Dans le rétro’ : rencontre avec Nicolas Martin

Dimanche, Nicolas Martin s’alignera au départ du Trail du Ventoux. Parrain de l’événement, il en est aussi le vainqueur sortant. Si garder son titre lui tient à cœur, il sait aussi que la concurrence sera rude sur cette épreuve où les prétendants à une sélection en équipe de France joueront des coudes. Quoiqu’il en soit, Nicolas a d’ores et déjà sa place pour les prochains championnats du monde, lui qui s’est lentement et intelligemment construit en tant qu’athlète de haut niveau. Depuis ses débuts en course à pied, l’Isérois n’a cessé de progresser. Jusqu’à décrocher l’argent aux championnats du monde fin octobre, sur les sentiers portugais. Je vous propose ici l’article rédigé après son exploit et récemment publié dans Jogging International. 

Il ne paie pas de mine avec son petit gabarit et sa discrétion naturelle. Lorsque je rencontre Nicolas pour la première fois, il est au bord d’un véritable chantier de cross-country dans la région grenobloise. Il fouille dans ses affaires, le maillot bleu ciel de notre club commun sur les épaules. Pour la licenciée de longue date que je suis, l’apparition de ce petit bonhomme qui vient de faire des étincelles sur l’épreuve boueuse m’interpelle. Qui est donc ce nouveau venu ? Les mois s’écoulent et le nom de Nicolas Martin résonne de plus en plus fréquemment dans les locaux du club. Et dans les médias spécialisés aussi. Cet enfant du Trièves gravit les échelons avec une passion, une abnégation et un professionnalisme qui forcent le respect.

© Lionel Montico

Du Trièves au Portugal

Professionnel, Nicolas l’est jusqu’au bout des baskets. Coaché par Patrick Bringer depuis 2010, il cultive la rigueur au quotidien et s’investit corps et âme dans sa pratique sportive. Pourtant le petit Nicolas n’a pas été élevé dans une famille férue de sport, mais plutôt à la campagne, dans le Trièves (Isère) entre l’équipe de foot locale et les sorties de chasse dans les bois aux côtés de son papa. « Je n’ai réellement commencé à courir qu’en 2004 en faisant quelques footings dans la semaine et des petites courses par-ci par-là », raconte le Beaufortain d’adoption. « En 2010, à 24 ans, j’ai pris conscience que les meilleurs avaient un sacré niveau et j’ai décidé de prendre un entraîneur pour progresser. » L’heureux élu n’est autre que Patrick Bringer, ex-triathlète, trailer de renom et coach de Thomas Lorblanchet, alors récent vainqueur des Templiers, une épreuve qui fait scintiller des étoiles dans les yeux de Nicolas. « A cette époque, je rêvais de porter le maillot de l’équipe de France. »

Le rêve est devenu réalité dès 2013 avec une première sélection en équipe nationale. Pour ses premiers pas sous la bannière tricolore, Nicolas décroche la 9e place aux mondiaux et la médaille d’argent par équipe. Celui qui trotte même sur les pentes les plus raides a bel et bien commencé son ascension vers les sommets de la discipline. Un an plus tard, il devient vice-champion de France de trail et de kilomètre vertical et remporte l’OCC. En 2015, il termine 7e individuel et premier par équipe aux championnats du monde avant de finir 3e de la CCC, sa première expérience en ultra, puis 2e du Grand Trail des Templiers. Le petit Nicolas est décidément devenu grand. Très grand. En 2016, il enchaîne les performances de haut vol : victoire sur le trail du Ventoux, 2e sur la très relevée Transvulcania, vainqueur du High Trail Vanoise, 11e des championnats d’Europe de course en montagne… et finalement vice-champion du monde en octobre dernier. « L’entraînement de Patrick se caractérise par un volume important, plus élevé que la moyenne des entraîneurs. Cependant il respecte le principe de progressivité qui permet d’optimiser le potentiel de l’athlète en respectant son intégrité physique », explique Nicolas. « L’une des clés pour éviter les blessures consiste à respecter un temps de récupération suffisant après les compétitions. Le trail est une discipline particulière en ce qu’il nécessite d’encaisser des périodes d’entraînement très dures auxquelles succèdent des phases plus cool qui permettent à l’organisme d’assimiler le travail et de se régénérer. Il faut laisser au corps le temps de s’adapter. » Saison après saison, les qualités de l’Isérois se sont améliorées, affinées, optimisées. Il n’a pas été question de brûler les étapes, mais bien de construire la performance. « Patrick n’hésite pas à faire l’impasse sur des courses importantes s’il estime que l’intégrité physique est en jeu. Je pense qu’il est essentiel de ne jamais négliger la santé, même s’il ne faut pas se voiler la face et admettre que s’entraîneur dur pousse le corps dans ses limites et n’est pas une démarche qui respecte la santé à 100 %. »

