L’étiopathie : dans les brumes de la mécanique du corps

Nicolas Sarkozy ne se cachait pas : il consultait un étiopathe. Médiatisée, la méthode est devenue tendance et s’est même invitée à l’arrivée des courses. Mais qui sont ces praticiens ? Que penser de cette méthode ?

Un couloir, quelques chaises, des coureurs assis qui attendent leur tour. Devant la porte, un tabouret avec des cartes de visites : Martin Duchmol[*], étiopathe. « C’est quoi, un étiopathe ? » La question fuse et la réponse est quasi-immédiate : « C’est comme un ostéopathe. » Ah bon ?

Les mécaniciens du corps…

« L’étiopathie est une méthode rigoureuse et objective qui permet, à partir des symptômes présentés par le patient (douleurs, tensions musculaires, sensation de blocage), de remonter jusqu’à la cause pour traiter cette dernière par le biais de techniques manuelles articulaires, viscérales ou circulatoires », affirment les documents de communication de Jean-Paul Moureau, l’un des étiopathes les plus en vue. Cette médecine manuelle non conventionnelle traite tous les problèmes traumatiques et les douleurs : entorses, névralgies lombaires, dorsales ou cervicales… Elle se dit également efficace contre les troubles digestifs et respiratoires, les migraines, l’insomnie ou encore l’anxiété. Enfin, elle prétend traiter avec succès l’aménorrhée, notamment chez les sportives. Proche des méthodes des rebouteux, l’étiopathie n’a pas recours à des médicaments et n’a donc aucune implication en matière de dopage. Le praticien n’utilise que ses mains, sans aucun recours à un appareil. « Les étiopathes se présentent souvent comme des ostéopathes exclusifs pratiquant les manipulations articulaires que l’on retrouve dans le courant structurel de l’ostéopathie », explique Nicolas Pinsault, enseignant-chercher au CHU de Grenoble. « On distingue en effet trois courants d’ostéopathie : crânienne, viscérale et énergétique, et enfin structurelle. Cette dernière correspond à une vision mécaniste dont se réclament les étiopathes. »

… ou une vue de l’esprit ?

Si les étiopathes défendent forcément leur chapelle, d’autres posent un regard nettement plus critique sur cette méthode. Avant tout, il faut savoir que l’étiopathie n’est ni réglementée ni remboursée en France, ce qui signifie que l’étiopathe n’est pas professionnel de santé et donc soumis à aucun code de déontologie. De plus, sa formation n’est pas encadrée par l’Etat. « De ce fait, les gages de sécurité pour les patients sont beaucoup plus faibles et, en cas de problème, les recours sont compliqués », conclut Nicolas Pinsault. « Même s’il existe sans doute une majorité de bons étiopathes, vous n’êtes pas certain de recevoir des soins de qualité puisque la formation n’est pas contrôlée. » Majoritairement issus d’écoles implantées en Suisse, patrie d’origine de son prétendu fondateur Christian Trédaniel (cf. encadré), les étiopathes français peuvent également avoir suivi une option dans certaines écoles d’ostéopathie ou un cursus dans l’une des quatre écoles spécifiques (Paris, Rennes, Toulouse et Lyon). « Malgré les réserves nécessaires que je nourris à l’égard de cette méthode, je ne nie pas qu’un patient puisse éprouver un mieux-être après une séance », convient Nicolas Pinsault. « Néanmoins l’effet placebo peut avoir un effet très puissant. » Bref, comme souvent, ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain… mais restons attentifs à la température de l’eau !

 

Zoom sur les origines contestables de l’étiopathie

L’histoire officielle de l’étiopathie raconte que Christian Trédaniel (1934-2011) aurait soigné un accident sportif grâce à la médecine manuelle alors que la médecine classique avait échoué. Après quelques années d’exploration en France et aux Etats-Unis, il créa officiellement l’étiopathie en 1963 et publia un ouvrage en 1979. Sauf que le terme avait déjà été inventé en 1899 par George Dutton, auteur de Etiopathy or way of life : being an exposition of ontology, physiology and therapeutics : a religious science and a scientific religion. Autant dire que Christian Trédaniel, qui n’a jamais cité Dutton, a réalisé une véritable usurpation de la théorie originelle. Laquelle était d’ailleurs, comme le titre du manuel fondateur l’indique, davantage fondée sur la religion que sur la science. « La théorie exposée par Trédaniel est une nébuleuse qui ne tient pas debout scientifiquement », confirme Nicolas Pinsault. Bref, la paternité de l’étiopathie est à la fois contestable et contestée.

 

[*] Le nom du praticien a été modifié, évidemment !

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