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Maud Gobert : une carrière exemplaire

Elle a annoncé qu’elle tirerait sa révérence après sa participation au Grand Raid de La Réunion. Un retrait tout relatif puisque la grande dame de Valloire nourrit déjà de nouveaux projets sportifs pour 2018, entre défis personnels en trail et cyclisme sur route. Nul doute que Maud Gobert ne se laissera jamais tenter par une vie sédentaire, entre télé et canapé ! 

Fraîchement débarquée dans l’univers du trail après une quinzaine d’années dans le monde de l’athlétisme sur piste, j’ai entendu prononcer le nom de Maud Gobert dans la bouche de mon amie Sophie Gagnon. « C’est Maud qui a gagné la CCC, elle est trop forte ! » m’avait confié ma copine de club à l’époque, une belle pointe d’admiration dans la voix. A l’époque, j’avoue que je n’y connaissais rien et que j’avais dû chercher sur le web qui était cette athlète capable de faire pétiller les yeux de Sophie. Evidemment, au fil de mon immersion dans le trail running et de mes reportages, j’ai vite compris que Maud est non seulement une grande championne, mais aussi une personnalité qui ne peut laisser personne indifférent. Quelques années plus tard, je considère Maud comme l’une des meilleures ambassadrices mondiales du trail féminin de haut niveau. Longévité, régularité, ténacité, altruisme…

Au printemps dernier, j’étais allée à sa rencontre, sur ses terres, à Valloire. Elle rentrait juste d’une journée de travail sur les pistes de ski et s’était prêtée de très bonne grâce à la petite interview et à la séance photo au beau milieu de sa cuisine. Naturelle et sans chichi. Telle qu’on l’aime, en somme ! Voici le portrait que j’avais ensuite écrit et publié dans le magazine Trail & run au féminin édité par Le Dauphiné Libéré.

Merci, Maud, pour tout ce que tu as donné et donnes encore au sport féminin et à tous ceux qui t’entourent !

© Cyrille Quintard

Une maman championne du monde

Certainement hyperactive, franchement naturelle et passionnément montagnarde, Maud Gobert vit plusieurs journées en une. En hiver, levée dès 5h30, elle s’élance sur les pentes enneigées à la lueur de sa frontale pour son petit moment rien qu’à elle : une session ski de rando en solo dans les lueurs de l’aube, sur les hauteurs de Valloire, son village d’adoption où elle exerce en tant que monitrice de ski et accompagnatrice. A peine rentrée à la maison, elle s’occupe de ses trois filles (12, 14 et 16 ans), puis enchaîne avec une journée de travail sur les pistes. Le soir venu, elle cède à une autre passion : la cuisine ! Entre mixer, blender et yaourtière, Maud adore tester de nouvelles saveurs.

Bref, une existence à cent à l’heure en hiver, un peu plus calme le reste de l’année. Mais une existence toujours centrée sur le sport. « J’ai commencé par le cross quand j’étais au collège, puis j’ai fait du ski en compétition, ensuite du snowboard, du freeride et du skicross », se rappelle l’enfant de Douai venue très tôt dans les Alpes. Puis, de grossesse en blessure, la glisse en compétition s’est éloignée et Maud est revenue à son amour de jeunesse : la course à pied. Décidément dotée d’un potentiel étonnant, la jeune maman s’est vite imposée comme l’une des meilleures traileuses hexagonales – et même internationales puisqu’elle est devenue championne du monde en 2011. « Je suis une traileuse freeride : je n’aime pas suivre un parcours linéaire. Et puis je ne considère pas que je m’entraîne : je fais du sport, je me fais plaisir ! »

Qu’elle s’agite derrière les fourneaux, à vélo ou skis aux pieds, Maud cultive aussi une valeur de cœur : le partage. « J’aurais aimé être infirmière, mais la vie en a décidé autrement. J’aime profondément m’occuper des autres. » Alors, du haut de ses 40 ans, elle transmet sans cesse, avec une immense prodigalité. Sa passion du ski lorsqu’elle entraîne des jeunes ou emmène des personnes handicapées sur les pistes. Son amour du trail lorsqu’elle encadre des sorties sur ses sentiers préférés. Mais aussi son penchant pour les plaisirs de la table lorsqu’elle mitonne gâteaux et petits plats gourmands. Alors championne du monde de trail, oui… mais surtout championne de la générosité !

