Une foulée aérienne, une vitesse hallucinante, une victoire, voire un record : regarder un athlète survoler le tartan ou le bitume est toujours un plaisir pour les yeux et un instant de vive émotion. Qu’il s’agisse de marathon, de 3000 m steeple, de 800 m ou de 50 km marche, j’éprouve toujours le même frisson et la même compassion pour ces champions qui parviennent à courir ou marcher à des allures qui dépassent l’imagination. Depuis mes premières foulées sur une piste d’athlétisme, quand j’avais 15 ans (pfffff, ça file un sacré coup de vieux de penser à cette époque…), je n’ai eu de cesse d’admirer les athlètes que je voyais de près ou de loin. Au début, il me semble que je ne me posais guère de questions : il y avait les champions, naturellement doués pour courir vite, et les autres qui, à force de travail, parvenaient tant bien que mal à améliorer chaque saison leur record personnel sans jamais entrer dans la sphère du haut niveau.

Et puis j’ai mis les pieds dans l’univers de la marche athlétique. J’ai eu une petite carrière de niveau national. J’ai côtoyé des champions en devenir tel que l’immense Yohan Diniz. J’ai regardé avec avidité autour de moi, dans les autres disciplines de l’athlétisme. J’ai vécu de l’intérieur toute l’injustice et l’iniquité de la médiatisation : tandis que le demi-fond ou le sprint suscitaient l’intérêt, la marche restait dans l’ombre. D’autres disciplines (et athlètes) souffraient de la même indifférence.

Mais d’autres interrogations s’insinuèrent en moi. En me lançant dans la quête de la performance, en nourrissant l’espoir de faire toujours descendre le chrono, je prenais conscience de ce qui pouvait passer par la tête de certains athlètes. Il peut être si tentant de donner un coup de pouce à l’organisme pour l’aider à franchir un cap, pour repousser ses limites, pour le faire avancer toujours plus vite que les autres. Où commence le dopage ? La question est régulièrement soulevée parce qu’elle remet en cause à la fois le système du sport spectacle et la démarche de tout compétiteur, quel que soit son niveau.

Cette fin d’année m’incite à évoquer cette période de ma vie sportive pendant laquelle j’ai vécu des émotions incroyables mais aussi, malheureusement, perdu beaucoup d’illusions. Ces dernières semaines, les médias ont révélé plusieurs affaires de dopage, avéré pour Kiplimo et Kimetto et encore en suspens pour Jeptoo et quelques athlètes français. Ne faisons pas semblant d’être surpris ! Il serait trop long (et inutile) d’évoquer ici les raisons multiples qui conduisent au dopage et de dénoncer l’hypocrisie qui règne dans tous les milieux sportifs. En revanche, je voudrais simplement citer un champion à la retraite que j’ai récemment interviewé. Son témoignage m’a profondément touchée.

Il y a quelques jours, l’ancien champion du monde de triathlon Julien Loy se confiait à moi à l’occasion d’un entretien à paraître prochainement dans le magazine Trimag. Lorsque je lui demandai s’il éprouvait des regrets par rapport à sa carrière, voici ce qu’il me répondit avec un regard franc : « Mon seul regret est d’avoir fait partie d’une génération de sportifs que je qualifierais de sacrifiée. Dans les années 1990-2000, c’était du grand n’importe quoi dans les sports d’endurance. Je m’interroge sur certains profils d’athlètes et revirements de situation dans des courses, mais je n’ai pas de réponses, pas de preuves. En tout cas, je sais ce que j’ai fait et j’ai la conscience tranquille. »  Je vous laisse méditer…

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