoir remercié mes deux compagnons de course et échangé quelques impressions, je reste imprégnée du charme de ces contrées perdues aux confins de la Finlande, à quelques encablures seulement de la frontière russe.

Il est des terres où l’on ne songerait pas à courir. Et où il est pourtant si délicieux de courir ! La Laponie finlandaise est incontestablement de celles-là.

 

Prochain épisode demain pour suivre la 3e étape du Réveil du Printemps (15 km).

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