0

Le Relais des Dahus : une course intimiste

A l’origine, il y eut un message anodin posté sur une messagerie instantanée. Quelque chose du genre : « Marie, nous vous convions à notre course qui se déroulera le 4 février dans notre petit village de l’Oisans. »  Une rapide recherche d’information plus tard, j’acceptai l’invitation. Dès qu’il s’agit d’épreuves en équipe, je fonce ! J’adore le partage, la complicité dans l’effort, le dépassement de soi démultiplié par l’enjeu collectif. Dans le cas de ce Relais des Dahus, l’association du trail blanc et du ski alpinisme ne mit guère longtemps à m’enthousiasmer. Surtout que j’avais déjà en tête le nom de ma coéquipière : la pétillante Caroline Joguet. Nous voilà donc inscrites ensemble sous le nom d’équipe « Les Cabrettes », clin d’œil au métier de Caroline et à mon amour pour les chèvres.

Si la vie était simple, ça se saurait !

Ce fut encore grâce à une messagerie instantanée que la mauvaise nouvelle tomba en janvier : Caroline était blessée au genou et devait déclarer forfait. Quelle poisse ! Mais elle me proposait un remplaçant : Yoann Sert, le champion de VTT et de ski alpinisme lui-même ! Je me sentis brutalement un peu sous pression, allez savoir pourquoi… L’équipe était donc rebaptisée : « Un cabri, une cabrette ».

Mais la vie n’est pas une mer d’huile. Elle offre plutôt des remous, voire carrément des vagues monstrueuses. Et là, c’était un gros grain qui allait m’assommer à quatre jours de la course, toujours sur cette fameuse messagerie instantanée : « Marie, j’ai une angine et une sinusite, je suis sous antibiotiques, je ne me sens pas assez en forme pour samedi… »  J’ai franchement cru que j’allais devoir renoncer et je regardais déjà en direction d’un autre trail local lorsqu’un homme providentiel apparut : Jonathan Rouquairol, un ami, cherchait lui aussi un coéquipier ! Emballé et vendu en trois secondes chrono : nous allions faire équipe.

_mg_7243

Quand la petite course sympa se transforme en séance où tu te mets minable… 

« Nous comptons 15 duos inscrits, mais nous sommes contents. L’essentiel n’est pas d’avoir un maximum d’équipes, mais de voir tout le monde s’amuser et se faire plaisir », affirmait Laëtitia, organisatrice et animatrice de l’événement. Avec des yeux ronds comme des soucoupes, j’observais la place du village animée par des stands, un brasero, des musiciens, des concurrents rieurs et des touristes fraîchement débarqués de leur journée de glisse. « Prenez votre temps pour vous échauffer, nous avons toujours un petit quart d’heure de retard », s’amusait Laëtitia avec sa bonne humeur communicative. Alors on trottinait tranquillement, on papotait, on se demandait si on allait devoir allumer la frontale dès la première boucle. La nuit tombait petit à petit, les premières étoiles commençaient à scintiller dans le ciel.

_mg_7188

Le peloton d’une quinzaine de trailers s’élançait dans le crépuscule sous les encouragements. Fidèle à mes habitudes, je partis comme une dératée. En me disant bientôt qu’il allait falloir calmer le jeu au relais suivant sous peine de rapidement cracher un poumon sur le bord du chemin enneigé ! En 8 minutes, le parcours de trail était avalé et le relais transmis à Jonathan. Moins de 7 minutes plus tard, il réapparaissait comme une furie. Nous étions premiers et nous allions le rester pendant une heure et demie sans jamais être inquiétés. Mais, l’un comme l’autre, nous avons la compétition dans le sang… alors, forcément, nous avalions nos boucles à toute vitesse, même si nous savions que notre avance était confortable ! Ce qui devait être une petite course sympa était devenue une sacrée séance de fractionné… Mais quel bonheur de courir en pensant à son coéquipier, de transmettre le témoin en lançant un encouragement, de savourer cette ambiance bon enfant, simple mais ô combien chaleureuse. Nous étions une trentaine de concurrents, mais j’avais l’impression que nous étions en fait 150 tellement l’atmosphère festive me portait ! La magie de ces courses intimistes tient à ces liens qui se nouent spontanément entre les participants et le public : personne ne se regarde en chiens de faïence, tout le monde se sourit, se charrie, se motive. Le partage et la solidarité rassemblent sans distinction.

