Elle avait épaté son monde en 2016 en décrochant son ticket pour les championnats du monde de trail. Enfin, épaté surtout ceux qui ne la connaissaient pas, car ses proches savaient que Sophie était une athlète au potentiel énorme. Victime d’une grave blessure aux Mondiaux, Sophie a pris le temps de se soigner. Mais aussi de devenir maman. 

Courir ? Ah ah, mieux valait ne pas lui en parler ! Sophie, née en Saône-et-Loire et pensionnaire d’un internat dès la classe de sixième, n’imaginait même pasque le running pouvait être un loisir. Fan de sports – de la marche au VTT en passant par la danse et lasalle de gym – Sophie n’épinglait pas de dossards. La compétition, très peu pour elle.

Jusqu’à ce qu’une copine, rencontrée dans son école d’ingénieur à Grenoble, la pousse à faire un raid multisports. C’est une première révélation. La deuxième survient en 2010 lorsqu’un ami l’embarque sur la Terra Modana. « Jai découvert qu’on pouvait courir en nature et en montagneet jai adoré ! », s’exclame-t-elle. Si la passion du trail s’empare d’elle, cette hyperactive ne boude pas pour autant ses premières passions : VTT, salle de fitness, grimpe et ski de rando s’invitent dans son planning bien rempli et de plus en plus structuré. Les courses s’enchaînent, les performances aussi.

2012 marque un coup d’arrêt brutal : Sophie tombe gravement malade, s’amaigrit, s’épuise. Atteinte du syndrome de Basedow, une maladie auto-immune qui s’attaque à la thyroïde, Sophie refuse de cesser toute activité physique. « Jai dû adapter ma pratique, mais maintenir lentraînement a contribué à ma guérison », explique-t-elle. Deux ans. Il faut deux ans à la jeune femme pour venir à bout de cette maladie qui fatigue, énerve, détruit. Fin 2014, Sophie voit enfin le bout du tunnel. « En 2015, je me suis consacrée à me régénérer aussi bien sur le plan mental que physique. J’ai fait une pause à tous points de vue. » La forme revient tant et si bien qu’elle termine troisième du Trail Tour National Long et sixième aux championnats de France de trail long. Assidue à l’entraînement, Sophie progresse encore. Petit à petit, elle s’impose sur le devant de la scène nationale jusqu’à se classer deuxième – et première Française – de la MaxiRace 2016, épreuve de sélection pour les championnats du monde. Les portes de l’équipe nationale s’ouvrent devant elle.

Même si Sophie veille à ce que cette sélection ne change absolument rien à son quotidien – elle a horreur des médias et des paillettes – le sport de haut niveau fait désormais partie intégrante de sa vie. Au stage avec l’équipe de France succèdent des mois de préparation, perturbés par un méchant accident de voiture qui malmène drôlement la championne mais n’anéantit pas sa volonté et sa motivation.

Trail de la Falaise à Sassenage.

Puis vient enfin le jour J. Première expérience sous le maillot tricolore, premières angoisses aussi. Malgré le stress, Sophie profite de chaque instant. Puis de chaque foulée. Mais, soudain, tout s’arrête. Sophie s’écroule sur le sentier. Impossible de se relever. Verdict : rupture totale de l’ischiojambier.

L’opération chirurgicale est inévitable. Tout comme les longs mois de rééducation en centres spécialisés, d’abord dans les Alpes puis dans le Sud-Ouest. Le moral aurait pu tomber au fond d’un gouffre de déception et de frustration, mais Sophie a le don de ne jamais se laisser abattre. « Jai profité de cette période pour prendre le temps de me reposer… et, finalement, décider d’avoir un enfant, ce que j’avais de toute façon en tête avant même les mondiaux. » A 35 ans, le moment est venu d’assouvir ce désir qui l’habite depuis plusieurs années. « Jai repris le sport progressivement, à la fois pour respecter le protocole de réathlétisation pour ma jambe et pour ne pas faire de bêtise pendant ma grossesse », confie-t-elle. Marcher et courir, sans excès, sans frénésie, en portant la vie qui va radicalement bouleverser la sienne. Sophie donne naissance en septembre 2017 à une petite fille.

De ce jour, le sport devient secondaire, un plaisir à l’état pur que s’accorde la jeune maman lorsque son planning le lui permet. « Le trail ? Je n’y renonce évidemment pas, c’est ma passion », confie Sophie, épanouie comme jamais. « Mais je reprends progressivement car il faut rester prudente, y compris plusieurs mois après l’accouchement. Je ne cours plus trois ou quatre heures le dimanche, je me contente d’une heure. » Cette réduction ne suscite pas pour autant de frustration chez cette sportive dans l’âme. « Je préfère garder du temps pour ma fille, cest ça qui est le plus important », ajoute-t-elle en couvant du regard le bébé aux yeux en amande. La performance et l’équipe de France ne sont pas reléguées aux oubliettes, loin de là. Le souvenir reste vif, avec un léger goût d’inachevé. La championne a encore de belles années devant elle pour prendre sa revanche mais, pour l’heure, l’essentiel est là, dans ses bras.

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