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Zinzin Reporter : pas si fou !

Dans la vraie vie, il s’appelle Denis Clerc. C’est un homme comme les autres, journaliste de métier, père de famille et sportif depuis son plus jeune âge. Mais voilà, un jour, il se met à courir. Et alors son destin bascule… il devient Zinzin ! 

La voix résonne avec une netteté étonnante. Un peu comme si le garçon au bout du fil était juste à côté. Pourtant, en ce mois de février 2017, il parle d’une île perdue au milieu de l’Atlantique, Santa Maria (Açores), où il est tranquillement installé dans un hôtel 4 étoiles. Rien que pour ça, on le détesterait volontiers. Mais le ton est si chaleureux qu’on tombe vite sous le charme. « Je suis là pour le Columbus Trail, une épreuve de 77 km qui s’appelle ainsi parce que Christophe Colomb a accosté ici en 1493 », explique Denis Clerc. « Dans mes vidéos tournées en course, je ne me contente pas de dire que c’est chouette. Je veux donner des informations et faire passer des émotions, notamment en filmant les moments difficiles. »

A 52 ans, ce féru de sport s’est découvert tardivement une passion pour le trail – et pour l’ultra, puisqu’il ne fait jamais les choses à moitié. « J’ai toujours été sportif. Je suis originaire de Haute Savoie, j’ai donc pratiqué très jeune le ski alpin en compétition à côté duquel je faisais aussi du foot. Vers 40 ans, j’ai constaté que je n’étais plus très performant dans mes activités de jeunesse, alors j’ai commencé le VTT. En complément, je courais. J’ai vite réalisé que j’étais meilleur en course à pied qu’à vélo ! » En 2006, à 42 ans, avec tout juste 6 mois d’entraînement dans les jambes, Denis Clerc boucle son premier marathon. En 2h59, s’il vous plaît ! Plutôt que rempiler sur le bitume, il décide de tester le trail. En 2007, il s’aligne donc au départ des Templiers, caméra au poing. Et il remporte le prix Jean Mamère aux Micros d’or, concours récompensant le meilleur reportage sportif de l’année !

La machine à succès est lancée : les clics grimpent en flèche sur les réseaux sociaux et le blog de celui qui répond désormais au petit nom de Zinzin Reporter. La nouvelle star du trail remplit des salles de cinéma entières et bénéficie de nombreuses invitations dans le monde. « Je suis un peu submergé par tout ce qui m’arrive », confie-t-il. « Tout ça me semble complètement hallucinant ! J’ai une vie trépidante et très sympa… mais un peu folle. » Malgré ce succès fulgurant et ses trépidations tout autour du globe (après les Açores, il s’envolera pour Madagascar en mai puis la Nouvelle Calédonie en juin), Denis Clerc garde les pieds sur terre. « Je refuse de signer des contrats car je veux rester libre. Je ne souhaite pas gagner de l’argent avec ça. Je veux rester journaliste à France Télévisions. » Son slogan lui va décidément comme un cuissard de compression : zinzin, oui, mais pas fou !

Un homme (presque) comme les autres… Denis Clerc souffre lui aussi de pépins physiques depuis quelques mois. Bon rétablissement, Zinzin ! 😉

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Maud Gobert : une carrière exemplaire

Elle a annoncé qu’elle tirerait sa révérence après sa participation au Grand Raid de La Réunion. Un retrait tout relatif puisque la grande dame de Valloire nourrit déjà de nouveaux projets sportifs pour 2018, entre défis personnels en trail et cyclisme sur route. Nul doute que Maud Gobert ne se laissera jamais tenter par une vie sédentaire, entre télé et canapé ! 