_mg_7246

Après la victoire des Cabrettes, le réconfort de la tartiflette !

Tout en toussant à qui mieux mieux (produire un effort violent dans le froid n’est décidément pas très recommandé pour les voies respiratoires…), nous quittions l’aire de course pour rallier la salle des fêtes. Les petites rues du village dégageaient une âme authentique avec leurs maisons en pierres et leurs timides loupiottes. Dans une petite salle, les tables étaient dressées, comme lorsqu’un hôte reçoit une poignée d’amis. La tartiflette ne fit pas pli…

Puis vint la remise des prix, moment toujours un peu ennuyeux. Contre toute attente, pas de grands discours pompeux ni de cérémonial superflu, mais des podiums simples, efficaces et conviviaux. En guise de trophées, des œuvres réalisées par un artiste local. En cadeaux, des paniers garnis montagnards : confitures de myrtilles, saucissons, gâteaux, génépi…

« C’était un plaisir de vous recevoir. Revenez quand vous voulez, vous êtes les bienvenus ! »  Alors que Laëtitia prononçait cette dernière phrase, un petit quelque chose me disait que Villard Reculas me reverrait sans doute l’année prochaine… voire bien avant !

_mg_7217

Publicités
Galerie
0

Le trail blanc, c’est « trendy »

En hiver, vous êtes plutôt du genre marmotte. Pas question de mettre le nez dehors pour courir ! Vous vous privez pourtant d’un plaisir insoupçonné : courir dans la neige, c’est aller à la rencontre de sensations étonnantes. Et en plus c’est ultra tendance !

Crrr, crrr, crrr… La neige crisse sous les pieds. Le souffle résonne dans le silence de la montagne et s’épanouit en panaches de buée. L’air vivifiant entre dans les poumons, rosit les joues et le bout du nez. Au chemin damé succède une sente en forêt, étroite et sinueuse, où les pieds s’enfoncent dans la neige fraîche. Les cuisses brûlent un peu et la respiration s’accélère. Bientôt, la sueur perle sous le bandeau et les gants où les mains s’étaient réfugiées au chaud. Sentinelles muettes, les sapins chargés de neige veillent sur ce footing blanc aussi dépaysant que ressourçant. Vient enfin la descente, jouissive et ludique : les pieds volent sur le sentier immaculé et le regard embrasse le paysage d’hiver.

_mg_0171

Grâce à sa magie, le trail blanc séduit. Il suscite l’intérêt non seulement des coureurs, toujours avides d’entraînements et de compétitions, mais aussi des stations qui se sont rapidement adaptées à une demande croissante et y ont vu une formidable opportunité de séduire de nouveaux publics et de diversifier leur offre. Courir dans la neige n’est pourtant pas une sinécure : au-delà du plaisir presque enfantin de crapahuter dans la poudreuse, il y a les appuis fuyants, le froid qui brûle les poumons et les joues, la difficulté des montées sur un sol souvent glissant, les portions glacées où l’on court moins que l’on patine… Autant dire que le trail blanc se révèle peut-être ludique et insolite, mais qu’il est surtout exigeant techniquement et physiquement !

Bienfaits

D’accord, d’accord : se lover sur un canapé douillet au coin de la cheminée, c’est terriblement réconfortant lorsqu’il fait un froid à ne pas mettre une marmotte dehors. Mais sortir dans l’air vivifiant de la montagne pour trottiner dans la neige procure un sentiment de liberté et d’évasion immense. On se ressource, on s’oxygène, on renforce aussi son organisme en le confrontant à des conditions climatiques rigoureuses. D’un point de vue physiologique, on sollicite aussi les cuisses en évoluant dans la poudreuse épaisse. On apprend également à courir à l’économie, autrement dit à raccourcir la foulée et augmenter la fréquence pour économiser ses forces. Courir dans la neige, c’est adapter sa technique de course à un terrain atypique, acquérir davantage de puissance musculaire et améliorer sa résistance.

