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L’envers du dossard

Un rectangle de papier. Parfois un peu cheap, parfois carrément sophistiqué avec puce intégrée, revêtement imperméable et structure indéchirable. Au recto, un numéro esseulé, ou bien accompagné de votre prénom, du logo d’un sponsor et même du profil de la course.

Un dossard est tout ce qu’il y a de plus anodin et de plus familier pour le compétiteur régulier. Son prix suscite souvent les critiques : « Ils abusent, ça fait plus d’un euro le kilomètre ! Ils se gavent bien sur notre dos, quand même… » Mais qu’y a-t-il derrière le prix d’un dossard ? Certainement pas seulement le coût de trois morceaux de rubalise, de deux quartiers d’orange et d’un rectangle de papier imprimé. Explications par l’exemple avec l’Echappée Belle, ultra traversée du massif de Belledonne (au passage, merci à Florent Hubert de sa coopération et de sa transparence !). 

Créée en 2013, l’épreuve iséroise L’Echappée Belle s’est immédiatement affirmée comme l’un des ultras les plus beaux, mais surtout les plus exigeants. Le massif de Belledonne offre des terrains d’une haute technicité et des sentiers d’altitude isolés, difficiles d’accès. Autant dire qu’organiser une course traversant l’intégralité de la chaîne, de Vizille (Isère) à Aiguebelle (Savoie) était un sacré pari pour la poignée de passionnés à l’origine du projet. Cinq ans après sa naissance, L’Echappée Belle est toujours portée par une association dénuée de visée lucrative. En 2017, le dossard pour les 144 km et 11 100 m D+ en solo coûte 170 €. L’inscription pour les 85 km s’élève à 90 € et à 55 € pour les 47 km.

Au-delà du montant que le coureur doit débourser pour participer, il convient de considérer les services offerts aux concurrents. Sur L’Echappée Belle, le tarif inclut une dotation de départ, un lot finisher, le suivi live et le chronométrage, un petit déjeuner au départ, des ravitaillements sur le parcours, un repas et une boisson d’arrivée, un dispositif de premiers secours, un road book, un sac d’allègement et l’accès aux photos HD. Bref, ce qui semble cher au départ recouvre en réalité une belle palette de prestations. Cependant vous pouvez vous-même faire le compte et mettre en regard ce que vous payez et ce que vous recevez en échange. Mais ce que vous ne savez pas, c’est la montagne de frais (et de responsabilités !) que l’organisateur doit assumer.

 

Ce graphique témoigne de la prédominance de quatre postes budgétaires principaux : la sécurité, les services aux coureurs, les frais directement liés à la course et la communication. Néanmoins, même en détaillant ainsi les dépenses que doit assumer l’organisation, l’analyse reste incomplète. Comme l’affirme Florent Hubert, président de l’association organisatrice de L’Echappée Belle, « il faut bien distinguer un trail d’un autre car tout dépend des subventions et sponsors, de la nature du parcours – une boucle coûte moins cher qu’une traversée, par exemple – et du type de territoire sur lequel on évolue. Ceux qui voudraient que les courses soient moins chères ont tort. Pas cher est synonyme de système D, donc de risques de problématiques non gérées, de nuisances pour l’environnement… et donc, à terme, de contraintes et restrictions accrues sur notre sport et notre pratique. » En attendant, chacun reste libre de choisir les courses auxquelles il participe, donc d’encourager – ou pas – une certaine philosophie de l’organisation.

 

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Trail Evening : le trail en débat

On se pose des questions. Beaucoup de questions ! On se torture même un peu l’esprit en s’interrogeant sur le présent, l’avenir, les évolutions, les dérives. Parce qu’il est une discipline relativement jeune, le trail running se situe au cœur de nombreuses réflexions. Et de nombreux tiraillements aussi ! Il concerne toujours plus de pratiquants, toujours plus de marques, toujours plus d’événements, toujours plus de structures aussi. Pour débattre de quelques sujets, une idée a germé dans la tête d’une poignée de coureurs à Allevard, dans le massif de Belledonne, en Isère : créer une soirée où l’échange règnerait en maître de cérémonie autour d’intervenants spécialistes de la discipline.

Samedi dernier, le Trail Evening réunissait ainsi une belle brochette d’invités :
– un journaliste féru de sports d’endurance et particulièrement de trail, Fred Bousseau (Trails Endurance Mag) ;
– trois champions : Maud Gobert (championne du monde, s’il vous plaît !), Céline Lafaye (multiple vainqueur du TTN) et Fabien Antolinos (vainqueur des Templiers) ;
– un entraîneur et universitaire, Pascal Balducci ;
– un team manager et athlète, Pascal Giguet (team Scott) ;
– deux organisateurs d’événements, Sébastien Accarier pour l’Ut4M et Florent Hubert pour L’Echappée Belle ;
– un coureur adepte des courses « off », François Nicot ;
– un président de club, Youcef Tabet (Bel’donne Running) ;
– un animateur de renom, « the voice of trail running », Ludovic Collet.

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Face à un public venu en nombre (150 personnes), les intervenants ont évoqué l’évolution du trail, la vie quotidienne d’un sportif de haut niveau, l’émergence des teams, la notion de progressivité, les coulisses de l’organisation d’un événement, l’intérêt des courses « off » et la pratique dite de masse. De multiples interrogations ont été soulevées à la fois par les intervenants et le public, visiblement passionné par les échanges et avide de réfléchir à l’évolution d’un sport encore jeune.

Présente en tant que membre du comité d’organisation, je me suis réjouie de la teneur des discussions qui ont témoigné de la pertinence de ce type de réflexion. Pour que le trail évolue dans le bon sens et pour que les pratiquants prennent conscience de tout ce que cette pratique sportive implique (notamment en matière de santé), il me paraît indispensable que les différents acteurs se réunissent ainsi et discutent à bâtons rompus, en toute tolérance, en toute transparence. Nous sommes tous unis par une passion : courir en pleine nature. Quel que soit notre niveau, quel que soit notre rôle dans l’écosystème du trail (équipementier, fédération, athlète, organisateur, club, journaliste…), nous avons intérêt à avancer tous ensemble. Sans doute faut-il prôner et valoriser prioritairement l’une des valeurs fondatrices des activités de montagne : la solidarité. Ce n’est qu’à cette condition que le trail s’épanouira sereinement.

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De gauche à droite : Ludo Collet, Pascal Giguet, Fabien Antolinos, l’un des coureurs tirés au sort pour remporter un dossard sur l’Echappée Belle, Céline Lafaye, Maud Gobert, l’un des coureurs tirés au sort pour remporter un dossard sur l’Ut4M, Fred Bousseau, Florent Hubert, Pascal Balducci, François Nicot, Youcef Tabet, Sébastien Accarier.