Fraîchement débarquée dans l’univers du trail après une quinzaine d’années dans le monde de l’athlétisme sur piste, j’ai entendu prononcer le nom de Maud Gobert dans la bouche de mon amie Sophie Gagnon. « C’est Maud qui a gagné la CCC, elle est trop forte ! » m’avait confié ma copine de club à l’époque, une belle pointe d’admiration dans la voix. A l’époque, j’avoue que je n’y connaissais rien et que j’avais dû chercher sur le web qui était cette athlète capable de faire pétiller les yeux de Sophie. Evidemment, au fil de mon immersion dans le trail running et de mes reportages, j’ai vite compris que Maud est non seulement une grande championne, mais aussi une personnalité qui ne peut laisser personne indifférent. Quelques années plus tard, je considère Maud comme l’une des meilleures ambassadrices mondiales du trail féminin de haut niveau. Longévité, régularité, ténacité, altruisme…

Au printemps dernier, j’étais allée à sa rencontre, sur ses terres, à Valloire. Elle rentrait juste d’une journée de travail sur les pistes de ski et s’était prêtée de très bonne grâce à la petite interview et à la séance photo au beau milieu de sa cuisine. Naturelle et sans chichi. Telle qu’on l’aime, en somme ! Voici le portrait que j’avais ensuite écrit et publié dans le magazine Trail & run au féminin édité par Le Dauphiné Libéré.

Merci, Maud, pour tout ce que tu as donné et donnes encore au sport féminin et à tous ceux qui t’entourent !

© Cyrille Quintard

Une maman championne du monde

Certainement hyperactive, franchement naturelle et passionnément montagnarde, Maud Gobert vit plusieurs journées en une. En hiver, levée dès 5h30, elle s’élance sur les pentes enneigées à la lueur de sa frontale pour son petit moment rien qu’à elle : une session ski de rando en solo dans les lueurs de l’aube, sur les hauteurs de Valloire, son village d’adoption où elle exerce en tant que monitrice de ski et accompagnatrice. A peine rentrée à la maison, elle s’occupe de ses trois filles (12, 14 et 16 ans), puis enchaîne avec une journée de travail sur les pistes. Le soir venu, elle cède à une autre passion : la cuisine ! Entre mixer, blender et yaourtière, Maud adore tester de nouvelles saveurs.

Bref, une existence à cent à l’heure en hiver, un peu plus calme le reste de l’année. Mais une existence toujours centrée sur le sport. « J’ai commencé par le cross quand j’étais au collège, puis j’ai fait du ski en compétition, ensuite du snowboard, du freeride et du skicross », se rappelle l’enfant de Douai venue très tôt dans les Alpes. Puis, de grossesse en blessure, la glisse en compétition s’est éloignée et Maud est revenue à son amour de jeunesse : la course à pied. Décidément dotée d’un potentiel étonnant, la jeune maman s’est vite imposée comme l’une des meilleures traileuses hexagonales – et même internationales puisqu’elle est devenue championne du monde en 2011. « Je suis une traileuse freeride : je n’aime pas suivre un parcours linéaire. Et puis je ne considère pas que je m’entraîne : je fais du sport, je me fais plaisir ! »

Qu’elle s’agite derrière les fourneaux, à vélo ou skis aux pieds, Maud cultive aussi une valeur de cœur : le partage. « J’aurais aimé être infirmière, mais la vie en a décidé autrement. J’aime profondément m’occuper des autres. » Alors, du haut de ses 40 ans, elle transmet sans cesse, avec une immense prodigalité. Sa passion du ski lorsqu’elle entraîne des jeunes ou emmène des personnes handicapées sur les pistes. Son amour du trail lorsqu’elle encadre des sorties sur ses sentiers préférés. Mais aussi son penchant pour les plaisirs de la table lorsqu’elle mitonne gâteaux et petits plats gourmands. Alors championne du monde de trail, oui… mais surtout championne de la générosité !

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Jean-Marc Joguet : « je n’étais pas comme les autres »

Vainqueur de la première édition de la Pierra Menta en 1986, Jean-Marc Joguet est une personnalité hors normes. Pionnier en ski alpinisme et en trail, il n’a jamais cessé d’assouvir sa passion des sports d’endurance malgré un métier éprouvant : éleveur bovin dans le Beaufortain.

