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Chamonix : ils sont fous, ces trailers (ou pas) !

Tandis que la neige s’invite un peu partout en montagne et que de nombreux trailers observent leur coupure annuelle, les regards se tournent déjà vers la saison 2018. Quelles courses cocher dans le calendrier ? Il y a celles qui se déroulent à côté de la maison, ces adorables épreuves « saucissons » qu’on adore pour leur simplicité et leur authenticité (et aussi, avouons-le, parce qu’on y gagne souvent des paniers garnis !). Et puis il y a celles qui font rêver, ces grandes épreuves devenues mythiques ou tellement galvaudées qu’il faut compter sur le hasard des tirages au sort pour espérer décrocher un dossard. Parmi ces compétitions hyper attractives, figurent celles qui appartiennent à la famille chamoniarde. Non, La Mecque de l’alpinisme ne se contente plus des crampons et piolets. Dans ses rues peuplées de montagnards et de touristes du monde entier, s’immiscent depuis quelques années des badauds armés de baskets et pipettes. 

L’impatience est palpable. Tous les regards sont tournés vers le chemin qui descend de la montagne. Là doit apparaître, dans quelques secondes à peine, l’icône mondiale du trail. Enfin ! La petite silhouette frêle dévale l’ultime pente et se précipite sur la ligne d’arrivée. Les regards pétillent, les sourires s’épanouissent sur les visages, les téléphones sont brandis à bout de bras. Kilian Jornet attire, fascine, émerveille. Sa présence efface tout le reste, y compris le somptueux Mont Blanc qui se dessine en toile de fond, jouant à cache-cache avec les nuages. A Chamonix, le trail est bien plus qu’un phénomène de mode. Il est devenu une véritable culture. « Ça a démarré avec des montagnards d’ici qui faisaient de la course à pied. Un jour, l’un d’eux a décidé d’organiser une course et c’est tout simplement parti comme ça », se souvient Jean-Claude Pillot Burnet, ancien guide de montagne et ancien président du club des sports de Chamonix.

 

Prémices d’une lame de fond

Pour sa première édition, le Cross du Mont Blanc n’attire pas des foules démesurées, loin de là. Parmi eux, se glisse Henri Agresti, un guide de haute montagne qui prend le départ pour une seule raison : accompagner sa femme, Isabelle, et leur fils, Blaise. « Courir n’a jamais été une activité que j’ai pratiquée pour elle-même, mais pendant des années la montagne s’est souvent transformée en véritable course », raconte-t-il. « Il fallait aller plus vite que le mauvais temps, se dépêcher de redescendre avant la nuit, passer le plus rapidement possible sur un autre versant… On courait pour vivre. » Malgré son manque d’appétence pour le running, Henri met le doigt dans l’engrenage : après avoir suivi sa femme en 1979, il ne rate pas une seule édition du Cross, enfilant ses baskets une fois par an pour ouvrir la saison avec cette course devenue incontournable pour lui – et qui l’est désormais aussi pour près de 8 000 trailers.

L’exemple d’Henri Agresti s’avère emblématique. En effet, Chamonix s’inscrit pleinement dans l’histoire de la course en montagne, apparue au sein des communautés d’alpinistes qui aimaient se défier sur des marches d’approches ou des ascensions techniques dans les Pyrénées ou les Alpes, en France, en Italie ou en Suisse. Chamonix n’a donc pas inventé le trail, mais elle a profité du dynamisme de son vivier de montagnards, de l’aura internationale du Mont Blanc et d’un terrain particulièrement propice à la discipline. Les acteurs touristiques du territoire ont d’ailleurs saisi la balle au bond en créant la « Vallée du Trail » en 2012, une offre destinée aux coureurs incluant un balisage dédié sur une vingtaine de parcours, des topos et des itinéraires de niveaux variés. Mais un tel projet ne peut voir le jour que si les sentiers sont suffisamment entretenus et gérés. « La gestion des sentiers n’est pas forcément mieux faite qu’ailleurs, mais elle existe probablement depuis plus longtemps. De plus, les guides, cartes ou articles de presse sur la randonnée du Tour du Mont Blanc ont été parmi les premiers à être publiés », évoque Thierry Ravanel, directeur du magasin éponyme installé en centre ville depuis 2003.

Médiatisation du TMB, qualité des itinéraires, variété des terrains et des paysages, pool de montagnards pratiquant la course à pied : il n’en fallait pas davantage pour que les organisateurs d’événements running s’appuient sur de solides bases et permettent au trail de se développer. « Ce qui nous a aidés aussi, c’est le fait que le trailer soit rarement uniquement coureur à pied », indique Catherine Poletti, directrice de l’UTMB®. « Il pratique souvent le ski, le ski de fond, la grande randonnée, l’alpinisme… Or la vallée de Chamonix lui offre toutes ces possibilités. »

L’effet « bosse magique »

