Tout le monde connaît ces jours maudits. De ceux qui partent mal dès le matin et donnent envie de retourner aussi sec sous la couette. Ce samedi 22 novembre, jour de l’Ultra Trail Collserola Helly Hansen (Barcelone), semblait bien mal parti. Nous avions pourtant pris nos précautions pour rejoindre le site de course… nous avions pourtant étudié la carte et l’itinéraire avant de monter dans la voiture… mais c’était sans compter les sens interdits, les pâtés de maison qui semblaient tous sortis du même moule et les noms de rue à coucher dehors (surtout quand on ne comprend pas un mot de catalan). Bref, nous avions quitté l’hôtel à 8h30 afin de retirer mon dossard bien avant le départ de la course, à 10h. A 9h10, nous étions perdus sur une immense avenue, entre un hôpital et un centre commercial ! Le stress commençait sérieusement à monter lorsque le destin décida soudain que nous ne méritions pas de rater le départ. Il mit d’abord sur notre chemin un policier charmant qui put enfin nous indiquer la route et, quelques minutes plus tard, une voiture remplie de trailers qui acceptèrent volontiers de nous guider jusqu’au site de course. Ouf…

Bon, il était quand même 9h30 et je n’avais ni mon dossard, ni ma puce de chronométrage. Evidemment, je n’étais pas non plus échauffée. Grâce à des organisateurs serviables et efficaces, je récupérais dossard et puce en quelques instants… non sans avoir une sueur froide en découvrant la puce dans une enveloppe… mais sans liens pour l’attacher aux lacets ! Un attache-fil énorme, sans doute utilisé pour des fils électriques de diamètre énorme, a résolu le problème. Système D original, non ?

Tant pis pour l’échauffement, direction la ligne de départ. Après avoir inscrit le numéro de mon dossard sur mes gels énergétiques (riche idée que celle-ci : celui qui ose jeter ses déchets est ainsi identifié et sanctionné), je passais au contrôle du matériel. Une jeune fille me demandait en souriant : « mobile ? » Hé bien non, pas de téléphone, surtout sur une épreuve aussi peu engagée. Une fois encore, tout est bien qui finit bien : Stefano Lentati, Europe Communication Manager chez Helly Hansen, venait à ma rescousse. « We will run together », affirmait-il avec aplomb… avant d’éclater de rire deux mètres plus loin, lui qui s’alignait pour la première fois de sa vie sur un trail et doutait de sa capacité à ne pas finir dernier !

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Mes malheurs ne s’arrêtèrent pas là. Alors que nous étions une vingtaine à avoir creusé un joli trou dès le premier kilomètre, voilà qu’une erreur de parcours nous plaçait en queue de peloton ! Aux côtés de Laura Sanzberro Solana, ma rivale du jour, je remontais au train en tête… non sans produire un effort que je paierais plus tard. 

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Fin de mes mésaventures. La suite est une succession de petits bonheurs : singles tortueux dans une végétation méditerranéenne piquante et odorante, chemins en forêt, relances incessantes et ludiques, points de vue panoramiques sur la ville et le parc de Collserola et, après mes sensations mitigées sur les huit premiers kilomètres, un pur bonheur de courir. Jusqu’au 18e kilomètre, j’avais Laura Sanzberro Solana en point de mire. Je réduisais considérablement l’écart dans les descentes et reperdais du terrain dans les montées. Ma rivale était trop forte pour moi aujourd’hui. Elle bouclait l’épreuve en 2h03’49’ tandis que je franchissais la ligne en deuxième position, après 2h05’03 de course. 

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D’accord, cette journée n’était finalement pas si terrible. Outre la satisfaction de grimper sur le podium pour ma dernière course de la saison, j’éprouvais une vraie joie d’avoir couru pour la première fois en Espagne. Les encouragements du public sur le parcours étaient tout simplement géniaux. Je garderai longtemps en mémoire les « animo ! venga, venga ! » criés par des spectateurs enthousiastes. J’ai perçu un engouement et une conviction dans ces encouragements que je n’avais encore jamais rencontrés en France. Sur la ligne d’arrivée, du premier au dernier concurrent, le public applaudissait et criait. L’Espagne a décidément une vraie culture de la course en montagne. Et ce ne sont certainement pas ceux qui ont déjà couru à Zegama qui me contrediront !

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