Une vie à la dure, de celle que racontent les films et les livres. Tellement décalée de notre société actuelle qu’on la croirait irréelle. Pourtant Jean-Marc Joguet la raconte avec acuité, comme s’il venait de quitter cette rude enfance montagnarde. Le petit garçon du Beaufortain a dû trouver sa place au sein d’une fratrie de 13 enfants et assumer sa part de travail à la ferme parentale. « A 10 ans, on m’envoyait déjà dans les alpages avec les bêtes. On me réveillait à 3 heures du matin pour la première traite. Je m’endormais contre le flanc des vaches… » se souvient Jean-Marc. De cette existence fruste mais profondément ancrée dans la nature, le jeune garçon en tire une volonté à toute épreuve et une endurance exceptionnelle. Fan de vélo, il s’entraîne sans relâche et participe aux compétitions proches de chez lui. « Il partait à vélo de Beaufort, rejoignait la ligne de départ, faisait sa course, puis revenait chez lui à vélo », raconte sa femme Marie-Pierre en riant. Talentueux, Jean-Marc l’était incontestablement. Mais pour progresser sur deux roues, il fallait de l’argent. Pour acheter un nouveau vélo, pour payer les déplacements. « Mes parents n’avaient pas les moyens, alors j’ai arrêté et je me suis mis à courir », regrette Jean-Marc.

Aussitôt ses tâches agricoles terminées, Jean-Marc part donc crapahuter dans la montagne. Au grand dam de ses homologues, outrés qu’il ait du temps à perdre ! « C’était très mal vu de faire du sport quand on était agriculteur. Les gens disaient qu’il n’avait rien à faire pour se permettre de courir comme ça ! » explique Marie-Pierre. « Mais il a joué un vrai rôle dans l’évolution des mentalités. » Le jeune éleveur, à force de s’entraîner sur les pentes du massif, à pied en été et à ski en hiver, commence à faire des émules. Surtout lorsqu’il remporte la première édition de la Pierra Menta en 1986. « J’ai allumé la mèche. J’étais un peu la flèche à suivre pour les jeunes d’ici », évoque Jean-Marc. « Mais, en fait, j’ai raté ma carrière et je le regrette chaque fois que j’y pense aujourd’hui. »

Quelques semaines après avoir empoché la victoire sur la Pierra Menta, Jean-Marc part au service militaire. Et là, le phénomène beaufortain attire tous les regards. « Quand ils m’ont vu, ils se sont dit que je n’étais pas comme les autres. A 20 ans, avoir une telle volonté de tout casser, ce n’était pas banal ! » Les capacités physiques et mentales de Jean-Marc le conduisent sans tarder en équipe de France militaire de biathlon où il confirme son potentiel. « Une semaine avant la fin de mon service, ils sont venus me proposer de m’engager pour devenir biathlète pro. Mais il fallait que je demande à mes parents… » Pour des agriculteurs, imprégnés du labeur et de la terre, le sport n’offre aucun avenir. Alors Jean-Marc essuie un refus et il revient travailler à la maison. Ses espoirs de carrière s’envolent.

Si la déception est immense, Jean-Marc la surmonte, fidèle à sa force de caractère. Aux côtés de Marie-Pierre, il voue son existence à ses vaches laitières et, dès qu’un instant de liberté se profile, il enfile les baskets ou les skis de randonnée. Le trail n’existe pas encore, mais il sillonne les sentiers, avec ou sans dossard. « Je m’étais engagé avec les pompiers pour participer aux cross. Une année, les pompiers de Paris sont même venus me demander de participer au Grand Défi qui était une course de ski alpinisme par équipe, sur une semaine. C’était super, c’était un truc de dingue ! » se souvient Jean-Marc, le regard pétillant. Puis le trail est apparu et Jean-Marc s’est aligné sous les arches de départ. Dans le secteur, il était connu comme le loup blanc : lorsqu’on le voyait, on savait que la course allait être menée tambour battant et qu’on n’aurait pas vraiment le temps d’admirer le paysage…

