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Jean-Marc Joguet : « je n’étais pas comme les autres »

Vainqueur de la première édition de la Pierra Menta en 1986, Jean-Marc Joguet est une personnalité hors normes. Pionnier en ski alpinisme et en trail, il n’a jamais cessé d’assouvir sa passion des sports d’endurance malgré un métier éprouvant : éleveur bovin dans le Beaufortain.

Une vie à la dure, de celle que racontent les films et les livres. Tellement décalée de notre société actuelle qu’on la croirait irréelle. Pourtant Jean-Marc Joguet la raconte avec acuité, comme s’il venait de quitter cette rude enfance montagnarde. Le petit garçon du Beaufortain a dû trouver sa place au sein d’une fratrie de 13 enfants et assumer sa part de travail à la ferme parentale. « A 10 ans, on m’envoyait déjà dans les alpages avec les bêtes. On me réveillait à 3 heures du matin pour la première traite. Je m’endormais contre le flanc des vaches… » se souvient Jean-Marc. De cette existence fruste mais profondément ancrée dans la nature, le jeune garçon en tire une volonté à toute épreuve et une endurance exceptionnelle. Fan de vélo, il s’entraîne sans relâche et participe aux compétitions proches de chez lui. « Il partait à vélo de Beaufort, rejoignait la ligne de départ, faisait sa course, puis revenait chez lui à vélo », raconte sa femme Marie-Pierre en riant. Talentueux, Jean-Marc l’était incontestablement. Mais pour progresser sur deux roues, il fallait de l’argent. Pour acheter un nouveau vélo, pour payer les déplacements. « Mes parents n’avaient pas les moyens, alors j’ai arrêté et je me suis mis à courir », regrette Jean-Marc.

Aussitôt ses tâches agricoles terminées, Jean-Marc part donc crapahuter dans la montagne. Au grand dam de ses homologues, outrés qu’il ait du temps à perdre ! « C’était très mal vu de faire du sport quand on était agriculteur. Les gens disaient qu’il n’avait rien à faire pour se permettre de courir comme ça ! » explique Marie-Pierre. « Mais il a joué un vrai rôle dans l’évolution des mentalités. » Le jeune éleveur, à force de s’entraîner sur les pentes du massif, à pied en été et à ski en hiver, commence à faire des émules. Surtout lorsqu’il remporte la première édition de la Pierra Menta en 1986. « J’ai allumé la mèche. J’étais un peu la flèche à suivre pour les jeunes d’ici », évoque Jean-Marc. « Mais, en fait, j’ai raté ma carrière et je le regrette chaque fois que j’y pense aujourd’hui. »

Quelques semaines après avoir empoché la victoire sur la Pierra Menta, Jean-Marc part au service militaire. Et là, le phénomène beaufortain attire tous les regards. « Quand ils m’ont vu, ils se sont dit que je n’étais pas comme les autres. A 20 ans, avoir une telle volonté de tout casser, ce n’était pas banal ! » Les capacités physiques et mentales de Jean-Marc le conduisent sans tarder en équipe de France militaire de biathlon où il confirme son potentiel. « Une semaine avant la fin de mon service, ils sont venus me proposer de m’engager pour devenir biathlète pro. Mais il fallait que je demande à mes parents… » Pour des agriculteurs, imprégnés du labeur et de la terre, le sport n’offre aucun avenir. Alors Jean-Marc essuie un refus et il revient travailler à la maison. Ses espoirs de carrière s’envolent.

Si la déception est immense, Jean-Marc la surmonte, fidèle à sa force de caractère. Aux côtés de Marie-Pierre, il voue son existence à ses vaches laitières et, dès qu’un instant de liberté se profile, il enfile les baskets ou les skis de randonnée. Le trail n’existe pas encore, mais il sillonne les sentiers, avec ou sans dossard. « Je m’étais engagé avec les pompiers pour participer aux cross. Une année, les pompiers de Paris sont même venus me demander de participer au Grand Défi qui était une course de ski alpinisme par équipe, sur une semaine. C’était super, c’était un truc de dingue ! » se souvient Jean-Marc, le regard pétillant. Puis le trail est apparu et Jean-Marc s’est aligné sous les arches de départ. Dans le secteur, il était connu comme le loup blanc : lorsqu’on le voyait, on savait que la course allait être menée tambour battant et qu’on n’aurait pas vraiment le temps d’admirer le paysage…

