Parfois la mémoire permet d’exhumer des souvenirs que l’on croyait bien enfouis. Ils sont pourtant là, juste sous la surface des instants plus récents ou plus forts. Il y a près de deux ans, en avril 2013, je participais à une épreuve plutôt originale : le traking. A cette occasion, j’avais rédigé un article pour Jogging International. L’ayant sorti de mes archives et relu avec une certaine nostalgie (j’avoue m’être vraiment amusée sur cette épreuve atypique), je vous le livre tel quel. Vous découvrirez ainsi ce qu’est ce concept intéressant, mais qui peine à trouver sa place dans le paysage de l’outdoor, probablement faute d’une communication plus efficace, d’ambassadeurs médiatiques et de petits ajustements (je pense notamment qu’il faudrait réduire les risques de blessures pour que les trailers soient totalement séduits). Bonne lecture !

Avril 2013 – Ceyrat (Auvergne)

C’est le petit dernier de la dynastie des courses nature. Le traking, mélange de trail et d’enduro, méritait d’être testé. J’ai joué le jeu à fond et j’ai aimé. Mes genoux, un peu moins !

Il y avait toutes les raisons de se méfier. Dans le paysage foisonnant des courses nature, le traking m’est apparu de prime abord comme un véritable OSNI (objet sportif non identifié). Encore une fausse nouveauté ? Pour débroussailler le terrain, un petit tour sur le site internet de la discipline était nécessaire. J’ai alors appris que le traking « consiste à parcourir, en crapahutant à pied, un itinéraire fortement accidenté et engagé, tracé en pleine nature. » Jusqu’ici, rien de bien révolutionnaire. « Il se pratique sur le même principe qu’un enduro moto. » Là, j’avoue que ma curiosité a littéralement été attisée. « Il comprend des spéciales chronométrées et des parcours de liaison très techniques faits de franchissements de fossés, ravins, roches, cours d’eau… » Bon, OK, on ne joue plus dans la même cour. Je lorgne déjà vers une paire de gants, des genouillères et un casque ! Et ça dure longtemps, cette histoire ? « Un parcours de traking est distant d’une dizaine de kilomètres, à réaliser à deux reprises, de jour et de nuit, par tous les temps. » Conclusion ? Le traking est un réel OSNI que j’ai hâte de tester !

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Dans la peau d’un traker

Me voilà donc partie pour Ceyrat, bourgade auvergnate où se déroule la première étape du challenge de traking 2013. Pas franchement casse-cou, j’avoue qu’une légère appréhension se love au creux de mon estomac. Pour une première expérience, la chance est avec moi : exceptionnellement, l’épreuve ne comportera qu’une manche qui aura lieu en matinée. Le traking étant une discipline nouvelle – le challenge n’existe que depuis l’année dernière – les concurrents ne se bousculent pas au portillon en ce dimanche matin. Nous sommes seulement 80 trakers au départ, équipés de manière assez disparate. Certains ont opté pour la couverture totale du corps (collant, tee-shirt à manches longues, gants) tandis que d’autres partent beaucoup plus légers (short, tee-shirt). Inconsciente que je suis, je fais partie de la seconde catégorie… Les trakers sont convoqués par groupes de trois à la chambre d’appel. Ils s’avancent ensuite jusqu’au départ de la première spéciale, petit itinéraire tracé à la rubalise dans un champ en pente et ponctué par le franchissement de trois barrières. Une formalité pour l’habituée du cross-country que je suis : en moins de 2’30’’, la spéciale est bouclée !

Le site de départ s’est vidé, la plupart des trios étant déjà partis sur le parcours. Me voici embarquée sur le circuit avec deux compères inconnus. Nous nous enfonçons dans les broussailles et mes jambes commencent à être lacérées. La première galère pointe alors le bout de son nez : nous avons perdu l’itinéraire ! Nous nous frayons difficilement un chemin dans l’entrelacs de végétaux tous aussi piquants les uns que les autres. Au bout d’une petite demi-heure et de deux bons kilomètres parcourus inutilement, nous voici de nouveau sur les bons rails. Ouf !