« Il y a ce petit truc, à Chamonix, qui fait que chaque événement organisé rencontre son public. Dès que l’on parle de Chamonix et du Mont Blanc, les gens s’illuminent », affirme Jean-Claude Pillot Burnet. Indéniablement, la présence du plus haut sommet européen n’est pas étrangère à la fascination qu’exercent les lieux sur les sportifs et les touristes du monde entier. « Ce qui constitue la force du pays du Mont Blanc, c’est la diversité des ambiances », estime Catherine Poletti. « On passe assez rapidement de la ville de Chamonix à la nature sauvage, des villages habités aux grands espaces. Beaucoup de trailers de l’UTMB® disent qu’ils ont l’impression de voyager pendant la course. » Mais la quête d’évasion des concurrents n’est pas spécifique à Chamonix : si le trail connaît un tel essor un peu partout, c’est sans doute parce que nous éprouvons, en bons citadins que la vie moderne a coupé de leur environnement, le besoin d’un retour aux sources, d’une parenthèse éloignée du stress et de l’urbanité quotidiens. « Pour ceux qui vivent en ville, le trail est une expérience de nature, de vie et de survie », ajoute Henri Agresti. « Ils ne savent plus ce que c’est de boire dans un ruisseau et de passer une nuit dehors. »

Alors quand un organisateur propose une telle aventure, les candidats se bousculent au portillon. Surtout lorsque l’itinéraire est tracé sur les terres du Mont Blanc, cette « bosse magique », comme aime l’appeler Thierry Ravanel. D’ailleurs, la boutique de ce sportif passionné ne désemplit pas pendant les trois mois d’été, période à laquelle il réalise un tiers de son chiffre d’affaires annuel. « Le Mont Blanc attire, c’est incontestable, mais il ne peut pas faire le boulot à notre place. Il ne faut pas s’endormir, il faut rester actif et novateur », estime le commerçant. Or, force est de constater qu’entre la première édition du Cross en 1979, la création de l’UTMB® en 2003, l’introduction de nouveaux formats tels que kilomètre vertical et course en duo, la présence de structures organisatrices aussi bien associatives qu’entrepreneuriales, Chamonix apparaît comme le laboratoire de la course à pied en montagne. Et si l’une des recettes chamoniardes fonctionne, il est fort à parier qu’elle essaimera rapidement ailleurs, loin de la silhouette du Mont Blanc.

Du rififi dans l’éprouvette

Si organisateurs, commerçants, acteurs du tourisme et élus affichent un sourire satisfait lorsqu’ils évoquent le développement du trail sur le territoire chamoniard (bon nombre d’entre eux étant d’ailleurs eux-mêmes pratiquants, voire finishers de certaines épreuves locales), quelques bémols résonnent ici et là. Il y a d’abord la dérive mercantile qui accompagne très classiquement un loisir devenu populaire, comme l’évoque Thierry Ravanel : « Alors que nous étions les premiers à créer une boutique centrée sur le trail en 2003, l’offre est désormais très large à Chamonix. On est tombé dans le même engouement et la même bêtise que le ski alpin. » En effet, les rues de la ville ont vu fleurir les boutiques des grandes marques (The North Face, Columbia, Quechua…) tandis que les magasins de sport réorientaient leur stratégie en introduisant et élargissant leurs rayons de trail running. Face à l’appétissant gâteau que constitue la course à pied, tout le monde cherche à en grappiller une part. Normal… et après tout, pourquoi pas si le marché le permet ?

Mais la prégnance des enjeux économiques traduit aussi une réalité : participer à un trail, c’est non seulement acheter son dossard, mais aussi payer son hébergement, sa restauration et son matériel de course. Au final, courir représente un investissement conséquent – et plus encore à Chamonix où le coût de la vie est élevé. « Je pense qu’il faut faire attention à ne pas trop imposer de matériel coûteux aux concurrents. Le prix d’une veste peut monter jusqu’à 500 euros. Ne perdons pas l’essence de l’esprit montagne », confie Henri Agresti. Le risque tient en donc en deux mots : trail business. Certes, personne n’impose à un coureur de s’inscrire à une course : chacun reste libre de ses choix, y compris de prendre part à un événement si galvaudé qu’il faut accepter le jeu du tirage au sort et de la liste d’attente. Mais la renommée et la popularité d’une épreuve attirent indéniablement, tout comme la présence de champions qui trouvent à Chamonix un terrain d’entraînement idéal : dénivelées conséquentes, altitude, infrastructures ou encore diversité des disciplines sportives offrent des conditions optimales de préparation. Or ces champions font briller des étoiles dans les yeux des participants qui s’identifient et rêvent de leurs exploits. Courir sur les mêmes sentiers que Kilian Jornet, François d’Haene ou Caroline Chaverot, c’est se sentir l’âme d’un héros capable d’évoluer dans le sillage des plus grands. C’est partager avec eux le même émerveillement face aux paysages somptueux. C’est aussi vivre en direct leurs prouesses largement diffusées sur les réseaux sociaux, parfois au grand dam des montagnards.