Mises en garde

Quand il fait froid, l’organisme dépense davantage d’énergie pour maintenir sa température constante et, de surcroît, les spécificités du terrain enneigé contraignent le coureur à fournir un effort plus important. Il faut donc être très attentif à l’hydratation et l’alimentation pour apporter suffisamment de carburant à l’organisme (liquide chaud si possible, ravitaillement solide de type pâte de fruits, fruits secs…). Même si l’on se réchauffe en courant, il faut aussi éviter les coups de froid, voire l’hypothermie. On part donc bien couvert et de préférence avec un sac à dos de running pour y placer ravitaillement, bandeau, veste… Enfin, compte tenu des températures dans lesquelles on évolue, l’échauffement doit être soigné : on peut ainsi trotter à faible allure avant d’accélérer progressivement et réaliser quelques exercices tels que des montées de genoux ou des pas chassés. Partir à fond et à froid, c’est courir tout droit vers l’accident musculaire !

 

Un matériel adapté

Pour résister au froid et à l’humidité, rien de tel qu’une panoplie complète de traileuse des neiges ! Dans la mesure du possible, on privilégiera des chaussures dotées d’une membrane Gore-Tex pour éviter d’avoir les petons mouillés. Il existe même des chaussettes imperméables qui ne sacrifient en rien la chaleur, le confort et la respirabilité. Collant douillet, gan_mg_0632ts de running et bonnet (ni trop épais, ni trop fins), bandeau, top à manches longues thermique et veste coupe-vent constituent l’équipement de base. On peut ajouter des guêtres qui, une fois fixées sur les chaussures, éviteront à la neige de pénétrer dans le chaussant et isoleront vos pieds et vos chevilles du froid et de l’humidité. Enfin, pour les portions dures (damées par exemple) ou carrément verglacées, les chaînes à neige apportent une accroche assez géniale : enfilées en quelques secondes grâce à un ingénieux système composé de caoutchouc et d’armatures métalliques, elles s’adaptent à tous les modèles de chaussures.

 

 

Galerie
0

Petit guide pour se repérer dans la galaxie du trail

C’est en me baladant en montagne avec une copine, puis en me perdant dans les méandres de Facebook, que j’ai pris conscience d’une réalité : les trailers ne savent pas forcément ce qui différencie la course en montagne, le trail court, long, ultra, urbain et blanc. Il faut dire que la galaxie du trail running est plutôt dense et que les coureurs ne sont guère aidés par les organisateurs qui appellent désormais n’importe quelle course un « trail ». Voici donc un petit tableau récapitulatif.

definitions-trail-tableau

3

Trail en terre inconnue : escapade en Laponie finlandaise (épisode 1)

Il est des terres où l’on ne songerait pas à courir. Parce qu’elles semblent lointaines, hostiles, inaccessibles. Pourtant, au bout d’une longue route invariablement bordée de sapins et émaillée de loin en loin par une maison, à quelque 100 km de la première ville, se love une base d’activités gérée par des Français : Norwide. C’est ici que j’ai posé mes valises remplies de matériel de trail (et de vêtements pour affronter le froid !) en fin de semaine dernière. Au programme : un reportage pour VO2max, l’organisateur du Réveil du Printemps. Et, pour vivre cette course à étapes de l’intérieur, un dossard. Ici, travail rime avec plaisir…

_I8P1404_01

Lundi, 12h30, sur le bord d’un lac pris par les glaces

L’arche bleue se dresse, perdue dans la blancheur. Le petit peloton de 35 coureurs, dont les visages sont illuminés d’un large sourire, s’élance derrière un traîneau à chiens. Même si le froid brûle un peu les bronches, évoluer dans ce paysage hésitant entre hiver et printemps, entre givre et bourgeons, est un véritable enchantement. Seul le bruit de nos pas fait craquer la neige dans ces silencieuses étendues sauvages.

