Si vous êtes fan de trail, cela ne peut vous avoir échappé : dans quelques jours, se dérouleront les championnats du monde de trail à Annecy. Les pronostics vont bon train, les analyses aussi. Le temps des polémiques serait-il déjà derrière nous ? Il y a quelques mois, une poignée de champions lançait un pavé dans la mare pour s’insurger contre la séparation de l’épreuve élite de la course « populaire ». Les débats ont animé les réseaux sociaux et les prises de position se sont multipliées. A la clé : la défense des valeurs fondatrices du trail où les coureurs, quel que soit leur niveau, se rassemblent pêle-mêle sur la ligne de départ.

Aujourd’hui, la polémique s’est apaisée car le suspens sportif s’est logiquement imposé. Qui décrochera le titre mondial samedi sur les sentiers haut-savoyards ? L’équipe de France brillera-t-elle à domicile ? Au-delà des pronostics, il y a les coureurs anonymes, ceux qui espéraient participer à leur échelle aux mondiaux en prenant le départ au même instant que l’élite planétaire. Tous ceux-là ne peuvent que ruminer leur déception et, parfois, regretter amèrement d’avoir acheté un dossard. Lorsqu’ils s’élanceront pour leur Maxi-Race, l’élite sera déjà bien loin devant eux.

Ce billet n’a pas pour objet de débattre sur les sujets déjà largement couverts par les coureurs et les médias. Il a plutôt pour objectif de dénoncer une autre réalité, pour le moins surprenante. Depuis leur création, les championnats du monde de trail ne proposent qu’une distance, très proche de l’ultra puisqu’il s’agira de courir samedi plus de 80 km. Le trail n’est-il donc qu’une discipline longue distance ? Le statut de trailer n’est-il réservé qu’à ceux qui aiment crapahuter en montagne pendant 7, 10 ou 20 heures ? C’est un peu comme si les championnats du monde d’athlétisme ne comportaient qu’une épreuve de 10 000 m et ignoraient volontairement le 5 000 m, le 3 000 m ou le 1 500 m. En fond et demi-fond, considère-t-on que le titre de champion du monde du 10 000 m a plus de valeur que celui du 1 500 m ? Non, tout simplement parce que les deux distances ne sont pas comparables et requièrent des qualités physiques et mentales très différentes. Alors pourquoi le trail privilégie-t-il systématiquement les longues distances au détriment des épreuves plus courtes ?

Les raisons sont multifactorielles et complexes. On pourrait justifier la prévalence de l’ultra par le culte de l’héroïsme, de l’aventure jusqu’au-boutiste, du dépassement de ses limites, de la recherche d’un statut de « surhomme » qui règne dans nos sociétés où la performance dans tous les domaines est une exigence de chaque instant. On pourrait aussi avancer des raisons plus institutionnelles liées aux entités qui gèrent les compétitions internationales. On pourrait enfin imaginer des raisons moins avouables, parce que davantage liées à des enjeux financiers.

Quoiqu’il en soit, le constat ne change pas : samedi, les championnats du monde seront une grande fête pour le trail longue distance. Tant pis pour ceux qui préfèrent les formats courts. Tant pis pour les coureurs élites qui ne veulent pas se lancer dans l’ultra et ne verront pas de sitôt leur talent reconnu à l’échelon planétaire. Ils pourront toujours se consoler en se tournant vers des circuits tels que les Skyrunning World Series, n’est-ce pas ?… Il n’empêche que je guette avec impatience le jour où les mondiaux offriront le vrai reflet d’une discipline dont la diversité fait incontestablement sa richesse.

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