Saison après saison, été comme hiver, Jean-Marc s’entraîne. Avec un plaisir toujours renouvelé et une soif inextinguible de panoramas et de grands espaces. « Ce que j’adore en montagne, c’est qu’on voit toujours quelque chose de différent. Et puis même quand je m’entraîne moins, avec mon métier, je suis toujours en train de courir. » Elever une quarantaine de vaches n’a effectivement rien d’une sinécure. Lever aux aurores, première traite, soins aux animaux, entretien de l’exploitation, deuxième traite, livraison du lait à la coopérative de Beaufort… Être éleveur laitier est une vocation, mais aussi une abnégation. Les jours fériés, les dimanches, les vacances ? « On ne connaît pas. On travaille tous les jours. Je m’arrange simplement avec Caro quand je veux faire une course. » Caroline, la fille cadette de Jean-Marc, est elle aussi agricultrice, à deux pas de la maison de ses parents. Elle élève un troupeau de 90 chèvres laitières et s’adonne elle aussi, en digne héritière, au ski alpinisme et au trail. Fervents passionnés, père et fille s’épaulent donc pour pouvoir prendre parfois un ou deux jours de liberté – et épingler un dossard. « Je préfère que ce soit elle qui court : elle est jeune, elle progresse bien et elle a l’avenir devant elle. Ca me fait plaisir de la voir courir ! Moi, vu mon âge… »

 

A 52 ans, Jean-Marc Joguet n’a pourtant pas grand-chose à envier aux jeunes, si ce n’est un démarrage plus fastidieux qu’autrefois. « Maintenant il me faut une heure avant d’être dans le coup. C’est incroyable, quand même ! » Jamais blessé une seule fois au cours de sa vie sportive, cette force de la nature n’a connu en tout et pour tout qu’une coupure. « Je m’entraînais tellement en mode compétition que j’ai fait un burn out. J’étais vidé. J’ai mis un an à m’en remettre. » Aujourd’hui, ce féru de sport cavale encore aux côtés de son neveu, le champion de ski alpinisme William Bon-Mardion. Et il prévoit d’organiser une petite sortie en montagne avec son nouveau voisin, François d’Haene, et le vice-champion du monde 2016, Nicolas Martin, qui habite à quelques kilomètres d’Arêches. En juillet dernier, il s’est aligné au départ de la Pierra Menta d’été aux côtés de Yoann Sert pour une aventure pimentée. « La première étape a tapé avec 3000 m de dénivelé positif sur 25 km. Il fallait gérer la situation ! C’est une course de kamikaze ! » Après avoir couru 15 fois la Pierra Menta d’hiver, Jean-Marc a goûté à la version estivale de la légendaire épreuve qui a fait de lui si ce n’est une icône, tout au moins un pionnier.

 

Jean-Marc Joguet en bref

Age : 52 ans

Profession : éleveur laitier à Arêches

Vainqueur de la 1ère Pierra Menta en 1986 avec Pascal Fagnola, 2ème en 1987 avec Thierry Bochet, 5e en 1988 avec Pierre Viard Gaudin, 10e en 1995 et 1996 avec René Gachet.

10e à la CCC en 2005.

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Caroline Joguet : la cabrette du Beaufortain

Le soleil distille mille nuances de lumière. Parmi elles, le sourire de Caroline. Ce petit visage rosi par le grand air irradie une fraîcheur et une joie qui vous donnent du baume au cœur et illuminent votre journée. Chevrière à Arêches Beaufort, Caroline Joguet est aussi une experte en ski alpinisme et une traileuse passionnée. 