Grâce à la froidure, le terrain reste porteur et évite un enfoncement énergivore. Nous longeons les rives d’un immense lac pris par la glace avant de grimper (modestement !) au sommet d’une colline. Courir devient un jeu d’équilibre : alors que je crois profiter d’une neige tassée, le sol se dérobe plus d’une fois sous mes pieds et je m’enfonce jusqu’à mi-mollet ! Puis une petite descente ludique précède un long kilomètre sur le lac. L’arche d’arrivée se profile au loin, bien visible sur la neige. Je termine première féminine et deuxième au scratch en 43’38’’.

En fin de journée, le groupe de coureurs visite le chenil de Norwide où sont élevés 150 chiens de traîneau. La rencontre est belle avec ces athlètes à quatre pattes et leurs mushers passionnés.

_I8P1342_01

Mardi, 9h30, sous les frondaisons des sapins, au bord d’un lac gelé

23,5 km et 420 m D+ : en dépit de la faiblesse de dénivelée, la deuxième étape s’annonce rude. Il fait froid, le sol crisse sous les pieds tant il est dur. Philippe Linger, impressionnant de facilité la veille, Antoine Long et moi décidons de courir ensemble. La balade dans ces vastes étendues quasi-vierges est somptueuse. Dans la quiétude glacée de la forêt primaire, des tourbières et des lacs, seuls nos pieds et nos souffles résonnent. Nous sommes projetés dans un autre univers, loin de tout, loin du monde.

Les kilomètres défilent. Nous parlons peu mais nous partageons en silence la beauté des paysages et le bonheur de courir dans une ambiance aussi particulière. Parvenus au deuxième ravitaillement (18,5 km), Philippe décide de finir à son allure. Il s’envole devant nous de sa foulée aérienne qui se joue de la neige. Antoine et moi terminons ensemble, les jambes alourdies par l’effort et les grimpettes à répétition dénichées par le directeur de course, Cyril Sismondini. Comme la veille, je termine première féminine en 2h04.

Plusieurs minutes après avoir remercié mes deux compagnons de course et échangé quelques impressions, je reste imprégnée du charme de ces contrées perdues aux confins de la Finlande, à quelques encablures seulement de la frontière russe.

Il est des terres où l’on ne songerait pas à courir. Et où il est pourtant si délicieux de courir ! La Laponie finlandaise est incontestablement de celles-là.

 

Prochain épisode demain pour suivre la 3e étape du Réveil du Printemps (15 km).

0

Courir en montagne : une histoire d’additions !

Pour le néophyte, l’univers du trail running est franchement nébuleux. Entre course de montagne, trail court, trail long, ultra, urban trail et trail blanc, il y a de quoi avoir envie de reprendre les bonnes vieilles baskets de route pour retrouver les jalons rassurants d’un 10 km ou d’un semi-marathon. Pour simplifier un peu les choses, on peut différencier ces disciplines à l’aide d’additions. Bienvenue au pays du trail mathématique !

  • La course de montagne

La définition qu’en donne la FFA est claire et précise :

« Les courses en montagne font partie des ‘‘courses de pleine nature’’. Ce sont des épreuves en milieu montagnard, présentant un minimum de dénivelé de 500 mètres et un écart minimum entre point bas et point haut de 300 mètres. Il est recommandé aux organisateurs de restreindre la distance à une durée de 1 heure à 1 heure 15 pour les premiers, respectant en cela le format ‘‘athlétique’’ de cette discipline organisée au niveau mondial, et surtout d’éviter tout passage dangereux ou sol instable. »

Le coureur de montagne doit être complet : qualités de vitesse, capacité de grimpe, aisance en descente.

COURSE DE MONTAGNE = VITESSE + TECHNIQUE + VOLUME MOYEN D’ENTRAINEMENT

SZ

  • Le trail court

Là encore, la FFA propose une définition officielle : il s’agit des épreuves dont la distance est comprise entre 21 et 41 km, avec une dénivelée positive généralement supérieure à 1000 m.