 

Immersion totale

C’est sur la deuxième spéciale que les choses sérieuses commencent. Je passe ma puce devant la badgeuse et m’élance à fond dans la descente. Le sentier est tracé dans la terre glissante, les virages sont brutaux, il faut s’accrocher aux arbres et être attentif à chaque appui. Un chaos de blocs rocheux, une petite glissade sur les fesses pour franchir une grande dalle moussue puis la remontée d’un torrent en sous-bois : je m’amuse beaucoup ! Objectif du jeu : boucler ce petit parcours le plus vite possible. Autant dire qu’il vaut mieux avoir laissé le cerveau au départ et foncer à l’instinct ! Une côte finale et hop, un coup de badgeuse pour enregistrer mon chrono.

Les liaisons sont de jolies balades dans la nature : en trottinant tranquillement, on relie les différentes spéciales grâce à une alternance de sentiers bien tracés et de parcours totalement hors piste où les troncs d’arbres, les montées raides et les ronces sont légion. L’avantage, c’est que l’on peut récupérer tout en papotant avec les autres concurrents. Mon trio a éclaté, chacun ayant adopté son propre rythme, mais je rattrape d’autres trakers qui sont dans le même état que moi : boueux, mouillés, égratignés… mais visiblement heureux !

Les liaisons et les spéciales s’enchaînent. Chaque tronçon est différent des précédents et chaque spéciale procure cette montée d’adrénaline assez plaisante. Sur ce genre d’épreuve, on oublie tous les repères habituels de la course à pied : la vitesse moyenne n’a plus aucun sens, la distance non plus. A Ceyrat, les règles ne sont pas strictement appliquées. Habituellement, le traking implique un temps minimal pour boucler un parcours. Si cette barrière horaire est dépassée, un point de pénalité est infligé au concurrent retardataire pour chaque minute au-delà du temps de référence. Le jeu est alors un peu plus difficile car les liaisons ne peuvent pas être gérées aussi sereinement. Ici, le plaisir et la convivialité règnent en maîtres. On papote, on prend le temps de boire un verre d’eau, on marche pour mieux récupérer.

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Après une spéciale en descente tout simplement jouissive – des pentes bien raides et des tremplins de VTT à sauter – arrive l’avant-dernière épreuve. La plus longue aussi, comme le rappelle gentiment un bénévole. C’est bientôt la fin du parcours, je me sens euphorique et j’ai envie de profiter de ces derniers mètres de crapahute. Je ne suis pas déçue du voyage ! Dans une gorge étroite aux allures de jungle, il s’agit de remonter le cours d’eau en grimpant sur des rochers couverts de mousse humide. Mon cœur bat la chamade, l’eau me monte jusqu’à mi-mollet, mes mains sont pleines de terre et je me bats avec des branches. Je me sens un peu l’âme d’une aventurière traquée dans la forêt vierge… Parvenue au bout du torrent, je me lance dans une descente technique avec des passages sur (ou sous !) des troncs renversés, entre des cailloux, des racines, des trous… Dernière ligne droite, un bip sur la badgeuse. Et un genou en sang.

 

Mon verdict : j’ai aimé !

Retour sur le site de départ après une ultime liaison de 2 kilomètres parcourus au petit trot. La dernière spéciale est traditionnellement identique à la première, histoire de voir si l’on a laissé des plumes sur le parcours. Si les règles étaient appliquées à la lettre, nous devrions ensuite partir pour un deuxième tour, de nuit qui plus est. Aujourd’hui, l’aventure s’arrête déjà. Enfin, la plupart des trakers ont quand même mis entre 2 et 3 heures pour venir à bout de l’épreuve ! Armée de ma puce de chronométrage, je passe au stand final pour récupérer une petite note sur laquelle sont indiqués les temps de chaque liaison et de chaque spéciale, le cumul de ces dernières permettant d’établir le classement. Il paraît qu’Ivan Bizet, coureur en montagne 2012 et trailer émérite, a littéralement adoré le concept lorsqu’il a participé à la manche de Volvic l’an dernier. Personnellement, le traking m’a séduite aussi. Ludique, technique et intense, cette discipline encore méconnue est un complément intéressant pour les épreuves montagnardes. Et une manière originale de se prendre pour Rambo !

 

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