Alors qu’elles n’étaient qu’une maigre poignée il y a quelques années, les stations de trail ont essaimé et comptent désormais une bonne douzaine de sites. Installées dans les zones montagneuses de l’Hexagone (Jura, Pyrénées, Massif Central, Alpes), elles fonctionnent sensiblement sur le même principe que celui de leurs aînées, les stations de ski, comme le confirme Thomas Lorblanchet, ambassadeur de l’espace trail du Sancy Mont Dore : « si l’on assimile une station de trail à une station de ski, on comprend qu’elle soit composée, d’une part, d’un domaine doté de pistes où les gens peuvent évoluer librement et, d’autre part, de services type Ecole du Ski Français que l’on pourrait appeler ‘‘école de trail’’ qui propose un accompagnement par des encadrants diplômés. » Cependant, contrairement à une station de ski, les chemins sont accessibles gratuitement et seules les prestations complémentaires (accompagnement, accès aux salles de sport et de détente…) sont payantes. Loin de représenter une manne financière, le trail est surtout une manière de dynamiser les territoires au cours de la belle saison et de faire découvrir aux coureurs de nouveaux horizons.

 

Découvrir de nouveaux terrains de jeu

Une fois arrivés à destination, nous voilà donc équipés de pied en cap face à un panneau recensant l’ensemble des itinéraires et une palette intéressante d’ateliers. Pour simplement faire une sortie en pleine nature, il suffit de suivre le balisage spécifique : s’offre alors au coureur un terrain de jeu qui, sans ce marquage, serait nettement moins accessible. Parfois, un code couleur identique à celui des stations de ski (vert, bleu, rouge, noir) permet de connaître le niveau de difficulté d’un itinéraire. Plus de mauvaise surprise en cours de route, plus de sorties trop faciles ou trop dures !

« Grâce aux parcours balisés, on permet au trailer d’aller rapidement à l’essentiel », estime Thomas Lorblanchet. « Le coureur ne jardine plus pendant deux ou trois jours, il est immédiatement conduit sur les meilleurs spots pour courir. » Soigneusement tracés et validés par des professionnels, les parcours permettent de découvrir un territoire sans perdre de temps et d’évoluer en montagne en limitant les risques. « Nous informons les coureurs sur les précautions à prendre en montagne et mettons même du matériel à leur disposition afin qu’ils prennent le moins de risques possible », ajoute Francis Dujardin, directeur de la station de trail de Chartreuse.

 

Des outils pour progresser

La station est également dotée d’ateliers, c’est-à-dire de parcours destinés à travailler de manière spécifique une technique ou une qualité indispensable en trail. On trouve généralement une boucle d’échauffement, un espace pour s’entraîner en fractionné, un kilomètre vertical ou encore un circuit pour enchaîner montée, descente et relance. Ces ateliers présentent un réel intérêt pour le trailer : chacun d’entre eux a été conçu en vue de travailler une facette de l’entraînement. Ils permettent d’identifier forces et faiblesses individuelles, d’améliorer toutes les qualités requises en trail et, pour ceux qui pratiquent rarement le fractionné, de faire des séances structurées qui auront un impact rapide sur leur progression. Ces ateliers peuvent aussi donner des idées d’entraînement reproductibles au quotidien, chacun pouvant s’inventer des circuits training près de chez lui.

Même dans les stations qui ne sont pas dotées de tels parcours, le bénéfice des tracés est évident pour le coureur. « Cela fait maintenant douze ans que je pratique le trail », confie Thomas Lorblanchet. « Mon abandon sur l’Ultra Trail du Mont Fuji en 2014 m’a démontré que, finalement, je ne sais rien. La technicité développée sur un terrain donné n’est pas forcément transférable dans un autre milieu. » Autrement dit, il faut diversifier au maximum les conditions d’entraînement pour apprendre à évoluer dans des environnements très différents.