Saison après saison, été comme hiver, Jean-Marc s’entraîne. Avec un plaisir toujours renouvelé et une soif inextinguible de panoramas et de grands espaces. « Ce que j’adore en montagne, c’est qu’on voit toujours quelque chose de différent. Et puis même quand je m’entraîne moins, avec mon métier, je suis toujours en train de courir. » Elever une quarantaine de vaches n’a effectivement rien d’une sinécure. Lever aux aurores, première traite, soins aux animaux, entretien de l’exploitation, deuxième traite, livraison du lait à la coopérative de Beaufort… Être éleveur laitier est une vocation, mais aussi une abnégation. Les jours fériés, les dimanches, les vacances ? « On ne connaît pas. On travaille tous les jours. Je m’arrange simplement avec Caro quand je veux faire une course. » Caroline, la fille cadette de Jean-Marc, est elle aussi agricultrice, à deux pas de la maison de ses parents. Elle élève un troupeau de 90 chèvres laitières et s’adonne elle aussi, en digne héritière, au ski alpinisme et au trail. Fervents passionnés, père et fille s’épaulent donc pour pouvoir prendre parfois un ou deux jours de liberté – et épingler un dossard. « Je préfère que ce soit elle qui court : elle est jeune, elle progresse bien et elle a l’avenir devant elle. Ca me fait plaisir de la voir courir ! Moi, vu mon âge… »

 

A 52 ans, Jean-Marc Joguet n’a pourtant pas grand-chose à envier aux jeunes, si ce n’est un démarrage plus fastidieux qu’autrefois. « Maintenant il me faut une heure avant d’être dans le coup. C’est incroyable, quand même ! » Jamais blessé une seule fois au cours de sa vie sportive, cette force de la nature n’a connu en tout et pour tout qu’une coupure. « Je m’entraînais tellement en mode compétition que j’ai fait un burn out. J’étais vidé. J’ai mis un an à m’en remettre. » Aujourd’hui, ce féru de sport cavale encore aux côtés de son neveu, le champion de ski alpinisme William Bon-Mardion. Et il prévoit d’organiser une petite sortie en montagne avec son nouveau voisin, François d’Haene, et le vice-champion du monde 2016, Nicolas Martin, qui habite à quelques kilomètres d’Arêches. En juillet dernier, il s’est aligné au départ de la Pierra Menta d’été aux côtés de Yoann Sert pour une aventure pimentée. « La première étape a tapé avec 3000 m de dénivelé positif sur 25 km. Il fallait gérer la situation ! C’est une course de kamikaze ! » Après avoir couru 15 fois la Pierra Menta d’hiver, Jean-Marc a goûté à la version estivale de la légendaire épreuve qui a fait de lui si ce n’est une icône, tout au moins un pionnier.

 

Jean-Marc Joguet en bref

Age : 52 ans

Profession : éleveur laitier à Arêches

Vainqueur de la 1ère Pierra Menta en 1986 avec Pascal Fagnola, 2ème en 1987 avec Thierry Bochet, 5e en 1988 avec Pierre Viard Gaudin, 10e en 1995 et 1996 avec René Gachet.

10e à la CCC en 2005.

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Au bonheur du défrichage

A l’intérieur, une montagne de cartons.

A l’intérieur des cartons, une montagne de trucs qu’on croit souvent indispensables, mais qui ne sont finalement qu’accessoires.

A l’extérieur, une forêt vierge qui donne une furieuse envie de massacre à la tronçonneuse et à la tondeuse.

A l’extérieur de la forêt vierge, une montagne qui donne une délicieuse envie d’exploration et d’ascension.

Déménager.

Rassembler tout ce que l’on possède, l’empaqueter et s’en aller.

Eprouver un petit déchirement parce qu’on quitte un lieu où l’on a éprouvé toute la palette des émotions, du bonheur à la tristesse, du fou rire aux sombres pleurs.

Et puis s’installer. Poser ses valises ailleurs, là où le cœur nous a portés.

