Pour ce second opus de notre petite série dédiée à la sécurité, parlons d’un sujet pour le moins délicat : la cohabitation entre chasseurs et coureurs. La coexistence sereine est-elle possible ?

Après plusieurs faits divers dramatiques, les coureurs ne sont pas vraiment en odeur de sainteté avec les chasseurs. La coexistence entre des sportifs vulnérables, uniquement équipés d’un tee-shirt et d’un short, et des hommes armés d’un fusil – le plus souvent non cassé – sur l’épaule ne peut être que difficile. En Haute Savoie où, en décembre 2015, un trailer mourait sous la balle d’un chasseur, les pouvoirs publics ont décidé d’impulser quelques actions. La Direction départementale des territoires et la Fédération départementale des chasseurs ont ainsi rencontré plusieurs acteurs pendant l’été 2017 afin d’envisager des mesures permettant de définir une cohabitation entre les différents usagers des espaces naturels (chasseurs, randonneurs, trailers, cyclistes…). De ces discussions ont émergé des mesures plutôt intéressantes :

  • l’interdiction de chasser dans les secteurs qualifiés de zones rouges, autrement dit les plus sensibles (proches des agglomérations et très fréquentées), à l’exception de deux actions mensuelles de chasse, les 2e et 4e jeudis de chaque mois ;
  • la limitation des horaires de chasse sur des espaces multi-activités, notamment en zones périurbaines, qualifiées de zones oranges : la chasse y est interdite le dimanche à partir de 11h30 ;
  • le renforcement des règles de sécurité avec la formation des responsables de chasse, le port obligatoire d’un gilet de visualisation pour tous les chasseurs, la signalétique améliorée des actions de chasse en cours et la signature d’un carnet de battue ;
  • l’amélioration de l’information du public avec un affichage plus clair des jours de chasse et des secteurs concernés (diffusion de l’information sur les sites internet, sur les panneaux placés sur les points de départ et les parkings des secteurs de randonnées…).

Sur les réseaux sociaux, les sportifs de pleine nature s’érigent de plus en plus contre les risques que leur font courir les chasseurs lors de leurs entraînements. Le « Collectif pour le dimanche sans chasse », créé en 2014, réunit aujourd’hui un millier d’associations (clubs de randonnée pédestre, de VTT, de course à pied…) et milite pour que la chasse soit tout simplement interdite le dimanche, comme c’est déjà le cas dans d’autres pays européens. Néanmoins le débat reste ouvert et la polémique toujours très sensible.

Aussi forte que soit la révolte du coureur à pied face aux risques liés à la coexistence avec les chasseurs, sa vulnérabilité doit l’inciter à la plus extrême prudence. La meilleure solution reste d’éviter les secteurs où évoluent les chasseurs. En tout cas, une nécessité s’impose : porter des vêtements de couleurs vives et pourquoi pas courir en groupe en parlant. Des précautions sans doute trop simples qui ne rendent pas le coureur moins fragile face à une balle perdue, mais des précautions indispensables qui ne sont, espérons-le, qu’un pis-aller en attendant que les pouvoirs publics légifèrent pour que cohabitent sereinement tous les usagers des espaces naturels.

Et vous, en tant que coureur, comment gérez-vous les périodes de chasse ?

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