Plus de doute : la saison de trail a bel et bien recommencé ! Le calendrier du week-end fraîchement terminé témoigne de la vigueur de la discipline. Petites et grandes épreuves, courses locales et nationales, courtes et longues distances : il y avait vraiment de quoi satisfaire tous les coureurs ! Dans ce paysage foisonnant, deux courses retenaient toutefois mon attention : le Trail du Ventoux et le Trail du Petit Ballon. Pourquoi ? Parce que le premier est devenu incontournable, réunissant chaque année une belle brochette de trailers chevronnés et faisant partie du Skyrunning Series. Et parce que le second n’était autre qu’une manche du Trail Tour National courte distance.

Impatiente de connaître les résultats des deux courses (dans lesquelles des amis et connaissances étaient en lice), je furetais donc hier sur le web en quête d’informations et de résultats. Je tombais facilement sur le suivi en live du Trail du Ventoux, la liste des premiers arrivants et des résumés de l’événement. Mais le Trail du Petit Ballon… apparemment inconnu au bataillon ! Ce matin, en naviguant de nouveau sur divers sites, mes yeux se sont encore agrandis d’étonnement : tout pour le Ventoux, (presque) rien pour le Petit Ballon. D’accord, le plateau du Ventoux était sans nul doute beaucoup plus dense que celui de Rouffach. D’accord, le Ventoux bénéficie d’une aura prestigieuse parce qu’il a toujours réuni la fine fleur du trail français et qu’il se déroule sur les pentes d’une montagne mythique. Mais pourquoi les médias spécialisés choisissent-ils d’occulter une manche de la coupe de France de trail ? Quels sont leurs critères éditoriaux ?

Cette inégalité de traitement médiatique suscite en moi une profonde tristesse pour ceux qui ont porté un dossard au Petit Ballon. Elle me pousse également à m’interroger sur la coexistence de circuits concurrents dans le monde du trail running. Quelle place le TTN peut-il se frayer dans la jungle des Skyrunning series, de l’Ultra Trail World Tour et de la multiplication des challenges ? Le skyrunning exerce un pouvoir d’attraction croissant sur les leaders français et mondiaux du trail, tout comme les ultras séduisent de plus en plus de cadors, les courtes distances ayant moins la cote auprès des sponsors et des médias (le qualificatif « court » étant tout relatif car une vingtaine de kilomètres en montagne n’est pas ce que le commun des mortels qualifierait spontanément de « court » !).  Bref, que les médias procèdent à des choix éditoriaux est somme toute normal. Mais que quasiment tous passent sous silence une manche de la coupe de France m’interpelle : comment valoriser un titre et un circuit nationaux dans ces conditions ? Comment réintroduire du prestige dans le TTN si les meilleurs spécialistes préfèrent (logiquement) s’aligner sur des manches de skyrunning, plus médiatisées donc plus convaincantes pour les sponsors ? Non, les médias ne sont certainement pas seuls en cause, mais ils possèdent une réelle force : en publiant des informations, ils marquent les esprits, ils provoquent des émotions, ils créent du buzz aussi. Et cette force est telle qu’ils peuvent autant élever un champion ou un événement au rang de star que l’enterrer. Au-delà de ce que je peux penser de la FFA et de sa manière de gérer le trail, j’ose espérer que le silence qui a entouré le Trail du Petit Ballon n’était pas le début du requiem du TTN.

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