Vivre au milieu d’un bazar incommensurable en se demandant si l’on parviendra à bout de ces piles de cartons remplis et de ces vastes surfaces de murs à nettoyer, enduire, repeindre…

Entre un coup de rouleau et un coup de pompe, trouver l’énergie de chausser les baskets et partir courir. Malgré les jambes lourdes d’avoir piétiné, malgré les bras courbaturés d’avoir frotté et porté, malgré l’envie terrible de se jeter dans le canapé.

Mais là, à quelques foulées du jardin en friche, se dressent des montagnes à explorer avec leurs kilomètres de sentiers, leurs pentes boisées et herbues, leurs cimes minérales et acérées. Il se cache là une promesse de découverte et de plaisir qui, en dépit de la fatigue, donne des ailes. Trottiner (peu importe que l’on avance comme un escargot en plein soleil !), s’étonner à chaque pas, se perdre sur les chemins, suivre son instinct, monter vers le ciel, toujours plus haut…

Le goût d’inédit est éphémère, il s’estompe à chaque sortie. L’inconnu rentre petit à petit dans les habitudes, l’étonnant devient repère, le sommet devient jalon. Mais le bonheur simple de courir en pleine nature, sur les flancs de ces montagnes à la fois majestueuses et hostiles, demeure intact.

Déménager, c’est avoir un nouveau monde à explorer !  😉

 

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Vagabondages d’en-haut : le Mont Ventoux

Le Géant de Provence.
Une silhouette qui se dresse dans le ciel azur.
Imposante.
Minérale.
Majestueuse.
A ses pieds, s’étire une terre gorgée de soleil.
Une terre où fourmille une nuée de sportifs : ici, les cyclistes sont rois.

« Lorsqu’on est trailer, on se sent un peu décalé », s’amuse François, mon compagnon de vagabondage. Il est vrai que nous faisons figure d’extra-terrestres ce matin : avec nos sacs à dos et nos baskets, nous détonons dans le village de Bédoin où circulent des dizaines de vélos. Peu nous importe ! Nous sommes ici pour retrouver les valeurs du trail qui nous sont chères : le partage, la solidarité, l’effort, l’émerveillement, la nature. Malgré le caractère officieux de notre aventure, nous ne sommes pas là pour ramasser des brins de serpolet au bord des chemins. Il va falloir rallier le sommet sans tarder puis redescendre dans la vallée, soit 32 kilomètres et 1600 mètres de dénivelée positive au programme. Alors en route, moussaillon !

François a une dizaine d’années de plus que moi, mais il est doté d’énormes capacités. Il vient d’ailleurs de terminer troisième du trail des Aravis et il compte de jolies performances à son palmarès. Je redoute un peu d’être son boulet aujourd’hui, mais il me rassure en se calant à une allure raisonnable. Nous pouvons discuter tout en avalant les kilomètres sans traîner.

Après le village et ses alentours résidentiels, nous voici plongés en pleine nature. Le sentier sinue dans la forêt, s’élève progressivement, puis devient rocailleux et découvert. La sente se transforme en chemin forestier, large et offert aux rayons brûlants du soleil. Ces 8 kilomètres pourraient sembler interminables, mais le fait d’être aux côtés de François permet d’adoucir la longueur – et la langueur – de cet itinéraire. Nous ne parlons pas en permanence, nous n’en avons pas besoin. Bien sûr, nous papotons souvent, mais lorsque le silence s’installe, il ne fait que renforcer notre complicité.

Le temps glisse.
Disparaît.
Nous oublions le chronomètre.
Bientôt apparaît la bifurcation tant attendue : un single caillouteux et raide grimpe vers le sommet. Changement de décor : après l’univers de la pinède, vient le monde lunaire des pierriers calcaires. Cette dernière portion m’est un peu difficile. Je dois marcher, mais François m’encourage et m’attend patiemment.