« Je pense que l’apport principal d’une station de trail concerne l’acquisition du pied montagnard. Certains coureurs se font une montagne de la montagne alors qu’elle est abordable, tandis que d’autres trottent à Fontainebleau en pensant être Kilian Jornet », ajoute Thomas Lorblanchet. Pour tout trailer qui n’a pas la chance d’habiter près d’un massif montagneux, les stations de trail constituent une occasion en or de progresser : apprentissage des appuis en terrain technique, familiarisation avec l’environnement hostile qu’est la montagne, mais aussi gestion des dénivelées. Une station de trail ne se contente pas de suivre les chemins de randonnée pour les proposer aux coureurs ; chaque itinéraire est conçu en fonction d’une finalité, comme le confirme Thomas Lorblanchet : « on développe les itinéraires avec un objectif : offrir au coureur des conditions sensiblement identiques à celles qu’il trouvera sur une compétition. »

 

L’idéal pour un week-end choc ou un stage

Parce que les stations de trail sont toutes issues d’une politique territoriale, elles se révèlent étroitement liées à l’offre touristique. Fréquenter un espace trail, c’est aussi organiser un véritable séjour, qu’il s’agisse d’un week-end choc, hautement bénéfique pour progresser et préparer une course, ou d’un stage avec des amis ou des copains de club. Un tel séjour s’avère particulièrement pertinent si l’on n’habite pas à la montagne ou si les contraintes quotidiennes ne permettent pas de se ménager des créneaux suffisants pour se consacrer au trail, surtout si l’on prépare une épreuve longue. Les offices de tourisme, parties prenantes de l’offre trail, sont en mesure de répondre aux besoins d’hébergement des coureurs et aux attentes extra-sportives, notamment pour les accompagnants pas forcément passionnés de running. Certains coureurs organisent même leurs vacances dans une station où il est aisé de conjuguer entraînement et loisirs en famille. « Nous sommes capables de répondre à toutes les demandes, de l’encadrement d’une demi-journée au stage de plusieurs jours, de l’initiation à la préparation pointue », affirme Francis Dujardin. « Notre objectif : ne laisser personne au bord du chemin et faire prendre conscience que l’entraînement ne doit pas être une contrainte, mais doit s’intégrer harmonieusement dans la vie quotidienne. »

Le concept des espaces de trail est donc attirant à plus d’un titre : parce qu’il est une promesse de parcours d’entraînement où l’on est certain de travailler toutes les qualités requises par la discipline, parce qu’il s’adresse aux coureurs de tous niveaux (du débutant à l’expert, du citadin au montagnard chevronné), mais aussi parce qu’il permet de profiter d’un territoire avant, pendant et après l’entraînement. Grâce à la multiplication des stations, l’horizon des trailers s’agrandit, même s’il manque encore cruellement ce type d’espace dans la moitié Ouest de la France. « Pourtant on pourrait créer une station de trail en Bretagne », estime Thomas Lorblanchet. « Le coureur y développerait des qualités différentes, mais tout aussi intéressantes, par exemple apprendre à courir vite sur des chemins techniques, sans forcément faire du dénivelé. »

 

L’avis de Francis Dujardin, directeur de la station de trail de Chartreuse et entraîneur :

« Deux ateliers sont particulièrement importants : l’atelier VMA et le kilomètre vertical. Travailler en montée est crucial pour tous les trailers car il faut s’habituer musculairement à grimper. Les boucles de trail sont des mini-parcours de 2 à 4 km où l’on apprend la régularité et la technique. On y travaille toutes les qualités que doit posséder un bon trailer. L’idée est d’être capable de répéter 4 ou 5 fois le parcours. Certains ateliers sont plus techniques et permettent de progresser sur des qualités plus spécifiques, à condition de respecter le protocole proposé. Par exemple, l’atelier côtes a pour but de courir en montée sur des portions courtes, avec des foulées longues, puis de récupérer passivement afin d’être en mesure d’enchaîner plusieurs ascensions. Le travail de descente est également primordial. »

 

 

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