Le coureur de trail court doit posséder sensiblement les mêmes qualités que le coureur de montagne.

TRAIL COURT = VITESSE + VOLUME MOYEN D’ENTRAÎNEMENT

  • Le trail long

Sous cette dénomination, se cache une vaste palette d’épreuves. La FFA estime qu’un trail peut être qualifié de long dès lors que sa distance est comprise entre 42 et 80 km.

On comprend vite que les qualités requises pour couvrir la distance d’un marathon avec dénivelée diffèrent des capacités nécessaires pour avaler 80 km en montagne ! Les seuls paramètres athlétiques habituels ne suffisent plus. Il faut aussi tenir compte de la force mentale, de la résistance physique, de la gestion de l’alimentation et de l’hydratation.

TRAIL LONG = MENTAL + VOLUME ELEVE D’ENTRAÎNEMENT + GESTION DE L’ALIMENTATION EN COURSE + CAPACITE DE L’ORGANISME A SUPPORTER UN EFFORT DE LONGUE DUREE

  • L’ultratrail

A la mode, l’ultra lance des défis plutôt fous aux trailers : courir une centaine de kilomètres (voire bien davantage) en montagne. Incarné par le mythique UTMB, ce type d’épreuve exige bien d’autres qualités que la seule capacité à courir. Disponibilité pour s’entraîner, mental d’acier, gestion précise de l’alimentation en course, gestion du matériel… Un ultra, ça ne s’improvise vraiment pas !

ULTRATRAIL = MENTAL + VOLUME TRES ELEVE D’ENTRAÎNEMENT + GESTION DE L’ALIMENTATION EN COURSE + GESTION DU MATERIEL EN COURSE + ACCEPTATION DE LA MARCHE

  • L’urban trail

A priori contradictoire avec l’esprit fondateur du trail (évoluer en pleine nature sur un parcours accidenté), l’urban trail rencontre toutefois un franc succès depuis plusieurs années. Le principe ? Imaginer des itinéraires en ville en sillonnant les espaces verts, les volées d’escaliers, les buttes…

Exigeant, l’urban trail nécessite habileté, rapidité, capacité à changer de rythme et puissance. Sur ces parcours nerveux, les coureurs rapides et costauds sur le plan musculaire se font plaisir !

URBAN TRAIL = VELOCITE + RESISTANCE + ADRESSE + CAPACITE DE RELANCE

  • Le trail blanc

Comme son petit nom l’indique, le trail blanc consiste à courir un trail sur neige. L’originalité (qui est aussi une difficulté) de ce type d’épreuve tient évidemment à son terrain. Neige épaisse ou croûtée, zones verglacées, appuis instables, froidure… les conditions de course sont franchement différentes des trails habituels ! Elles impliquent d’ailleurs une dépense d’énergie accrue et peuvent accroître le risque de blessure.

TRAIL BLANC = ENTRAÎNEMENT SUR LA NEIGE + PUISSANCE MUSCULAIRE + GESTION DU FROID

Bien évidemment, ces additions de paramètres simplifient à outrance les qualités requises pour chaque discipline. Leur avantage ? Elles permettent de mieux cerner les différences entre les composantes de la nébuleuse qu’est le trail running. Et encore, on ne parle pas ici du skyrunning, du kilomètre vertical, du trail des sables et du trail par étapes… La suite (peut-être) au prochain épisode !  😉

0

Savez-vous patiner ? Heu, non… savez-vous courir sur la neige ?

neigeAlors que l’hiver fait le capricieux, oscillant entre douceur printanière et coups de froid éphémères, le coeur du trailer balance : bitume humide, chemins boueux ou sentiers enneigés ? Ceux qui ont la chance d’habiter près des montagnes peuvent aisément aller crapahuter dans la poudreuse. Les autres doivent se contenter de savourer plus rarement les plaisirs du running sur neige en participant aux trails blancs. Dans tous les cas, mieux vaut savoir composer avec l’or blanc car on s’épuise vite en patinant !