© Lionel Montico

Le gamin et le Dieu de la Borne

Surnommé affectueusement le « gamin » par son entraîneur, Nicolas n’est plus le petit jeune en manque d’expérience qui a tout à prouver. A la grâce d’un travail acharné au quotidien, placé avec humour sous l’égide du « Dieu de la Borne » (autrement dit le volume, toujours le volume !), il n’éprouve jamais de lassitude. S’entraîner deux fois par jour ? « Ce n’est pas un problème, sauf lorsque j’ai de grosses charges d’entraînement et qu’il faut retourner courir ou rouler malgré la fatigue. Contrairement à certains athlètes qui privilégient le plaisir, je m’astreins à des séances qui, souvent, ne sont pas drôles. Je pense qu’il faut mettre toutes les chances de son côté si l’on veut être performant. Mais il y a beaucoup de diversité dans mon entraînement : d’un jour à l’autre et au sein d’une même journée, je fais des activités différentes. Course à pied, vélo de route, home trainer, un peu de ski de fond en hiver… Je ne fais guère plus de 5 ou 6 fois la même séance dans l’année ! » Au bout du compte, ce ne sont pas moins de 20 à 25 heures d’entraînement hebdomadaires auxquelles s’adonne Nicolas, le plus souvent en solo mais régulièrement aussi avec des amis. « J’apprécie de m’entraîner avec du monde, y compris d’un niveau différent. Cela permet de faire des sorties cool, mais aussi d’être poussé sur des séances difficiles. » Ces mots me rappellent un footing partagé avec lui dans le Beaufortain : tandis que je soufflais comme un bœuf asthmatique dans une montée assassine, le petit bonhomme trottinait en parlant et en riant. Trailer de haut niveau, c’est vraiment un métier !

« Le trail peut être un job, mais il faut savoir qu’il reste peu rémunérateur par rapport à l’engagement qu’il demande. 25 heures d’entraînement par semaine, ce ne sont pas 25 heures dans un bureau. Une carrière dure très peu de temps et doit être gérée comme une mini-entreprise », estime Nicolas. « Il faut à la fois savoir communiquer et avoir des résultats. Aujourd’hui, trouver des sponsors matériels est assez facile. En revanche, décrocher des partenariats financiers se révèle compliqué. » Du coup, le pensionnaire de l’équipe de France travaille quatre mois et demi en hiver comme skiman aux Saisies. Non seulement pour gagner un peu d’argent, mais aussi pour la dimension sociale. « Je suis souvent seul à l’entraînement, alors ça fait du bien de côtoyer des gens, extérieurs au trail qui plus est. » Une vision qui incarne toute la sagesse et le réalisme d’un athlète qui sait prendre son temps. Prendre son temps pour progresser, mais aussi pour apprécier les paysages et les êtres qui l’entourent. Non, Nicolas n’est pas seulement un champion : il est aussi un « gamin » sacrément attachant.

© Lionel Montico

 

* Un problème de balisage et l’erreur de parcours de plusieurs coureurs ont engendré l’application de pénalités et donc le reclassement de plusieurs athlètes. Nicolas Martin, en tête, s’est vu contraint d’attendre son poursuivant, Sylvain Court, et de franchir avec lui la ligne d’arrivée. Il a été finalement rétrogradé à la deuxième place, Sylvain Court étant déclaré seul vainqueur. De nombreux débats ont suivi cet imbroglio qui a concerné les classements féminin et masculin.

 


  • Son spot préféré pour courir : les arêtes du Mont Coin et le lac d’Amour (Beaufortain).
  • Son meilleur souvenir de compétition : sa 2e place à la Transvulcania « car elle allie une réelle réussite sportive et une ambiance de folie à l’arrivée. »
  • La course qu’il n’a pas encore courue et qui le fait rêver :
  • Sa valeur phare : le travail et sa reconnaissance. « Dans le sport, le résultat ne dépend pas du copinage ou du réseau : il reflète le travail réalisé à l’entraînement. »
  • Sa phrase fétiche : « Etre aimé de tout le monde, c’est aussi être aimé de n’importe qui. »

 Un mot sur les mondiaux

« Je rêvais d’un podium aux championnats du monde et je me savais capable de le faire à condition de rester concentré et respectueux des adversaires. La course s’est déroulée telle que je le pensais. En franchissant la ligne d’arrivée, un immense bonheur m’a envahi. Un premier podium mondial est une grande satisfaction personnelle. Cette course a clôturé une saison régulière et réussie. Mais il me reste une marche à gravir. Ce sera l’un de mes objectifs pour les saisons à venir. »


 

Nicolas Martin en bref

Né le 29 juillet 1986
Habite à Villard-sur-Doron (73)
Entraîneur : Patrick Bringer (2010 – aujourd’hui)
Membre de l’équipe de France de trail depuis 2013
Palmarès :

  • 2016
    Vice-champion du monde, vainqueur du trail du Ventoux et du High Trail Vanoise, 2e de la Transvulcania, vice-champion de France de trail.
  • 2015
    7e des championnats du monde et champion du monde par équipe, 8e des championnats de France de course en montagne et champion de France par équipe, 3e de la CCC, 2e du Grand Trail des Templiers.
  • 2014
    Vice-champion de France de trail et de kilomètre vertical, champion de France par équipe de trail et de course en montagne, vainqueur de l’OCC.
  • 2013
    9e des championnats du monde et vice-champion du monde par équipe, 5e des championnats de France de trail et champion de France par équipe.
  • 2012
    3e des championnats de France de trail.

 

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