Car tout le monde ne s’appelle pas Kilian. Tout le monde ne peut pas monter au sommet du Mont Blanc en short et baskets, taper un sprint sur une crête hyper-aérienne ou descendre un pierrier comme un chamois suicidaire. Mais les images circulent sur le web. Vite, très vite. Et le coureur lambda se sent tout-à-coup pousser des ailes : si certains le font avec autant de facilité, pourquoi pas lui ? « Avant même l’apparition du trail, des gens se baladaient déjà en baskets sur les glaciers en pensant que tout le monde pouvait le faire », relativise Catherine Poletti. « Le trail, en tant que nouvelle activité, engendre forcément des critiques, mais aussi des prises de risques inconsidérées. Certains ne se rendent pas compte de ce qu’ils font. » Incarnation de la liberté, le trail est accessible à tous. Nul besoin de technique poussée pour le pratiquer, contrairement à l’alpinisme ou à l’escalade. « Nous avons un énorme travail à accomplir pour faire prendre conscience aux trailers qu’ils doivent être responsables, qu’ils ne doivent pas partir en montagne sans rien dans leur sac et qu’ils ne peuvent pas faire ce qu’ils veulent. Ils font prendre des risques aux services de secours. » C’est aussi parce que les accidents sont monnaie courante à Chamonix que les guides et montagnards s’offusquent de la banalisation des sorties en haute montagne. L’ancien président du club des sports regrette cette course à l’exploit qui anime de plus en plus de trailers : « On est loin de la pratique traditionnelle. Autrefois, on faisait de la course à pied pour regarder les rhododendrons et les bouquetins… La recherche de l’exploit fait que cela devient dangereux. On fait vite, on ne prend plus le temps, on vise le record. »

Heureusement, ce constat ne concerne pas la totalité des trailers. Ils sont encore nombreux à cultiver l’émerveillement, l’humanisme, la solidarité et le goût simple du défi que nourrissaient les coureurs de montagne d’autrefois. Les pelotons comptent encore pléthore de passionnés, avides de vivre eux aussi cette folie chamoniarde du trail qui étonne forcément et qui prend irrésistiblement aux tripes lorsqu’elle s’exprime dans toute sa splendeur au départ d’une épreuve. « Le phénomène du trail, sur le terrain, est merveilleux, » conclut Henri Agresti, le regard tourné vers le sommet du Mont Blanc. « Pour de nombreux coureurs, venir ici, c’est comme aller à l’Everest. »

 

Article publié dans Trails Endurance Magazine – septembre 2017

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Ultra : mais que cherchent-ils ?

Il y en a partout.
Nous sommes envahis !
La fin de l’été les voit fleurir aux six coins de l’Hexagone.
Tous aussi délirants, tous aussi inhumains.
Tous aussi incompréhensibles pour mon esprit probablement trop étroit.
Les ultras ne sont plus ces événements exceptionnels et rares qu’ils étaient autrefois. Ils sont devenus monnaie courante, presque aussi anodins que les épreuves de 10 km route. Le trailer acharné peut même s’amuser à courir un ultra par semaine, histoire de travailler son foncier et, évidemment, de glaner des points qualificatifs pour l’UTMB. J’en connais même qui, je vous le jure sur mes trois paires de baskets et mes quinze bidons, ont osé enchaîné la même année l’UT4M, l’UTMB et le Tor des Géants. Délirant. Tellement délirant que le gars en question a plongé dans un burn out exemplaire avec un épuisement physique et une déliquescence mentale tels que les médecins lui ont tout bonnement interdit de courir pendant plusieurs mois. On croit rêver.

On croit d’autant plus rêver que le trail reste un loisir pour l’immense majorité d’entre nous. Autrement dit une activité qui nous procure du plaisir, du bien-être et de l’épanouissement. Mais quand je vois ces ultra-trailers sur les sentiers, défigurés, épuisés, marchant avec peine, traînant leurs guiboles maculées de boue et de sang, j’avoue que je ne comprends pas. Les champions éprouvent déjà bien des difficultés à encaisser ces kilométrages et dénivellations qui dépassent l’entendement, alors comment un coureur lambda peut-il éprouver une once de plaisir sur ces distances ? Le plaisir réside-t-il dans le sentiment d’héroïsme qui les submerge sur une ligne de départ où le public regarde avec un ahurissement mêlé d’admiration cette horde d’individus harnachés comme s’ils partaient au combat ? A quel moment basculent-ils dans la souffrance, celle qui transforme vos muscles en béton, celle qui fait plonger votre moral au fond de vos chaussettes (tachées de sang évidemment puisque vos pieds macèrent dedans depuis plus de 15 heures), celle qui vous fait voir des lutins derrière chaque rocher (et ce n’est pas à cause de la morphine, promis juré) ?