Le sémaphore nous domine de toute sa hauteur. Le Mont Ventoux. Notre graal d’un jour ! Nous y sommes ! Nous admirons le paysage, émerveillés. Sans trop tarder, nous nous lançons dans la descente. C’est le moment que je préfère : dévaler la montagne en jouant avec le relief, sauter comme un cabri, éprouver un incroyable sentiment de liberté et de légèreté…

La chaleur devient écrasante au fur et à mesure de notre descente. Nous retrouvons bientôt la forêt et son ombre bienfaisante. Les derniers kilomètres s’égrènent. Moi qui n’apprécie guère les sorties qui dépassent 4 heures, j’avoue que j’aurais presque envie que celle-ci ne cesse jamais. Savourer encore un peu ces instants suspendus… vivre encore un peu ce bonheur du partage, de l’effort et de l’amitié, loin du monde, loin de tout…

Bédoin.
Le voyage est déjà fini.
François et moi échangeons une accolade émue.
Nous nous remercions mutuellement, conscients de la préciosité de ce que nous venons de vivre.
Le trail n’est décidément pas cette course aux selfies, au D+ et aux kilomètres étalés sur les réseaux sociaux.
Le trail n’est pas cet égocentrisme, cette autosatisfaction, cette surenchère d’exploits en tous genres.
Le trail est résolument ce sport de montagne qui unit les êtres, qui les invite à rester humbles et altruistes. A l’écoute certes d’eux-mêmes, mais aussi – et surtout – de l’Autre et de la nature.

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Candice Bonnel : montagnarde dans l’âme

Le sourire dans la voix, la fraîcheur de la jeunesse. Candice Bonnel est une petite montagnarde dans l’âme qui a choisi d’arpenter les sentiers et les pistes plutôt que les rues de Paris. Il faut dire que cette jeune pousse du ski alpinisme et du trail a de qui tenir puisque son père n’est autre que Lionel Bonnel, ultratrailer habitué aux podiums.

© R. Blomme

Entre le béton et la nature, son cœur n’a pas balancé bien longtemps. Pour Candice Bonnel, le choix aurait pu être cornélien : la vie version citadine avec shopping et sorties à Paris ou version montagnarde avec ski et neige en Maurienne ? « Ma petite sœur et moi avons été éduquées dans les deux milieux, ma mère étant parisienne et mon père montagnard. C’était un bon équilibre. Nous avions donc les deux possibilités… et nous avons choisi d’être dans la montagne ! » explique la blondinette pétillante. Avec un papa féru de ski, rien d’étonnant à ce que Candice soit elle aussi contaminée par le virus de la glisse. D’abord en club, puis en ski études à Modane et à Moûtiers, elle abandonne pourtant sa passion. « Cela ne marchait pas bien à haut niveau pour moi. Et puis la mentalité du ski alpin ne me plaisait pas plus que ça. Alors j’ai arrêté et je suis rentrée au lycée en Maurienne. »

© R. Blomme

De l’or dans les gambettes

De retour dans sa vallée, la descendeuse ne tarde guère à avoir des fourmis dans les jambes. La compétition lui manque, alors elle s’inscrit à l’UAM, le club d’athlétisme local. Comme tous les coureurs formés en club, elle se frotte au cross-country, puis épingle bientôt des dossards sur des petits trails pour « éviter d’avoir à attendre trop longtemps pendant que mon père courait ses ultras. » Candice fait évidemment des étincelles sur les sentiers, digne héritière d’un papa coutumier des podiums les plus prestigieux. Mais, quitte à se lancer en montagne, autant profiter des cimes toute l’année ! Candice chausse donc les skis de rando dans le sillage de son père. « J’ai beaucoup aimé et ça a plutôt bien marché tout de suite », confie modestement la petite blonde. « Mon point fort, c’est la descente car je viens du ski alpin. Or c’est souvent le point faible des skieurs alpinistes. Et puis comme je m’entraîne en course à pied en montée, j’arrive à me débrouiller aussi dans les ascensions. » Une débrouille de haut vol puisque dès sa première saison hivernale, Candice intègre l’équipe de France jeune.

