Le running est une passion dévorante. Si dévorante qu’elle conduit parfois à l’excès. Trop d’entraînements, trop de dossards. Et alors le corps lâche… Insidieux, le syndrome de surentraînement reste difficile à diagnostiquer.

Ressentir le besoin absolu de se dépenser physiquement. Vouloir en faire davantage parce que, c’est bien connu, « no pain, no gain ». Et épingler des dossards toute l’année, hiver comme été. Le corps encaisse, s’adapte, compense. Jusqu’au jour où il n’en peut plus et craque. On parle alors de surentraînement, ou overtraining en anglais. « Cest le résultat d’un déséquilibre entre les temps d’entraînement et les temps de récupération », affirme le coach et expert en nutrition, Alain Roche. « Il peut toucher les sportifs de tout niveau et intervenir sournoisement sans que le sportif ou son préparateur physique ne s’en rende compte. »Contrairement au burn out – qui peut survenir même en l’absence de surcharge physique et nécessite, d’après l’universitaire Sabine Afflelou, « l’arrêt de la carrière pour retrouver la santé physique et psychique » – le surentraînement peut être résolu en respectant une période de repos et ouvre sur une reprise de l’activité sportive.

La résultante d’un déséquilibre

On le dit et on le lit à longueur de magazine : la récupération fait partie intégrante de l’entraînement. Or ce dernier repose sur un (fragile) équilibre entre :

  • d’une part, la charge d’entraînement et les facteurs de stress extra-sportifs (vie professionnelle et familiale) ;
  • d’autre part, la récupération. 

Alain Roche rappelle cependant que la fatigue passagère n’a rien à voir avec l’over-reaching (ou dépassement) et le surentraînement (cf. schéma). « La fatigue passagère est ce que connaît tout sportif après un entraînement : cest un état normal et plutôt un bon signe de fatigue. Lover-reaching sobserve, par exemple, après un bloc de trois à quatre jours de fortes charges dentraînement. Si le repos est immédiatement amorcé, une période de récupération – une à deux semaines – avec des séances très modérées permet deffacer cet excès de fatigue. Le surentraînement désigne, quant à lui, une fatigue accumulée sans quaucune temporisation nait été mise en place : on a voulu rester pied au plancher sans écouter son organisme et, dans ce cas, c’est le crash en plein vol. »Le repos devient alors forcé et indispensable à un retour à la normale, lequel peut prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Pascal Balducci, entraîneur et docteur en sciences du sport, distingue deux types de fatigue qui entraînent une baisse des performances :

  • La fatigue dite centrale correspond à une dimension psychologique : « la fatigue est associée à une augmentation de l’effort perçu »,précise le chercheur. « Elle dépend des variations de la glycémie et de la concentration en neurotransmetteurs tels que la noradrénaline, la dopamine, la sérotonine… »    
  • La fatigue dite périphérique est liée à des paramètres musculaires et « dépend de facteurs de nature mécano-chimique : altération des propriétés mécaniques du muscle, augmentation de la libération d’ions potassium, dysfonctionnement des canaux calciques »

Toute la difficulté réside dans l’identification de l’instant où le seuil du surentraînement est atteint – et ce quel que soit le niveau de l’athlète. « Il existe peu de signes biologiques spécifiques », confirme le Docteur Patrick Bacquaert. « Un examen biologique prendra en compte l’ensemble des données habituelles qui seront confrontées aux valeurs biologiques normales et aux antécédents du sportif. » Néanmoins les analyses sanguines classiques ne permettent pas de prendre en considération le ressenti de l’athlète. C’est pourquoi la Société Française de Médecine du Sport a conçu un questionnaire dès 1993 : 54 items à réponse binaire (oui/non) permettent d’évaluer des facteurs fonctionnels et psychiques afin d’appréhender l’éventuel état de surentraînement du sportif (cf. ci-dessous). 

Récupérer avant de craquer

Cependant les symptômes du surentraînement sont si variables d’un individu à l’autre et si insidieux qu’ils passent fréquemment inaperçus. De la contre-performance à un sommeil perturbé en passant par les crampes musculaires et la modification (à la hausse ou à la baisse) de l’appétit, du poids ou encore de la fréquence cardiaque de repos, le panel de signes physiques se révèle aussi large que non spécifique. Sur le plan mental, le spectre est vaste également : baisse de motivation, manque de concentration, perte de confiance, tendance à broyer du noir… « Il n’existe pas de signe clinique unique, aussi bien subjectif qu’objectif, mais un faisceau de symptômes qui permettra de poser le diagnostic », confirme Alain Roche. Le premier réflexe consiste donc à consulter un médecin du sport qui sera à même de procéder aux examens nécessaires. Mais la solution n’aura rien d’étonnant ni de miraculeux en cas de surentraînement déclaré : le repos complet, de deux à quatre semaines, constituera une étape incontournable. La reprise sportive s’effectuera ensuite progressivement sur plusieurs semaines avant de réintroduire quelques séances courtes de travail aérobie. 