« Tu ne peux pas comprendre, tu n’as jamais fait d’ultra. » Voilà sans doute ce que pensent les ultra-fondeurs en lisant ma prose. Une copine me disait un jour : « à un moment donné, tu passes de l’autre côté. Et là, tu ne vois plus défiler les kilomètres, tu n’y penses même plus. » Si je ne m’abuse, un drogué emploierait presque la même terminologie pour évoquer un trip. Et si l’ultra-trailer était tout simplement un shooté du kilomètre et de la dénivelée ? Tout s’expliquerait. Son besoin irrépressible d’aller courir tous les jours au moins deux heures, quitte à se lever à 4h du matin quand il fait nuit noire et qu’il pleut des cordes (et quel bonheur de parler de sa sortie matinale sur les réseaux sociaux et de lire les commentaires des « amis » électroniques : « t’es un champion », « quel courage », « bravo ! » et autres hypocrisies virtuelles). Son placard à chaussures plein à craquer de baskets : une paire pour quand il fait humide, une paire pour quand c’est sec, une paire pour quand on court sur terrain technique, une paire pour quand on court sur terrain roulant, une paire pour quand on fait une sortie longue sur du bitume… Ses Tupperware peuplés de barres énergétiques maison que personne dans la maison n’ose toucher, non pas parce qu’elles sont réservées au héros, mais parce qu’elles ont une tête de « j’suis moche, pas bonne, mais di-é-té-tique ». Ses soirées devant l’écran de l’ordinateur, entre posts détaillés sur son blog 100 % égocentrique et analyse approfondie des données cardio-kilométro-dénivello-alluristiques recueillies par son ordinateur de poignet dont il ne maîtrise que le tiers des fonctions.

D’accord, d’accord, je me moque un peu. Mais je peux d’autant plus ironiser que mon propre placard déborde de baskets et que je m’applique chaque jour à compléter mon précieux carnet d’entraînement. En revanche je n’appartiens pas à la caste privilégiée des super-héros ultra-trailers. C’est sans doute pour ça que j’ai regardé avec un certain détachement et sans réelle admiration le déroulement du Tor des Géants. Courir 330 km et 24 000 m D+ (!!!!) d’une traite, franchement, ça me dépasse. Je ne vois ni l’intérêt sportif, ni l’intérêt personnel. Oui, c’est une aventure, oui, c’est un défi, oui, c’est une opportunité pour aller au-delà de ses propres limites… Mais non, ce n’est sûrement pas très sain pour le corps et pour l’esprit, non, ce n’est plus de la course à pied, non, ce n’est pas plus remarquable de boucler un ultra que d’avaler 20 ou 30 km en montagne à fond de train. Quand je pense que certains sont déjà en train d’éplucher le calendrier pour savoir où et quand ils pourront glaner leurs points UTMB 2016… C’est ça, un héros, un vrai. Celui qui, encore appuyé sur ses béquilles post-UTMB, prépare déjà son camelbag. Parce qu’un ultra-trailer, c’est pas une chochotte, et toc !

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Nicolas Martin, la passion incarnée : interview (#1)

On le reconnaît sans peine : plutôt trapu, un peu penché en avant, des jambes puissantes, un regard volontaire et le maillot du team Sigvaris Sports sur les épaules, Nicolas Martin caracole en tête des pelotons. En dépit de ses nombreux succès qui lui ont ouvert les portes de l’équipe de France de trail, le poulain de Patrick Bringer n’a pas pris la grosse tête. Nicolas reste accessible et humble, toujours prêt à donner un conseil ou à répondre à une interview ou une sollicitation. Licenciée dans le même club que le champion (Entente Athlétique Grenoble, section AL Echirolles), j’ai la chance de côtoyer Nicolas régulièrement et d’échanger avec lui sur sa passion : le trail. A n’en pas douter, ce garçon bourré d’un vrai talent et d’une volonté à toute épreuve a le trail dans la peau. Et surtout dans le coeur. Première partie d’une interview passionnante !

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© Lionel Montico

Quelques cross cet hiver, quelques courses de montagne au printemps, les championnats de France de kilomètre vertical en début d’été : cette saison est-elle une révolution ? On avait l’habitude de te voir sur des formats beaucoup plus longs ! Quelles sont les raisons de cet essai prolongé sur des formats plus courts ?

« Non, ce n’est pas une révolution mais juste une envie de goûter à d’autres types d’efforts. Pour les cross, c’est une habitude depuis trois saisons. Cette période de l’année se prête bien à cet exercice. On fait un travail plutôt axé sur la VMA en hiver. J’aime bien cette discipline où tous les types de coureurs s’affrontent.

J’ai voulu essayer la course en montagne car mes vrais objectifs sont situés après l’été (championnat de France de trail puis Templiers). C’était l’occasion de profiter du milieu de saison pour faire quelques courses plus courtes. Malgré tout, j’ai fait deux trails en début de saison, d’abord au Ventoux puis dans la Drôme. Ma préparation à la course en montagne s’est limitée à cinq semaines. Le 15 juin, j’ai hésité entre une manche du Challenge Montagne et le championnat national de kilomètre vertical. Finalement, j’ai décidé de participer à la seconde course. Bonne option avec une 2ème place derrière un intouchable Manu Meyssat. Maintenant, je retourne à une préparation plus habituelle, même si vous aurez l’occasion de me voir sur des courses « courtes » d’ici la fin de saison. »

Tu as passé la semaine dernière en stage avec l’équipe de France de trail. Peux-tu nous livrer quelques « secrets » de ce collectif ? A quoi ressemble un séjour avec l’équipe de France ? 