La diversité pour rester motivée

« J’adore la dimension saisonnière du ski alpi’ et du trail. Je n’ai pas le temps de me lasser de l’un ou de l’autre. A l’automne, je n’ai qu’une envie : rechausser les skis. A la fin de l’hiver, quand j’ai bien skié, je suis super contente de recommencer à courir. Ces deux sports se complètent bien. Si je ne faisais qu’un des deux, je ne suis pas sûre que j’arriverais à rester motivée toute l’année. » Comme un bonheur n’arrive jamais seul, Candice n’a pas seulement l’honneur de porter le maillot tricolore dès sa première saison de ski alpinisme : elle entre aussi dans le Team Buff Hoka Les Saisies, une écurie dédiée aux jeunes pousses du trail running. Grâce à un encadrement de qualité (avec notamment Pascal Balducci au coaching), Candice s’entraîne sérieusement. Et progresse. Tellement qu’elle signe une saison 2016 en or avec les titres de championne de France espoir de kilomètre vertical et de vice-championne de France espoir de trail court. « J’ai vécu des moments géniaux avec le team ! Je n’ai jamais pensé partir, mais j’ai dû reconsidérer ma position lorsque Salomon m’a contactée en fin de saison dernière… » Salomon, c’est un peu le graal pour un trailer. C’est la marque phare, celle qui sponsorise l’icône Kilian Jornet. Alors Candice n’a pas hésité bien longtemps.

Forte de ce nouveau sponsoring, la Mauriennaise est dopée à la motivation pour cette saison. Il y a eu les manches de coupe du monde de ski alpinisme, puis les championnats du monde de la discipline, sans oublier la mythique Pierra Menta qu’elle a couru en duo avec sa petite sœur, de deux ans sa cadette et franchement épatante sur la neige elle aussi, avec une belle 7e place à la clé.  « Le partage avec ma sœur et mon père est important. Ne pas être seul pour s’entraîner, ça change tout ! Ma sœur et moi, nous allons souvent en montagne ensemble. » Cet été, Candice s’alignera de nouveau au départ des championnats de France de kilomètre vertical et de trail court, puis elle réfléchira à sa fin de saison. « Je ferai des distances courtes dans tous les cas. Je souhaite me préserver et attendre quelques années avant de me lancer sur des distances plus longues. Je ne veux pas me blesser trop tôt. Mais je sais que je viendrai aux longues distances car ça me fait rêver : les parcours, les paysages, l’aventure… » Quand on vous dit que cette fille-là a la montagne dans la peau !

Candice Bonnel en bref

  • 22 ans
  • Titulaire d’un bachelor de l’INSEEC responsable commerciale, gestion et marketing. Etudiante en BTS Diététique (cursus à distance). Monitrice de ski à l’ESF de La Toussuire.
  • Vit à La Toussuire.
  • Palmarès TRAIL : championne de France espoir de KV 2016, vice-championne de France espoir de trail court 2016.
  • Palmarès SKI ALPINISME : 8e équipe féminine à la Pierra Menta 2015, championne de France espoir de vertical et de sprint 2016, 4e espoir aux championnats d’Europe.

 

 

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L’hiver, saison de la PPG. Episode 5 : les talons-fesses

 

Suite de la saga de la PPG hivernale qui, je n’en doute pas, est devenue l’un de vos dadas ! (Ne niez pas, je sais que vous adorez faire ces exercices dans votre salon !). Aujourd’hui, parlons de l’un des éducatifs les plus classiques en athlétisme : les talons-fesses font partie des gammes de course réalisées par tous les coureurs, du débutant à l’expert, du sprinteur à l’ultratrailer. Mode d’emploi d’un exercice incontournable.

35082-nzt5j2Trop souvent délaissé ou mal exécuté, cet éducatif très classique permet à la fois un échauffement musculaire et une amélioration de la technique de course. « Les talons-fesses permettent de perfectionner le cycle du pied quand il n’est pas en contact avec le sol, phase dite oscillante ou suspendue lors du pas antérieur », indique Florent Allier. Or travailler la qualité de pied se révèle crucial pour le coureur car un geste plus juste conduit à un meilleur rendement, autrement dit à une moindre déperdition d’énergie. « On obtient ainsi un mouvement plus efficace qui contribue à améliorer les performances et à limiter en partie les blessures », poursuit Florent Allier.

