Loulou, c’est un peu Astérix : petit par la taille, mais grand par sa ténacité, sa volonté et ses convictions. Dopé à sa potion magique maison – une inaltérable passion du trail – Loulou n’a eu de cesse d’entraîner dans l’aventure de L’Ardéchois son village gaulois, Désaignes. Les similitudes avec le personnage de Goscinny & Uderzo ne s’arrêtent pas à la figure emblématique du petit héros. Sur la place du village, on fait rôtir à la broche non pas un sanglier, mais un boeuf entier autour duquel se réunissent les aventuriers des sentiers. A en juger par les conditions météorologiques exécrables des éditions 2012 et 2013, on aurait pu croire qu’Assurancetourix, le célèbre barde dont la voix provoque des catastrophes, s’était invité à la fête… mais non, les groupes musicaux, loin d’attirer la pluie, instaurent une appréciable ambiance rythmée au village et sur les parcours. D’ailleurs, le ciel plutôt clément ces 2 et 3 mai derniers n’est pas tombé sur la tête des concurrents !

Hier soir, après deux jours de compétition orchestrés de main de maître, la 20e édition de L’Ardéchois s’est achevée par un banquet digne des fêtes gauloises des albums d’Astérix. Buffet campagnard, musique, bal dansant, feu d’artifice : tous les ingrédients étaient réunis pour faire de cette édition particulière un moment d’exception. Hier, au cours de la remise des prix, la voix de l’Astérix ardéchois s’est nouée. Loulou, les yeux embués de larmes, n’a pu terminer son discours. L’Ardéchois était « son bébé ». Un enfant qu’il a fait naître et grandir, passant de 70 concurrents sur l’originelle « Voie Romaine » à 2000 coureurs sur l’édition 2014. Après 20 ans de bénévolat et d’organisation passionnée, Loulou a décidé de tirer sa révérence. Mais, à la plus grande joie des trailers, ce grand petit bonhomme ne s’effacera pas totalement du paysage sportif. La nouvelle est tombée : L’Ardéchois ne mourra pas. Repris par une nouvelle équipe, l’événement verra toujours Loulou oeuvrer parmi ses acteurs.

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Une page s’est néanmoins tournée. Présente dans le peloton puis sur le podium, j’ai vécu cette 20e édition de l’un des trails majeurs de l’Hexagone avec une émotion particulière. Je me lançais pour la première fois dans une course supérieure à 25 km (36 km pour 1700 m D+), l’angoisse de l’inconnu lovée au creux de moi-même. La prudence et le travail réalisé à l’entraînement ont toutefois payé : prenant un plaisir incommensurable à courir, j’ai terminé l’épreuve en savourant à chaque foulée le bonheur de trotter sur les sentiers et de décrocher une deuxième place inespérée.

Mais, surtout, je savourais les quelques instants de complicité partagés avec Loulou, ce personnage que j’avais rencontré deux ans plus tôt à Désaignes dans le cadre d’un reportage pour Jogging International. Pétri de valeurs et de convictions, animé d’une passion dévorante pour le trail, Loulou m’avait accueillie dans son village avec chaleur et dévouement. Au-delà de l’apparence simplement énergique de ce petit bout d’homme, j’avais aussi perçu en lui une immense sensibilité. Hier, alors que je grimpais sur le podium pour recevoir ma récompense, j’étais profondément émue d’échanger quelques paroles et quelques regards avec Loulou qui arborait autour du cou le foulard que venait de lui offrir son ami fidèle, Dawa Sherpa.

Oui, Loulou s’en va. Enfin, presque. Je n’ose croire au retrait total de ce passionné. Peut-être parce que je n’ai pas envie de voir s’éclipser l’un des précurseurs du trail en France, l’un des plus fervents défenseurs de l’esprit trail à l’état pur qui a toujours refusé tout business et tout excès. Et si Loulou ne portait pas son nom de famille pour rien ? Ah, j’ai oublié de préciser que Loulou s’appelle Louis. Louis Chantre.

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