Marathonien, coureur en montagne, trailer, organisateur : outre un palmarès sportif long comme le bras, Patrick Michel a (presque) tout testé en matière de course à pied. A 60 ans, il peut légitimement être considéré comme l’un des piliers de la discipline en France. La Skyrace des Ecrins, qu’il organise depuis de nombreuses années, a d’ailleurs été le support des championnats de France de trail en juillet dernier. 

Vous êtes aujourd’hui intimement lié au territoire des Hautes-Alpes où vous organisez plusieurs épreuves de renom.  Quels liens vous unissent à cette région ?

« En fait, je suis né en Tunisie. Mon papa était militaire, donc nous bougions selon ses affectations. Je suis rentré en France alors que je n’avais que trois mois. Nous avons vécu à Barcelonnette, à Annecy puis à Briançon, où je suis arrivé à l’âge de huit ans. Je suis donc un montagnard, mais je ne suis pas né à la montagne ! »

Comment avez-vous découvert la course à pied et plus particulièrement la course en montagne ?

« J’ai énormément pratiqué le football quand j’étais jeune, mais j’étais aussi skieur de fond. Nous courions beaucoup en été pour préparer la saison hivernale. Nous nous entraînions d’ailleurs à courir en montagne avec des bâtons et je me rends compte avec amusement que nous étions des précurseurs car les bâtons sont à la mode aujourd’hui. Je prenais énormément de plaisir en course à pied, alors je me suis petit à petit orienté vers cette discipline. En montagne, j’ai rencontré Eric Lacroix qui m’a plutôt branché sur le marathon. Il m’a proposé des plans d’entraînement. Comme j’aime la rigueur, je me suis vite pris au jeu de la préparation. C’était pourtant assez lourd : je pouvais courir trois fois par jour et avaler 170 km par semaine ! Ce rythme a duré cinq ou six ans et impliquait de gros sacrifices. Ma meilleure marque sur marathon est 2h28. Progressivement, je suis venu au trail qui ne m’était pas vraiment étranger car j’avais déjà couru énormément d’épreuves montagnardes, notamment en Italie. A l’époque, au milieu des années 1990, il y avait très peu de compétitions de ce genre et elles ne se dénommaient pas encore « trails ». J’ai participé au Verdon, à la Traversée des Maures, à la 6000D, puis aux Templiers en 1995 – et j’ai gagné la deuxième édition en 1996. Le trail en était alors à ses balbutiements. »

Quel regard portez-vous sur le trail actuel, vous qui avez vécu et observé sa naissance et son évolution ?

« J’avoue que je regrette un peu l’ambiance d’autrefois. Il y a trente ans, quand on se perdait sur une course, on rentrait et on ne disait rien. On avait presque honte d’avoir manqué le balisage. Aujourd’hui, le concurrent qui se perd se plaint auprès de l’organisateur. Par ailleurs, quand j’ai vu la manière dont s’est déroulé l’UTMB® l’an dernier, avec une atmosphère proche du Tour de France, je me suis dit que l’on était loin de ce que nous recherchions à l’époque : nous partions en montagne pour être tranquilles, sans écouteurs ni téléphone… Nous étions en communion avec la nature, nous étions libres. Mais je suis aussi organisateur, alors je ne peux pas non plus déplorer l’évolution de la discipline. Je suis content de cette transformation à laquelle je participe moi-même : cette année, pour permettre au public de voir passer les coureurs sur la Skyrace, qui sera aussi support des championnats de France, nous allons ouvrir une remontée mécanique. Cela va à l’encontre de ce que j’évoquais en matière de solitude en montagne et d’authenticité. »

Vous avez été coureur de haut niveau et vous êtes organisateur : vous portez donc un regard d’expert sur les pelotons. La popularisation du trail s’accompagne-t-elle, à vos yeux, d’une hausse du niveau sportif ?

« Indéniablement, le trail s’est énormément popularisé. Lorsque j’ai organisé ma première course en 1984, les Foulées Névachaises, il n’existait quasiment aucune autre épreuve de ce genre dans le département. Aujourd’hui, on a du mal à programmer une course tant les événements sont nombreux ! A l’époque, nous étions 50 ou 60 guerriers aux grosses cuisses sur les lignes de départ avec nos vieux tee-shirts en coton. Sans faire l’ancien combattant, je me dis qu’on avait quand même de sacrées tenues quand je les compare à nos déguisements de trailers actuels… En termes de matériel, il y a eu une énorme évolution. Nous partions avec une poignée de figues dans la poche et parfois une montre qui faisait éventuellement chrono. Désormais les coureurs sont connectés en permanence et portent la dernière paire de chaussures à la mode. Sur le plan sportif, il y a incontestablement beaucoup plus de bons et très bons coureurs aujourd’hui. Mais, au sein du peloton, j’avoue que les moyennes horaires sur les trails me font peur. Est-ce encore de la course à pied ou est-ce de la randonnée sportive ? Quand on faisait des courses de montagne, marcher était un échec. Le but était d’essayer de courir le plus longtemps possible, y compris quand la pente était raide. Quand je vois maintenant des concurrents qui marchent dès le départ avec des bâtons, je me dis que ce n’est plus de la course à pied. J’applique des barrières horaires plus difficiles que les autres sur mes épreuves, alors je suis considéré comme un organisateur élitiste. Mais c’est parce que je crois que le trail doit rester une discipline de course à pied. »

Vous regardez désormais plus loin puisque vous faites partie de l’équipe technique de plusieurs épreuves à l’étranger. Que vous apporte ce type d’expérience ?

« Effectivement, j’aide Dawa Sherpa à tracer les parcours de ses courses au Tibet. Je fais également des repérages pour des organisateurs et je travaille avec une société italienne sur des voyages sportifs. J’aime vivre le trail en découvrant des pays et des gens, j’aime faire des rencontres. Cela me permet aussi de rester en lien étroit avec le milieu et de ne pas me couper de l’évolution de la discipline. Je ne veux surtout pas devenir aigri et critiquer à tout va. Mon souhait est de continuer à donner à voir de belles images aux coureurs. »

Patrick Michel et Dawa Sherpa au Tibet.

 


Patrick Michel en bref

  • Né le 25 mai 1958.
  • Vit à Briançon.
  • Accompagnateur en montagne et moniteur de ski de fond à l’ESF de Névache.
  • Directeur de l’association « Courir en Briançonnais » qui organise la Skyrace de Montgenèvre, le trail blanc de la Clarée, le semi-marathon Névache Val des Prés Briançon et la Snow Race de Montgenèvre. Directeur de course du Vars Mountain Trail et du Grand Trail des Ecrins.
  • Vainqueur de plus d’une centaine de courses en ski de fond et course à pied, notamment la Grande Course des Templiers en 1996, le Défi de l’Oisans en 1996 et 1997, le super-marathon du Verdon en 1996 et le marathon du Verdon en 1997. Champion de France de course en montagne par équipe en 1990. Record sur marathon : 2h28.

 

 

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