Pour prévenir le surentraînement, le mot clé reste donc la récupération. Chacun sait qu’un entraînement cohérent repose sur l’alternance des charges, tour à tour fortes et faibles, les secondes permettant à l’organisme de se régénérer et d’assimiler le travail réalisé. Si l’idéal reste d’être encadré par un coach professionnel diplômé, le coureur isolé peut néanmoins s’appuyer sur quelques principes fondamentaux : 

  • Evaluer la charge de chaque entraînement en tenant compte non pas de la distance parcourue, mais de la difficulté éprouvée lors de l’exercice. 
  • Varier les séances et les terrains, bannir la monotonie. 
  • Alterner les dominantes de chaque séance (sortie en endurance fondamentale, séances de sprints courts, séance de seuil…). 
  • S’hydrater et s’alimenter correctement. 
  • Veiller à la qualité et à la quantité de sommeil. 
  • Gérer la saison sportive en limitant le nombre de compétitions et en planifiant une à deux coupures sportive(s) totale(s) au cours de l’année. 
  • Rester à l’écoute de son corps en repérant les petits bobos, les sensations de fatigue anormales, la lassitude, etc. 

Tous ces conseils peuvent sembler évidents et bon nombre de coureurs à pied, coachés ou non par un entraîneur, n’imaginent pas un instant être concernés un jour par le syndrome d’overtraining. Pourtant le surentraînement ne touche pas uniquement l’élite qui pratique de manière ultra intensive. Tandis que les champions sont suivis de près sur les plans sportif et médical, les pratiquants amateurs sont généralement livrés à eux-mêmes et, ainsi, plus sujets au syndrome d’overtraining. En tout cas, ayez une certitude : mieux vaut se reposer un peu trop que pousser la machine un peu trop loin, au risque de franchir la ligne rouge. Alors, vous reprendrez bien une p’tite récup’ ?

Le questionnaire de la SFMS

La Société Française de Médecine du Sport (SFMS) a élaboré un questionnaire psycho-comportemental et fonctionnel composé de 54 items pour détecter le syndrome de surentraînement. La Fédération Française d’Athlétisme l’a adapté et réduit à 30 items. On considère que le sportif présente des risques de surentraînement dès lors qu’il répond « oui » à 12 questions. 

  1. Ce dernier mois, mon niveau de performance sportive ou mon état de forme a diminué.
  2. Je fais des contre-performances.
  3. Je me sens en état d’infériorité.
  4. Mes gestes sportifs sont moins précis, moins habiles.
  5. J’ai des crampes, courbatures, douleurs musculaires fréquentes.
  6. Je prends moins de plaisir à mon activité sportive.
  7. Les séances me paraissent trop rapprochées.
  8. Je supporte moins bien mon entraînement, les séances sont difficiles.
  9. Je me fatigue plus facilement. J’ai parfois des malaises ou des étourdissements.
  10. Je me blesse facilement.
  11. Mon cœur bat plus vite qu’avant au repos.
  12. J’ai moins confiance en moi, je m’irrite plus facilement.
  13. J’ai les jambes lourdes.
  14. J’ai plus de mal à me concentrer dans mon activité sportive.
  15. Je me sens moins motivé, j’ai moins de volonté, moins de ténacité.
  16. J’ai une baisse de rendement dans mon activité scolaire ou professionnelle.
  17. Je dors moins bien OU plus qu’avant.
  18. Je somnole et bâille dans la journée.
  19. Mon désir sexuel a diminué OU j’ai des troubles des règles.
  20. J’ai une sensation de palpitations. 
  21. J’ai moins d’appétit qu’avant OU je mange davantage.
  22. J’ai une sensation de gorge serrée.
  23. Je maigris OU je grossis.
  24. J’ai souvent des troubles digestifs.
  25. Je suis pessimiste, j’ai des idées noires.
  26. Je prends moins de plaisir à mes loisirs.
  27. Je me sens nerveux, tendu, inquiet.
  28. J’ai plus souvent mal à la gorge. 
  29. Je m’enrhume fréquemment.
  30. Je me sens souvent fatigué. 


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