« Il n’y a pas vraiment de secret. Tous les protagonistes sont des personnes simples et abordables. On ne sent aucune rivalité entre les athlètes. C’est une ambiance détendue même si c’est plutôt studieux. J’apprécie vraiment ces moments-là car on s’entraîne dans d’excellentes conditions, on échange sur notre pratique… mais pas seulement ! On vit ensemble pendant plusieurs jours et, forcément, on déborde largement du cadre de la course à pied. C’est plutôt la franche rigolade par moments entre les diverses anecdotes de « big moustache » (Philippe Propage, ndlr) et le côté « déconneur » de certains. Cette année, on a joué les boulets en vélo en se faisant prendre par l’orage. On a dû rallier l’auberge en fourgon après avoir trouvé refuge chez l’habitant ! Je suis convaincu que ces moments d’échanges sont importants pour souder un groupe en vue d’une compétition. Le jour de la course, ce ne sont pas justes des coéquipiers, mais surtout des copains. On découvre un peu les coureurs au-delà du cadre des courses. Pour la plupart, ils ont des personnalités fidèles à ce qu’on voit dans les médias. »

Le monde du trail est animé depuis quelques semaines par une polémique au sujet de l’ITRA. Quelle vision as-tu de ces débats ? Et quelle est ta position face aux projets déployés par l’ITRA ?

« J’essaye de prendre du recul par rapport à ces débats. Quand on fait partie des coureurs « élites », on a une sorte de devoir de réserve car nos propos peuvent être mal interprétés. Avec le développement des réseaux sociaux ou autres forums, les propos sont vite repris et il faut toujours rester mesurés dans nos paroles.

Concernant l’ITRA, il me semble que le fond du problème est comme souvent l’argent et aussi cette sorte de conflit d’intérêt entre l’organisation de l’UTMB® et l’ITRA. Dans le fond, je pense qu’on assiste simplement à une évolution « naturelle » du trail, à l’image de notre société capitaliste. C’est une discipline en vogue, les organisateurs peuvent en vivre et certains l’ont bien compris.

Pour en revenir plus spécifiquement au débat sur l’ITRA, il me semble que le mécontentement provient du fait de devoir payer 100 € pour qu’une course obtienne des points UTMB®. D’un point de vue éthique, c’est discutable car, à la base, les points étaient là pour garantir une certaine expérience aux coureurs s’inscrivant à un ultratrail en terrain montagneux. En réalité, c’est surtout une façon de limiter le nombre de coureurs pouvant tenter de s’inscrire à la course. Soyons honnête, on peut boucler l’UTMB® sans avoir les points requis. A ce sujet, il y a un athlète bien connu qui a décidé de faire l’Endurance Trail l’an dernier plutôt que Les Templiers pour avoir ces fameux points. On ne me fera pas croire que ça change quoique ce soit à sa capacité ou non à terminer l’UTMB®. Pour les organisateurs, il y a deux solutions :

– soit on estime qu’il y a un intérêt financier à mettre en avant ces points et on paie, ce qui ne semble pas totalement illogique ;

– soit ce label n’influe en rien sur le remplissage de sa course et, dans ce cas, on ne paie pas.

N’oublions pas aussi que notre milieu est encore restreint et que certains mécontentements sont aussi liés à des histoires interpersonnelles.

J’estime que le trail est une discipline de l’athlétisme et, par conséquent, l’organisation des divers championnats constitue une prérogative de la FFA. Evidemment, on peut penser le contraire et arguer qu’il y a des dysfonctionnements. Toutefois, je trouve facile de critiquer sans chercher à apporter un début de solution. Pour certains, le trail, c’est nécessairement en montagne, avec beaucoup de dénivelée. Je ne suis pas d’accord. Le trail, c’est aussi un parcours comme celui de la Côte d’Opale. Ce n’est pas ce que je préfère, mais c’est une réalité. »

Si tu avais le pouvoir de créer le paradis du trailer, à quoi ressemblerait-il ?  

« Le paradis du trailer, je crois qu’il n’y a pas besoin de le créer ! J’ai la chance d’habiter en moyenne montagne et de trouver des sentiers à 500 m de la maison. Le vrai paradis, c’est de pouvoir pratiquer notre sport où l’on veut, quand on veut. Pour faire du trail, il suffit d’une paire de baskets, d’un short, d’un tee-shirt et d’un morceau de forêt. Si je devais créer un cadre fictif, ce serait plutôt en montagne avec des sentiers bien tracés partant du fond de vallée et atteignant un milieu plus minéral.

Notre pratique est, par définition, libre. Il n’existe un cadre que si l’on en fait le choix, que ce soit au niveau de l’entraînement ou des compétitions. On entend souvent les coureurs protester contre l’évolution un peu « business » de notre sport mais on sera toujours libre de courir où on le désire. Pour ma part, j’enfile un dossard pour me confronter aux autres, pour explorer mes limites… Pour le reste, il y a très peu de contraintes matérielles dans le trail, au contraire de beaucoup d’autres disciplines. »

 

Retrouvez la suite de l’interview de Nicolas Martin la semaine prochaine ! 