Avec la neige, ce n’est pas la routine qui tue : c’est plutôt l’effort supplémentaire à fournir ! Courir sur la neige exige 1,5 à 2 fois plus d’énergie que sur bitume. L’ensemble des chaînes musculaires est énormément sollicité, ce qui nécessite d’adapter la foulée à un terrain très exigeant.

Règle d’or n°1 : raccourcissez votre foulée

  • Sur les portions damées, la foulée doit être plus rasante. Les genoux s’élèvent moins et le pied se pose à plat pour assurer la stabilité. La phase de poussée doit être très réduite car chercher à produire une poussée complète induirait une forte déperdition d’énergie. Les sensations peuvent être grisantes sur ce type de terrain car la neige damée permet de courir à une allure régulière, voire soutenue.
  • Dans les secteurs de neige profonde, les genoux doivent s’élever davantage. La dépense énergétique est conséquente car il faut extraire les pieds de l’épaisseur de poudreuse. Vous sentirez très vite que vos cuisses travaillent beaucoup !
  • En terrain très irrégulier, autrement dit lorsque zones damées ou tassées alternent avec portions de neige molle ou poudreuse, l’adaptation de la foulée doit être rapide. Vous devez être très attentif à la nature du terrain sur lequel vous évoluez.
  • Le gel/dégel peut également être traître car, en surface, la neige est plutôt lourde tandis que, plus profondément, on peut rencontrer de la glace. Il faut rester vigilant et concentré sur les appuis. Avec la fatigue, la cheville a quelquefois tendance à faiblir… donc gare aux entorses !
  • Sur les portions glissantes, vous pouvez exprimer toutes vos qualités d’équilibriste… voire de patineur !
  • En montée, la technique est sensiblement identique à celle de la course sur terrain non enneigé : le buste est légèrement penché vers l’avant et, dans les côtes très raides, les mains sont placées sur les cuisses pour soulager les membres inférieurs.
  • En descente, le coureur s’engage vers l’avant en inclinant le buste et en s’efforçant de se relâcher… tout en veillant à ses appuis car la neige a une légère tendance à offrir des appuis fuyants !

Règle d’or n°2 : anticipez le terrain

La lecture du terrain et la gestion de course sont des gages de réussite. Soyez très attentif !

  • Evitez de poser le pied sur une congère qui dissimule peut-être une pierre rendue aussi glissante qu’une savonnette par la neige et le gel.
  • Evitez si possible les secteurs de neige profonde.
  • Ralentissez l’allure dans les côtes raides ou les zones verglacées. Le trail blanc exige peut-être une intelligence de course encore plus grande que le trail d’été car une erreur de trajectoire peut rapidement se transformer en bain de poudreuse !

Les mouvements brusques que l’on effectue pour retrouver l’équilibre ou rattraper un mauvais appui peuvent être évités si l’on travaille l’anticipation du terrain. Et pour acquérir une bonne capacité de lecture de la neige, pas de secret : il faut s’entraîner en choisissant des itinéraires variés.

Règle d’or n°3 : choisissez un équipement adapté

Pour courir dans la neige sans risquer l’hypothermie ou l’épuisement, pas question de partir en collant et en tee-shirt : un équipement adapté est absolument indispensable. Pour résister au froid et à l’humidité, munissez-vous de la panoplie complète du trailer des neiges :

  • des guêtres,
  • un collant chaud et des chaussettes chaudes,
  • des chaussures spécifiques (équipées de gros crampons ou de pointes en métal ainsi que d’une membrane de type Gore-Tex) ou bien des chaînes à neiges à fixer sur les chaussures,
  • un bonnet en matière technique,
  • des gants de course à pied.

Les conditions hivernales entraînant une dépense accrue d’énergie, l’hydratation et l’alimentation pendant l’effort sont très importantes. Ce n’est pas parce que vous n’éprouvez pas une sensation de soif que vous ne devez pas boire !