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Trail Evening : le trail en débat

On se pose des questions. Beaucoup de questions ! On se torture même un peu l’esprit en s’interrogeant sur le présent, l’avenir, les évolutions, les dérives. Parce qu’il est une discipline relativement jeune, le trail running se situe au cœur de nombreuses réflexions. Et de nombreux tiraillements aussi ! Il concerne toujours plus de pratiquants, toujours plus de marques, toujours plus d’événements, toujours plus de structures aussi. Pour débattre de quelques sujets, une idée a germé dans la tête d’une poignée de coureurs à Allevard, dans le massif de Belledonne, en Isère : créer une soirée où l’échange règnerait en maître de cérémonie autour d’intervenants spécialistes de la discipline.

Samedi dernier, le Trail Evening réunissait ainsi une belle brochette d’invités :
– un journaliste féru de sports d’endurance et particulièrement de trail, Fred Bousseau (Trails Endurance Mag) ;
– trois champions : Maud Gobert (championne du monde, s’il vous plaît !), Céline Lafaye (multiple vainqueur du TTN) et Fabien Antolinos (vainqueur des Templiers) ;
– un entraîneur et universitaire, Pascal Balducci ;
– un team manager et athlète, Pascal Giguet (team Scott) ;
– deux organisateurs d’événements, Sébastien Accarier pour l’Ut4M et Florent Hubert pour L’Echappée Belle ;
– un coureur adepte des courses « off », François Nicot ;
– un président de club, Youcef Tabet (Bel’donne Running) ;
– un animateur de renom, « the voice of trail running », Ludovic Collet.

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Face à un public venu en nombre (150 personnes), les intervenants ont évoqué l’évolution du trail, la vie quotidienne d’un sportif de haut niveau, l’émergence des teams, la notion de progressivité, les coulisses de l’organisation d’un événement, l’intérêt des courses « off » et la pratique dite de masse. De multiples interrogations ont été soulevées à la fois par les intervenants et le public, visiblement passionné par les échanges et avide de réfléchir à l’évolution d’un sport encore jeune.

Présente en tant que membre du comité d’organisation, je me suis réjouie de la teneur des discussions qui ont témoigné de la pertinence de ce type de réflexion. Pour que le trail évolue dans le bon sens et pour que les pratiquants prennent conscience de tout ce que cette pratique sportive implique (notamment en matière de santé), il me paraît indispensable que les différents acteurs se réunissent ainsi et discutent à bâtons rompus, en toute tolérance, en toute transparence. Nous sommes tous unis par une passion : courir en pleine nature. Quel que soit notre niveau, quel que soit notre rôle dans l’écosystème du trail (équipementier, fédération, athlète, organisateur, club, journaliste…), nous avons intérêt à avancer tous ensemble. Sans doute faut-il prôner et valoriser prioritairement l’une des valeurs fondatrices des activités de montagne : la solidarité. Ce n’est qu’à cette condition que le trail s’épanouira sereinement.

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De gauche à droite : Ludo Collet, Pascal Giguet, Fabien Antolinos, l’un des coureurs tirés au sort pour remporter un dossard sur l’Echappée Belle, Céline Lafaye, Maud Gobert, l’un des coureurs tirés au sort pour remporter un dossard sur l’Ut4M, Fred Bousseau, Florent Hubert, Pascal Balducci, François Nicot, Youcef Tabet, Sébastien Accarier.