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Andy Symonds : entre passion et espoir de guérison

Tout le monde le connaît. Andy Symonds avait débarqué avec fracas, il y a quelques années, sur les sentiers français, raflant les plus grandes victoires avec un panache étonnant. En 2012, ce Britannique fort sympathique remportait, entre autres le Snow Trail Ubaye Salomon, le Trail du Ventoux, L’Ardéchois, le Trail de la Sainte Victoire, le Volcano Trail, la Gap’encîmes, la 2e place sur la Transvulcania et le Trail Ubaye Salomon et la 3e place des Templiers ! Malheureusement, dès 2013, une blessure compliquée à la jambe le contraignait au repos. Encore inexpliquée, cette douleur récalcitrante continue à éloigner Andy des chemins. Une situation qui prive non seulement le trail d’un grand champion, mais qui commence aussi à entamer le flegme tout britannique d’Andy… Interview. 

Avant tout, comment vas-tu, à la fois physiquement et moralement ? Comment vis-tu cet éloignement des sentiers, toi qui as vécu le frisson des victoires ? 

D’abord, oui, je suis toujours « blessé ». Je mets le mot entre guillemets car je n’ai pas une blessure typique, il n’y a rien de cassé ou usé, style tendinite, etc. Ce que j’ai, c’est plus un muscle qui ne répond pas bien, bizarrement. Il contracte et ne fonctionne pas pareil qu’à gauche. On pense aujourd’hui que je dois avoir une compression sur un nerf dans la cuisse, mais aucun test ou scan n’a encore pu pointer une origine possible. Aujourd’hui, il n’est pas impossible de courir dans cet état, mais c’est nettement plus difficile et c’est surtout beaucoup moins agréable qu’avant. Comment est-ce que je vis cette période ? Évidemment, c’est très frustrant. Pour un sportif, il n’y a rien de pire que la blessure. En même temps, j’ai essayé de ne pas trop m’énerver de la situation, ça ne sert à rien. Je me suis concentré sur d’autres aspects de ma vie, je me suis bien occupé au quotidien, chose facile avec deux enfants en bas âge !

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Autoportrait d’Andy, pas seulement trailer, mais aussi dessinateur !

 

Aujourd’hui, es-tu toujours membre du team Salomon ? Comment la marque t’a-t-elle soutenu et accompagné compte tenu de ta blessure ? 

Oui, je suis toujours membre du team Salomon. Eux comme moi sont confiants : il ne s’agit que d’un passage, d’une phase difficile mais de durée limitée. Un de ces quatre, la jambe refonctionnera normalement et je retournerai très rapidement sur les sentiers.

Quels sont tes projets sportifs à court et moyen termes ?

A court terme, c’est facile : me remettre sur pied. Puis je retournerai sur des courses de distance classique 40-50 km avec beaucoup de dénivelée. 🙂 J’aimerais faire quelques skyraces en France et à l’étranger plus tard cette année. Et pour la suite la page est blanche et ouverte. Je me testerai sûrement bientôt sur des distances plus longues, d’abord pour voir si ça me plaît.

Quel regard portes-tu sur le trail d’aujourd’hui (multiplication des teams, circuits de skyrunning et de l’UTWT…) ? 

Plus il y a des courses, plus je vais me casser la tête à choisir lesquelles faire ! C’est déjà un choix difficile avec un calendrier tellement chargé ! Mais c’est une bonne chose. S’il y beaucoup de teams, de circuits, etc., ça veut dire que le sport est populaire et que plus de gens respirent l’air du sentier et de la montagne. C’est sain. Pour les fédérations, c’est compliqué de plaire à tout le monde et, du coup, en ce moment, on voit un peu de tout. J’imagine qu’à long terme seulement les structures qui fonctionnent bien et celles qui sont populaires dureront. Espérons juste que ce seront celles avec une valeur de nature, de montagne, et non pas de média et de boucles dans la forêt !

Kilian Jornet domine encore et toujours la discipline, mais d’autres coureurs font preuve d’un talent étonnant : François D’Haene, Xavier Thévenard, Julien Rancon… D’après toi, est-ce dangereux qu’autant de pratiquants et de jeunes se dirigent vers les longues distances ? Pourquoi les distances plus courtes sont-elles aussi peu valorisées par rapport aux ultras ?

Ça, c’est une très bonne question. Pourquoi est-ce que les gens sont plus intéressés par une rando-balade de 20 heures autour du Mont Blanc qu’un assaut du Ventoux en 4 heures ? OK, j’exagère un peu, mais la longue distance c’est la survie du coureur plus qu’autre chose. C’est l’entraînement derrière et puis la gestion de ses muscles et de sa réserve d’énergie. Alors qu’une course de 4-5 heures sur une bonne montagne bien raide devrait être plus excitante, non ? Je suppose que ce qui doit attirer l’intérêt, c’est le côté impressionnant de pouvoir simplement faire de telles distances. C’est vrai que c’est assez incroyable de voir François parcourir les 164 km de la Réunion en 22 heures, par exemple. Et est-ce que ça casse le corps ? On ne sait pas encore car ça ne fait pas très longtemps que des jeunes tentent ce style de course. A mon avis, oui, ça casse et ça use plus que des courtes distances, mais c’est sûrement mieux pour les jambes que de courir sur la route.

Et si nous parlions des filles ? Pour toi, qui sont les meilleures traileuses mondiales sur les différentes distances (trail court, long, ultra…) ?