L’intérêt des talons-fesses concerne aussi d’autres paramètres tels que le placement du bassin et la cadence de course. Par ailleurs, il sert de révélateur après une blessure. « Cet exercice permet de faire une comparaison entre le membre blessé et le membre sain et de corriger une éventuelle asymétrie. On peut aussi détecter une flexion de genou insuffisante liée à une limitation articulaire ou à une faiblesse des ischio-jambiers », ajoute Florent Allier.

Le nerf de la guerre : les ischios

Lorsqu’on pratique les talons-fesses, le nerf (ou plutôt le muscle) de la guerre, ce sont les ischio-jambiers. D’un point de vue anatomique, les ischios s’insèrent sur le bassin et se terminent sur le tibia. Ils entraînent l’extension de la hanche et la flexion du genou. Sollicités pendant les 2/3 du cycle de foulée, ils remplissent un rôle clé dans la décélération, les changements de direction ou encore la proprioception.

On comprend donc aisément que l’échauffement de ce groupe musculaire est essentiel et que l’attention portée aux quadriceps ne doit pas conduire à les négliger. L’exercice des talons-fesses trouve sa place en deuxième phase d’échauffement, après un footing initial et quelques mouvements pendulaires. « Le corps est alors déjà monté en température. Pratiquer les talons-fesses à froid est à éviter car cela peut engendrer des blessures », recommande Florent Allier.

Le geste parfait

c3a9chauffement-genouxL’exercice consiste à ramener le plus vite possible les talons vers les fesses, la cuisse restant en position verticale par rapport au sol. On peut alterner les jambes ou travailler unilatéralement, soit en avançant, soit en restant sur place. « Les jambes du coureur doivent rester dans l’axe, comme s’il évoluait entre deux murs parallèles. Le haut du corps doit être placé, ce qui signifie que le tronc doit être gainé afin de transmettre efficacement les forces et de stabiliser le bassin à l’horizontale », précise Florent Allier. Les bras accompagnent de manière dynamique le mouvement des jambes et le regard est dirigé vers l’avant (et non devant ses pieds) afin de rester bien droit. « Les erreurs les plus fréquentes ? Un buste trop penché vers l’avant, mais aussi un excès de rotation de hanche médiale ou latérale qui entraîne un placement des genoux soit vers l’intérieur, soit vers l’extérieur. »

Il faut donc faire attention aux points suivants :

  • Les jambes doivent bouger parallèlement sans jamais dériver vers l’extérieur. Les genoux ne doivent pas non plus se tourner vers l’intérieur.
  • Regarder loin devant soi permet de maintenir une position droite. Le gainage du tronc est essentiel pour stabiliser le bassin.
  • Les bras accompagnent le mouvement cadencé des jambes en opposition de ceinture, paumes tournées vers l’intérieur, doigts tendus et écartés à la manière des sprinters.
  • Les talons doivent venir toucher avec les fesses grâce à un mouvement rapide. L’incapacité à faire toucher le talon et la fesse traduit un manque de souplesse du muscle droit fémoral (i.e. l’un des muscles composant le quadriceps).

 

Exercice et variantes

Outre l’exercice classique réalisé 2 à 3 fois sur une vingtaine de mètres avec retour au point de départ en marchant, les talons-fesses peuvent être couplés à un étirement passif des ischiojambiers : on parle alors d’étirement activo-dynamique. Tendez une jambe devant vous et fléchissez légèrement l’autre. Inclinez le buste vers l’avant et tirez les fesses vers l’arrière. Enfoncez le talon dans le sol et descendez la poitrine vers le genou. Tenez la position une dizaine de secondes puis réalisez des talons-fesses en fréquence, soit sur place, soit sur quelques mètres.

Si vous réalisez votre session de PPG dans votre salon, vous pouvez aussi effectuer des talons-fesses en restant sur place.

 

Article réalisé en collaboration avec Florent Allier, kinésithérapeute du sport, spécialiste de la Clinique du Coureur à Grenoble, www.espacekine.fr