Rencontre avec Juliette Blanchet

Pour s’évader de la rigueur mathématique de son métier, Juliette Blanchet court. Et court longtemps. L’ultratraileuse allie ainsi, sur les sentiers, plaisir, planification et optimisation. Une équation synonyme de succès. Interview.


Tu as décroché en août dernier la quatrième place de l’UTMB. Cet ultra représentait-il un rêve pour toi ?

Non, pas vraiment. Je n’ai jamais eu pour objectif de m’aligner au départ de l’UTMB lorsque j’ai commencé à courir, il y a une dizaine d’années. En réalité, je suis venue à l’ultra petit à petit. Je pense qu’il faut regarder à long terme et évoluer de manière progressive, notamment pour des questions de santé.

Quelle sportive étais-tu avant de te lancer dans la course à pied ?

J’ai très longtemps pratiqué le handball. Lorsque j’ai quitté Paris pour m’installer à Grenoble, j’ai trouvé qu’il était dommage de m’enfermer dans un gymnase alors qu’il y avait un tel terrain de jeu à l’extérieur. Comme mon copain courait, j’ai eu envie de courir moi aussi. Puis nous sommes allés à Davos où j’ai vu des gens courir en montagne. Cela m’a tellement donné envie que je m’y suis mise… et je n’ai plus cessé depuis !

Pourquoi aimes-tu autant les efforts de longue haleine ?

Les distances courtes sont trop rapides et trop intenses pour moi, qui suis très régulière sur du long. De plus, l’ultra me permet de déconnecter complètement : je ne pense plus à rien, je ne songe qu’à avancer. Et puis j’aime la préparation d’un ultra : partir le week-end pour plusieurs heures de sortie, j’adore ça ! Par ailleurs, le côté scientifique de la gestion m’intéresse : je réfléchis à ce que je vais manger et à quel moment, à ce que je vais choisir comme équipement…

Prépares-tu un ultra de manière aussi rigoureuse que tu mènes tes recherches en mathématiques ?

Oui, en un certain sens ! (rire) J’aime ce qui est carré et bien organisé. Au début, je m’étais même fait un petit algorithme pour calculer mes temps de passage. Maintenant j’élabore mon plan de marche de manière plus simple : je me fonde sur quelques chronos des années antérieures, je calcule une moyenne et j’obtiens mes propres temps de passage. A 10 minutes près, je sais ainsi quel sera mon chrono à l’arrivée d’un ultra. Cette année, sur l’UTMB, je suis toujours passée dans les temps, à 3 minutes près, puis j’ai pu accélérer sur la fin et franchir la ligne avant l’heure prévue.

En hiver, continues-tu à courir lorsque le froid et la neige apparaissent dans les Alpes ? Pratiques-tu l’entraînement croisé ?

J’avoue que je fais beaucoup moins de sport en hiver. Je ne cours presque plus. Je pratique le ski de fond et le ski de randonnée, mais je ne participe à aucune compétition. J’ai besoin de faire une pause. Quant à l’entraînement croisé, je sais que je devrais le pratiquer, mais j’ai beaucoup de mal à faire du vélo. Cette saison, j’ai dû rouler une fois une heure… Comme je n’ai mal nulle part quand je cours, je fais ce que je préfère : courir !

Quel conseil donnerais-tu au lecteur en nutrition ?

Testez vos ravitaillements le plus possible avant une course afin de savoir ce qui vous convient le mieux. Il est tellement dommage de gâcher une aventure à cause de problèmes digestifs !

Et en termes d’entraînement ?

Même si vous courez uniquement des ultras, ne négligez aucune filière : entraînez-vous en fractionné, y compris sur des 30/30, et faites des sorties longues.

La gestion de course est essentielle en ultra. Quel est le secret de la réussite ?

Ne pas hésiter pas à établir un plan de course. Je m’imprime un profil avec mes temps de passage et je glisse le papier dans une poche. En course, je le consulte et cela me permet souvent de relativiser de mauvaises sensations.

Enfin, as-tu une astuce concernant le ravitaillement ?

Pour éviter de galérer avec des emballages de barres lorsque vos mains sont engourdies par le froid, pré-ouvrez-les lorsque vous préparez votre matériel de course.

 

Juliette Blanchet en bref

36 ans, 1,66 m, 51 kg. Chercheur en mathématiques au CNRS.

  • 4e à l’UTMB en 2016.
  • 3e de l’Eiger Ultra Trail en 2016.
  • 3e à la TDS en 2015.
  • 2e à la MaxiRace en 2015.
  • 2e à la Diagonale des Fous en 2014.

 

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