Comme chez les hommes, nous avons aussi vu une explosion de talents chez les filles récemment. Il y a trop de noms pour les citer toutes, mais regardons les résultats de l’UTMB l’année dernière et ceux de la Réunion aussi : voir des filles dans le top 10 au scratch de ces grosses courses, ou pas loin, ça veut dire qu’elles ont vraiment couru très vite ! Le retour d’Anna Frost l’autre weekend à la Transvulcania était aussi un résultat à admirer… et surtout un bon exemple de comment faire un retour de blessure !

Enfin, quel message as-tu envie de transmettre aux lecteurs qui pratiquent le trail ?

Si vous n’êtes pas blessé, profitez-en ! 🙂   Et profitez de la vie en générale, que ce soit sur un sentier ou ailleurs. Maintenant, je vais aller manger une glace 🙂

Andy Symonds en bref

Âge : 32  ans
Né à Manchester (Grande-Bretagne)
Vit à Lagnes, en Provence
Profession : Ingénieur énergies renouvelables (EOLE-RES)
Membre du team Salomon
Son blog : http://andysymonds.blogspot.fr 

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Rémy Marcel : ultratrailer, coach… et leader provisoire du TTN long

Isérois d’adoption, Rémy Marcel n’avait rien d’un trailer il y a quelques années. Le sport était même bien éloigné de ses préoccupations quotidiennes. Et puis, un jour, il eut la bonne idée de chausser des runnings et sortir faire un footing. Il ignorait alors qu’il allait être définitivement contaminé par le virus de la course à pied. Jusqu’à pousser sa passion à l’extrême : devenir ultratrailer. Régulier comme un métronome dans ses performances, Rémy Marcel a acquis une grande expérience au gré de ses lectures et de ses courses. Jusqu’à devenir coach. Rencontre avec un athlète discret et attachant.Remy Gruissan 2014

Rémy, tu es actuellement en tête du TTN long. Cette position de leader est-elle une surprise ? Un objectif cette saison ?

Je suis effectivement en tête du TTN… mais cela ne durera pas longtemps ! J’occupe cette place grâce à un concours de circonstances. Je suis l’un des rares coureurs à avoir terminé à la fois la Saintélyon – qui a été déclarée manche du TTN 2014 quelques semaines avant l’épreuve alors que les inscriptions étaient déjà closes – et le Gruissan Phoebus Trail – où plusieurs favoris ont abandonné. Ma position est d’autant plus étonnante qu’elle ne tient qu’à quelques secondes : Frédéric Lejeune qui termine une vingtaine de secondes devant moi à Gruissan avait fini deux minutes derrière moi à la Saintélyon.

Bref, initialement, le TTN n’était pas une finalité pour moi en 2014. Ma course objectif est l’UT4M fin août où j’espère monter sur le podium. Mon objectif secondaire est l’Endurance Trail aux Templiers, en octobre, où j’espère approcher le top 10. Ma planification comportait donc un trou au printemps. Ayant fait la Saintélyon et Gruissan, deux manches du TTN, j’ai décidé de participer à plusieurs manches. Je serai ainsi au départ de l’Ecotrail de Paris puis je m’alignerai aux championnats de France en septembre, sachant que je ne serai pas au top de ma forme quelques semaines après l’UT4M. L’objectif sera surtout de garder le titre par équipe que nous avons remporté l’an dernier avec l’EA Grenoble.

Quel est ton parcours sportif ? Depuis combien d’années pratiques-tu le trail ?

J’ai commencé vers 2000-2001 à reprendre le sport. Au début, je faisais juste du footing pour perdre du poids, arrêter de fumer et retrouver la forme. Quand j’ai réussi à courir 30 minutes d’affilée, un copain m’a embarqué sur de petits raids multisports. Ensuite, j’ai quitté le Puy-de-Dôme pour l’Isère. J’ai participé à quelques trails courts pour commencer mais j’ai vite compris que j’étais limité en vitesse. J’ai décidé d’allonger la distance et la durée. En 2005, je participais pour la première fois à l’UTMB. Je n’ai plus quitté les longues distances.

Pourquoi aimes-tu l’effort de type ultra ?

Deux paramètres me plaisent dans l’ultra. D’abord, l’évasion en pleine nature : sur les longues distances, on a le temps de profiter des paysages et on peut ne pas être concentré sur l’effort en permanence. Ensuite, la gestion de course : pendant un ultra, on se remet perpétuellement en question. On réfléchit à son état musculaire, digestif, matériel… Il faut être à l’écoute de son corps et s’adapter en permanence.

Pratiquer l’ultra implique des entraînements longs. Comment parviens-tu à concilier vie sportive, professionnelle et familiale ?

Il est certain que l’équation est compliquée. Mais il est possible de trouver du temps pour s’entraîner. Comme je ne travaille plus depuis octobre et suis en formation, je dois essentiellement composer avec la vie familiale. Quand je travaillais, je courais entre midi et deux ainsi qu’en soirée au club. Je place également des séances de vélo d’appartement à 22 heures, quand tout le monde est couché à la maison. Le week-end, je pars courir dès 5 heures du matin pour faire des sorties longues. J’essaie aussi d’organiser régulièrement de gros blocs sur trois jours pendant lesquels j’enchaîne des sorties de 6 à 10 heures.