Toute petite, elle courait déjà dans les champs avec son frère. Dans ce Beaufortain aussi somptueux que rugueux, Caroline Joguet a grandi au milieu des vaches laitières élevées par ses parents et des chèvres de son oncle. Une vie à la Heidi au cœur des cimes alpines où les enfants ont l’habitude de jouer en pleine nature et pratiquer des sports de montagne. « J’aimais particulièrement les chèvres, alors j’ai commencé à ramener à la maison des cabris de l’élevage de mon oncle dès l’âge de 15 ans », se souvient Caroline. Passionnée par les animaux, l’adolescente passe un bac agricole tout en pratiquant le ski alpinisme à haut niveau. « Pendant deux ans, j’étais en équipe de France jeunes. J’ai ainsi couru en coupe du monde, mais lorsque mes résultats ne m’ont plu satisfaite, j’ai arrêté pour me consacrer à mon projet professionnel. » Tout entière absorbée par sa volonté de fonder son propre élevage caprin, Caroline se tourne alors vers le trail, plus facile à caser dans ses journées bien remplies.

L'été, Caroline sillonne son alpage avec son troupeau de chèvres.

L’été, Caroline sillonne son alpage avec son troupeau de chèvres.

Du sport, mais avant tout du plaisir

Si Caroline court et épingle régulièrement des dossards, elle le fait avant tout pour le plaisir et le partage. Très attachée à la mythique Pierra Menta d’hiver à laquelle elle participait l’hiver dernier avec Sophie Mollard, membre de l’équipe de France jeunes de ski alpinisme, Caroline s’adonne depuis quatre ans au trail avec Estelle Peretto, son amie d’enfance. « Nous nous connaissons depuis l’école maternelle. Nous habitions à deux kilomètres l’une de l’autre », confie Caroline. « Nous avons commencé à courir ensemble lorsque j’ai lâché le ski alpinisme et qu’Estelle a arrêté la compétition en ski alpin. Nous courons le plus souvent possible toutes les deux, à la fois à l’entraînement et en compétition. » Les deux filles ont la même passion de la montagne dans la peau, le même plaisir à pratiquer la course à pied et, surtout, le même attachement mutuel. Elles guettent ainsi le moindre trail en relais ou en duo et s’alignent au départ en toute décontraction, avant tout désireuses de s’amuser sur les sentiers. Début juillet 2016, elles participaient ainsi à la Pierra Menta d’été, épreuve technique de deux jours à courir en binôme. « N’ayant pas eu assez de temps pour m’entraîner, j’ai souffert sur cette course, mais nous en avons vraiment profité ! Notre problème, avec Estelle, c’est que nous ne sommes pas foncièrement compétitrices : nous aimons nous faire plaisir et rigoler. Nous nous en fichons un peu de nous faire doubler ! » s’exclame Caroline, amusée. « C’est dommage car nous sommes sûres qu’en étant plus sérieuses, nous pourrions être bien plus performantes. »

Le bonheur a un visage !

Le bonheur a un visage !

Alpine jusqu’au bout des ongles

Si la motivation de Caroline pour courir et skier reste intacte, elle est mise à rude épreuve. Le métier de chevrière dans le Beaufortain n’a rien d’une vie à la Heidi, surtout en été lorsqu’il faut grimper dans les alpages, faire les foins, traire les 90 biquettes et fabriquer le fromage ! « Mes parents m’aident, mais j’avoue que je m’entraîne très peu, faute de temps. J’essaie de me lever tôt pour aller courir un peu, mais c’est compliqué », regrette Caroline. Pendant la saison froide, l’activité ralentit un peu, mais les chèvres exigent des soins quotidiens tout au long de l’année. Même si son métier est aussi une passion, la jeune chevrière veille à garder un peu de temps pour elle. « On ne peut pas vivre comme les agriculteurs d’autrefois. Je ne compte pas mes heures de travail, mais je dois rendre mon exploitation rentable. » Détachée de ses préoccupations économiques le temps d’un footing ou d’une compétition, Caroline savoure sa chance de vivre dans ce berceau montagnard qui l’a vue naître et grandir. Et qui la voit aujourd’hui sourire et courir, habile comme un chamois en digne enfant des Alpes, sur ces prairies d’altitude où s’égaillent ses biquettes.

 

L’info en +

Caroline a récemment été élue Miss Agri 2017, concours organisé sur Facebook consistant à désigner la meilleure représentante du monde agricole. Une belle reconnaissance !

Caroline Joguet en bref

Age : 25 ans
Profession : chevrière
Vit à Arêches-Beaufort
Ex-membre de l’équipe de France jeunes de ski alpinisme
Traileuse
Spécialiste des courses en relais et en duo

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