Règle d’or n°4 : entraînez-vous dans la neige

  • Tout au long de l’année, pratiquez des exercices de renforcement musculaire (foulées bondissantes, pliométrie, exercices en côte ou en escaliers…). Vous musclerez ainsi vos articulations et vos membres inférieurs, en particulier vos cuisses, qui sont extrêmement sollicités lorsque vous courez sur la neige.
  • Au début de l’hiver, commencez par quelques sorties sur des chemins damés. Maintenez des séances de renforcement musculaire afin d’avoir des articulations et des muscles solides.
  • Au cœur de l’hiver, ne vous contentez plus seulement des chemins damés : faites des sorties (plus ou moins longues selon l’épreuve que vous préparez) comportant des qualités de neige diversifiées. Vous pouvez également faire quelques séances sur la neige : côtes à allure dynamique, fractionné sur portions damées, fartlek… Soyez toujours conscient de la dépense accrue d’énergie qu’implique la course sur la neige ! Ne comparez jamais vos performances (vitesse, chrono…) sur bitume et sur neige.
    Testez à l’entraînement l’équipement et le ravitaillement que vous utiliserez en course : guêtres, chaussures, chaînes à neige, sac d’hydratation (équipé d’une housse isotherme pour la poche, le tuyau et la pipette sinon l’eau gèlera !), alimentation solide… Exercez-vous à mettre et enlever les chaînes à neige car vous risquez de devoir réaliser cette opération pendant la course.

Attention, ne soyez pas trop gourmand !

Courir sur la neige est exigeant et épuisant pour l’organisme. Soyez raisonnable : ne multipliez pas les trails blancs et respectez toujours un temps de récupération suffisant entre deux épreuves ou entre deux entraînements intenses sur la neige.

0

I have a dream… about running

Dans quelques heures, les regards convergeront vers les Jeux Olympiques de Sotchi. Des Jeux autour desquels les polémiques et les débats n’ont guère trait, pour l’instant, aux performances sportives ! Nul doute que l’intérêt du monde entier (ou presque) se reportera sur les épreuves et les champions aussitôt que la vasque s’enflammera. Comme le souligne avec pertinence Gilles Goetghebuer dans le dernier numéro de Zatopek Magazine, une anomalie sportive caractérise les J.O. d’hiver : le cross-country, discipline par essence hivernale, n’a jamais été intégrée au programme olympique. Certes le cross ne se pratique pas sur neige ni sur glace (quoique… tous les compétiteurs ont sans doute vécu au moins une expérience de ce genre !) mais une dérogation pourrait être envisageable si une réelle volonté politique existait. Malheureusement, le cross-country reste écarté de l’olympisme et, en France, il ne séduit guère les runners qui voient en lui une discipline ingrate et trop difficile. Malgré des années d’indifférence des J.O. à l’égard du cross, « I have a dream » : celui de voir un jour des crossmen défiler parmi les skieurs, biathlètes et patineurs ; celui aussi de voir un spécialiste du trail blanc (voilà une pratique sur neige qui pourrait prétendre entrer au programme des J.O. d’hiver !) porter le drapeau tricolore devant la délégation française. Oui, on peut toujours rêver…

Tandis que la planète s’apprête à vivre et vibrer au rythme des Jeux Olympiques à la mode russe, les trailers hexagonaux poursuivent leur petit bonhomme de chemin, qui sur les parcours de cross, qui sur les itinéraires tantôt enneigés, tantôt boueux des trails hivernaux. J’éprouve un plaisir particulier à encourager un montagnard passionné comme Julien Rancon, champion de France de course en montagne et de trail court 2013, qui ose s’aligner au départ des cross et caracoler aux avant-postes des pelotons menés tambour battant par des experts de la discipline. Je guette avec impatience les résultats des trails que les conditions hivernales transforment souvent en véritables parcours du combattant. Dimanche, la première manche du Trail Tour National ouvrira la saison fédérale à Montanay. Alors, oui, j’aurai un oeil dardé sur les skieurs en terre russe mais l’autre suivra les coureurs qui affronteront ce week-end des kilomètres de boue et de pluie.

Crossdep_0183

Julien Rancon, international en course de montagne et trail, pratique aussi le cross-country !

© Photo : L. Montico