Tu as récemment quitté ton travail pour te lancer dans une formation sportive. Peux-tu nous dévoiler plus de détails à ce sujet ?

En effet, je ne travaille plus depuis mi-octobre 2013. L’entreprise dans laquelle j’étais salarié a mis en place un plan social et je n’ai pas voulu partir à Lyon. J’ai donc profité de cette rupture pour commencer une formation il y a trois mois : je prépare un BPJEPS, diplôme pour devenir éducateur sportif. L’avantage, c’est que j’ai obtenu une carte professionnelle au bout d’un mois de formation. J’ai donc pu commencer rapidement à encadrer des coureurs. Aujourd’hui, je conseille quatre athlètes qui débutent en ultra trail.

Quels sont tes projets professionnels ? Te destines-tu à une carrière d’entraîneur ?

Non, je ne souhaite pas devenir entraîneur à temps plein. Je voudrais retrouver un poste à temps partiel dans mon secteur d’origine, la comptabilité, et compléter avec une activité de coaching. Depuis deux ou trois ans, j’ai reçu plusieurs demandes de coureurs qui souhaitaient que je les conseille. Mon objectif n’est pas d’encadrer une multitude de coureurs. Je souhaite limiter le nombre de personnes à conseiller afin de garantir une certaine qualité. Pour l’instant, je ne cherche absolument pas à communiquer sur cette activité car je souhaite que les choses se développent doucement, au fur et à mesure de ma formation.

A quel type de coureur t’adresses-tu plus spécifiquement ?

Je recherche surtout des coureurs plus ou moins expérimentés qui se lancent dans l’ultra. Je pense que c’est le secteur dans lequel je peux le plus apporter aux autres, qu’il s’agisse d’équipement, d’hygiène de vie ou d’entraînement.

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Rémy Marcel en bref

  • Licencié à l’EA Grenoble (section AL Echirolles) depuis septembre 2006
  • Marié, deux enfants
  • Palmarès : champion de France par équipe de trail long 2013 – 34e sur la Grande Course des Templiers 2012 – 38e sur la Grande Course des Templiers 2013 – 26e à l’UTMB 2010 – 27e à l’UTMB 2011 – 21e à la Saintélyon 2011  – 25e à la Saintélyon 2013 – 6e du Salomon Trail Runinng Cup 2013
  • Sponsors :
    – Endurance Shop Echirolles
    – Punch Power
    – Weleda
    – Compressport
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Le trail, un sport réellement nature ?

L’UTMB s’apprête à inaugurer la convention de partenariat qui le liera à l’Université de Savoie et Asters (conservatoire d’espaces naturels de Haute Savoie). Un accord motivé par la démocratisation croissante du trail running qui fait planer des menaces environnementales sur les milieux traversés par les épreuves, en particulier celles qui prennent l’ampleur de l’Ultra Trail du Mont Blanc. Si l’on peut critiquer la démarche commerciale de certaines manifestations, on ne peut que saluer les actions mises en oeuvre par ces « grosses machines » en faveur du développement durable. Pour rester sur les sentiers de l’UTMB, on peut mentionner le plan d’action élaboré au fil des éditions par les organisateurs : signalétique pour la gestion des déchets, utilisation de gobelets non jetables, élaboration d’une charte environnementale, financement des transports en commun pour les accompagnateurs… Si l’UTMB communique largement sur ses initiatives écologiques, bien d’autres événements de trail running, plus discrets, imaginent des solutions visant à respecter les milieux naturels.

Pourtant, sans l’adhésion et l’implication active des concurrents et de leur entourage, toutes ces bonnes intentions sont (et resteront) vaines. Si les pionniers du trail étaient souvent des montagnards passionnés, bon nombre de pratiquants sont aujourd’hui éloignés de la culture purement montagnarde, pétrie du respect et d’une humilité face à la nature. On pourrait déplorer les tubes de gel abandonnés au détour d’un chemin, les centaines de personnes qui sillonnent un massif préservé ou encore les concurrents qui se délestent sans scrupules d’emballages ou de papiers en tous genres. Je préfère toutefois considérer la moitié pleine du verre plutôt que sa moitié vide. Il y aura toujours des coureurs irrespectueux de l’environnement, tout comme il existera toujours des randonneurs ou des skieurs pollueurs. Mais il y a (et il y aura toujours !) des organisateurs soucieux de préserver l’espace qu’ils souhaitent faire découvrir aux concurrents. Même lorsqu’un trail réunit plusieurs centaines de participants, il peut minimiser son impact environnemental, à condition que des actions soient intelligemment mises en place et qu’elles mobilisent l’ensemble des acteurs : comité d’organisation, coureurs, accompagnateurs, collectivités territoriales, associations et défenseurs de l’écologie. J’irai même jusqu’à affirmer qu’un événement peut contribuer à faire avancer la cause environnementale, non seulement en sensibilisant les participants aux problématiques et aux fragilités d’un espace, mais aussi en leur faisant éprouver dans leur chair la beauté et la vulnérabilité de la nature.

Oui, le trail est originellement un sport nature. Il doit et il peut le rester, à condition que nous nous sentions tous concernés.